La peur de ma vie à une table de poker

Replaçons le cadre : une île des Antilles, le Pacifique et sa mer turquoise à 100 mètres, un grand soleil, des cocotiers, bref, un endroit où le mot « stress » n’a pas lieu d’être.

J’étais assise dans un satellite afin de tenter de décrocher mon sésame pour le gros tournoi du lendemain. A ma table, un mec relou. Pas la moitié d’un mec relou, non. Un vrai gros lourdingue en short, insupportable, qui parle fort, qui enchaine les whiskys et qui commence à sérieusement ennuyer la table entière.

Nous ne sommes pas loin de la bulle et je relance en milieu de parole avec A-Q. L’homme en question, dans les blinds, éclate de rire et montre alors sa main à tout le monde derrière lui : « Qu’est ce que je fais faire de ça, hein ? Dites-moi ? Elle vous semble sérieuse dans sa relance ? Qu’est ce que je fais ? » Ce à quoi, logiquement, je m’insurge. Surtout quand je le vois qui paie ma relance. Ce qui à ce stade du tournoi et au vu de la structure, me fait m’inquiéter pour mon tapis.

Déstabilisée, je perds le coup (il n’y a ni dame ni as sur le board et il remporte le coup avec 3-5 et une paire de 3 au flop) et j’appelle le floor. La table est outrée, mais le floor, qui a visiblement la tête ailleurs, valide la main et nous demande de continuer à jouer. J’essaie alors de prendre sur moi en lui expliquant que ça ne se fait pas et que sa main aurait dû être déclarée morte.

Et là, ça ne lui plait pas. Il a décidé d’expliquer à tout le monde qu’il n’a rien fait de mal et qu’il a le droit de faire ce qu’il veut et que si je suis de mauvaise humeur parce que j’ai perdu le coup, c’est mon problème. J’essaie de ne pas rentrer dans son jeu et m’engage dans un très gros coup. Et là, pendant que je réfléchis sur une décision qui peut peser lourd sur son avenir dans le satellite, il continue de parler fort, tout seul, me prenant à parti et grommelant que je devrais me détendre.

C’est plus fort que moi, j’ai hurlé : « Shut Up ! » Un gros « ta gueule » qui a installé un blanc à la table. Le mec a viré au vert. Il tente de bredouiller un truc mais je le coupe à nouveau en enchainant, en gros : « Tais-toi ! Tu ne vois pas que j’essaie de prendre une décision ! Ca suffit maintenant, tu m’as pourri tout à l’heure alors tu passes à autre chose, je veux plus t’entendre ! »

Et là, il se tait. D’un coup. Après m’avoir jeté un regard bien noir. Je gagne le coup et un ami vient me voir, catastrophé : « Mais Claire, tu sais où on est ! Tu ne sais pas qui sont ces gens ! Y’a de tout ici ! Y’a aussi des bandits ! Tu sais pas qui c’est ce mec et tu lui gueules dessus ! Ca va pas non ? » Ce à quoi je réponds qu’il n’a pas vraiment l’air d’un truand et je reprends mon jeu.

Dix minutes plus tard, alors qu’il papote avec un mec derrière lui, je surprends des bribes de conversation qui comprennent cette phrase, prononcée par mon ennemi du soir : « Je suis là depuis trois ans mais ma famille est originaire de Sicile. »

Le temps se fige.

Mon corps se balance au bout d’une corde
Ma tête flotte au bas d’une falaise
Les freins de ma voiture de location me lâchent dans un virage
Des mecs m’attendent à la sortie du Casino pour me faire monter dans une voiture
Le bouffon est en fait un tueur venu se mettre au frais quelques années

En même temps, la vue que j'aurais eue depuis ma tombe aurait été sympa...

Mon visage se vide de son sang et mes mains se mettent à trembler. C’est horrible. Je viens de dire, moi, une nana, à un sicilien de fermer sa gueule. Devant des témoins. Et là, il ne parle plus du tout. Il mijote sa vengeance. Il se demande où il a mis la pelle à creuser.

Les cinq minutes jusqu’à la pause ont été les plus longues de ma vie. Quand le floor a annoncé le break, l’instinct de survie m’a fait bondir de ma chaise et je me suis précipitée pour lui serrer la main et lui présenter des excuses pour m’être emportée (« Ah, le jeu, ça vous fait avoir des réactions débiles, l’adrénaline, c’est terrible etc… »). Le tout sous le regard hébété de la table qui ne comprenait pas pourquoi j’allais moi m’excuser auprès de cet homme impoli et grossier. Avant de me féliciter pour mon fair play.

Le mec a accepté mes plates excuses et j’ai filé au lavabo me passer de l’eau sur le visage. Au final, j’ai eu mon ticket, pas lui.

Mais le plus « drôle », c’est que deux jours plus tard, alors que je voulais faire une excursion en jet ski pour faire le tour de l’île, j’arrive pour m’inscrire à la boutique et, alors que j’ai enfilé mon gilet de sauvetage et reçu les instruction de sécurité, arrive notre « guide », celui qui va nous emmener, mon ami et moi, au large. Et évidemment, c’est lui.

L’île est petite mais ça ne peut pas être une coïncidence
Il va m’emmener sur une plage et me démembrer à la machette
Ils ont tout manigancé pour que je reçoive le prospectus, ils m’attendaient
Mon jet ski va exploser au large et on en dira que c’était un fâcheux accident

Bref, j’ai à nouveau cru que j’allais mourir et je n’étais pas super fraiche en montant sur mon engin que j’imaginais bourré de TNT. Mais la ballade s’est bien passée, et l’homme – qui avait dessaoulé mais qui se souvenait quand même de moi – s’est même avéré être plutôt sympathique, voire jovial.

En résumé, ceci m’ayant servi de leçon à vie, je peux vous garantir que désormais, je peux être assise en face de n’importe qui, ivre ou pas ivre, poli ou impoli, que je vais lui parler avec la plus grande correction possible…

23 Réponses to “La peur de ma vie à une table de poker”

  1. mr4b Says:

    rarement autant rigolé … merci !!

    ça a pas dû être simple LOL

  2. Coyote Says:

    Excellent ! Félicite toi d’être une femme. Un homme, à ta place, n’aurait peut-être pas eu le loisir d’écrire cet article, lol.

  3. samsonov Says:

    Merci pour cette histoire rafraichissante

  4. Naomi Says:

    Explosée de rire! Merci pour ton article 🙂 C’est du Las Vegas Parano en puissance 😉

  5. mat Says:

    mauvaise rencontre… awsome post 🙂

  6. rincevent Says:

    Excellent!

  7. Eiffel Says:

    étonnant que le floor n’est pas brulée la main !! le fait qu’il l’ait montrée aux autres suffit…

    il a peut-être eu peur du sicilien ? 😀

  8. Gainternet Says:

    Hahahahahha !!!!

    J’&ai bien ri, Bravo pour ce post 🙂

  9. JP90 Says:

    Et bien moi ça me fait pas rire du tout ! tu as eu de la chance de t’en sortir aussi bien

  10. D8 Says:

    En théorie le floor aurait brulé la main si tu l’avais appelé au moment ou il a montré sa main a tout le monde non?
    Sauf que le floor tenait peut etre aussi à rester vivant!

  11. Hultrasimple Says:

    Excellente cette histoire merci ! 🙂

  12. CelticTouch Says:

    excellent !

    Si c’était l’extrait d’un bouquin, j’irai l’acheter de suite…

  13. Nash Winslay Says:

    Ouais enfin … regarde quand même souvent derrière toi, on sait jamais. Je dis ça je dis rien moi …

    ^^

  14. Kof Says:

    Terrible !
    T’as jamais pensé devenir scénariste ?
    Justement j’en cherche un pour un projet de programme court qui se passerait autour d’une table de poker !

    En tout cas c des histoires comme je les aiment, surtout quand elles sont vraies.

  15. Dadoo Says:

    Ce gars là je le connais, c’est Danny De Vito!
    tu savais pas qu’il avais pris sa retraite sous les cocotiers???

  16. fred D Says:

    C’est clair que l’on ne sait jamais à qui on a à faire en face…
    Une fois j’ai mis un énorme bad beat à un gars (un 2 outer river). Et il l’a super mal pris, j’ai pas fait le malin mais bon je lui ai dit que c’est le poker ca arrive…

    Il a pas apprécié mon discours et sans l’intervention du floor, il m’éclatait la gueule… Faut tjs se méfier et plutot faire profil bas qd même qd on ne connait pas les gens en face.

  17. zmasters Says:

    Et voilà, il fallait que ça arrive…J »ai fait la boulette, j’ai merdé, j’ai craqué, et j’ai …encore créer un nouveau blog… C’est grave docteur?

    No-life auto-proclamé, je lance (encore une fois) mon blog façon pèche et chasse (pigeon et fish only).
    Si y’a moyen de traquer un ptit donk dans la savane, je pense que ça rentrera quand même dans le cadre de mon blog.

    Grinder les micro-limites c’est mon dada et je le prouve.

    Une preuve? Ces trois dernier jours j’ai joué 14 000 mains (multitablant neuf tables) en cash et je crois que la situation va encore s’aggraver.

    Bref toute venue et commentaires sont les bienvenus.

    http://zmasters-the-fish.blogspot.com/

  18. aldanjah Says:

    bonne idée ce post.
    Si tu disparaissais sans raisons, ça mettra les enquêteurs sur une piste 🙂

  19. D8 Says:

    il est sympa Aldanjah, il en a de bonnes idées!
    euh remarque y a pas eu de post sur ce blog depuis une semaine… inquietant!!!!

  20. D8 Says:

    ouf!!!

  21. CharDasso Says:

    Tout les sicilien ne sont pas des mafieux

    de plus il ne va pas commettre un meutre pour si peu

  22. franck221 Says:

    un vrais talent de romancière, me suis éclaté

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