Ca alors… Les cycles existent au Blackjack !

Rappel de la règle du jeu :

Faire un total de 21 avec ses cartes privatives, ce qu’on appelle un « blackjack ». Sinon, et plus communément, battre au total la banque. Et ne jamais faire une somme de plus de 21, au risque de « sauter ».

Le dealer donne deux cartes face up aux joueurs et s’en attribue une. Chacun leur tour, les joueurs choisiront de tirer une carte de plus ou pas, en fonction du total de leurs cartes. Les as valent 1 ou 11, les figures 10 et les autres, la valeur marquée sur la carte. Il faut faire un plus grand score que la banque. Par convention, cette dernière tire à 16 et s’arrête à 17.

Par exemple, imaginons que je recoive une dame et un 10. J’ai 20 au total et je reste évidemment servie. En face, la banque montre un 7. Elle tire un 9 et est donc obligée d’en prendre une autre. (je prie pour que ce ne soit pas un 5 qui ferait 21). Elle prend un roi, ce qui fait un total de 26, offrant la victoire au joueur, qui double sa mise.

Le croupier joue contre chaque joueur tour à tour. Chaque mise est associée aux cartes qui sont au dessus de la pile.

Bref. Je vous passe les possibilités de doubler ou de splitter, ce sera pour une prochaine fois. Passons à ce qui m’a intéressée :

J’ai toujours pensé qu’il n’y avait aucune technique au Blackjack à part celle de compter les cartes qui restent dans le deck – ce qui est désormais impossible avec les mélangeuses automatiques de decks – et de s’arrêter de tirer en fonction de la carte que prend la banque :

– Si elle a 3,4,5, on peut s’arrêter à 12 (car gros risque pour le joueur de sauter avec les nombreuses cartes qui font 10 alors que la banque a déjà elle aussi un gros risque de buster)
– Si elle a un as ou une « buche » (une figure ou un 10), il faut tirer au max, qu’importe le risque de sauter : la banque de toute façon a une grosse chance de faire 20, voire 21.

Mais pour avoir joué, une fois n’est pas coutume,  il y a peu à une table de vrais passionnés de blackjack – les rares qui gagnent contre le casino -, j’ai appris ce qui était le plus important : ne pas briser le cycle de chance. En clair, quand les joueurs commencent à gagner, il faut systématiquement augmenter la mise, demander avis aux autres pour ce qui est des cartes à tirer ou pas et faire très attention à l’arrivée d’un autre joueur à la table, ce qui briserait tout. Ceci est valable avec l’arrivée d’un nouveau croupier.

Et, à ma plus grande stupéfaction, j’ai découvert qu’il y avait des cycles réels au blackjack. Un truc incroyable. Ainsi, je vois la table gagner un coup. Puis deux. « C’est parti », lis-je dans les yeux des joueurs. Puis les quatre joueurs en course (dont moi, qui ne fait qu’obéir aveuglement à ce qu’on m’ordonne de faire) augmentent les mises, et parlent entre eux de devoir tirer au pas. Surtout celui qui est en dernier de parole, qui demande systématiquement l’avis d’adversaires qui ne sont pourtant pas ses amis. Je n’en comprends évidemment pas l’intérêt, étant donné qu’on ne sait pas quelle carte va arriver de toute façon. Les phrases comme « Tire une carte sinon la banque elle va prendre une buche », me passant largement au dessus de la tête. Mais pourtant, l’alchimie fonctionne et la banque, après avoir piétiné la table pendant 30 minutes, se fait attaquer. Un vrai braquage à main non-armée.

Il y a comme un frénésie du côté des joueurs que nous sommes, une symbiose, une synchronisation dans nos gestes, nous sommes concentrés, précis, on splitte, on double, gagne, ramasse, empile, le tout en misant de plus en plus et en « sachant qu’on va gagner ». Cette étrange union nous donne une force réelle contre cette pauvre dealeuse de 20 ans aux yeux désolés de faire perdre tant d’argent au Casino.

Arrive alors un homme d’une cinquantaine d’année, une verre de bière à main et une cigarette à la bouche. Le ballet s’interrompt net ; le rythme est brisé. Les joueurs se regardent avec tristesse ; ils savent que le moment de grâce est terminé. Ils ont fini de gagner et vont maintenant perdre. Et je comprends qu’il faut que je remette la mise minimale.

Sans même se concerter à voix haute, tout le monde pose un misérable jeton, le plus petit, ça soupire et demande mollement une carte en plus. On sait que de toute façon, ça ne sert plus à rien. Et la croupière gagne son premier coup depuis 15 minutes. Seul le joueur fraichement à la table récupère sa mise après égalité. Et les joueurs se remettent en hibernation ; attendant un signe pour à nouveau se réveiller et empiler les jetons avec frénésie. En attendant, ils joueront petit. Parce qu’en plus, le nouveau venu joue très mal. Et on m’explique que le fait qu’il prenne de mauvaises décisions fait perdre la table entière. Et que « croyez-moi ma ptite dame, ça fait 35 ans que je joue et même si je ne l’explique pas, ça ne marche que comme ça… »

Ca sent le roussi et je finis par me lever de table après avoir reperdu une petite partie de mes gains, encore secouée par cet accès de paranormal. J’apprendrais par la suite qu’il faut faire très attention : on ne s’assoit pas à une table qui gagne au risque de tout casser. Il faut observer et sentir. Au feeling.

Forcément, cette expérience se relie au poker par l’éternel débat : qu’en est-il des cycles de chance au poker ? Et si je n’ai toujours pas la réponse – et que personne ne l’aura jamais -, je sais maintenant qu’au blackjack, je ferais intervenir ma partie de cerveau qui touche à l’inexpliqué. Parce que, comme dirait l’autre, « ça ne marche que comme ça… »


Et puis, en même temps, je me souviens de deux fois où j’ai été en rush. Le vrai rush. Celui qui trouble la vision des alentours et donne des ailes ; celui qui donne l’impression de voler au dessus de la table, d’être illuminé du chakra du dessus de la tête et qui fait jouer en se sachant invincible. Une fois, je venais de gagner cinq gros coups de Limit d’affilée sous le regard ahuri de la table et j’ai finit par jeter Dame-8 UTG avant de voir le flop tomber Q 8 4. Et après, j’ai plus gagné un coup jusqu’à la fin. La seconde fois, je venais de m’assoir à une table d’habitué – moyenne d’âge 65 ans – au Palms et j’ai enchainé les fulls et autres merveilles. Et, voyant ça, quatre joueurs se sont levés, cassant alors la table. Je les ai entendu dire : « On va boire un verre en attendant qu’elle parte ». Bizarre ? Vous avez dit bizarre ?

Vous l’aurez compris, je n’y comprends rien. C’est probablement juste mathématique. A un moment, on est obligé d’enchainer des figures gagnantes. Mais il reste tout de même cette notion de « briser un cycle » qui me laisse perplexe…

Nota : dans cet article, je parle des cycles de chances sur une période de temps très réduite – une session -. Je ne parle pas des cycles de malchance qui peuvent durer des mois. Ca, c’est encore un autre sujet…

10 Réponses to “Ca alors… Les cycles existent au Blackjack !”

  1. D8 Says:

    Vaste sujet..
    Je te signale que tu peux également trouver des cycles lors du tour de France.. Si si
    J’espere en tous les cas que cette précision hautement indispensable fera avancer le débat!
    En tous les cas au blacjack tu as interet a augmenter ta mise des que tu gagnes un coup, pour que les series positives te rapportent plus que ce que te coute les series négatives. Genre tu pars à 15, et monte de 5 quand tu gagnes pour repartir à 15 quand tu perds.. Ce genre de série: 15 20 15 15 20 25 30 15 15 15 20 25 15 15 20 25 30 35 40 15 20 15.. est donc gagnante.. 6 coups de suite de perdus coute 90, alors que 6 de gagnés suivi d’un perdu rapporte 15+20+25+30+35+40-45=120.
    Mon record c’est d’être monté à 70. En plus tu as bien sur les doublages et autres qui rentrent en compte…

  2. eiffel Says:

    P14B, sors de ce corps !!!

    Claire, la vérité est ailleurs…😉

  3. SimEFP Says:

    Vraiment top ton blog Claire😉. Pour les cycles, ma vision c’est qu’il n’existe pas mathématiquement, donc n’existe pas en vrai. C’est juste notre ressenti sur une chance qui doit se lisser sur le très long terme. Or le long terme en maths c’est très très long. Il n’y a qu’a voir le simulateur de chatte du CP et le projeter sur du live. http://pokervariancesimulator.fr/ Aie. On peut d’ailleurs mettre Antoine Saout sur un rush de folie (ce qui ne l’empêche pas d’être excellent). Et forcément on ne parle pas de ceux qui ont subi la foudre de madame variance. Gestion de bankroll is the key to success ^^

  4. Kof Says:

    Je crois que je vais rester au poker😉
    On verra le black jack une autre fois.

    Et en parlant de black jack, merci pour avoir mit mon blog Black kings en lien sur le tien. J’avais d’ailleurs fait de même avec le tien depuis quelques semaines.

  5. viedefish Says:

    C’est sur que le seul moyen d’échapper à tout ça, c’est :
    1. De pas jouer au blackjack (en même temps, merci Fred pour le tuyau, au cas où une prochaine fois je décide de ne pas tenir la résolution que je viens d’écrire qqs mots avant)
    2. De jouer au poker en serrant les fesses, priant pour que les cycles n’existent vraiment pas, jouant bien tout le temps à concentration 100%, dans de bonnes conditions physiques et mentales et dans les limites de son bankroll. Mais du coup, ça semblerait presque ennuyeux🙂

  6. Gainternet Says:

    Oui Eiffel, Mulder me l’a dit…

  7. FMontmirel Says:

    Vous écrivez :

    « En clair, quand les joueurs commencent à gagner, il faut systématiquement augmenter la mise, demander avis aux autres pour ce qui est des cartes à tirer ou pas et faire très attention à l’arrivée d’un autre joueur à la table, ce qui briserait tout. »

    Si j’ai arrêté le BJ pro après une année entière au début des ’90, c’est en partie parce que j’en avais plus qu’assez de subir ces imbécillités de joueurs primitifs. Il n’y a que 2 choses qui peuvent vous faire gagner au BJ : la tricherie (cela arrive) et le comptage des cartes. Quand il y a un mélangeur automatique, seule la tricherie permet de gagner.

    Un certain nombre de joueurs de poker de cercle sont des mauvais coucheurs, nous le savons tous, mais honnêtement, ils restent une minorité. Au BJ, ils sont une vaste majorité. C’est assommant de subir les réprimandes de joueurs qui n’y entendent rien aux probabilités vous donner des leçons de statistiques. Assommant.

    A la fin de la session, j’avais des piles de jetons nettement plus hautes qu’eux. Ils trouvaient que je « gagnais sur la table », c’est-à-dire en leur prenant leur argent. Aucun ne s’est posé la question de savoir si ma méthode était meilleure que la leur. Il n’y a pas plus braqué qu’un joueur de BJ.

    J’ai commencé le BJ en 85 à 22 ans, j’ai arrêté en gros en 93, et dans toute cette période, les joueurs à peu près lucides que j’ai rencontrés se sont comptés sur les doigts des deux mains, pas plus. Dont un avec qui j’ai fait équipe pendant 3 mois.

  8. viedefish Says:

    Merci François pour le long commentaire très intéressant. Toutefois, il y a quelque chose que je n’ai pas compris : vous dites qu’il n’y a que deux façons de gagner au blackjack : la triche ou le comptage (ce dernier étant désormais impossible) mais que vous avez quand même gagné des années, fait équipe et beaucoup joué. De même, vous parlez d’une session où vous finissez largement gagnant. Et je doute fort que ce soit le résultat d’une triche. Alors, quelle était votre méthode pour gagner ? Comment joue un joueur « lucide » ? Merci d’avance pour les tuyaux !🙂

    • FMontmirel Says:

      Chère VieDeFish

      « Je parle d’un temps que ceux de 20 ans ne peuvent pas connaitre… ! »

      Désolé de ne pas avoir précisé dans mon commentaire qu’en 1993, les mélangeurs n’existaient pas encore en Europe, aussi le comptage de cartes était efficace. Voilà pourquoi il y avait bien des sessions largement gagnantes pour les bons compteurs de cartes.

      Aujourd’hui, je recois à peu près 2 fois par mois des emails de jeunes joueurs qui me demandent conseil pour améliorer leur BJ. Ma réponse est la même pour tous : tant que vous ne pouvez pas jouer ailleurs qu’aux tables avec mélangeur, laissez tomber…

      Ca fait vieux combattant tout ca, c’est vrai. Mais pensons une seconde aux gars de 22 ans hyper-doués au poker qui écument les cash-games d’aujourd’hui. Y aura-t-il autant de fish aux tables dans une vingtaine d’années ? C’est peu probable, et si c’est le cas, ils évoqueront eux aussi l’époque actuelle comme « le bien vieux temps »… Rendez-vous en 2030 !

  9. Jouer aux machines a sous Says:

    AHahahahah j’ai adoré la BD!

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