Archive for the ‘Fish Stratégie’ Category

Le bonheur de jouer sans pression…

26 juin 2010

Afin de concurrencer le Venetian et le Caesar qui offrent tous deux des Deepstacks l’après-midi, le Rio a décidé d’inaugurer le sien, tous les jours à 13h depuis deux semaines. Au programme, 15k au départ et des rounds de 30 minutes avec montée très progressive des blinds, le tout pour 200$.

Le temps étant de l’argent, le tournoi ne se déroule que sur une journée, forçant les participants à finir aux aurores. Un marathon qui ne paie bien qu’une fois en finale : inutile de dire qu’il vaut mieux monter des jetons et prendre des risques afin de ne pas sauter à 3h du matin pour repartir avec 1 000$ au lieu des 25 000$ à la gagne quelques heures plus tard…

Bien qu’ayant une table réservée le soir même dans la nouvelle boite à la mode de Vegas (je ne sors pas beaucoup en boite mais bon, de temps à autres…), je me suis laissée tentée par la chose avec un but en tête : m’amuser ! En effet, sponsor ou pas, quand je joue un des tournois des WSOP – ou même ceux du Venetian -, je rigole pas beaucoup. J’ai envie de faire des résultats. Et du coup, forcément, j’ose moins faire de moves/calls risqués que j’aurais peur de regretter (ce qui est une erreur, accordons-nous là-dessus).

Du coup, j’ai décidé que je jouerais ce tournoi en écoutant mon instinct bien plus que d’habitude, même si ça impliquait prendre des gros risques. Et à la première pause, j’avais une seule pensée « Mais pourquoi je suis incapable de jouer comme ça dans les gros tournoiiiiiiiiis !!!!!! » (le tout entre deux hoquets et sanglots). Non pas que j’y joue mal mais juste que je prends moins de risques. Explications :

1. J’ai réussis mon premier call hauteur dame. Oui Mesdames et Messieurs, une crétine en folie a déboulé, fière comme un pou dans la press room, hurlant à qui voulait l’entendre : « J’ai réussis mon premier call queen hiiiiiiigh ! » Le tout sous le regard amusé/moqueur/affligé du clan français.

Voici le coup : Trois joueurs, dont la SB, limpent. Je checke de BB à 200 avec Q-9o. Le flop vient J 10 4 tricolore. J’envoie 500 et un joueur paie. Turn : 2 tout pourri. Check, check (« à ce moment là, je pense qu’il a un petit valet ou 9/10 et qu’il va payer de toute façon si je mise). River : doublette du 10. Je checke, prête à abandonner et il mise 1 000. Et là, je sais pas pourquoi (la tête chelou qu’il fait peut-être), mais une voix me hurle qu’il a raté sa quinte avec 8-9. J’en ai eu d’un coup la conviction. J’ai payé 2 secondes plus tard, il avait 8-9, j’ai montré ma main en me la pétant un peu : « Queen high is good ? » et gagné le respect à la table. Grand moment de frime… 🙂 (bon, je sais, c’est pas non plus le call du siècle à hauteur de mon tapis mais bon…ça fait toujours plaisir)

2. J’ai passé un bluff énorme à tapis

Un joueur en milieu de parole relance à 800 (blinds 150/300, ante 25) et je 3-bet en fin de parole avec 5-7o à 2 100. La SB paie. Gloups. Et l’autre passe. Flop : 7 K 3 avec deux piques. Check, et j’envoie 3 500. C’est payé par la SB qui fait la grimace (ça aide). Turn : (je me souviens même plus ce que c’est, j’ai pas regardé mais ce n’était pas un 5, pas un 7 et  ni une figure ni un as) la SB checke et je pars à tapis pour environ 9k. Et là, la SB réfléchit et souffre avant de passer QQ face up. Évidemment, comme j’étais vraiment d’humeur à frimer (et surtout parce que la table allait casser), mon égo m’a poussé à montrer mes cartes avec un large sourire d’accompagnement. Ce qui a fait rigoler tout le monde (même celui qui venait de passer les dames).

Je suis libre, je vole ! Queen high power !

Le tout avant de sauter sur un flip standard une heure plus tard mais ça, c’est pas grave.

La vraie question c’est comment arriver à se détacher de l’envie de faire des résultats dans des gros tournois ? Parce que ce n’est pas (dans mon cas tout du moins) l’argent qui me noue les poignets, et même si c’est le mien -et que parfois, je mériterais un zéro pointé en bankroll management -. Une fois que l’argent est mis dans le prizepool, je n’y pense plus du tout : c’est comme s’il avait juste disparu de mon bankroll.

Mais la pression du résultat, c’est pas la même… Et je peux vous garantir que s’il s’était agit d’un freeroll mais avec un bracelet à la clé, j’aurais probablement pas fait les moves ci-dessus… Et la question d’être désormais sponso n’entre pas en ligne de mire non plus (l’envie de scorer est la même qu’il s’agisse de mon argent ou de celui du sponsor). Je ne me pardonnerais pas facilement d’avoir voulu faire un hero call de folie qui en fait se serait avéré être le plus mauvais call de l’histoire. Idem avec un bluff raté. Et même quand on est joueur pro de chez pro et sponso depuis des années, comment ne pas vouloir faire un beau score dans le Main Event, le one shot une seule fois par an, et avoir peur de risquer tout son tapis sur une erreur ?

Je suppose quoiqu’il en soit que les sens s’affinent avec le temps et l’expérience. Et que l’instinct de prédateur (« Vas-y paie, t’es devant je le sais ! » « Oui je sais mais si là je paie, je risque mon tapis, j’ai pas envie, je vais attendre un meilleur spot ») apprend petit à petit à dominer la peur de perdre (« ok, je paie, on y va, je sens que c’est la meilleure décision, tant pis si je perds »).

J’espère que dans quelques années, avec toute l’expérience acquise, je serais capable de jouer dans un WPT à 10 000$ comme j’ai joué dans ce tournoi à 200$. Après tout, il y a quelques temps encore, j’avais un noeud au ventre et les doigts paralysés quand je jouais un 200$ (qui reste une jolie somme en soit)… Donc y’a de l’espoir ! 😀

Faut-il piétiner son égo et se donner une image de fish pour gagner plus souvent ?

21 mars 2010

On le sait, l’égo est le meilleur ennemi du joueur de poker. A quoi diable sert de montrer un bluff si ce n’est par envie de montrer qu’on pisse le plus loin ? Pour faire tilter l’adversaire ? Ca ne marche pas dans la majorité des cas…

Mais passons, je voudrais juste revenir sur une pensée que j’ai eue en jouant l’ECPT il y a quelques jours.

Il y avait à ma table un joueur qualifié d’une cinquantaine d’années, à l’allure joviale, et qui nous a tout fait : annonce vocale très forte « Raise ! » quand il avait un monstre en main, énorme donk-overbet qui fait passer tout le monde quand il floppe brelan, et, re-belotte quand il s’agit des As préflop (blinds 50/100, trois limpers et 1 300 chez lui), assorti de la petite phrase qui tue : « Moi, les As, je les ai perdus tellement de fois que maintenant, je ne les joue plus que comme ça ». Le tout agrémenté en milieu de parcours d’une livraison sublimissime qui lui a couté fort cher.

Et à chaque fois, il se faisait un plaisir de retourner ses cartes. Qu’importe le coup, qu’importe ce qu’il avait, il nous les montrait souvent, comme s’il voulait que tout le monde sache comment il jouait. Ce n’est pas compliqué : n’importe qui ayant des bases du jeu pouvait jouer contre lui en sachant ce qu’il avait en main (ce qui nous a tous bien fait rigoler d’ailleurs).

T'as une bonne tête toi... Tu veux t'asseoir à ma table ?

Mais là, je me suis dit : « Imaginons, moi, blonde de surcroit, faire un ou deux trucs du genre quand les blinds ne sont pas chères, afin de pouvoir les défoncer après ». De type 4-bet successful avec une poubelle mais dans lequel je mets tous les tells que je leur ai fait enregistrer auparavant, histoire de les faire passer en courant. Annoncer « Raise ! » d’une voix forte avec un overbet dès que je n’ai pas de jeu etc… Et puis je ne montre plus que les coups qui m’arrangent : ce serait radical. Si je n’ai pas d’accident, je ferais un massacre non ? Car la technique a beau être vieille comme le far west, elle peut encore marcher !

Et c’est là qu’intervient ce démon qu’est l’égo. Imaginons que je fasse deux ou trois énormes moves de fish, assortis de « C’est qui qui parle en premier déjà ? » et, horreur des horreurs, que je saute juste avant de pouvoir bénéficier des avantages de la chose : quelle image je donne ? Ca va être horrible ! Tout le monde va se dire « Mon dieu mais comme elle est nulle celle-là ! ». De plus, il faut pouvoir assumer les regards en coin et autres moqueries sous-jacentes à la table…

C’est vrai que c’est une technique bien connue de certains joueurs de cash qui, à peine arrivés à la table, font une horreur de type payer une fortune avec une ventrale avant de retourner leur jeu avec les yeux de Calimero en disant : « C’est dommage, j’étais à tirage… ». Avant de massacrer tout le monde, of course…

Ca doit être tellement efficace ce truc ! Il faudrait vraiment que j’essaie un jour. Mais il faudrait pour ça que ce soit un tournoi dans lequel je ne connaisse personne, qui soit à l’autre bout du monde, et dont la structure me permettrait de me laisser le temps de tirer profit de la stratégie machiavélique mise en place. C’est pas gagné…

Et vous, vous avez déjà testé la chose ? Ca a marché ?

Top 10 des bonnes résolutions poker pour 2010

31 décembre 2009

Chaque année c’est la même chose : à minuit on s’embrasse, on se souhaite d’être « beau, riche et en bonne santé » et on écrase le paquet de cigarette d’un geste rageur avant d’aller le repêcher le lendemain dans la poubelle.

Et bien cette fois je préfère vous prévenir, les bonnes résolutions, on va les tenir ! Voici vos nouveaux 10 shark-commandements :

1. N’expliquez plus jamais à un fish comment bien jouer. Quand vous êtes victime d’un coup foireux, desserrez les mâchoires et sortez-lui « nice hand » avec toute la sincérité du monde. Ne vous énervez pas. Au contraire, encouragez-le dans cette voie.

2. Ne faites plus de tournoi à 500 euros quand votre bankroll est de 510 au prétexte que « de toute façon, même Gus Hansen il a déjà été broke »

3. Ne cassez plus votre ordinateur après une mauvaise session online. Il est innocent.

4. Ne cassez plus la gueule de votre pote qui est venu vous demander comment ça va juste avant que vous sautiez sur un bad beat. Lui aussi est innocent.

5. Ne retournez plus votre chambre à quelques minutes d’un gros tournoi en cherchant désespérément votre t-shirt col en V noir avec le petit kangourou sur le devant parce que c’est celui que vous portiez quand vous avez gagné le 50 euros de l’ACF.

6. Lors d’une session online, ne vous dites plus « bon, j’arrête dès que j’atteins 100 euros de benef' ». Ceci est également valable avec tous les autres chiffres ronds. Parce qu’arrivés à 95$ de benef’, on se dis tous « encore 5 et j’arrête ». Avant de tout reperdre, évidemment.

7. Arrêtez de lire les articles techniques qui comportent ce type de formules : (Le tout afin d’améliorer le rendement de son bankroll de 0,01% par an). Concentrez-vous plutôt à tenter de faire augmenter votre capital chance, ça fait moins mal à la tête et c’est finalement la seule façon de faire pousser sa fortune de +3000% en une journée.

8. Ne dites plus, « Demain, je me mets au kick-boxing comme ElkY ». Faites-le.

9. Arrêtez de pester contre votre manque de chance. Dans la vie, tout le monde a, par définition, une dose différente de chance au cours de son existence. C’est mathématique ; on vit trop peu de temps pour que tout le monde finisse par être à égalité devant la Déesse Chatte. Et on sait tous que le poker offre une grosse part au hasard. Donc si vous n’êtes pas content, mettez-vous aux échecs.

10. Enfin, si un jour vous êtes à la table d’une certaine Claire Renaut, faites-lui livraison de quelques jetons. Non pas par pitié mais plutôt par signe de respect et de crainte (vous savez, comme les Romains avec les autels et pis les corbeilles de fruits, avec les bougies et les prières…)

Voilà, il ne me reste plus qu’à vous souhaiter le meilleur pour cette nouvelle année. En espérant que vous ferez un carton aux tables et -parce que ça reste le plus important – aussi en dehors !

Bonne année bande de poissons ! Que la force soit avec vous !

La ruse de renard du jour

29 décembre 2009

Marre de vous faire déchirer à la table ? Ras le boubou d’être un fish ruiné ? Voici une ruse malhonnête vieille comme le monde et bien connue de certains joueurs sans scrupules :

Vous ouvrez les As en début de parole. Et notez bien que j’ai dit les As (ça peut aussi marcher avec les rois ou toute méga premium avec laquelle vous avez envie de partir à tapis et d’être payé). Vous jetez deux jetons devant vous. Sauf que, si les blinds sont par exemple de 100/200, vous ne limpez pas avec deux jetons de 100, mais avec un jeton de 5 000 et un de 100. Et là, quand la croupière annonce « 5 100 », vous écarquillez les yeux, ôtez vos lunettes de soleil (ce sera encore plus crédible si vous les avez sur le nez pendant que vous jetez vos jetons ; vous êtes ainsi sensé moins bien voir les couleurs) et criez au scandale : « Mais non, je voulais juste payer, hors de question que je mette ça ! C’est une erreur ! »

Évidemment, ce qui est fait est fait et votre gros jeton de 5 000 doit rester dans le pot. De façon prévisible, vous entendrez forcément « raise », voire « tapis » chez un bébé-requin ayant vu chez vous de la faiblesse, et c’est évidemment le moment que vous choisirez ou pour payer le tapis adverse ou pour relancer à tapis, façon « je suis trop en tilt, de toute façon, je m’en fous de ce jeu à la con ». Vous serez bien évidemment payé dans la seconde.

"Gniak gniak, grâce à ce plan machiavélique, je vais crouler sous les chips !"

Cette vieille ruse est une insulte à l’éthique du poker et si je la mets ici, ce n’est pas pour que vous vous en serviez, mais plutôt pour que vous sachiez l’esquiver ! Notons aussi que parfois, un joueur peut sincèrement se planter avec ses jetons. Analysez donc bien la situation avant de pourrir l’infortuné d’insultes.

Pour finir, sachez qu’il existe une variante beaucoup plus subtile – et éthiquement plus correcte car plus proche du faux tell envoyé à l’ennemi – mais qui fonctionne sur le même mode (cad faire croire à l’adversaire qu’on s’est trompé dans sa mise et qu’on a mis trop de jetons au milieu). Il suffit en effet pour cela de jeter ses jetons, se pencher légèrement sur la table genre « je vérifie » et, très rapidement, esquisser un mini-geste aller-retour de la main sur ses jetons investis façon « je viens de me rendre compte de ma connerie, je veux récupérer mon jeton, ah non, si je fais ça, on va me griller, faisons du coup comme si de rien n’était » et feindre de reprendre toute sa contenance à la table. Un joueur aguerri et habitué à observer la table ne manquera évidemment pas de relancer le vil renard à l’origine du coup… Donc soyez vigileant !

Badeucy : une nouvelle variante qui fait fureur

28 décembre 2009

Pour la plus grande joie des amateurs de Mixed Games, un nouveau jeu vient de faire son apparition sur les tables de Vegas : le Badeucy !

Il s’agit d’un jeu en Limit, un mélange entre le Deuce To Seven et le Badugi. Pour rappel, le Deuce To Seven est un jeu à trois tirages où chaque joueur reçoit 5 cartes et tente de composer la meilleure main possible : 2 3 4 5 7 (soit la pire main de Hold’em, sans paire ni autre combinaison : que des petites cartes). Au Badugi, les joueurs reçoivent 4 cartes et doivent en trois tirages former une main avec 4 cartes de couleurs différentes et les plus basses possibles (A 2 3 4 est donc la meilleure main, si les cartes ont toutes une couleur différente).

Au Badeucy, les joueurs reçoivent 5 cartes et doivent faire une main de Deuce ET une main de Badugi en trois tirages. Le pot peut être partagé à la fin, façon Hi-Lo, si l’un des joueurs a le Deuce et l’autre le Badugi. Inutile de préciser de même qu’un Deuce 2 4 5 6 7 gagne contre un Deuce 2 4 6 7 8. De même, notons que la meilleure main de Badugi doit commencer par un 2 – et non par l’as -. Ainsi, la main 2 3 4 5 7 avec 2 3 4 5 de couleurs différentes représente les nuts absolus.

Cette main de Badeucy vaut une quinte flush royale en Hold'em

Il s’agit d’un jeu beaucoup plus complexe – et donc bien plus interessant – que le Deuce ou le Badugi puisque choisir quelle carte éliminer ou quand s’arrêter de tirer est l’objet d’un choix toujours difficile à faire ( alors qu’en Deuce, il est beaucoup plus simple, voire immédiat, de savoir quelle carte éliminer). De nombreux joueurs ont ainsi marqué leur enthousiasme quant à cette nouvelle variante et, en se promenant entre les tables de la poker room du Bellagio, force est de constater que tout le monde veut y jouer ! Et comme tout le monde tatonne, n’étant pas encore sûrs de la meilleure stratégie à adopter, ça rend les choses encore plus fun !

Vos jetons parlent pour vous (ah bon?)

18 décembre 2009

Vous connaissez tous ce tell : on range ses jetons comme on joue. Prenons deux exemples :

Quand les jetons sont empilés n’importe comment ; créant des tas de différentes tailles, vous êtes loose.

Quand les jetons sont entassés par piles de vingt de façon propre, vous aurez à faire à un joueur tight.

Sauf que la première photo correspond aux chips d’Andy Bloch, joueur serré par excellence, et que ceux du bas sont à Andy Black, joueur ultra loose agressif (mais nouvellement bouddhiste). Tirez-en les conclusions que vous voudrez…

Finissons sur un petit quizz : Et lui, à quoi il pense quand il joue ?


Il est vrai d’ailleurs que de très nombreux joueurs adoptent des attitudes tout à fait ambigües quant à leurs stacks. Caresser inconsciemment une pile de 40 étages de haut en bas et de bas en haut étant le plus fréquent – et le plus drôle quand on le voit de l’extérieur-. Il s’agit en fait d’un geste très commun pour se rassurer (« Oh, il est gros mon tapis, il est beau mon tapis, je vais tous vous ni**** »). Le poker : un vrai sport de mec ?