Le bonheur de jouer sans pression…

Afin de concurrencer le Venetian et le Caesar qui offrent tous deux des Deepstacks l’après-midi, le Rio a décidé d’inaugurer le sien, tous les jours à 13h depuis deux semaines. Au programme, 15k au départ et des rounds de 30 minutes avec montée très progressive des blinds, le tout pour 200$.

Le temps étant de l’argent, le tournoi ne se déroule que sur une journée, forçant les participants à finir aux aurores. Un marathon qui ne paie bien qu’une fois en finale : inutile de dire qu’il vaut mieux monter des jetons et prendre des risques afin de ne pas sauter à 3h du matin pour repartir avec 1 000$ au lieu des 25 000$ à la gagne quelques heures plus tard…

Bien qu’ayant une table réservée le soir même dans la nouvelle boite à la mode de Vegas (je ne sors pas beaucoup en boite mais bon, de temps à autres…), je me suis laissée tentée par la chose avec un but en tête : m’amuser ! En effet, sponsor ou pas, quand je joue un des tournois des WSOP – ou même ceux du Venetian -, je rigole pas beaucoup. J’ai envie de faire des résultats. Et du coup, forcément, j’ose moins faire de moves/calls risqués que j’aurais peur de regretter (ce qui est une erreur, accordons-nous là-dessus).

Du coup, j’ai décidé que je jouerais ce tournoi en écoutant mon instinct bien plus que d’habitude, même si ça impliquait prendre des gros risques. Et à la première pause, j’avais une seule pensée « Mais pourquoi je suis incapable de jouer comme ça dans les gros tournoiiiiiiiiis !!!!!! » (le tout entre deux hoquets et sanglots). Non pas que j’y joue mal mais juste que je prends moins de risques. Explications :

1. J’ai réussis mon premier call hauteur dame. Oui Mesdames et Messieurs, une crétine en folie a déboulé, fière comme un pou dans la press room, hurlant à qui voulait l’entendre : « J’ai réussis mon premier call queen hiiiiiiigh ! » Le tout sous le regard amusé/moqueur/affligé du clan français.

Voici le coup : Trois joueurs, dont la SB, limpent. Je checke de BB à 200 avec Q-9o. Le flop vient J 10 4 tricolore. J’envoie 500 et un joueur paie. Turn : 2 tout pourri. Check, check (« à ce moment là, je pense qu’il a un petit valet ou 9/10 et qu’il va payer de toute façon si je mise). River : doublette du 10. Je checke, prête à abandonner et il mise 1 000. Et là, je sais pas pourquoi (la tête chelou qu’il fait peut-être), mais une voix me hurle qu’il a raté sa quinte avec 8-9. J’en ai eu d’un coup la conviction. J’ai payé 2 secondes plus tard, il avait 8-9, j’ai montré ma main en me la pétant un peu : « Queen high is good ? » et gagné le respect à la table. Grand moment de frime… 🙂 (bon, je sais, c’est pas non plus le call du siècle à hauteur de mon tapis mais bon…ça fait toujours plaisir)

2. J’ai passé un bluff énorme à tapis

Un joueur en milieu de parole relance à 800 (blinds 150/300, ante 25) et je 3-bet en fin de parole avec 5-7o à 2 100. La SB paie. Gloups. Et l’autre passe. Flop : 7 K 3 avec deux piques. Check, et j’envoie 3 500. C’est payé par la SB qui fait la grimace (ça aide). Turn : (je me souviens même plus ce que c’est, j’ai pas regardé mais ce n’était pas un 5, pas un 7 et  ni une figure ni un as) la SB checke et je pars à tapis pour environ 9k. Et là, la SB réfléchit et souffre avant de passer QQ face up. Évidemment, comme j’étais vraiment d’humeur à frimer (et surtout parce que la table allait casser), mon égo m’a poussé à montrer mes cartes avec un large sourire d’accompagnement. Ce qui a fait rigoler tout le monde (même celui qui venait de passer les dames).

Je suis libre, je vole ! Queen high power !

Le tout avant de sauter sur un flip standard une heure plus tard mais ça, c’est pas grave.

La vraie question c’est comment arriver à se détacher de l’envie de faire des résultats dans des gros tournois ? Parce que ce n’est pas (dans mon cas tout du moins) l’argent qui me noue les poignets, et même si c’est le mien -et que parfois, je mériterais un zéro pointé en bankroll management -. Une fois que l’argent est mis dans le prizepool, je n’y pense plus du tout : c’est comme s’il avait juste disparu de mon bankroll.

Mais la pression du résultat, c’est pas la même… Et je peux vous garantir que s’il s’était agit d’un freeroll mais avec un bracelet à la clé, j’aurais probablement pas fait les moves ci-dessus… Et la question d’être désormais sponso n’entre pas en ligne de mire non plus (l’envie de scorer est la même qu’il s’agisse de mon argent ou de celui du sponsor). Je ne me pardonnerais pas facilement d’avoir voulu faire un hero call de folie qui en fait se serait avéré être le plus mauvais call de l’histoire. Idem avec un bluff raté. Et même quand on est joueur pro de chez pro et sponso depuis des années, comment ne pas vouloir faire un beau score dans le Main Event, le one shot une seule fois par an, et avoir peur de risquer tout son tapis sur une erreur ?

Je suppose quoiqu’il en soit que les sens s’affinent avec le temps et l’expérience. Et que l’instinct de prédateur (« Vas-y paie, t’es devant je le sais ! » « Oui je sais mais si là je paie, je risque mon tapis, j’ai pas envie, je vais attendre un meilleur spot ») apprend petit à petit à dominer la peur de perdre (« ok, je paie, on y va, je sens que c’est la meilleure décision, tant pis si je perds »).

J’espère que dans quelques années, avec toute l’expérience acquise, je serais capable de jouer dans un WPT à 10 000$ comme j’ai joué dans ce tournoi à 200$. Après tout, il y a quelques temps encore, j’avais un noeud au ventre et les doigts paralysés quand je jouais un 200$ (qui reste une jolie somme en soit)… Donc y’a de l’espoir ! 😀

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6 Réponses to “Le bonheur de jouer sans pression…”

  1. aldanjah Says:

    joli le call avec hauteur Q !
    Pour bien jouer, il faut jouer décomplexé. Se détacher de la valeur du buy-in est important (voir primordial)

  2. Christian Says:

    Scared money or not scared monet ?
    That is the question.

    Q high P-O-W-E-R ;-))

    Ceci dit, tu battais pas grand chose d’autre, hein !
    Si il retourne pocket 3, c’est moins drôle:)

  3. D8 Says:

    oui d’ailleurs tu aurais pu le check raisé au lieu de check callé!
    Au moins tu gagnais probablement contre paire de 3!!!

    Non je déconne, bien joué, et très bon post comme d’habitude.

    La grande question en revanche, sera tu capable de caller un mojito avec juste hauteur citron vert..!..? Bonne question!

  4. Vanessa Hell Says:

    bien joué la dame ! Ca fait plaisir de se lâcher c’est pas si simple…
    Moi j’ai joué tellement décontractée au deepstack de l’acf que j’ai sauté avant dernière (muahaha), mais c’est pas grave je ne regrette pas le principal c’est de s’amuser faire des rencontres comprendre ses erreurs !
    Gros bisous !

  5. Johnny Cash Says:

    Arrête de sauter

  6. Cedric Says:

    Bonjour je viens de découvrir votre blog et avec plaisir j’ai lu votre article je me permet de vous donner un conseil pour vous soustraire a la pression quand je joue un tournoi je regarde la strucutre etc..
    mais quand je joue je pense au moment meme et pas a la bulle qui va arriver ou a la recompense cela me permet de ne pas me prendre la tete avec de la pression inutile je me concentre sur le jeu et uniquement le jeu mon seul but eliminer des joueurs a tour de bras et construir un tapis confortable.

    dans mes 1er tournois j’avais du mal je penser non fait pas ca la bulle arrive ou bien ou la la 4000€ ca va faire du bien faut plus prendre de risque et au final je fesais de moins bon resultat qu’aujourd’hui

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