I have a dream that one day, (aïe) am championne of ze world


***

LE REVE :

Dix heures trente :

J’ouvre les yeux sans réveil, le lit est pile à la bonne température, ni trop chaud ni trop frais, j’actionne les volets automatiques pour voir que le soleil brille dehors et je me lève doucement. Mon majordome, Fabsoubrette, m’apporte ma tasse de café noir et j’ouvre mon ordinateur pour répondre à mes mails.

Onze heures :

J’apprends que le film que j’ai écrit sort dans 450 salles et non pas 100, que je vais devoir partir faire une séance photo pour mon sponsor aux îles Fidji et que l’argent a bien été viré sur le compte du Bellagio : je peux aller jouer le 10 000$ NLHE de cet après-midi.

Onze heures 15 :

Je teste la douche de 25 mètres carrés qui trône au cœur de ma nouvelle villa vegassienne achetée il y a deux jours. Chute de l’immobilier oblige, j’ai déboursé 450 000$ quand les anciens proprios l’avaient payée 1,2 millions. Pour le prix, j’ai eu une piscine, 5 chambres, 4 salles de bains, trois salons, une cuisine avec barbecue intégré sur l’extérieur et une (petite) salle de ciné.

Onze heures 30 :

Mon personal coach, un gaillard robuste taillé à la serpette et dont les muscles saillants déforment le t-shirt sonne à la porte et m’offre son plus large sourire ultra-bright : « Let’s get ready for some exercise Claire ! ». Après deux secondes de mure réflexion, je l’envoie joliment péter : « Yes yes Sean. Tomorrow, you are gentil. » Et je me sers un autre café noir vautrée sur le canapé derrière mon ordi en me félicitant de ne pas avoir fait de sport ce matin.

Midi :

Vient l’heure sacrée de la préparation physique et mentale propre aux grands champions : le tournoi a déjà commencé et je me dois d’arriver dans les meilleures conditions. A condition de trouver réponse à la question qui se pose d’entrée dans mon dressing de 30 m2 : « Que vais-je mettre ? »

Midi 15 :

Mais que diable vais-je bien pouvoir fichtrement mettre ?

Midi 45 :

J’ai eu le temps de me faire un sauna et Taxsoul, mon brave chauffeur, m’attends pour m’emmener au Rio.

Treize heures :

La route sur la I-15 est rapide et sobre : c’est toujours le même désert, les mêmes montagnes pelées au loin, le même ciel bleu vif, les mêmes cactus et les mêmes gros trucks à la devanture Wild et rebelle. Mais ça a de la gueule.

Treize heures 15 :

J’arrive sur le parking du Rio mais hors de question que je sorte comme ça de la voiture : il fait trop chaud. Et ma robe Chanel craint la chaleur (ou pas, mais c’est pas le problème). Du coup, Taxsoul se précipite pour m’ouvrir la porte, une ombrelle d’une main et un brumisateur Evian de l’autre, tout en flattant ma grandeur et mon talent, histoire de me préparer mentalement à éclater mes adversaires.

Treize heures 30 :

J’arrive nonchalamment à mon siège avec plus d’une heure de retard. A ma table, Phil Hellmuth change de couleur en me voyant m’asseoir et Tom Dwan feint un malaise pour pouvoir se lever et sortir de table avant que je ne l’humilie publiquement sous les yeux des reporters de Pokernews.

Quatorze heures :

Je fais un bluff énorme à Phil Ivey en poussant mon tapis avec 5-6o sur un board A Q J T 8 et il passe AJ face up. Afin de l’enterrer et d’accrocher son scalp à ma longue liste de victimes, je montre mes cartes et, anéanti, Ivey baisse la tête en ma direction en signe de respect. Il me sort d’un air solennel : « Jamais je n’aurais pensé rencontrer mon successeur de mon vivant. Bravo Claire. C’est l’âme en paix que je vais partir prendre ma retraite dans la montagne »

Quatorze heures 30 :

J’ai éliminé trois joueurs d’un coup (les frères Mizrachi et un mec avec une barbe, un chapeau et des cheveux longs qui fait toujours la même tête depuis des années mais j’ai oublié son nom, ça ressemble à Vierge Marie ou un truc comme ça) en floppant carré avec paire de 2 face à paire d’as, paire de rois et paire de dames sur un board 2 2 Q K A. J’ai trente-deux fois la moyenne en jetons et, à force qu’on me demande des autographes pendant que je joue, l’organisation m’a enfin gratifiée d’un service de sécurité spécial.

Quinze heures :

Nous ne sommes déjà plus que 35 sur les 267 joueurs du départ. Il faut dire que j’ai fait le ménage. Plus personne ne veut m’affronter : désormais, quand je relance, à moins d’avoir les As, les adversaires passent. Du coup, je monte mon tapis avec les blinds. Et aussi en craquant les As qui se mettent en travers de ma route. Je suis Son Goku quand il a les cheveux blancs dressés au dessus de la tête, je suis la fumée noire de Lost, je suis Ernst Stravro Blofeld qui nique la gueule de James Bond (pour une fois), je suis Batman qui s’accouple avec Catwowan : je suis invincible !

Seize heures :

Nolan Dalla vient me voir pour avoir l’autorisation d’écrire ma bio.

Dix-neuf heures :

Nous sommes bientôt à la bulle. Les joueurs qui viennent à ma table préfèrent rester debout. De toute façon, il ne leur sert à rien de s’assoir.

Dix-neuf heures 30 :

Pause dîner. J’ai fait exprès venir des plats du Yellowtail, le restaurant japonais du Bellagio. Hors de question de m’empoisonner avec leurs pizzas molles et leurs hamburgers en plastique. Et comme je trouvais ça plus marrant, je me suis aussi fait installer une table dehors avec des petits brumisateurs intégrés, histoire que mon sashimi de homard reste frais.

Vingt-deux heures :

Nous sommes enfin en finale. Deux jours d’avance sur l’horaire prévu mais bon, je refuse de la jouer le lendemain, pas que ça a faire non plus… Il est temps d’achever mes adversaires (les pauvres, ils tremblent de peur. Même Jason Mercier n’ose pas me regarder dans les yeux de peur que je me charge de lui en premier) La partie commence et j’en élimine trois à la suite sur des coin flips. Il faut dire que je me suis beaucoup entrainée pour que la pièce retombe du bon côté. Je suis désormais une championne du 50/50, et je peux affirmer que chez moi, c’est tout le temps du 100/0.

Minuit :

Mon adversaire de heads-up, Daniel Negreanu, est nerveusement à bout. J’ai un avantage de 100/1 en jetons et il n’ose pas me jouer. Je crois qu’il attend les As.

Minuit deux :

Je lui craque ses as avec 7/8o.

Minuit trois :

Et c’est fini ! Championne du mooooonde ! J’ai gagné mon bracelet !
Les flashes crépitent de partout, des bimbos en robe de soirée se précipitent vers moi un micro à la main pour avoir mon interview, la foule est en délire ! Je viens de faire perdre 5 millions de dollars à Phil Ivey qui avait parié avec moi qu’une femme ne pouvait remporter un tournoi à 10 000$ aux WSOP ! Je me prête au jeu des photographes mais bon, pas que ça à faire, le plus important reste à venir : paaaaaaarty time !

Minuit trente :

Mon assistant personnel, Slavoul, a réservé une table au XS, la plus grande boite à ciel ouvert de la ville et j’arrive avec tous mes proches (que j’ai fait venir la veille en jet de plein d’endroits dans le monde – New-York, Chang Mai, Paris, Noumea, Christchurch, Londres, Eguenigue (lol) etc…-) pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit en ouvrant des magnums de champagnes sans même avoir demandé le prix auparavant. Je repousse des Mignons en extase par grappes de dix, la vie est belle, je suis une championne du monde entourée de tous ses amis et après-demain, je joue le Main Event que je sais déjà avoir gagné d’avance. Viva Las Vegas !

***

LA REALITE :

Si vous ne me voyez pas sur la photo de cet autel bouddhiste (qui trône devant le Caesars palace pour une raison mystérieuse), c'est parce que je suis allongée face contre le sol en train de bruler de l'encens pour que Bouddha prenne pitié de moi et qu'il me fasse enfin gagner un coin flip.

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24 Réponses to “I have a dream that one day, (aïe) am championne of ze world”

  1. Ricardoc Says:

    Excellent Claire !

    Ricardo

    Nb: tu t’emmerdes ?
    😀

  2. lessims Says:

    Enormous
    J’en peux plus de rire, te brule pas quand même avec ton baton d’encens lol

  3. mat Says:

    best post ever ! Enorme Fabsoubrette, Taxoul et Slavsoul :))
    les rêves ca se réalise… Yapuka !

  4. Dr Spades Says:

    ça c’est un post ! Du grand post !

  5. Rv Says:

    mdr !
    c’est quoi le plus fantasme : le bracelet ou Fabrice réduit à l’état de domestique/chauffeur indi/assistant perso ?

  6. aldanjah Says:

    J’aime bien la réplique de Phil Ivey « Jamais je n’aurais pensé rencontrer mon successeur de mon vivant.. « 

  7. D8 Says:

    moi j’ai adoré le passage sur Jésus!!!
    Excellent post! Je m’en vais d’ailleurs le recommander chaudement!
    Et c’est clair que les transformations successibles de Fabsoul valent leur pesant d’or!
    J’espère qu’il apprécie ce que tu fais sur ton blog à sa juste valeur!

  8. Sonia Says:

    mdr!! Genial l’article, je rigolais comme une con en le lisant.
    Mais la premiere demie heure de ta journee j’ai vraiment cru qu’elle etait vraie (ou tres inspiree de la realite)! Le coup du film et de Fabsoubrette etait tout a fait credible, c’est juste au passage de la douche que j’ai commence a tiquer 🙂

  9. stefal Says:

    Je comprends mieux mon mal de tête ce matin au réveil, jamais trop supporté jet lag et champagne.

  10. Rincevent Says:

    Du coup c’est bouddha qui a chip le bracelet? M’étonnes pas, j’étais sur que ces breloques étaient en bonze!

  11. cartermd Says:

    Nice post Claire

    Je prefere le reve a la realite et t’inquietes pas cela arrivera un jour (pour le bracelet) pour fab ca c’est moins sur :))

  12. Choupithai Says:

    Sacré toi,

    Tu ne changeras donc jamais et c’est tant mieux.

    Signée: la pote de Chiang Mai, qui attend sa limousine pour aller au jet privé affrêté par Clairechampionneoftheworld direction Vegas. Alors, quelle heure ?

  13. eiffel Says:

    fantatisque ! génial ! j’adore !!!

  14. rules Says:

    excellent , tout simplement énorme …., j’en ris encore !!
    bravo !!

  15. chpogol Says:

    mouahahahhaha! Excellent!

  16. Eric Dethier Says:

    Alors là c’est ce qui s’appelle avoir un sacré coup de soleil et une belle insolation accompagnée d’un frabiziumdélirium carabiné.

    Je pense qu’un internement s’impose, il y a un endroit tout à fait approprié pour ça: La bobbies room avec les compliments de la carte de crédit de SoulFab.

    Là je crois que c’est un cauchemar que Fabrice va faire et non un rêve!!! LOL

  17. celtictouch Says:

    Je rattrape mon retard de lecture après un we sans le net… Ouf, j’ai failli rater ça !!! Cela doit être le 3eme post en 2 ans que je fais lire à mon épouse non initiée :))

  18. Vanessa Hell Says:

    Excellent !!!
    Je viens cramer l’encens avec toi demain :p
    bises !

  19. corsaire88 Says:

    trop fort !!!!
    ce super post est à mettre en parallèle de ton excellente interview pour pokergirlz (il en est peut être la source ?) où on te demandait quel était ton rêve…
    hé bien on le sait now et je peux te dire qu’il est fort bien exprimé sous ta jolie plume !

    les déclinaisons de fabsoul, la réplique d’ivey et la description de jesus sont à mourir de rire !!!!

  20. d w Says:

    C’était bieeeng !
    « Nous sommes bientôt à la bulle. Les joueurs qui viennent à ma table préfèrent rester debout. De toute façon, il ne leur sert à rien de s’assoir. » : arf, complètement mégalo. ^^

  21. mr4b Says:

    juste trop bon 🙂 fabsoubrette j’adore mdr

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