Passer pro : Live The Dream vs. Job2stars (part 1)

A chaque fois que j’ai dit je partais à Vienne pour faire un reportage sur Live the Dream, j’ai entendu : « Livze quoi ? » Ce à quoi s’en est systématiquement suivi : « C’est comme Job2stars sauf qu’ils en prennent dix au lieu d’un ». « Ah ouaiiis… »

En effet, le génie du marketing chez PS a une nouvelle fois fait ses preuves cette année avec leur opération char d’assaut Job2stars, qui a fait buzzer le France entière. Pas autant qu’ils l’auraient voulu, certes (on se souvient tous de l’ultra-médiatisé « Best Job in the World » qui consistait à « surveiller » une île paradisiaque moyennant un salaire faramineux et qui avait signé le premier des coups de maitre marketing façon « pour qu’on parle de nous, faisons rêver les gens ») mais tout de même… L’idée d’avoir transformé le contrat en un CDD afin de passer dans la rubrique petites annonces du Figaro ou de Monsters.fr, c’était à la limite du légal, mais c’était brillant. Et ça avait fait le tour de France et de Navarre de la communauté poker : on avait – presque – tous tenté notre chance, convaincus qu’elle ne se représenterait pas de sitôt.

Sauf que depuis maintenant trois ans (mais seulement deux éditions), Everest fait la même chose, en mieux, dans l’anonymat le plus total. Jamais je n’avais entendu parler de Live The Dream avant cette année. Ou plutôt, j’en avais entendu parler mais ça n’avait à aucun moment résonné comme avait résonné Job2stars. « Quelle grave erreur de communication de la part d’Everest ! », vous direz-vous, « offrir chaque année 1 million de dollars à ses joueurs et ne pas en parler ? »

Sauf que ce n’est pas aussi simple… En effet, tant que la loi sur la régulation du jeu sur internet ne passera pas, il sera interdit de faire de la publicité d’une façon ou d’une autre sur quelconque média que ce soit, pour un site de jeu. Et Everest, côté en bourse (au contraire de Pokerstars), tient à respecter la loi au maximum.

C’est donc à nous, médias généralistes ou spécialisés poker, d’en parler dans nos colonnes, en publiant reportages et/ou vidéos sur l’événement. Et il me semble important de mettre Live The Dream en valeur, parce que je crois vraiment que participer vaut le coup. Comme finalement ça l’a d’ailleurs été pour Job2stars. Après tout, comme dirait l’autre, 100% des gagnants ont tenté leur chance, non ?

La salle, typiquement Sissi Impératrice, où se sont déroulés les sit'n'go

Du côté des points communs entre les deux projets, l’idée d’Everest a été largement reprise par Pokerstars : offrir un contrat de sponsoring à un joueur amateur qui rêve de passer pro. Et, pour ce faire, organiser préalablement une sélection sur dossier (dont les blogs et/ou, les résultats sur le site) avant de lui faire passer une série d’épreuves face à un jury.

Sauf que, et c’est là une des différences, il n’existe aucun moyen détourné pour faire partie des qualifiés chez Everest ; tous, sans aucune exception, ont été sélectionnés en fonction de leurs performances sur le site (en cash, en tournoi ou lors de satellite spéciaux). Une façon aussi de récompenser leurs plus fidèles joueurs. Du coup, aujourd’hui, il n’y a que quatre représentantes du sexe féminin (ben vi… on est nulles…).

Je ne vais pas m’en plaindre, évidemment, puisque j’avais pu participer à la finale de Job2stars suite au dossier que j’avais envoyé (d’ailleurs, si vous n’avez pas encore vu la video rigolote que j’avais faite avec MadeInPoker, cliquez ici). Mais Pokerstars avait choisi de départager ses derniers 100 candidats suite à un tournoi de quelques heures où la moyenne offrait un M de 5 après le dîner. Ils ont donc eu beaucoup de chance avec leurs 10 finalistes, parmi lesquels on a retrouvé les talentueux Pierre Canali, Thomas Bichon ou encore Benjamin Pollak (pour ne citer qu’eux).

Une autre différence, et de taille, est que les 200 participants se sont vus offrir le séjour à Vienne en intégralité : trois nuits dans un hôtel 5 étoiles (l’hôtel Intercontiental) et la pension complète. Les vols ont quant eux été défrayés à hauteur de 300$, contrairement à Job2stars, qui m’a personnellement coûté 600 euros l’aller-retour Paris/Vegas. Pourtant, que je sache, PS n’est pas moins riche qu’Everest… Bref…

Ici, à l’issue de la première journée, les candidats vont passer de 200 à 20 après s’être vus remis une note automatique qui est un mix savant entre leurs résultats précédents online, leurs blogs, l’avis des autres joueurs, l’avis du jury et les trois épreuves en live de la journée (deux « one table » turbo et un cash game en play money). Dans le cas de Job2Stars, on gagne sa place en finale en remportant un coin flip (mais ils devaient avoir une raison pour faire leur selection de cette façon) et ici, non. Car les étapes sont plus nombreuses. Ce qui ne veut toutefois pas dire que les structures étaient à la hauteur, loin de là.

En effet, une fois de plus, un site choisit ses représentants en laissant une part immense à la chance. Pour exemple, les s’n’go avaient des niveaux de 15 mn, cave de 3 000, départ 25/50, 50/100, 100/200 etc… (avec des gros jumps ensuite). Mais le fait d’en enchainer deux donnait une petite marge. Et puis il y avait aussi le cash game, qui, bien qu’en play money (ce qui n’a pas changé grand chose au vu de l’enjeu final et de l’importance de l’épreuve), n’a duré que deux heures, soit une petite trentaine de mains seulement en full ring. Toutefois, d’avis général, cette épreuve offrait une petite profondeur bien appréciable.

C’est donc studieusement que les 200 candidats du jour ont passés leurs épreuves, s’étant vus remettre un programme individuel en début de journée lors du petit déjeuner : à 11h : jury, à 13h15 : sit’n’go, à 15h : cash game etc… J’en profite donc pour saluer l’excellence de l’organisation de l’évènement où tout est fait pour que tout le monde, journalistes, jury, candidats et organisateurs (60 membres de la société Everest sont présents !) se sentent bien. Tout est réglé comme du papier à musique, aucune place n’est laissée au bug ou à l’imprévu et les membres de l’organisation avaient réponse à chaque question.

Les membres du "grand jury", tous assis sagement au premier rang lors de la cérémonie d'ouverture

Quant aux jurys, je crois qu’ils étaient aussi tendus aujourd’hui que les candidats ! En effet, la première journée, des « sous-jury » ont été crées, afin de recevoir chacun des 200 candidats et de les interviewer dans leur langue natale. Le deuxième jour en revanche – demain – , les 20 encore en course passeront devant le « grand jury » -en plus d’autres épreuves -, composé des joueurs Fabrice Soulier et Antoine Saout, du directeur de tournoi Thomas Kremser, du présentateur Alexis Laipsker et de trois hauts dirigeants marketing d’Everest.

En début de journée, personne de l’organisation ou du jury n’avait la moindre idée de quel joueur passerait ce Day 1 avec succès. En effet, la note a été composée par de nombreux facteurs indépendants des volontés du site de jeu. Ainsi, même si chacun des jurys avait ses chouchous (forcément), il y a tant de facteurs qui sont rentrés en compte (et aussi tant de pays différents), qu’il a été impossible de favoriser tel ou tel joueur. J’ai donc vu Antoine et Fab s’inquiéter de savoir s’il y aurait beaucoup de français (dont certains qu’ils connaissaient et qu’ils apprécient) dans la sélection des 20 derniers.

La note finale était sur 100 points : 25 sur les s’n’go et cash game, 20 sur l’avis du jury et 55 sur les résultats précédents (obtenus online et sur les blogs, entre autres). De ce fait, la moitié de la note était déjà décidée avant même le début des épreuves. Mais restait une grosse part d’aleatoire, liée aux perf’ en live. Et comme le disent certains membres du jury : « Nous avons vus des joueurs excellents en entretien, posés, intelligents, drôles, charismatiques et bons joueurs mais qui n’ont pas été selectionnés. Tant pis. De toute façon, on ne pouvait pas prendre tout les bons. »

Parce que Everest, dans un souci compréhensible d’équité, avait décidé de choisir les 20 semi-finalistes uniquement sur leur note de la journée. Se gardant toutefois une petite marge de manoeuvre et de discussion en cas de gros litige sur un joueur. Et c’est bien dommage. Car certains joueurs qui ont cartonnés aujourd’hui n’étaient largement pas à la hauteur d’autres. Mais ils avaient un ou deux points de plus au total de la note, suite à la réussite obtenue dans la journée. Du coup, les négociations finales ont été rudes et âpres, parfois douloureuses. C’est tout de même dommage de perdre un bon joueur parce qu’il a fini 5e au lieu de 1er à un turbo non ?

Sauf que le débat du coup n’a pas de fin : pourquoi ne pas sponsoriser directement des joueurs choisis par le jury et négliger les épreuves du jour ? Pourquoi dans ce cas organiser un tel évènement ? Pourquoi ne pas simplement recevoir et « caster » directement les meilleurs joueurs habitués du site ? Au finish, les journalistes n’ont pas su combien de joueur à l’origine dans le top 20 ont été finalement remplacés par d’autres. Mais il parait que le nombre est très faible.

Quelques uns de nos frenchies posent devant l'objectif avant de commencer la journée (de g à dr, Mathieu Le Montagner, Anael Dossevi, Leo Truche, Germain Gillard et Nicolas Rames)

A la fin de cette meurtrière première journée, seuls 5 français ont été sélectionnés sur un total finalement ramené à 21 et parmi lesquels on retrouve Leo Truche, un joueur sympa et talentueux à qui je souhaite bonne chance pour demain. En revanche, mon pote Germain Gillard, un des meilleurs joueurs online français, n’aura pas passé l’épreuve ; sa chance l’ayant malheureusement abandonnée aujourd’hui. On retrouve également Thibaut Durand, Jerôme Senac, Julien Claudepierre et Fabien Perrot pour porter les espoirs tricolores.

Question nationalités, pour le moment, dix pays sont représentés, dont le Japon, le Brésil (deux candidats), la Hongrie (avec Viktoria Szilasi, seule femme en course) ou encore la Belgique, avec Jonas T’Syen. L’Italie compte quatre représentants et l’Allemagne, trois. Etrangement, seul un joueur s’est qualifié pour l’Espagne. En tout cas, un membre du jury nous a confié être assez content du résultat : « Il y a quelques joueurs qui avaient vraiment leur place et qui auraient mérité qu’on leur signe directemet un contrat, mais c’est normal que tout le monde ne soit pas pris. Ce sera pour une prochaine fois. En attendant, les joueurs sélectionnés pour la France ont tous un bon niveau, donc ça va. »

Les joueurs ayant passés la première journée : heureux !

Comme pour chaque compétition, LTD comme J2S, la chute est dure pour les éliminés. Car, comme dans toute selection sur le court terme, c’est tout le temps un peu injuste. Et qu’il y avait des débutants sur la ligne de départ qui n’avaient pas leur place (Germain me racontait avoir vu des choses du style : UTG limpe, UTG+1 min-raise, 5 payeurs, UTG folde. Ou alors Bouton limpe 100, BB pousse tapis dans s’n’go avec 250 et Bouton, chip leader, tanke et passe) autant que des gros regulars qui auraient du avoir d’office leur ticket, sans passer par toutes ses selections (ou alors seulement passer devant un jury). Mais il semble difficile de toute façon de choisir 10 joueurs parmi 200 en deux jours. Et pis, il faut faire rêver. Et pis le poker, c’est souvent injuste. Et pis offrir une loterie, surtout quand c’est bien fait, ça fait toujours plaisir.

Le seul truc difficile, c’est de repartir en sachant qu’on est meilleur que certains de ceux qui restent en compétition. Et c’est l’impression que j’ai lue dans de nombreux regards. Pas grave les gars, ce sera pour la prochaine fois… Il parait qu’on ne juge un joueur que sur le long terme (et pis il y a un freeroll organisé demain entre les 180 éliminés avec à la clé un package WSOP d’une valeur de 3 500$, ce sera toujours ça…). Et courage (et bravo) aux 21 qui restent !

PS : J’ai profité de deux heures de break pour aller visiter les appartements de Sissi et de son Empereur François Joseph. Vous vous en foutez peut-être, je sais, mais c’était magnifique (mobilier, objets, vaisselle, tableaux, tout est d’époque et installé de la façon la plus vivante possible) et la visite, par audioguide, était fascinante. Mais le bad beat, c’est qu’en fait, Sissi, elle était dépressive, cocaïnomane et anorexique. Décidément, et ce sera la conclusion d’aujourd’hui, sous ce qui brille, il y a toujours une faille.

A demain pour la suite (et fin) de l’aventure !

Publicités

5 Réponses to “Passer pro : Live The Dream vs. Job2stars (part 1)”

  1. D8 Says:

    hello Claire ( rien à voir avec à l’eau clair)
    Ca m’a fait drole de lire ton post parceque j’ai fait le casting live the dream à Vienne la derniere fois. (en mars 2008, car en mars 2009 ça n’a pas eu lieu). Exactement le même systeme de selection, et un casting final qu’on avait trouvé bien plus marketing qu’autre chose ( en gros les belles gueules, les deux filles, les fashions ou le scandinave hard rocker..)
    Inutile de te dire que pas un des 10 castés n’a réussi quelque chose en 2 ans. ( peut etre exception avec Otto Richard)
    On verra si cette année la dream team sera plus forte. Si elle est coachée par Fabrice et Antoine ça peut peut etre marcher!

  2. aldanjah Says:

    on ressent quand même un peu d’amertume dans ton article face à ces sélections qui donnent même leurs chances aux têtes non connues, mais n’est pas là tout le principe ; permettre aux non-pros de rêver ?

  3. Rincevent Says:

    Superbe compte rendu.
    Effectivement, quelle belle opération marketing. Les meilleurs joueurs sont bien sûr déjà connus par leurs résultats au long de l’année.
    Le poker est un jeu à long terme, et seul le long terme permet de mettre en évidence les meilleurs.
    Cette espèce de sélection permet de faire rêver les gamins et au final tant mieux pour eux.
    C’est beau de rêver!

  4. Kof Says:

    Merci pour ce compte rendu très intéressant.
    Est espérons que les 5 représentants tricolors continuront à briller dans la suite de l’aventure.

  5. viedefish Says:

    Non, si amertume il y a, c’est face à la difficulté de selectionner des candidats. L’idée de donner un contrat pro à un amateur est géniale. Il ne faut surtout pas remettre ça en cause ! En revanche, tout le souci est de savoir comment choisir l’élu(e)… Parce que c’est difficile d’être juste. (en même temps, le poker, c’est injuste aussi alors…)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :