17e au Side Event Deauville : le syndrôme du « Je suis jamais content »

C’est toujours étrange comme l’esprit oublie vite les promesses qu’il se fait à lui-même en période critique du type « Plus jamais, plus une goutte, de ma vie » (un soir de fête rimant avec tête dans la cuvette). En effet, les situations angoissantes poussent à prier et donc, rêver que ça s’améliore, le tout avec la promesse d’ensuite déposer une gerbe de fleurs au pied de Dame Gratitude tous les dimanches du mois jusqu’à la fin de sa vie.

Sauf qu’une fois le souci résolu et l’angoisse passée, Dame Whine (= gémir, se plaindre en VF) finit toujours par reprendre le dessus : on a eu ce qu’on voulait mais en fait, en y réfléchissant bien : ce n’est pas assez.

Prenons un exemple totalement au hasard pour tenter d’illustrer mon propos :

Fermons les yeux et imaginons ensemble un side event à 2200 euros pendant l’EPT Deauville avec près de 300 joueurs inscrits et donc plus de 160 000 euros à la gagne.

Prenons maintenant un joueur J qui n’a pas pu jouer le Main Event pour cause de maladie mais qui pête désormais le feu tant il est content de pouvoir enfin repartir à la bataille après deux mois sans compétition.

Disons que ce dernier ait bataillé avec force et honneur pendant toute une journée, de 16h à 4h du matin, faisant très mal au passage à un petit joueur nommé Alec Torelli (par exemple). Disons que bien qu’il ait mal joué deux petits coups en debut de journée, se soit ensuite pris une ventrale et perdu QQ contre AJ dans un gros pot, il soit remonté pour ensuite terminer sa soirée sur un bluff plein de panache qu’il dévoile à une table émerveillée/éblouie/époustouflée par tant d’audace (= blasée/épuisée/lessivée/navrée avec une grosse envie de dormir). Et qu’il aille donc ensuite se coucher avec la tête grosse comme une pastèque pour se réveiller paisiblement le lendemain pour attaquer une deuxième journée fort d’un beau tapis.

Imaginons ensuite qu’il arrive à la table de Clemençon, gagne encore des jetons pour allègrement se placer dans le haut du chip count puis perde trois gros coups inévitables : du type AJ sur J 8 10 face à 9-7 chez un mid-short stack qui push au flop. Puis gros combo tirage raté. Puis A2 sur 4 3 K A A face à A6 etc… Et que notre valeureux soldat, même s’il a limité la casse, se retrouve désormais à moitié mort, passant de 80k à 15k sur des blinds 800/1600, ante 200.

C’est le moment où ce joueur J va se laisser aller à l’irrationnel. En effet, il est fort probable qu’il se mette à prier, implorer et supplier : « Pas à dix places de l’argent, pas à dix places de l’argent ! »

En effet, à ce moment, ce qui préoccupe notre héros, ce ne sont pas les 2350 euros promis à la 32e place (pour un buy-in de 2200 ce qui est donc une blague intégrale), mais plutôt l’idée d’échouer si près du but. Le tournoi était composé d’un field de malade, le combat avait été super hardcore et l’idée de ne pas être un minimum récompensé psychologiquement pour ses efforts rend notre joueur J malade. C’est désormais une question de principe.

Nous en étions au moment au ce dernier prie. Et se dit que vraiment, s’il se sort de cette situation, il sera reconnaissant à vie auprès du Dieu poker.

Ce Tout-Puissant va donc le faire doubler sur un 20/80 (ce qui le fait passer de 8k à 16k, soit 10bb), lui faire ensuite gagner d’autres petits coups avant de lui donner JJ quand un petit jeune décide de le 4-bet avec Q-10 sans fold equity. Yeepee.

Notre joueur J va se retrouver encore short au moment de la bulle mais ne cèdera pas. Une fois dans l’argent, il va grinder, se battre, pour finalement céder sur un dernier coup. Précisons qu’au break, notre joueur J avait échangé avec Davidi Kitai sur le fait que finir 17e, c’était vraiment la place du fish. Et que c’était précisément pour cela que personne ne sautait depuis une heure : tout le monde voulait être en demi-finale, avec les prix devenant un peu plus corrects.

Fermons les yeux à nouveau et visualisons six joueurs de retour à la table (le tournoi se joue six-handed à ce moment là).

Blinds 2,5/5k, ante 500. Notre joueur J va raise 12k avec 7d-8d au bouton. Etre payé par la BB. Envoyer 20k sur un flop 3 5 6 avec deux carreaux. Etre payé. Et envoyer tranquillement les 50k qui lui restent sur un turn 2 de pique. L’adversaire, assis devant 100k, va réfléchir si longtemps qu’un autre joueur va demander time. Le vilain va finir par payer avec 5-7. River 3 de cœur. Et voilà.

Et là, depuis ce moment fatidique, notre joueur mystère va bouder et whiner pendant 24h. D’ailleurs il écrit ce post et grogne, peste et fulmine en même temps.

Adieu le « Pourvu que je ne saute pas avant de faire partie des joueurs dans l’argent ! Pas si près du but ! ». Il a complètement oublié la situation critique dans laquelle il était trois ou quatre heures auparavant. La seule chose qu’il voit, c’est qu’il a terminé 17e, aux portes de la demi-finale d’un tournoi vraiment difficile, avec une belle structure et qu’il est reparti avec 3 250 euros pour sa perf. Et que les prix, ignoblement flat au début, commençaient à monter lentement uniquement à partir de la 16e place (précisons qu’il n’est pas question de juger les 3250 euros qui sont une somme en soit, mais plutôt l’échelle de répartition des prix).

C’est donc l’exemple parfait de l’ingratitude du joueur de poker et de son côté jamais content, j’en veux toujours plus ! De toute façon, précisons que rarement un joueur n’est heureux de sortir sans avoir remporté le tournoi… Beurreargentdubeurreetcremièritude maximum.

Et puisqu’on parle de ça, je pense en un flash à une situation qu’il m’a vraiment fait rigoler avant-hier soir.

Comme j’étais en diner break de mon tournoi, j’ai rejoints Fab, Jules de MadeInPoker (achetez son livre, il est génial), Anto Lellouche et Ludo Lacay à la pizzeria derrière le Normandy. A côté d’eux se trouvaient Samuel Chartier et Josh Duhamel en pleine conversation : ce sont deux joueurs vraiment sympas et c’est avec honte que j’ai découvert que le champion du monde parlait français. Je savais qu’il était canadien mais pas québéquois… Bref…

Comme d’hab en tournoi, je n’ai pas faim, la faute à un estomac noué par la compétition, et, alors que je me forçais à manger un tiramisu pour me donner des forces, mon oreille se tend en entendant Samuel se tourner vers le serveur et lui demander du « Bââââ ». Du coup, intrigués, on se retourne tous, nos têtes s’avancent, et on retend l’oreille : du « Bââââ s’il vous plaît ». Du pain ? Non, du « bââââ », répond Samuel un tantinet agacé.

On se regarde, on se marre un peu, et là, le serveur sort timidement, « du beurre ? ». « Ben oui, du bâââââ ». Morts de rire. J’adore les québéquois ! (Isabelle Mercier, que j’aime beaucoup aussi, est du même acabit quand elle parle : elle est capable de passer de l’accent français à celui canadien : ça vaut le détour. On dirait une autre langue !)

Ce genre de compétition se déroulant sur une semaine et offrant moultes side events attire un nombre impressionnant de joueurs. Et tout le monde se connait plus ou moins. Du coup, où que l’on soit dans Deauville, on croise des joueurs de poker et des visages familiers partout. Dans les restaurants (mention spéciale au Drakkar), dans les couloirs de l’hôtel (mention spéciale au Royal et son petit déjeuner jusqu’à midi et demie, mais je l’ai déjà dis dans mon post précédent), le casino et la toute nouvelle salle de tournoi (mention spéciale à l’organisation de Barrière : irréprochable), dans les ascenseurs, le trajet Royal/Casino/Normandy…

Les conversations tournent du coup à 95% autour du poker « T’as combien ? », « Je suis encore dans le side », « J’ai fait la bulle du 100, c’est sick », « Attends, faut que je te raconte ce coup, je te jure, en 15 ans de poker, j’avais jamais vu ça ! », « Tu joues là ? », « T’as le temps pour une petite interview ? », « Attends je suis en break, j’ai 10 minutes et je reviens », « Quel chattard celui-là ! », « Tu vas où après Deauville? »…

Lucille et moi à la pause, en pleine discussion technique avancée sur le Los Angeles back 5bet shove semi-light (c'est comme le New York back raise mais à l'Ouest). Un grand merci à Fétiche pour cette super jolie photo !

Les 5% restants sont des conversations que pourraient avoir des amis dont l’activité principale serait dentiste/instituteur/comptable, bref, tout le monde : on prend des nouvelles des enfants, de la famille, on parle vacances, potins, vie amoureuse, cinéma, vernis à ongle (et oui…), on se raconte des blagues débiles, on décompresse le soir à l’02 (le bar du Casino) : bref, une sorte de colonie de vacances qui est venue là avec la rage de faire des résultats mais qui n’en oublie pas pour autant de passer un bon moment !

Je pars mardi matin pour Venise, inutile de vous dire à quel point j’ai hâte de revoir cette ville (la dernière fois, j’avais 8 ans) et de participer à un WPT ! Je suis donc en mode « recharge de batterie » pour arriver à bloc dans cette ville enchanteresse ! Je suis d’autant plus enthousiaste qu’à cette période de l’année la ville ne sera pas envahie par les touristes ; à moi les promenades en gondole, les pizzas fondantes de mozzarella et la chasse au pigeon ! :D

PS : Un petit mot sur mon tournoi bounty : Félicitations à Titi qui a tout raflé ! Tout d’abord le bounty à 88 euros en finale dans une bataille de blind avec paire de 8 contre A7 chez moi (précisons que j’étais short ; dur dur de ne pas pouvoir voler les blinds quand on a un bounty sur le dos, lol) puis la gagne contre Murlock7 (TintinBreizh a terminé 3e) !

Juste avant, c’est TheKnarf qui m’avait déjà pris tout mon tapis pendant la période de rebuy (il aura donc son bounty aussi car ce n’est pas très clairement expliqué sur la page : le bounty est pour celui qui me mettra KO. Mais je l’ai été deux fois !) Un grand bravo donc à Titi (célèbre bloggeur) qui repart avec plus de 180 euros in ze pocket plus un ticket pour le 5 000 garantis dimanche prochain ! Ca c’est de la perf’ : c’était la bountiti night😀

15 Réponses to “17e au Side Event Deauville : le syndrôme du « Je suis jamais content »”

  1. stefal Says:

    J comme Jolie plume.
    J comme jolie photo.

  2. TiTi PoKEr Says:

    Laisse les gondoles à Venise, …. Il fait caillant sur lez eaux en cette saison.

    GG à Fab et à toi en ce jour miséricordieux. Superbe reportage presque live

  3. whistman89 Says:

    Très beau CR, plein de vérité. Mais je pense que le vainqueur est quand-même content😉

  4. mr4b Says:

    moi Venise j’en reviens tout juste. ouai j’y suis allé avant, je trouvais que le WPT c’était over rated :p
    en tout cas c’est en effet très beau, et à cette période de l’année, pas trop de touristes🙂
    éclate toi biene t vgg pour cette 17eme place.

  5. D8 Says:

    Ne me dis quand même pas que le joueur J c’est toi quand même!!!?

  6. nico de saint malo Says:

    jolie place pour ce joueur J et bon courage pour le WPT
    fais attention au mal de mer sur les gondoles il faudrais pas retomber malada (gastro)
    gl

  7. kpush35 Says:

    félicitations!!!!! un ti challene… http://kpush.over-blog.com/article-k-push-league-66063997.html

  8. murlock7 Says:

    encore raté ce bounty

    je l’aurais un jour ! je l aurais

  9. TiTi PoKEr Says:

    @ Murlock. Ouaip, moi aussi un jour, je l’aurai :):):)

  10. aldanjah Says:

    ce joueur J a peut être joué un peu trop agressivement à la turn, même si ce second barrel était tentant il faut l’avouer.

  11. Kof Says:

    La chance qu’on a, nous tes lecteurs, c’est que tu gagne ou que tu perde, on est toujours gagant nous.
    Merci encore pour ce belle article.

  12. Kof Says:

    Je voulais dire bel article bien sûr.

  13. TiTi PoKEr Says:

    et tu voulais dire gagNant aussi je suppose. Kok est ému😉

  14. VIALA Says:

    Salut Claire,

    Même si je suis tout ça de loin… félicitations.. Bis

    Mathieu VIALA

    • viedefish Says:

      @tous : mille mercis pour vos messages sympas !

      @ mathieu : Hello ! Ca alors, c’est drôle t’avoir un message de toi ! Tu deviens quoi ? Tu es sur FB ? Biz

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