Des lapins qui pêtent dans une casserole

Voici la réaction qu’a eue un de mes amis les plus proches à l’annonce de mon nouvel univers de vie et de travail :

– Des lapins qui pètent dans une casserole. Voilà tout ce que ça m’inspire.

Faut-il ajouter que cet ami en question porte des ‘tiags en serpents, des pattes de bikers avec la banane assortie, de larges épaules tatouées, un éternel blouson en cuir et des chemises léopard avec les boutons en forme de dés façon Vegas des années 50. Un rebelle qui a pour mot d’ordre anarchie et qui pourtant tient son bar rock’n’roll comme une Bree tient sa maison.

– Tu évolues dans un milieu égoïste et qui en aucun cas ne peut faire avancer le monde. Un milieu qui met en exergue l’argent facile gagné des joueurs au Q.I. sous-développé. Et qui met en avant l’individualisme, érigeant le capitalisme au statut de religion et de mode de vie. Quand je regarde ça, je vois des hommes qui ne pensent qu’à leurs jetons et qu’à leur gueule.  » Et la river est un coeur ! » On s’en branle ! Ca tourne en vase clôt ! Même pas un effet papillon. Aucun impact sur le monde, aucune valeur.

– …

– Quoi de moins philanthrope qu’un joueur de poker ? Un commerçant ? Un banquier ? Non. Parce que si enculés et voleurs qu’ils soient parfois, ils servent la société en vendant des produits ou des services correspondant à une demande.

– … (Suis-je vraiment tombée dans le milieu le plus bas ? Celui du chacun pour soi et du tout le monde pour sa pomme ? Le milieu du poker serait-il un monde de veaux avides de tout le pouvoir et de tout l’argent qu’ils n’auraient jamais pu avoir en ayant une vie « normale »?)

– Il y a pourtant le foot, lui dis-je. Ou toute forme de sport qui régale un public avide de sensations fortes. Et un footballeur est payé en fonction du plaisir qu’il donne aux spectateurs

– Tu marques un point ! Les interviews de joueurs de poker sont aussi passionnantes que celles des sportifs : (voix neurasthénique) « Ben, on a bien joué. Donc on est contents de gagner. » Super ! Et c’est ça qui va les aider à s’acheter une conscience et compenser le fait d’être totalement inutile ?

– … (panique)

– S’asseoir à une table signifie vouloir faire du mal aux autres. Pas au sens d’envoyer un ballon qu’ils ne pourront pas rattraper mais plutôt leur voler leur argent. Directement dans leur poche. Ils sont adultes, certes, et je ne parle même pas du problème des addicts’. Je parle du concept, d’une idée. Je parle du poker au point de vue philosophique. Quel sens ça a, dans le monde de merde dans lequel on vit aujourd’hui, de faire les poches des autres ?

– Quand un mec très riche s’assoit à la table, on a très envie de lui prendre une partie de sa fortune. Parce que c’est la seule occasion que l’on aura au monde de pouvoir le faire. Le reste du temps, il nous vendra un produit qu’en bons moutons on paiera une fortune, histoire de l’aider à payer les traites pour le jet. C’est un juste retour des choses.

– Tu me parles de prendre, de voler, de dépouiller. Mais quand est-ce que le poker donne ?

– Il y a bien l’exception Barry Greenstein. Cet homme a donné la quasi-totalité de ses œuvres à des associations caritatives. Victor Ramdin fait lui aussi beaucoup avec son hôpital ambulant en Amérique Centrale. Et de nombreux joueurs commencent à verser automatiquement une part de leurs gains, à l’instar de « Poker pour la paix ». Les joueurs généreux, ça existe.

– Ne me parle pas des exceptions. Parle moi du jeu, du poker. Est-ce qu’il apporte quelque chose à la société ?

– Lors des shows télévisés, il offre ce que tout spectacle offre à son public : de l’adrénaline et du rêve. Ca enthousiasme les foules et les spectateurs sont toujours plus nombreux. Ils vivent les tournois par procuration et ça leur fait l’effet de tout sport regardé à la TV. De plus, le poker joue sur le même créneau que le Loto: vous avez pour l’instant une vie misérable mais plus tard, on vous promet mieux. C’est comme la religion, sauf que tu n’es pas obligé d’être mort pour récolter. C’est le dream business. On fait rêver les gens. Et même si 95% se casseront les dents, 5% réaliseront leurs rêves. On est comme l’ assoc’ « Make A Wish » mais pour les adultes.
Et puis tu me parles de demeurés qui jouent ; il ne faut pas oublier que nombre d’entre eux sont des pharmaciens, des médecins, des business man, des étudiants, des réalisateurs… Ils sont nombreux à avoir eu une vie avant ou à mener les deux de front. De même, parmi ceux que la société considère comme des « loseurs », j’ai rencontré nombre de gens sensibles et/ou intelligents. Après, je te concède que les discussions entre joueurs tournent en effet autour de deux choses : l’argent (gagné ou perdu) et les bad beats. Ce qui n’empêche que le poker développe de grandes qualités – à l’exception de la générosité, du partage et de l’empathie, c’est sûr- : prise d’initiative et de risque, self-control, concentration, lecture psychologique, force mentale, mémoire ou encore aptitudes mathématiques.

– N’en fait pas trop là…

– Et pis en plus, on crée des emplois ! Regarde le nombre de gens qui bossent dans le poker : journalistes, cadreurs, secrétaires, managers, réalisateurs, croupiers, floors, serveurs, photographes et bien d’autres. C’est pas si mal non ?

Mon pote regarde alors autour de lui : des vieux posters de l’attaque de la femme géante, de Betty Page, des sculptures de cranes de toute sorte, deux punks sur-lookés qui finissent leur bière, un groupe de dandys au pantalon cigarette hors de prix, une femme au dos plus tatoué qu’un yakusa et Momo, le barman, sorti de prison il y a trois mois pour trafic de stup’.

– En fait, poursuit-il, tu es bien plus anarchique que n’importe qui ici. Tu vis dans un monde basé sur l’argent. Mais un monde en dehors du monde et qui a ses propres règles. Ou pas d’ailleurs. Tu ne demandes rien à personne et tu traces ta route.

– Ben voui. Mais si tu veux, je gagne le Main Event et je t’achète un cerveau en revenant. De la pure qualité, tu verras.

– Allez bouffonne, retourne garder tes lapins au QI de moule qui n’ont jamais vu un film de Wenders et qui ne savent pas qui sont les Washington Dead Cats. Et, si tu veux vraiment me faire plaisir si tu gagnes, achètes toi des seins. Que je prenne plaisir au moins à parler avec toi. Allez, tu bois quoi espèce de punk ?

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3 Réponses to “Des lapins qui pêtent dans une casserole”

  1. corsaire88 Says:

    alors là chapeau !
    c un mytho ou une réelle discussion???
    j’ai eu la même avec ma femme !!!

  2. Shen Says:

    Je dirais même que c’est loin d’être faux!

    Dans sa généralité, le poker comme la plus part des hobby n’est que self-masturbation.

    Libre à chacun d’en faire ce qu’il veut et de regarder uniquement son nombril ou alors de jeter un coup d’oeil sur celui du voisin!

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