EPT Berlin : street art, autobraquage, fitfess et dictature

UPDATE : Qui succedera à VDF_Fan (ça ne s’invente pas) pour la gagne et Decebale pour m’avoir scalpée dans mon tournoi bounty ? RDV ce dimanche 17 à 21h pour le prochain épisode sur 888 !

Berlin, qui accueillait pour la deuxième année son EPT, est à l’image de sa devise : la ville « arm aber sexy » (pauvre mais sexy). Et jamais auparavant une capitale européenne m’avait semblé si différente des autres. Extravagante, étrange, underground, snob, écolo, endettée, riche d’histoire (doux euphémisme), en devenir, surprenante : les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cette ville immense dont les quartiers se suivent et ne se ressemblent pas.

Avant de papoter poker, laissons-nous allez à une petite parenthèse historique : 90% de la ville avait disparu sous les bombardements des alliés (!). En 1945, le pays sort de la 2e guerre mondiale complètement exsangue ; Berlin a elle aussi été victime de la folie d’Hitler. Une fois la capitale allemande partitionnée entre les états vainqueurs, l’Ouest se promène au rythme américano/européen tandis qu’à l’Est, une nouvelle dictature succède à la première au travers du communisme oppressant de l’ex-URSS.

Le Berliner Dôme (la plus grosse église de la ville), par exemple, a été copieusement bombardé pendant la guerre. Mais comme pour la majorité des autres édifices anciens, les dernières cicatrices visibles ont disparu...

Avant la construction du mur, en 1961, ce ne sont pas moins de 3,5 millions d’allemands qui fuiront de la pression soviétique pour passer du côté Ouest et ainsi retrouver un semblant de liberté. Les autres, devenus prisonniers de leur propre pays, subiront le régime soviétique jusqu’en 1989, date de la chute du mur. J’ai d’ailleurs appris avec surprise que cet évènement avait été provoqué par une gaffe du gouvernement : pour faire court, un politicien de l’Est va se tromper dans ses notes lors d’une conférence de presse et lire, sans se rendre réellement compte de ce qu’il fait, le compte-rendu d’une réunion n’ayant rien à voir avec la choucroute (des propositions de lois non votées et qu’il lit à moitié).

Il annonce ainsi à demi-mot que les habitants de Berlin Est pourront circuler librement à l’Ouest, et ce, prenant effet immédiatement. Ni une ni deux, les habitants hallucinés par cette fraiche nouvelle vont se précipiter aux portes du mur, fous de joie et d’incrédulité. Il est trop tard pour faire machine arrière et sous la pression de la foule, les gardes reculent et le mur tombe peu à peu. La suite on la connait : la réunification de la RDA et la RFA et la naissance de l’Allemagne telle qu’on la connait.

Mais les guerres et les échecs successifs ont mené le pays à la ruine : l’Allemagne est broke de chez broke. Encore aujourd’hui et malgré une économie stable, Berlin est une ville surendettée et qui reste très abordables pour les visiteurs. Elle me fait penser à Londres ou New York il y a quelques années, avant que le prix de l’immobilier ne s’envole et que le capitalisme ne les dévore. En effet, pour prendre un exemple, on trouve encore de nombreux squats anarchistes et/ou artistiques en plein cœur de la ville mais peu à peu, ces derniers disparaissent, rachetés par des investisseurs venus du monde entier et bien conscient d’être en face d’une des dernières capitales à gros potentiel d’Europe.

Une ville punk et anarchiste oui. Mais écolo aussi : allez, tout le monde à bicyclette ! (Ici, un des nombreux exemples de street art qui ponctuent la ville de couleurs et de formes diverses)

En fait, c’est très surprenant de sentir à quel point une ville peut rapidement évoluer. Les Berlinois disent que leur cité change de mois en mois. Et c’est vrai. Si le centre-ville est encore parsemé de terrains vagues, on peut se douter qu’il n’en sera pas de même dans quelques années. Les quartiers flambants neufs poussent de partout, comme ne témoigne celui de Potsdamer Platz où se déroulait le tournoi.

Ultra-moderne et flambant neuf, ce quartier hallucinant contraste avec les nombreux terrains vagues abandonnés des alentours

Parce que non, chers lecteurs, il ne sera pas question de vous imposer ici l’historique de la ville sans mentionner sur quelques lignes mon tournoi ! Après tout, il s’agissait tout de même d’un Main Event à plus de 5 000 euros où près de 1 000 joueurs étaient attendus ! C’est donc le cœur léger et enthousiaste que j’ai pris place dans cet évènement poker doublement réjouissant : non seulement je n’avais pas joué en live depuis Los Angeles fin février mais en plus, le tournoi était magnifique !

Les premiers niveaux ont été un régal : je suis passée de 30k à 42k sans même m’en rendre compte, seulement en petits coups qui passent ici et là et avec un parfait équilibre entre les coups volés et les coups gagnés plus honnêtement. Bref, un régal et une image à la table préservée puisqu’ils ne verront que les bonnes mains.

Mais d’un seul coup, la roue a tourné et les vents se sont mis à me souffler en pleine face. J’ai commencé par perdre 12k contre un short stack sur un board J 5 2 8 avec un tirage couleur : j’ai KK et lui, 55. Et le reste sera à l’image : je vais enchainer des mauvaises cartes (je n’ai d’ailleurs pas eu AK ou AQ de la journée) de type 8-3o, tenter de me maintenir et perdre ensuite un coup qui m’a bien agacée.

Je venais de relancer la main d’avant au bouton avec une banane puis de c-bet contre la BB sur un flop hauteur as. La SB, un italien bien macho, avait passé en râlant, persuadé que je volais. La main d’après, je reçois une main tentante au cut-off, Q-Js, et relance à nouveau. L’italien, de SB cette fois, me paie encore, visiblement remonté. Le flop vient à nouveau hauteur as sans tirage. Il checke et je c-bet à nouveau. Cette fois, il me relance. Persuadée qu’il a prémédité son move et qu’il me fait juste une démonstration de force, je décide de le min-raise (un poil plus) afin de lui prouver que oui, cette fois, j’ai bien l’as. Sauf que je me prends tapis en pleine face, que je folde évidemment et qu’il me montre un as (et qu’avec, il avait la double paire).

J’ai fait là une grave erreur de jeu et je m’en veux beaucoup. Outre l’erreur de lecture, j’ai occulté le fait que 10k perdu dans ce tournoi sont bien plus importants que 10k gagnés. J’ai pris un trop gros risque : je n’avais pas le droit de perdre 10k dans un tournoi avec une aussi belle structure et un prizepool aussi beau. Je me suis donc auto-braquée (pas besoin cette fois d’un gang armé qui déboule comme l’an passé) et on ne m’y reprendra donc plus (enfin j’espère).

Avant (sourire, bonne humeur, petit café...) / Après (stress, angoisse, pollution, votre cuir chevelu est agressé et vous ne savez plus quoi faire ?) Photos : Club Pok et Hugues Fournaise

Les trois heures qui ont suivi ont été un pur et simple cauchemar. Je n’ai vu aucune main. Même pas un J-10s. Que des poubelles. Je vais 3-bet all in avec un miraculeux KT une fois parce que le spot est beau mais le reste du temps, j’aurais les mains/poings/pieds liés et les yeux rivés sur un stack qui n’en fini pas de fondre. Finalement, je vais ouvrir AJ et vais 3-bet à tapis (j’ai encore de la fold equity) un joueur qui me montrera QQ. Et zou, auf Wiedersehen et back à l’hôtel…

Vient le moment d’en revenir à Berlin. Parce que je sais que l’Histoire vous passionne depuis que vous avez découvert cette matière au collège quand un prof aux cheveux gras et au gilet vert pomme en synthétique vous a sorti d’un ton autoritaire : « Ouvrez vos cahiers. Alors, le 12 mai 1673, a eu lieu une bataille… « (ron pschhhh vous dormez déjà). Voici quand même deux anecdotes qui auront marqué mon séjour :

. Almira Skripchenko et moi avions décidé de visiter la ville lors d’un tour organisé. Pour la petite histoire, la championne d’échec et de poker est née en Moldavie (ex-URSS) et a donc passée son enfance dans un univers bien loin du nôtre. Pour vous donner une idée, prenons un exemple concret. Quand vous étiez ados (et probablement encore maintenant) et que vous vouliez passer une bonne soirée entre potes, le programme était de trouver un film porno/horreur, le tout en fumant des pétards et en buvant des whiskys coca. Et bien Almira, elle, quand elle était ado, son plus grand plaisir transgressif était de trouver une VHS sous le manteau d’un cinéaste absolument banni par le régime genre Bunuel ou Tarkovski (le tout en mauvaise qualité et doublé par UN SEUL comédien en russe), histoire de pouvoir s’évader des programmes diffusés à l’époque par la propagande soviétique (qu’est ce que je me suis marrée quand elle m’a raconté ça !).

Tout ça pour vous dire que la dernière fois qu’elle était venue à Berlin, c’était avant la chute du mur et alors qu’elle était encore tout jeune et privée du droit de circuler librement en Europe de part sa nationalité. Du haut de ses 13 ans et entourée de soldats armés jusqu’aux dents, elle avait contemplé au loin la porte de Brandenbourg, en sachant qu’elle s’ouvrait sur un monde inconnu et une liberté bien loin de l’emprise de la dictature communiste. C’est donc avec une certaine émotion que nous avons solennellement franchi cette porte, désormais symbole d’une période révolue et lointaine.

La fameuse porte en question, autrefois symbole d'une ville coupée en deux (mais désormais, y'a un Starbucks en face... Ou comment passer d'une dictature communiste à l'hardcore capitalisme. Beuh... Triste monde...)

Almira est passée de l'autre côté du mur ! Yeah !

. J’aimerais aussi vous faire partager une autre anecdote : notre guide conduit notre petit groupe jusqu’à un parking au milieu d’HLM, non loin de la Porte de Brandebourg. Les bâtiments qui nous entourent sont laids et ne présentent visiblement aucun intérêt architectural ou historique. Mais pourquoi diable nous a-t-il arrêté ici ? C’est là qu’il se fait une joie, devant notre perplexité, de nous informer qu’Hitler s’est suicidé quelque part par ici, 18 mètres sous terre, le 30 avril 1945.

Et que la municipalité a eu le bon goût de murer l’accès au bunker et de ne mettre aucune plaque en bronze d’aucune sorte, de façon à ce que les néo-nazis et autres dangereux malades n’aient pas d’endroits où se recueillir. Le parking est en effet aussi grand qu’absolument banal et rien ne permet de savoir où est exactement le bunker qui lui servit de tombeau. De même, les restes du cadavre d’Hitler, d’abord trouvés par les russes puis donnés 20 ans plus tard aux américains, ont été jetés dans la Spree, la rivière qui traverse la ville, afin d’y disparaitre pour toujours et sans laisser de trace, pour les mêmes raisons. Et j’ai trouvé ça génial.

Un grafitti au message efficace et radical et qui illustre parfaitement ce chapitre

Voilà, vous pouvez respirer, j’en ai terminé de ma leçon l’histoire du jour ! Il est temps de passer à un autre sujet, infiniment plus léger et agréable… En effet, après une journée de poker intensif et deux après-midi de marche intensive, j’ai décidé de tester le SPA/fitness de l’hôtel qui, comme vous pouvez le constater, vaut carrément le détour !

Cet hôtel a vraiment su trouver les mots pour me motiver à aller faire du sport le matin ; quelle belle salle de fitfess !😀

Ensuite, une fois requinquée (et forcément remotivée), j’attaquerais le Ladies Event du 9 avant de m’envoler le 21 avril pour Dublin et l’Irish Open (mais cette fois, promis, je ne vous parlerais pas le l’IRA, du Sinn Féin ou du traité de Limerick. Quoique…)

Mais auparavant, hors de question de quitter Berlin sans être passé par la case « Berghain », votée « meilleure boite du monde » et qui, parait-il, est juste un des endroits les plus dingues que l’on puisse voir. On m’en a raconté des vertes et des pas mûres (et qui ont provoqué chez moi un phénomène rare d’autocensure sur ce blog) mais Berlin est après tout la capitale la plus punk du monde. Ce serait un crime de lèse-touriste que de ne pas y faire un tour non ? Surtout si c’est pour fêter un bon résultat (Goooo Fab, énorme chip leader à la fin du Day 2 !) ! Et promis, je vous raconterai la soirée (ou pas).

La ville est réputée pour la folie joyeuse de ses soirées : on ne va donc pas se priver de tester ça une fois les tournois terminés ! (parce qu'on est raisonnables quand même... Là, par exemple, le tournoi n'a pas encore commencé !)

PS : J’ai récemment écrit un article pour Rue89, un site d’info que j’apprécie particulièrement pour son indépendance éditoriale et la qualité générale de ses articles. C’est donc avec un grand plaisir que j’ai accueilli la nouvelle de voir un article poker publié dans un magazine de presse généraliste ! Pour le lire, cliquez ici ! (si l’article est peut-être trop grand public pour nombre d’entres vous, allez direct aux commentaires : c’est très intéressant de voir les avis des gens sur un milieu qu’ils ne connaissent pas)

Un titre volontairement provocateur pour parler de la place des femmes dans le milieu du poker !

10 Réponses to “EPT Berlin : street art, autobraquage, fitfess et dictature”

  1. samsonov75 Says:

    Merci pour ce magnifique compte -rendu

  2. aldanjah Says:

    Ça donne envie de visiter Berlin (mais pas de se mettre au fitness par contre)

  3. mama913 Says:

    nice post, genial d’avoir pris le temps de decouvrir la ville et ca devait etre encore plus interessant d’avoir le regard d’Almira… un gros merde à Fabsoul, envoie lui toutes nos ondes positives !

  4. murlock7 Says:

    C’est bien si tu rates un tournoi on est rarement déçu car au moins on a une visite de la ville🙂
    Encourage bien fabrice !

  5. Kof Says:

    Ça donne envie de découvrir cette ville !
    GL pour le ladies et un Big GL à Fabrice !!!

    • viedefish Says:

      Le Ladies a été un cauchemar de bout en bout mais je ne vais pas m’étendre dessus ; je me dis juste que toute ma chance est inconsciemment partie pour soutenir Fab dans le Main (ils ne sont plus que 13 : je fais des bonds partout !)😀

  6. murlock7 Says:

    ton tournoi dimanche prochain? pour fêter l ept de fabrice🙂

  7. viedefish Says:

    Et nous avons effectivement testé le Berghain samedi soir (histoire de fêter/oublier la 11e place de Fab) : OMG… Jamais vu ça de ma vie : un endroit inimaginable avec le meilleur son que je n’ai jamais entendu, une sorte de cathédrale techno à l’architecture aussi dingue que les gens qu’on y trouve. Je comprends pourquoi ça a été élu « meilleur nightclub du monde »🙂

  8. whistman89 Says:

    Super intéressant comme d’habitude ! Un peu d’histoire ne détonne pas du tout.

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