Viva Italia !

Joueur de poker italien : [nm] être humain parlant fort, faisant des bonds et s’exprimant avec de grands gestes de bras, et ce, même pour te demander l’heure. Souvent vêtu d’un petit blouson en cuir, d’une ceinture Dolce & Gabanna au nom bien visible, d’un jean près du corps customisé/brodé/déchiré/délavé, d’un sac pochette Gucci et d’un t-shirt à imprimé qui-pique-les-yeux, de type Ed Hardy. Taille sa barbe avec art et application, en forme de bouc plus ou moins épais. Porte souvent les cheveux lissés et gélifiés vers l’arrière et de beaux bijoux, dont la gourmette offerte par sa môman pour sa première communion. Et au poker, est capable de tout et surtout de n’importe quoi.

Quand on joue un tournoi en Italie, c’est un peu « Moi contre l’Italien ». La masse d’italiens devient un seul individu à battre, le même, qui joue pareil, parle pareil et s’habille pareil. Le tuer revient à s’attaquer avec bravoure à une hydre géante dont les têtes repousseraient au fur et à mesure qu’elles tombent. Un italien bust, c’est un italien qui prend sa place. Et qui va te déchirer pareil avec sa ventrale pourrie ou sa double paire river…

Je ne connais pas un joueur de poker qui ne se réjouisse pas d’aller faire un tournoi sur la Grande Botte. Il faut dire qu’outre le fait qu’on y mange bien (à condition d’éviter les restos avec le menu traduit en 4 langues – pas bon signe-) et qu’il y fasse souvent beau, les joueurs sont réputés pour leur émotivité et leur faible niveau. A l’inverse, personne n’a envie d’aller jouer à Copenhague pour affronter des robots inexpressifs avec un microprocesseur Intel Pentium à la place du cerveau…

C'est sûr que se lever le matin et boire son café avec cette vue sur le lac et les montagnes, ça a comme un petit goût de reviens-y...

Et puisqu'il est question de "reviens-y", je vais enchainer sur ce resto minuscule du port de Campione où le chef propose du foie gras maison, des huitres succulentes et des plats recommandés par Michelin, bref, du grand art gastronomique italien ! Miaaaaaaam... (et en plus, quand les plats ont un arrière-goût de win, ils sont encore meilleurs !)

En même temps, perso, je déteste avoir à ma table un joueur que je ne peux pas lire. Non pas que je pense avoir de grosses qualités de lecture mais mes connaissances basiques me permettent généralement de ne pas trop me tromper. Mais en Italie, ça m’arrive souvent de froncer les sourcils à l’abbatage (genre « wtf? ») … Alors bien sûr, il y a une tonne de bons joueurs évidemment (et de plus en plus, malheureusement) et je suppose qu’un suédois se dit la même chose des français quand ils viennent jouer chez nous « Miam, on va se gaver de poisson français ! »

Quoiqu’il en soit, j’adore l’Italie. En fait, ce que vous ne savez probablement pas, c’est que mon sang est à moitié rital puisque mes grands-parents maternels sont arrivés du Frioul (région du nord de l’Italie = Autriche = blondeur/peau qui bronze pas = ouin) après la guerre pour aider la France à se reconstruire, comme des tas et des tas d’autres immigrés au fil des décennies. Et que petite, j’ai passé mes vacances dans le nord du pays. Entrer dans une épicerie italienne est donc une vraie madeleine de Proust pour moi puisque l’odeur inimitable du fromage, des jambons qui pendent, des tomates séchées et des fruits et légumes frais me remplit toujours de joie et d’émotion.

Tout comme l’idée d’ENFIN faire un petit résultat là-bas, après des mois de galère sans aucun ITM. En effet, j’avais décidé à la dernière minute de m’inscrire dans un des turbos à 330 euros du soir, en marge de l’EPT Campione. Celui-ci avait une particularité : pas de river commune mais une river privative distribuée à chacun des joueurs encore en course après le turn. Ca s’annonçait fun !

J’avais débuté ce tournoi en râlant comme une ouf. Ou, pour être plus honnête, en étant complêtement tiltée par l’absence totale d’organisation de la chose. A l’italienne quoi. Un bordel hallucinant qui m’avait fait changer trois fois de table avant même d’avoir pu jouer un coup, le tout entrecoupé par les mecs qui tentent de demander au croupier « Mais comment ça marche, je comprends rien ! » et d’autres qui parlent sans cesse, sans tenir compte du fait que les niveaux sont de 15 minutes (« Mais tu vas jouer oui ! ») Bref, à l’italienne.

Mais les choses s’étaient vite calmées et j’avais eu le droit à un miracle au bout de 20 minutes de jeu. Voilà que je suis à tapis avec AKo contre AKo chez mon voisin de droite. On se marre, tout va bien, on papote et on ne regarde même pas les cartes tomber : chacun a déjà repris ses jetons en voyant tomber un flop de petites cartes tricolore. Sauf que 5 minutes après que nous ayons partagé, le pote du mec, assis en face de lui, s’exclame : « Mais attends, t’as pris un valet à la dernière et elle, un 7 ! Tu aurais du gagner ! » Petit blanc et soudain, oui, on réalise qu’en effet, sa river privative lui donnait une meilleur combinaison, j’aurais dû bust !

Je n’ai honteusement évidemment pas manqué de titiller mon infortuné voisin sur le fait que « C’est vraiment dommage, tu aurais du doubler, c’est con, à ce stade du turbo, c’est vraiment bon de doubler… Dur dur… Quand je pense que même le croupier ne l’a pas vu… » Et, tilté et énervé comme il faut, il n’a pas manqué de sauter dix minutes plus tard, alors qu’il avait encore la moyenne, en re-shove avec une poubelle contre une paire de rois… (hahaha)

Le reste du tournoi a été un turbo typique : stressant. Certains pros défendent l’idée que des turbos, ce n’est pas du skill, juste de la chance. Sauf que je ne suis pas complètement d’accord. Il y a une tonne de joueur qui ne savent pas jouer avec un petit stack et qui paniquent dès qu’ils ont 10BB (« J’ai shove any two en late, standard »).

Les décisions semblent plus facile, oui c’est vrai, mais jouer sans profondeur et savoir exactement quand bet/push/reshove ou pas, non, c’est pas facile. Les mecs qui envoient tout avec 10BB et une poubelle en main parce que « mathématiquement c’est EV+ dans ce spot », un bon joueur de turbo sait les cueillir. Je veux bien que les calculs montrent qu’un move précis est gagnant sur le long terme, sauf qu’un tournoi c’est tout sauf du long terme : si tu bust sur une main, ben tu bust. Et pour ton long terme, tu peux toujours te ré-inscrire le lendemain soir. En bref, il est évidemment plus difficile de maitriser l’art du deepstack (= « l’art du poker tout court », d’ailleurs) que l’art du turbo mais quoiqu’il en soit, il est certain que de nombreux joueurs ne savent pas jouer avec 20BB (ou moins) pendant des heures.

Mais je ne contredirais évidemment pas que la chance joue une part énorme et c’est avec bonheur que pour une fois, j’ai eu un timing des plus sympathiques. Bref, je suis rapidement arrivée en finale avec Steven Van Zadelhoff et Paul Testud et le reste aura été une succession de coups tous aussi réjouissants qui me feront arriver en heads-up tout aussi rapidement.

Nous avons décidé de dealer avec mon adversaire italien (et oui !) et ensuite, de jouer pour la gagne. Mon KQ ne battant pas son AT au finish, j’ai du prendre la deuxième place mais j’avoue que j’avais un grand sourire de soulagement au moment d’aller chercher mes sous au cashier. Enfin un petit résultat ! Quel soulagement ! J’avais l’impression que ça ne m’arriverait plus jamais…

Une soirée qui se termine en heads-up, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé ! (doù le large sourire fier comme un pou)

La bonne blague, c’est qu’il était 3h du matin et que Fab, toujours en course dans le Main, avait pourtant décidé de me rail tout du long en finale. J’adore ! Les rôles se sont ensuite inversés, comme vous le savez, quand ça a été à mon tour, deux jours plus tard, de le rail en finale de l’EPT. Pendant 12h. Les douze heures les plus longues que je n’avais vécues depuis longtemps : que de stress !

En effet, comme il n’y avait pas de gradins, nous étions postés sous l’estrade à tenter de suivre la finale sur un des écrans qui retransmettait le streaming en direct. Heureusement que tout du long, Alex, Cathy et Yann sont venus me tenir la main (moite). Antonin, ElkY et Eugene sont eux aussi venus soutenir Fab et je peux vous dire qu’à ce stade, c’est vraiment une chose précieuse. J’ai cru mourir de stress : hors de question qu’il soit éliminé ! Je voulais tellement qu’il gagne ! J’ai du perdre trois kilos rien qu’en contraction musculaires permanentes et je crois n’avoir pas respiré normalement de toute la journée…

Au final, Fab aura été éliminé troisième après un très long combat et nous sommes rentrés à l’hôtel ni ravis, ni déçus : juste contents de cette étape italienne qui aura dépassé de loin toutes nos espérances !

Je ne suis pas superstitieuse mais j'avoue que du coup, mes bracelets fétiches (Lilicage, une marque française que j'adore) ne sont pas prêts de me quitter !😀

Sinon, pour changer de sujet, j’ai décidé d’enfin de mettre à jouer plus ou moins régulièrement online. Je travaille beaucoup sur mon ordinateur donc j’essaie, tant que possible, d’avoir le logiciel ouvert en permanence avec une (quand je bosse) ou trois tables (quand je bosse pas mais que j’ai besoin de me promener sur internet en même temps). Je ne joue pas en cash, j’avoue que je déteste ça et que je m’y perd : quand m’asseoir ou quand me lever, après combien de gain, je ne sais pas faire.

Donc je joue des sit’n’go à 20 ou 50 euros (j’aime particulièrement les « double or nothing » où je gagne peu mais régulièrement, vive la low variance dans ce monde de brute) ou des MTT ici et là pour des montants assez petits : entre 5 et 20 euros en moyenne. Je me suis laissée un ou deux shots à 150 (= gestion de BR vraiment pourrie mais assumée…) ainsi qu’un PLO à 50 euros pour le kif (je suis un fish mais j’adore cette variante) mais sinon, j’essaie de monter tranquillement mais sûrement. C’est décidé de commencer online avec peu pour tenter de monter, tout en gardant un budget bien supérieur en live. On verra pour le bilan dans 6 mois ! En attendant, alors que j’écris, je viens de bust de trois MTT successifs à 10 et 20 euros sur des 80/20. Oui, vraiment. Donc, now, je suis punie et je descends en 5 euros. Super…

En attendant, je serais à Berlin pour jouer un side et j’avoue que j’ai hâte de retourner dans cette ville qui m’avait, elle aussi, beaucoup plu. Sauf que cette fois, l’odeur de la choucroute, des saucisses et du lard qui pend quand on entre dans leurs épiceries, c’est pas la même…🙂

6 Réponses to “Viva Italia !”

  1. stefal Says:

    J’ai pas capté le AK vs AK.
    Les Italiens étaient bien présents mais Campione, est-ce vraiment l’Italie ? Ou un ersatz de Monaco ?
    J’aimerai beaucoup faire un tournoi dans la botte.
    Bravo pour ton tournoi et celui de ton homme.

  2. Agnès LE BODO Says:

    Et bien Claire, Bienvenue dans le monde cruel des milliers de joueurs qui descendent de niveau quand ils perdent !
    Retourner au 5€… je le fais souvent. Mais c’est absolument nécessaire pour ne pas se retrouver dans la peau d’un joueur qui veut  » se refaire « , joue des 50€ alors qu’il vient de perdre deux 20€, a toutes les raisons de prendre de mauvaises décisions, de perdre encore et encore, de se croire victime d’un mauvais sort acharné à le détruire, pour finalement oublier qu’il Sait jouer au poker…
    Jouer des sng double or nothing est un bon moyen pour retrouver rapidement ses sous et son moral.
    En tout cas, dis toi que nous sommes légion à vivre cela sans pour autant avoir la chance de nous balader en même temps au soleil d’Italie…😉
    Des bises.
    PS: moi non plus je n’ai pas pigé le coup des AK dans chaque mains. Je ne vois pas en quoi un J ou un 7 river change quoi que ce soit, à part s’il y a eu flush, était-ce le cas?

  3. viedefish Says:

    Merci à vous deux pour vos commentaires ! Et pour le AK, il s’agit d’un tournoi dit « rivers », une autre variante. Ce qui signifie qu’il n’y a pas de river commune mais une river privative (carte donnée face cachée à chacun des joueurs encore en course après le turn). Donc si le board est 2 4 6 8 et que je prends un 7 avec AK, ma main est : A K 8 7 6. En revanche, si mon adversaire prend un valet, sa main est : A K J 8 6. Donc il me bat…

  4. BeB Says:

    Merci pour ton blog et pour tes billets toujours aussi plaisants à lire.
    Merci Bis pour ta gentillesse et ta disponibilité à répondre à tes mails.

    Que le flop soit avec toi au pays des teutons !!

  5. Murlock7 Says:

    Ah bah si tu repart sur du 5€ on va ptet enfin se recroiser! et j’aurais enfin l’occasion de te sortir!🙂
    tu joue sur quel site en ce moment (et avec quel pseudo) ?

  6. fiatlux47 Says:

    Encore merci pour tes articles toujours chaleureux, simples, colorés et bien écrit.
    (je ne te drague pas là )
    Etant moi même franco-italien les « odeurs d’épicerie italienne » cela me parle aussi !

    Un petit bonjour au « Géant belge » Stéfal

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