Mon premier Event WSOP : le Ladies

Pas facile de se poser devant l’ordinateur après avoir terminé 270e. Même la lumière de l’écran m’agresse. Je suis d’une humeur épouvantable. La violence de sortir d’un tournoi après avoir marché sur la table est toujours détestable. Et honteusement détestable puisqu’il s’agit là d’un ralage égoiste et centré sur mon manque à gagner perso. Ou plutôt mon déficit, puisque ce charmant tournoi coutait tout de même la bagatelle de 1 000$ -heureusement que l’euro est fort en ce moment -.

Le field auquel j’ai été confronté était loin d’être poissonneux. Comme dirait Davidlion « Je m’attendais à ce que ce soit beaucoup plus fishy ». Moi aussi. A peine arrivée à la table, j’ai remarqué que plus de la moitié de mes camarades de jeu savaient chip tricker, signe de reconnaissance absolue de plusieurs heures de vols au tables. Les plus mauvaises joueuses n’ont pas fait long feu : trop loose ou trop tight, elles sont rapidement éliminées après avoir commis de grosses erreurs à la table. Il y a tout de même une justice dans ce jeu de truffe.

Ce qui est le plus dur, c’est que j’ai eu la chance de pouvoir prendre un excellent départ avec un coup qui me fait tripler (je checke et entends « tapis », « payé » alors que j’ai brelan max sur un flop avec deux trèfles ; et, comme dans un rêve, leur tirage à trèfle ne rentre pas…).

Ces tournois étant difficiles au départ (3 000 chips), il est nécessaire de se garder une profondeur d’action. Et là, que du bonheur. Forte de mes jetons, je passe aisément de 10 000 à près de 18 000 quand la moyenne est à 7 000. Mode tribet activé.

Mais arrive peu de temps après le tournant de la partie : une joueuse que je sais bien selectionner ses mains de départ relance à 3 BB, j’ouvre une paire de dames – pique et coeur – et me contente de suivre car c’est la seule à avoir 12 000 devant elle ; je préfère joueur le coup une fois le flop tombé qu’avant car si elle a A-K, elle ne lachera probablement pas (et je ne veux pas jouer un 50/50 à ce stade de la compet’). Autant prendre ma chance, s’il n’y a ni as ni roi au flop, d’y aller à fond (et de lui laisser une chance de s’empaler sur un flop blanc si elle a J-J ou 10-10).
Ce que je n’avais pas prévu, c’est qu’une autre joueuse, encore plus tight et short stack, paie aussi. Le flop vient : Jc 7c 4c. Je me dis à ce moment que je checke/raise tout ce qui se passe sauf si j’entend raise/reraise. La deuxième joueuse part à tapis instantanément dans un énorme overbet (4 500 dans un pot de 2 500). A ce moment, je sais qu’elle a l’as de trèfle de façon certaine. La première joueuse réfléchit et passe en souffrant et je finis par payer en sachant que je suis à peu de chose près en coin flip, voire mieux si elle a la dame en kicker. Elle me montre Ac Kh. Et un trèfle, la dame évidemment, tombe au turn. Pas de doublette et je descends à 11 000.

S’en suit une immense pause diner de 90 minutes – trop longue, trop angoissante – ; je regarde un menu et ce sont des cartes qui apparaissent. Le serveur a une gueule de valet de pique. Je paie en chip trickant avec mes pièces de 25 cents. En plus, rien à faire, la fatigue se fait quelque peu sentir après six heures de jeu à se concentrer. D’ailleurs je crois que c’est plutôt le stress qui vide : c’est que c’est mon premier championnat du monde tout de même…

Je me motive, entourée de plusieurs français qui m’ont bien soutenue, et me rassied, le ventre empesé de quesilladas au gras, pour ne plus voir du tout de jeu pendant deux heures. Un cauchemar. Et le tour coute 800. Vas-y les relances sans même voir mes cartes – ou alors juste la première – et les continuation bets – qui marchent bien – pour me donner un peu d’air. Sauf que je reperds un coup dans lequel je touche la top paire – et où je sens que la BB m’a payée parce qu’elle a un as -. Pan, l’as au turn. Elle attaque, je me sais battue, elle a peut-être même deux paires – sinon elle m’aurait payé plus difficilement au flop -, je passe. La lutte se poursuit, les joueuses sautent régulièrement, le compteur chute, me laissant rêver d’une place payée et je continue à me battre avec des poubelles.

Maintenant, c’est 1 000 le tour et j’ai 9 000. Aucun gros coup de gagné, aucun beau flop, aucune main de départ décente. Et à chaque fois que j’ai vu une fille partir à tapis, jamais une seule ne s’est envoyée en l’air. C’est que ça ne plaisante pas avec la sélection des mains préflop. J’ai – malgré tout – moi aussi une bonne image. On ne m’a jamais prise en flagrant délit de vol. Et deux fois de suite, à une demi-heure d’intervalle, je choisis mal mon spot, je me prends une surrelance avec des yeux qui veulent dire « j’ai un monstre » et, après une longue minute de réflexion (« Ah mon dieu que je souffre, vais-je te payer avec A-9o quand je sais que tu as forcément mieux ? », feins-je), je jette. Je suis maintenant à moins de 6 000.

Dans les moments où le tapis chute, c’est fou ce que la nostalgie monte en puissance. On voit aparaitre tous ces jetons qui vous manquent, ces fucking bout de plastoc qui nous rendent si stupidement heureux quand on les empile par pile de 20 et que ça fait comme une muraille, pis un château le coup d’après. Sauf que là, j’ai une ruine faite de pauvres jetons verts. Ma maison s’écroule.

Je pousse 1 200 (blinds 200-400, ante 50)avec Ks Qs. Payé par la big blind que je déteste pour être la plus snob des pétasses de la table. « I’m sooo bored at this table… Get me a table change please ! » lance-t-elle de ses yeux bovins écrasés par un front lourdement botoxé. Flop : 8h 9s 10s, tapis chez moi, insta-call en face. Zut. L’Evelyn Ng du pauvre a floppé quinte avec Q-Jo . Et moi, le Dieu des piques – et des valets – faisant une sieste, ben j’ai floppé le droit d’aller me coucher comme un flan.

C’était donc ma première expérience WSOP in Vegas. Et, je le sais, certainement pas la dernière. Sauf que l’an prochain, je m’offre le tournoi de mes rêves : le HORSE à 1 500$ (le Main Event, je le jouerais quand mon bankroll aura poussé)

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Une Réponse to “Mon premier Event WSOP : le Ladies”

  1. ju Says:

    Salut! Visiblement je suis remonte jusqu’au post originel… Tres intéressant, ton blog commence a me faire rêver! Je continuerai a suivre tes aventures 😉
    Allez, faut encore s’entraîner…

    See ya!

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