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WSOP 2011 : Bilan de ma première semaine à Vegas

9 juin 2011

Deux mots suffiront : pas brillant. J’aurais même dit « super zéro » si jamais je n’avais pas fait mon premier cash il y a deux jours dans un event ! Oui, oui, j’ai fait ITM au Rio ! Attention : confettis, paillettes et tralalère !

C’est donc avec une immense fierté que j’ai été faire la queue au cashier avec mon ticket « 31rst place finisher » pour retirer mon énorme gain.

330$.

Et non, il ne manque pas un zéro.

Et oui, blasée, j’ai articulé un faible « thank you » à la guichetière qui m’a gratifié d’un « Congratulations ! » enthousiaste en ne tendant mes maigres billets. Tu serais pas en train de te foutre de ma gueule toi par hasard ?

Ah, l’ironie du monde… Il se trouve en effet que juste après avoir busté du 6 handed où j’ai run like hell, j’avais décidé de me défouler dans un des 200$ deepstack quotidien du Rio. Il y en a trois par jour et j’ai pris place dans celui de 18h, qui affichait 360 joueurs à 185$ de buyin. Et là, mesdames et messieurs, à peine assise, j’ai commencé par faire quinte contre brelan, puis couleur contre double paire et enfin, roulement de tambour, set over set (et obv, pour une fois, c’est moi qui avais le meilleur brelan). En rasant à chaque fois mon adversaire de l’intégralité de son stack ; histoire de bien faire.

Je ne savais plus si je devais rire ou pleurer en ramassant mes jetons. J’avais passé mon après-midi dans le short-handed à me battre, rater tous mes tirages, ne jamais faire brelan et perdre les coin-flips cruciaux. Et là, en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, j’étais déjà chip leadeuse, sans rien avoir eu à faire ! Quel jeu de buse quand même…

Pour ceux qui sont sur place, je vous préviens toutefois, le tournoi a beau être intitulé « deepstack », ça n’est pas du tout le cas. Les niveaux jumpent toutes les 30mn et les 10 000 de tapis initiaux ne suffiront pas à vous donner de la profondeur après quelques heures de jeu. En clair, c’est un vrai crapshoot mais bon, au moins c’est fun et je ne connais rien de tel qu’un bon push or fold pour se défouler. Celui où en deux coups, tu peux passer de short stack à chip leader (et inversement).

Bref. Théorie du verre à moitié plein oblige, j’ai pris cet ITMinuscule comme un «Claire, t’es sur la bonne voie » et un encouragement pour la suite des choses. Après tout, mieux vaut ça qu’un coup de pieds aux fesses et des cartes qui te disent « retourne faire mumuse dans ton aquarium mégafish, cette année tu feras un super zéro ».

Pour l’instant, j’ai joué trois tournois WSOP : un 1000$ donkament (où malgré un bon départ, je n’ai pas remporté LE flip énorme sur lequel tout mon tournoi se jouait) et un 1500$ triple chance très sympa à jouer, dans lequel j’ai rapidement monté des jetons avant d’avoir les As face à Jc9c sur KhQsTs (oui, j’aurais pu lacher mais non, je ne l’ai pas fait), ce qui m’a coûté la quasi-totalité de mon tapis avant d’être achevée par AK vs JJ.

Mais le tournoi que j’ai préféré à ce jour a été le 1500$ short-handed (= on joue à 6 au lieu de 9 ou 10). Outre le fait qu’on a beaucoup plus de place à la table (c’est tellement désagréable de se sentir tout coincé entre deux joueurs corpulents), on n’a jamais le temps de s’ennuyer ! Je m’y suis particulièrement amusée, même si j’ai raté quelques coups/tirages très importants. De plus, pour être honnête, je compte bien me faire pousser une paire de coucougnes pour le prochain. C’est que la pression y est incessante et qu’il m’est arrivé d’avoir envie de push parce que j’avais un gros doute sur la force de la main adverse mais que je ne l’ai pas fait, juste au cas où je me trompais… Dur dur d’être sous pression pendant des heures et de ne rien lâcher à la table quand vos adversaires tentent de vous squeeze comme un citron à chaque coup!

Et un, et deux, et trois ZERO ! (mais ce que vous ne savez pas, c'est que la suite de la chanson, c'est et quatre, et cinq et six ITM ! - et un bracelet aussi svp- -ou juste une TF je prends aussi -) Et un grand merci à Anne Laymond (Pokerpics) pour la photo !

Enfin, histoire de terminer pour ces WSOP, laissez-moi vous raconter une main marquante qui m’a valu un joli mal de tête mais une réussite au bout (il est évident que j’allais pas non plus vous raconter un coup que j’ai misérablement foiré hein ! 😀 ) :

C’est le début du donkament à 1000$ dans lequel nous partons avec 3000 jetons. C’est la fin du deuxième niveau, blinds 25/50. J’ai environ 4000, ce qui est déjà sympathique à ce stade.

Le joueur UTG limpe à 50. J’ouvre JJ UTG+1 et je raise à 225. Et là, le joueur à ma droite, qui n’a joué qu’une seule main jusqu’à présent (oui oui, une seule), décide de juste payer. Toutes mes alarmes s’activent. Il a forcément une paire moyenne ou ATs + (on sait jamais…). Je pense qu’il m’aurait surrelancé avec QQ+ mais ne connaissant pas le joueur et ayant déjà vu de nombreux joueurs just call avec des mains très fortes, je n’en suis pas sure… En tout cas, il n’est pas en slip. Et je le mets plutôt sur une paire intermédiaire : entre 77 et TT.

Tous les autres foldent et le flop vient : 7s 7c 9s. Génial, c’est pile sa range (raaaaah). J’ouvre à 450, et il me paie. A ce moment, je commence à douter de la force de ma main mais je me dis qu’il peut encore avoir paire de 10. Ou les piques.

Le turn vient 8h. Super. Encore pile dans sa range éventuelle. Mais je check/call quand même les 675 qu’il me demande. Précisons aussi que j’ai une excellente image moi aussi. Là, le joueur sait que j’ai forcément une main intéressante.

Et là, à la river, un as de cœur, je checke à nouveau et il m’envoie 2000 et tapis dans un pot qui fait 2825. Si je perds le coup, il me reste 400 derrière, soit plus rien. Je me dis que son move n’a pas de sens. Sauf s’il a AK/AQ de pique, qu’il pense réellement avoir la meilleure main et pouvoir être payé par moins bien. Ce n’est pas un joueur très fort ou habitué (je le vois à sa manière de bouger les jetons ou regarder ses cartes), ce n’est pas non plus un kid online (c’est un chinois d’environ 45 ans) et il m’est donc difficile de lire en lui et de trouver sa ligne de raisonnement.

Peut-être pense-t-il vraiment value avec un simple As bien accompagné. Peut-être aussi a-t-il full, voire carré et qu’il me fait tapis en jetant ses jetons d’un air nonchalant pour mieux se faire payer. Et puis de nombreux semi-débutants ne vont pas hésiter à push quand ils ont un très bon jeu… S’il s’est embusqué avec AA, il peut aussi push par réflexe en voyant l’as tomber à la river. En tout cas, j’ôte KK et QQ. Mais je garde 77, 88, 99 (arg) et TT (ouf) comme main possibles et cohérentes.  

Je joue tout mon tournoi sur ce coup et prends donc le temps de la réflexion. Je le vois bien sur paire de 10 qu’il transforme en bluff river. Ou en piques ratés. Sauf que quand je parle avec lui, il me dit : « Yes, I tell you, j’ai raté mes piques !». C’est donc pas ça ; même par jeu ou dialogue au second degré, on n’a pas le droit de révéler sa main et je pense qu’il le sait. Les règles aux USA sont très dures. Le truc, c’est qu’il semble assez détendu, presque trop. Et c’est ce presque trop qui me fait bug. Il veut me montrer qu’il est détendu. Du coup, j’inspire et je paie. Après tout, comme bien souvent, soit il a un monstre, soit il a air et je penche pour la deuxième option en priant pour que ce ne soit pas un mauvais joueur qui ait décidé de transformer KK ou QQ en bluff de l’espace. Je paie timidement et il me montre paire de 5 ! Quel soulagement ! (mais bon, ça va pas m’empêcher de bust trois heures plus tard)

Au poker, on est toujours le fish d'un autre ! Même quand on est un (petit) shark ! 😀

Voilà pour cette semaine de tournoi. Il me reste encore 8 events au programme et je vous tiendrais au courant régulièrement via FB ou twitter ! En tout cas, je suis plutôt contente de mon jeu jusqu’à présent et je compte bien ne rien lâcher ! Ensuite, ben arrivera ce qu’il doit arriver ! (et si je dois passer mon mois à encaisser 150$/semaine de benef’ dans le deepstack, ben c’est pas grave ! –quoique…-)

Sinon, petite parenthèse sur le Black Friday : c’est un sujet qui est évidemment dans toutes les bouches pour ces WSOP et à chaque fois que je spotte un joueur online américain à ma table, je ne manque pas de lui demander, par réelle curiosité, ce qu’il compte faire. Et trois tendances se distinguent :

. « C’est une opportunité géniale en fait pour passer un an ou deux à l’étranger avec des potes. Je n’ai pas encore choisi mais j’hésite entre le Brésil (sauf que la résidence est dure à obtenir ; il faut amener beaucoup de liquidité), le Costa Rica, l’Uruguay ou la Thailande. Il parait que c’est génial comme pays mais bon, c’est comme l’Europe, c’est un peu loin… L’Amérique du sud en fait, ce serait parfait !»

. « J’ai découvert les parties en live et jamais j’aurais pensé gagner autant ! Du coup, je vais probablement m’installer à Vegas quelques temps. J’ai des potes qui vont bouger à l’étranger parce qu’ils sont gros gagnants online mais moi, non seulement j’ai pas envie de partir trop loin de ma famille et mes potes mais en plus, je gagne désormais bien ma vie en live. »

. « J’attends de voir comment se passent mes WSOP et j’avise après. Si je n’y fait pas une belle gagne, il n’est pas impossible que j’arrête de jouer à plein temps et que je me trouve un métier « normal ». »

En attendant, tous les sharkitos online qui ont cash out et reçu leur argent de PS sont à Vegas pour les WSOP. Et le niveau s’en fait clairement ressentir… Aïe aïe aïe…

Enfin, je voudrais faire une parenthèse tout à fait cruciale sur ma semaine : quoi faire à Vegas en dehors du poker !

. Allez voir le show de Stéphane Vanel au Paris ! Je ne dis pas ça parce que c’est un pote mais parce que c’est un des meilleurs manipulateurs de cartes au monde (si, si, vraiment) et que sur scène, il dégage sévère ! Pendant une heure, vous serez plongés dans une atmosphère de cabaret, dans une petite salle aux dimensions intimistes (ce qui est parfait pour observer les mains du magicien de près et tenter de comprendre les tours), rideaux de velours, danseuses sexy et groovy, numéro de marionnettes hyper réaliste et stand up comedy d’un mec qui m’a fait pleurer de rire !

Event 1 : 1500$, Event 2 : 3000$, Event 4 : 5000$. La garantie d'oublier tous vos bad beats pendant une heure : 30$ ! 😀

Le soir de l'avant-première avec Thierry Cohen (à droite), producteur du show et créateurs des lunettes fun et funky qu'on voit partout ! Champagne ! (là, on est à la "Sugar Factory", un nouveau resto/bar au Paris qui, comme son nom l'indique, donne une envie monstrueuse de chocolat/bonbon/gateau dès les premières minutes... Un vrai paradis pour les gourmands ! )

. Allez faire la fête au Marquee ! J’en ai déjà parlé auparavant dans ce blog mais cette boite est définitivement ze place to party à Sin City. Le cadre est grandiose, les DJ à donf’, la vue sur le Strip magnifique, la piscine gigantesque bref… victoire ou défaite, tous les prétextes seront bons pour aller y passer une soirée !

Pour finir, mention spéciale à l’ami Nicolas Levi et à sa super perf’ dans le 10 000$ Pot limit Hold’em ! VGG amigo ! (cliquez ici pour suivre Nico et ses potes aux WSOP, un zapping hebdo super sympa réa par Emilie)

Rien de tel que la finale d'un pote pour surmotiver les troupes ! Bravo Nico pour avoir ouvert la voie de ce qui sera, on l'espère, une très belle année française !

Allez, c’est pas tout ça mais je retourne au combat. A dans une semaine et bonne chance à tous les frenchies qui sont déjà sur place !

Après San Remo et Madrid, vivement Vegas !

12 mai 2011

EV-. Voilà comment résumer de la façon la plus efficace deux semaines de vadrouille sur le circuit poker sous le soleil de l’Italie et de l’Espagne. En même temps, mon séjour n’aura pas été désagréable, loin de là… Il faut dire qu’après Dublin, les rayons de ciel bleu m’ont fait un bien fou ; rien de tel que de partager une glace au bord de mer avec les amis du circuit pour s’offrir une véritable bouffée d’air frais (et de coups de soleil).

San Remo, située sur la Riviera peu après la frontière française, est une ville un poil vieillotte (surtout les hôtels) mais qui ne manque pas de charme ! Et surtout, elle est située en bord de mer (mais bon, ça se voit pas sur la photo 🙂 )

De plus, la gastronomie italienne étant ce qu’elle est, la régalade était au programme. J’ai ainsi le souvenir ému d’un petit resto, le Vittorio, timidement coincé entre deux terrasses sur une place fleurie d’orangers, où une vraie nonna italienne prépare ses plats du jour. Pas besoin de commander. On s’assoit et les assiettes défilent jusqu’à satiété : fleurs de courgette, pâtes au gorgonzola, friture de petits poissons, salade de mozzarella, Valpolicello bon cru… Une adresse bien connue des joueurs de poker (n’est ce pas Anto ?) et que je vous recommande chaudement !

Voilà. Je viens donc par ce chapitre culinaire de vous faire partager l’essentiel de ces deux semaines sur le circuit EPT. Parce que cette fois, le poker n’était pas vraiment au rendez-vous et pour une raison bien précise : Vegas. J’ai en effet décidé de consacrer une grosse partie de mon enveloppe de tournoi annuelle pour les WSOP afin de me laisser une chance d’y faire un score ; j’ai donc une dizaine d’events de prévus au programme et quelques sides deepstack à côté au Venetian.

Ces deux dernières semaines, j’ai donc uniquement joué un side à Madrid et le Ladies à San Remo où j’ai rencontré une des seules mamies LAG du circuit : un vrai truc de fou. Une mauvaise LAG (elle raisait/call 3bet HP avec 7-9o, puis donkait pour mieux toucher la ventrale river, par ex) mais une LAG quand même ! Et c’est pas souvent que je me suis fait 3bet dans un Ladies par une mamie qui avait 10-5o, croyez-moi… Mais bon, le miracle n’aura pas lieu et structure hyper-turbo oblige, j’ai eu beau jouer aussi bien que je pouvais, je n’ai pas su gagner les flips cruciaux…

Ensuite, j’ai enchainé sur le magnifique side event de l’EPT Madrid à 2000 euros. J’aime beaucoup ces tournois (j’avais d’ailleurs terminé 17e en janvier à Deauville) car la structure est toujours aussi belle que le prize-pool. Par contre, le field est horrible, évidemment… Assise sur mon siège, je pouvais apercevoir aux tables voisines Vitaly Lunkin, Jason Mercier, Liv Boeree, Chad Brown, Christopher Thorsson, plein de pros français et de kids du online ayant gagné un EPT ici ou un WPT là… Bref, la dead money, c’est pas que que c’était moi mais bon…

Leitmotiv Gimmick : "Toi aussi Claire tu es un taureau, toi aussi tu es très méchante, tu aussi tu leur fais peur..." ^^

J’étais de même entourée à ma table du très sympathique Christophe Benzimra, de Dan Heimiller et Joe Hachem. L’ex-champion du monde n’arrêtait d’ailleurs pas de bailler et jouait comme un caramel mou : à l’exception d’un bluff raté tout pourri, il ne faisait que folder : « Are you still jet lagged ? » lui demande-je, « Yes and it’s incredible because it’s already been 5 days… », me répond-il, « Yeah, cool ! I guess it’s a good news for all of us ! »… Et en effet, il va bust avant meme d’avoir fini son massage et sans avoir gagné un seul coup…

De mon côté, ça a été assez difficile. J’étais pourtant de très bonne humeur (et quand je suis de bonne humeur, je papote beaucoup, je sympathise avec la table, je raconte des conneries, je m’amuse au risque de passer pour la première fishette venue qui se croit dans un jardin d’enfant…) mais j’ai commencé par rater tous mes flops (mais mes c-bets sont passés dans la majorité des cas) à l’exception d’un : j’ai paire d’as et il vient un as au flop et je ne prends rien de chez rien.

Nous avons ensuite profité d’un parfait diner break au soleil, en terrasse. Sauf que comme il était 19h et que nous nous étions tous mis à l’heure espagnole, nous avons transformé ça en apéro break avec les français présents. Et comme Antonin et Alain étaient de la partie, autant vous dire que j’avais l’impression d’être dans le Sud ! Philippe Ktorza nous a ensuite raconté une anecdote qui nous a tous bien fait halluciner, cliquez ici pour en lire le début de la malediction du 7 de pique, une histoire qui défie réellement toute statistique mathématique. Et ce qui n’est pas noté sur le blog, et qui est en fait le plus interressant, c’est que Philippe saute contre le 6-7 de pique (lui a les dames), comme s’il avait reçu toute la journée un avertissement divin. Du coup, la blague veut évidemment que Ktorza soit ensuite allé mettre un petit billet à la roulette, direct sur le 7. Et là, vous me croirez ou pas mais c’est évidemment le 7 qui est tout de suite sorti. Une incroyable loi des série frôlant le paranormal qui nous a tous bien distrait… Mais les apéros ont tous une fin et bientôt sonnait à nouveau la cloche non pas du dîner mais du tournoi : adieu petit bière au soleil, it’s time to fight again !

Ne touchant aucune carte/flop/turn/rien, j’ai donc tenté deux move : un qui a marché contre un joueur faible/tight alors au bouton qui a trouvé le moyen de passer 3-5 sur 3 4 5 6 quand je l’ai relancé au turn (j’avais une excellente image et je pouvais tout à fait avoir brelan ou 77) et un autre contre un joueur trop bon et avec plein de jetons : mauvaise idée… Quand je l’ai relancé au turn avec une banane gonflée à l’hélium en main (=pire que « air »), il a passé 5 bonnes minutes à mariner/réfléchir, avant de m’assomer d’un cruel « tapis » en plein tête. Yeah…

Et je m’en veux encore car je crois avoir fait une erreur d’attitude. C’est en effet en me scrutant qu’il a pris la decision de raise à tapis ; je crois qu’il a lu de la faiblesse chez moi… Etant donné que mes collègues ont la possibilité de se balader sur mon blog, je ne vais pas rentrer dans les détails mais ce coup m’a donné une bonne leçon et fait en sorte que dorénavant, je ne ferais plus la même erreur. Il est en effet toujours difficile de bien doser les degrés de tells/contre-tells (car cela dépend de la lecture et du niveau du joueur adverse) mais cela reste une part importante du jeu. Et je compte bien me perfectionner aussi de ce côté-là dans mes futurs tournois.

Là je viens de joueur un coup comme une déesse, genre la Maitresse absolue des cartes et toute la table est véritablement impressionnée par mon skill. Si si... (Comment ça Hachem est mort de rire ? Mais c'est parce que la masseuse le chatouille ! Comment ça, il n'y a pas de masseuse ?) (un grand merci à Antoine Lafond pour sa gentillesse, son efficacité et la photo !)

Après analyse, me suis aussi dit qu’il avait pu me faire du cinéma (il avait l’air de souffrir un peu trop en réfléchissant), qu’il avait un monstre, et qu’il pensait que moi aussi j’avais une main forte pour le suivre. D’où le tapis avec envie d’être payé…. De toute façon, je ne le saurais jamais. (et désolée, bizarrement j’ai tellement stressé que mon cerveau a semble-t-il effacé le coup… Me souviens plus du tout de mes cartes ou du board ! Ca me fait ça quand j’ai une overdose émotionnelle…)

J’ai donc laissé quelques plumes sur ce coup mais j’avais toujours un tapis sympathique bien que légèrement inférieur à la moyenne. Alors que la moitié des joueurs avaient déjà rejoint le banc de touche, je perds deux fois KQ, puis AQ et paire de 6. Là, mon tapis de 10k commence à être franchement maigrichon… C’est alors qu’un joueur un peu loose ouvre à 800, que le tight de service sur-relance à 2300 et que j’ouvre QQ au bouton. Ni une ni deux je pousse mes jetons au milieu, pressentant d’être devant. C’est alors que la BB, le bon joueur avec une montagne contre qui j’avais perdu le move précédemment écrit, se met à réfléchir. Et paie. Là, je sais que je suis carbonisée. Le premier relanceur folde, le tight aussi (il avait JJ) et la BB montre KK.

Pas de miracle et zou, je suis éliminée vers 2h du matin avec pour lot de consolation la fierté de remporter un joli last longer contre Nico Levi, Pedro Canali et Fabsoul. Hihihi ! (je ne vous dirais pas l’enjeu mais disons juste que j’aurais détesté le perdre ! – et non, ce n’était pas de jouer le prochain tournoi en string pour les perdants- – ce que maintenant je regrette d’ailleurs…-)

Quand je joue, j’ai horreur des diner break car, comme pour tout le monde, le stress me noue l’estomac. Mais dès que je bust, une fois la nouvelle digérée, c’est une apocalypse de gargouillis qui se déchaine furieusement. N’ayant pas trop le choix dans le menu, je commande un piteux croque-monsieur au bar et Melanie Weisner (contre qui j’avais joué en heads-up lors du Ladies de Monte Carlo), vient me rejoindre.

On échange les blablas d’usage sur le tournoi en cours, elle me dit être encore méga verte d’avoir sauté du Main après avoir vécu un Day 2 merveilleux et un Day 3 plus noir que les mines de charbon du Pas de Calais, et on enchaine sur le Black Friday. Il faut dire que le sujet reste celui le plus discuté en dehors des tables puisque personne ne sait ce qu’il va se passer…

Ca spécule dans tous les sens mais la conclusion est souvent la même : les pros américains jouant online sont désormais contraints d’envisager de déménager. Elle hésite donc entre Londres (comme beaucoup d’entre nous), Barcelone ou l’Australie (mais trop loin) mais avoue être vraiment blasée à l’idée de quitter New York… Et il n’est pas difficile de lire une inquiétude quant à son avenir au sein de FT…

Cette discussion reflète l’état d’esprit général des joueurs en ce moment : l’incertitude et la résignation à l’idée que de nombreuses choses vont changer. Nous savons seulement que les WSOP seront bien moins fréquentés que les précédentes années, que des programmes TV sponsorisés seront déprogrammés, que certains cash gameurs européens se gavent en hi-stakes (car les sharks US ont déserté le navire) et que nombre de personnes se font virer des sites en question mais tout le reste navigue dans le flou. On parle de deal avec l’Etat mais quant à l’issue définitive, c’est toujours motus. On dit aussi que FT et UB/AB vont disparaitre pour toujours avant de se raviser pour FT et de défendre le contraire… Strange days…

Une fois donc mon sandwich avalé, Melanie saluée, ma défaite encaissée et la nuit passée, j’ai pris l’avion pour Londres où je vais rester une petite semaine avant de m’envoler ensuite pour un week-end à New York pour voir une amie (yeepee, j’adore cette ville !) et ensuite pour Las Vegas ! J’ai tellement hâte de revoir le Strip, ses restos, ses boites de nuits et surtout, tous les sublimes tournois qui vont ponctuer mon quotidien cet été !

Mais avant ça, histoire de nous mettre en forme (et là c’est le moment où je vous interdis de rigoler), nous avons prévu quelques jours de préparation/remise en forme dans un SPA à deux heures de route de Vegas avec au programme du sport, beaucoup de sport, des repas diététique, des massages et du yoga à gogo ! Mens sana in corpore sano. Mais non, pas la peine d’insister, vous n’aurez pas de photo de moi (ou pire encore, de Fab), dans la position du lotus à 7h30 du matin au milieu des cactus et des coyotes… 😀

Good run à l’Irish Open ! (surtout le samedi soir en fait…)

25 avril 2011

A ce stade, le trèfle au dessus de ma tête, c’est pas quatre feuilles qu’il avait mais douze ! Oui, Mac O’Gandalf m’a bénie de ses propres mains ! J’ai run comme un gnome roux dans une fraiche colline couverte de rosée ! A moi les jetons qui coulent comme une Guiness dans le gosier d’un vicking ! J’ai run like Thoooooooor !!!

Le chateau de Dublin est vraiment l'illustration parfaite de mon stack tout au long du tournoi : imprenable, haut et invicible ! (en tout cas, si c'est pas arrivé, c'est que je l'ai rêvé très fort)

Non, je déconne.

En fait, c’est juste que j’avais envie de le dire et que ça m’a fait un bien fou à écrire. Mais pour être honnête, ces tournois (le Main Event, un side turbo et le Ladies que j’avais d’ailleurs remporté l’an passé) ont été une succession incroyable de bad beats et de set up pourris. Je n’ai d’ailleurs pas l’habitude de pester à la table mais là, peu avant le diner break du Main, et sous les yeux d’un Dan Harrington mi-compatissant mi-« mais elle va arrêter de râler la française ? », j’ai craqué.

Outre les poubelles qui s’enchainaient et tous les autres petits coups systématiquement looseux, je venais de perdre un cinquième coup sur une river qui m’assassine. Une fois avant, un joueur m’avait payée tout du long avec JJ sur K x x x (sans couleur/quinte) quand j’avais AK (J river, obv mais j’avais check call en protection quand même river ; pas folle la guêpe). Une autre fois, j’avais foldé face up un brelan de 4 floppé car la couleur était rentrée river et que le mec l’avait. Une autre fois, j’avais encore floppé TPTK contre un tirage quinte improbable qui rentrait à la river etc… Bref, j’étais déjà un peu… à fleur de peau.

"Qu'est ce qu'elle maman la Madame ? Pourquoi elle a l'air trooooop méchante... Ouiiiin" "Non mon chéri elle a pas l'air méchante, elle a juste l'air désespérée... Regarde, elle a un tas de jeton ridicule !"

Et là, après tout ça, un mec me fait une ventrale river quand j’ai top paire floppée (petite pensée pour Caroline, alors dealeuse à la table et donc témoin de cet instant magique). Ca a été la goutte d’eau. J’ai tilté ; mon cerveau est instantanément parti en vrille. J’ai eu l’œil gauche qui est parti à droite et l’oreille droite qui a squeezé à gauche. Insta-naseaux enfumés et regard écarquillé genre celui qu’aurait une folle concierge ahurie devant une colonie de Saturniens alcooliques dans son salon.

Et pourtant dieu sait si je sais me tenir à une table mais là, le fait d’être à l’étranger m’a probablement encouragée à pester à haute voix : j’ai donc pu râler comme un putois dans ma langue natale sans passer pour un monstre d’impolitesse. Ce qui a d’ailleurs bien fait marrer Youssef Benzerfa qui était assis à la table derrière moi.

Je ne me souviens évidemment plus du tout de ce que j’ai bien pu dire mais ça devait ressembler à une longue tirade sans trop de gros mots (je fais un peu gaffe quand même) sur le thème inépuisable du « Mais pourquoi moiiiiii ? Mais comment c’est possible ? Qu’est ce que j’ai fait dans une vie antérieure pour mériter çaaaaaa ?» Le tout avec le traditionnel « Mais comment tu peux payer tout du long ? (alors que c’est exactement ce que je voulais à la base) »…

Bref, je me lève donc peu après, histoire de prendre l’air, me passer de l’eau sur le visage et profiter un peu du grand soleil dans le jardin verdoyant derrière notre Palace. Non, je déconne encore (qu’est ce qu’on se poile hein !). 
Il fallait lire : je me lève donc dans la seconde pour profiter un peu de la pluie dans le parking entre les cendriers, les arbres morts et les poubelles de cet hotel pourri dans lequel j’avais même pas le wifi dans ma chambre.
Le tout en ayant une pensée émue pour Fab et d’autres amis qui se rôtissaient sous le soleil de Monaco… (La Team Pro 888 s’était réunie à Dublin avec plein de qualifiés ; d’où ma présence. Petite pensée d’ailleurs pour Leo en finale du ladies !!! Gooo !!!!)

Après ce petit break obligatoire, j’ai regagné ma table pleine d’enthousiasme forcé et de bonne volonté (Allez Claire sois pas pessimiste !), m’excusant brièvement auprès de mes adversaires « désolée, j’ai pas l’habitude de m’énerver mais là… vraiment… » Ils m’adressent des petits sourires, un boulet à ma droite y voit une merveilleuse façon de nouer un lien et commence à ne plus vouloir s’arrêter de me parler, un autre me regarde en espérant que je bust vite histoire de pouvoir enfin être peinard entre hommes. Ce que je fais d’ailleurs rapidement avec 99 contre AQ. Bref, une bonne journée. Après tout, c’est moi qui ait gagné le last longer avec Vaness’ et Youssef 🙂

Je ne vais pas ensuite vous raconter ce qui s’est passé dans le Ladies ou le 200 turbo en détail mais j’ai quand même envie de vous faire partager deux petites anecdotes sympas :

. Ladies : une nana assez short 3-bet à tapis avec 6-7s ; elle tombe sur les As chez une nana super tight et double sur un flop radical 5 8 9. La main d’après, genre celle JUSTE d’après, j’ouvre les as. La MEME nana me 3-bet à tapis avec 6-7s. Et elle touche double paire. Voilà voilà. Avec 6-7s (je veux bien que ce soit la meilleure main possible mais bon…), elle explose les as deux fois de suite. Dont les miens.

. 200 super-turbo : je viens de perdre la quasi-totalité de mon stack avec AQ sur AQT, normal (il avait KJ). Et comme Vanessa Hellebuyck et moi avons eu un parcours très similaire dans tous les tournois (étonnamment, nos stacks se suivaient tout le temps dans les profondeurs des bas-fonds sur des coups similaires « tiens, j’ai floppé brelan max, j’ai bust »), je vais voir où elle en est. J’arrive pile quand ma cops est à tapis avec JJ sur J 7 9 : ce qui s’annonce franchement plutôt pas mal. Sauf que le mec avait payé son 3-bet hors position et hors du coup dans les blinds avec 8-10o. Voilà, voila…

Du coup, on a été se boire un coca au bar et zou, au lit. Yeah.

Parce que bon, il faut aussi préciser que la veille nous ne nous étions pas privées de visiter la ville de Dublin comme il se doit : les ruines vicking et les histoires d’indépendance dans l’après-midi (en écolières modèles : « Ath bon, la première rébellion irlandaise a eu lieu en 1626 ? Fa-sci-nant ! ») et la tournée des pubs le soir. La vraie de vraie. Le pub crawl de la mort qui tue.

Temple Bar : un quartier plein de promesses ! 🙂

Le « Pub Crawl » est une discipline olympique qui comme son nom l’indique consiste à ramper d’un bar à un autre toute la nuit. Sauf que Vaness’ et moi sommes des Ladies et que nous gardons nos manières en toutes occasions, malgré notre intérêt prononcé pour la culture binouze du pays. C’est donc avec classe, dignité et élégance que nous avons découvert les samedis soirs à Dublin : mais quelle ambiance de dingo !

Déjà, la déco des bars ne connait qu’un seul impératif : être chaleureux et intimiste. Ensuite, les irlandais ont beau être un peuple d’ours bourrus, ils n’en restent pas moins des vickings super sympas et à la communication/sourire facile, hommes et femmes confondus. Ensuite, nous avons été vraiment épatées par l’importance de la musique live : plus de la moitié des bars/pubs/boite que nous avons visitées proposaient un concert avec des musicos super hi-level !

Un pour tous, tous pour la Guiness !

Bref, nous avons donc terminé la soirée fort tard en compagnie de Jamel Maistriaux qui lui aussi runne like God en ce moment (tiens bon amigo !) et en se disant que qu’importe le nombre de baffes qu’on pouvait se prendre en période de tournoi, finalement, on trouvait toujours le moyen de passer un moment mémorable une fois en dehors des tables ! Et que ça, c’était vraiment important.

La vie est trop courte pour la passer enfermer dans sa chambre sur l’ordi ou à une table de poker room ; nous avons la chance, en tant que joueur pro, de passer un temps énorme sur la route. Autant en profiter pour découvrir des choses que nous n’aurons plus jamais le temps de voir à nouveau non ? Surtout quand de toute façon, on n’a pas le choix parce qu’on a busté comme des merdes et qu’il ne nous reste plus que ça à faire, vi, ok, c’est vrai aussi 😀

Sur ce, la prochaine étape c’est un side à San Remo (sais pas encore lequel). Et cette fois, même pas peur. Parce que tout le monde sait à quel point la bourgade italienne est une ville merveilleuse à visiter, surtout de part sa vie nocturne ultra-animée et son histoire fascinante. Non, c’est pas vrai ; si tu es éliminé, il ne te reste plus rien à faire ! En résumé, cette fois, je n’aurais pas le choix : je n’aurais pas le droit de bust !!!

(T’as entendu ça Mac O’Gandalf ? – dans le doute, vais quand même aller faire une offrande demain dans un ancien cimetière druidique, on sait jamais…)

PS : Et pour lire la version super poilante de Vaness’ sur son blog, cliquez ici !

EPT Berlin : street art, autobraquage, fitfess et dictature

8 avril 2011

UPDATE : Qui succedera à VDF_Fan (ça ne s’invente pas) pour la gagne et Decebale pour m’avoir scalpée dans mon tournoi bounty ? RDV ce dimanche 17 à 21h pour le prochain épisode sur 888 !

Berlin, qui accueillait pour la deuxième année son EPT, est à l’image de sa devise : la ville « arm aber sexy » (pauvre mais sexy). Et jamais auparavant une capitale européenne m’avait semblé si différente des autres. Extravagante, étrange, underground, snob, écolo, endettée, riche d’histoire (doux euphémisme), en devenir, surprenante : les adjectifs ne manquent pas pour qualifier cette ville immense dont les quartiers se suivent et ne se ressemblent pas.

Avant de papoter poker, laissons-nous allez à une petite parenthèse historique : 90% de la ville avait disparu sous les bombardements des alliés (!). En 1945, le pays sort de la 2e guerre mondiale complètement exsangue ; Berlin a elle aussi été victime de la folie d’Hitler. Une fois la capitale allemande partitionnée entre les états vainqueurs, l’Ouest se promène au rythme américano/européen tandis qu’à l’Est, une nouvelle dictature succède à la première au travers du communisme oppressant de l’ex-URSS.

Le Berliner Dôme (la plus grosse église de la ville), par exemple, a été copieusement bombardé pendant la guerre. Mais comme pour la majorité des autres édifices anciens, les dernières cicatrices visibles ont disparu...

Avant la construction du mur, en 1961, ce ne sont pas moins de 3,5 millions d’allemands qui fuiront de la pression soviétique pour passer du côté Ouest et ainsi retrouver un semblant de liberté. Les autres, devenus prisonniers de leur propre pays, subiront le régime soviétique jusqu’en 1989, date de la chute du mur. J’ai d’ailleurs appris avec surprise que cet évènement avait été provoqué par une gaffe du gouvernement : pour faire court, un politicien de l’Est va se tromper dans ses notes lors d’une conférence de presse et lire, sans se rendre réellement compte de ce qu’il fait, le compte-rendu d’une réunion n’ayant rien à voir avec la choucroute (des propositions de lois non votées et qu’il lit à moitié).

Il annonce ainsi à demi-mot que les habitants de Berlin Est pourront circuler librement à l’Ouest, et ce, prenant effet immédiatement. Ni une ni deux, les habitants hallucinés par cette fraiche nouvelle vont se précipiter aux portes du mur, fous de joie et d’incrédulité. Il est trop tard pour faire machine arrière et sous la pression de la foule, les gardes reculent et le mur tombe peu à peu. La suite on la connait : la réunification de la RDA et la RFA et la naissance de l’Allemagne telle qu’on la connait.

Mais les guerres et les échecs successifs ont mené le pays à la ruine : l’Allemagne est broke de chez broke. Encore aujourd’hui et malgré une économie stable, Berlin est une ville surendettée et qui reste très abordables pour les visiteurs. Elle me fait penser à Londres ou New York il y a quelques années, avant que le prix de l’immobilier ne s’envole et que le capitalisme ne les dévore. En effet, pour prendre un exemple, on trouve encore de nombreux squats anarchistes et/ou artistiques en plein cœur de la ville mais peu à peu, ces derniers disparaissent, rachetés par des investisseurs venus du monde entier et bien conscient d’être en face d’une des dernières capitales à gros potentiel d’Europe.

Une ville punk et anarchiste oui. Mais écolo aussi : allez, tout le monde à bicyclette ! (Ici, un des nombreux exemples de street art qui ponctuent la ville de couleurs et de formes diverses)

En fait, c’est très surprenant de sentir à quel point une ville peut rapidement évoluer. Les Berlinois disent que leur cité change de mois en mois. Et c’est vrai. Si le centre-ville est encore parsemé de terrains vagues, on peut se douter qu’il n’en sera pas de même dans quelques années. Les quartiers flambants neufs poussent de partout, comme ne témoigne celui de Potsdamer Platz où se déroulait le tournoi.

Ultra-moderne et flambant neuf, ce quartier hallucinant contraste avec les nombreux terrains vagues abandonnés des alentours

Parce que non, chers lecteurs, il ne sera pas question de vous imposer ici l’historique de la ville sans mentionner sur quelques lignes mon tournoi ! Après tout, il s’agissait tout de même d’un Main Event à plus de 5 000 euros où près de 1 000 joueurs étaient attendus ! C’est donc le cœur léger et enthousiaste que j’ai pris place dans cet évènement poker doublement réjouissant : non seulement je n’avais pas joué en live depuis Los Angeles fin février mais en plus, le tournoi était magnifique !

Les premiers niveaux ont été un régal : je suis passée de 30k à 42k sans même m’en rendre compte, seulement en petits coups qui passent ici et là et avec un parfait équilibre entre les coups volés et les coups gagnés plus honnêtement. Bref, un régal et une image à la table préservée puisqu’ils ne verront que les bonnes mains.

Mais d’un seul coup, la roue a tourné et les vents se sont mis à me souffler en pleine face. J’ai commencé par perdre 12k contre un short stack sur un board J 5 2 8 avec un tirage couleur : j’ai KK et lui, 55. Et le reste sera à l’image : je vais enchainer des mauvaises cartes (je n’ai d’ailleurs pas eu AK ou AQ de la journée) de type 8-3o, tenter de me maintenir et perdre ensuite un coup qui m’a bien agacée.

Je venais de relancer la main d’avant au bouton avec une banane puis de c-bet contre la BB sur un flop hauteur as. La SB, un italien bien macho, avait passé en râlant, persuadé que je volais. La main d’après, je reçois une main tentante au cut-off, Q-Js, et relance à nouveau. L’italien, de SB cette fois, me paie encore, visiblement remonté. Le flop vient à nouveau hauteur as sans tirage. Il checke et je c-bet à nouveau. Cette fois, il me relance. Persuadée qu’il a prémédité son move et qu’il me fait juste une démonstration de force, je décide de le min-raise (un poil plus) afin de lui prouver que oui, cette fois, j’ai bien l’as. Sauf que je me prends tapis en pleine face, que je folde évidemment et qu’il me montre un as (et qu’avec, il avait la double paire).

J’ai fait là une grave erreur de jeu et je m’en veux beaucoup. Outre l’erreur de lecture, j’ai occulté le fait que 10k perdu dans ce tournoi sont bien plus importants que 10k gagnés. J’ai pris un trop gros risque : je n’avais pas le droit de perdre 10k dans un tournoi avec une aussi belle structure et un prizepool aussi beau. Je me suis donc auto-braquée (pas besoin cette fois d’un gang armé qui déboule comme l’an passé) et on ne m’y reprendra donc plus (enfin j’espère).

Avant (sourire, bonne humeur, petit café...) / Après (stress, angoisse, pollution, votre cuir chevelu est agressé et vous ne savez plus quoi faire ?) Photos : Club Pok et Hugues Fournaise

Les trois heures qui ont suivi ont été un pur et simple cauchemar. Je n’ai vu aucune main. Même pas un J-10s. Que des poubelles. Je vais 3-bet all in avec un miraculeux KT une fois parce que le spot est beau mais le reste du temps, j’aurais les mains/poings/pieds liés et les yeux rivés sur un stack qui n’en fini pas de fondre. Finalement, je vais ouvrir AJ et vais 3-bet à tapis (j’ai encore de la fold equity) un joueur qui me montrera QQ. Et zou, auf Wiedersehen et back à l’hôtel…

Vient le moment d’en revenir à Berlin. Parce que je sais que l’Histoire vous passionne depuis que vous avez découvert cette matière au collège quand un prof aux cheveux gras et au gilet vert pomme en synthétique vous a sorti d’un ton autoritaire : « Ouvrez vos cahiers. Alors, le 12 mai 1673, a eu lieu une bataille… « (ron pschhhh vous dormez déjà). Voici quand même deux anecdotes qui auront marqué mon séjour :

. Almira Skripchenko et moi avions décidé de visiter la ville lors d’un tour organisé. Pour la petite histoire, la championne d’échec et de poker est née en Moldavie (ex-URSS) et a donc passée son enfance dans un univers bien loin du nôtre. Pour vous donner une idée, prenons un exemple concret. Quand vous étiez ados (et probablement encore maintenant) et que vous vouliez passer une bonne soirée entre potes, le programme était de trouver un film porno/horreur, le tout en fumant des pétards et en buvant des whiskys coca. Et bien Almira, elle, quand elle était ado, son plus grand plaisir transgressif était de trouver une VHS sous le manteau d’un cinéaste absolument banni par le régime genre Bunuel ou Tarkovski (le tout en mauvaise qualité et doublé par UN SEUL comédien en russe), histoire de pouvoir s’évader des programmes diffusés à l’époque par la propagande soviétique (qu’est ce que je me suis marrée quand elle m’a raconté ça !).

Tout ça pour vous dire que la dernière fois qu’elle était venue à Berlin, c’était avant la chute du mur et alors qu’elle était encore tout jeune et privée du droit de circuler librement en Europe de part sa nationalité. Du haut de ses 13 ans et entourée de soldats armés jusqu’aux dents, elle avait contemplé au loin la porte de Brandenbourg, en sachant qu’elle s’ouvrait sur un monde inconnu et une liberté bien loin de l’emprise de la dictature communiste. C’est donc avec une certaine émotion que nous avons solennellement franchi cette porte, désormais symbole d’une période révolue et lointaine.

La fameuse porte en question, autrefois symbole d'une ville coupée en deux (mais désormais, y'a un Starbucks en face... Ou comment passer d'une dictature communiste à l'hardcore capitalisme. Beuh... Triste monde...)

Almira est passée de l'autre côté du mur ! Yeah !

. J’aimerais aussi vous faire partager une autre anecdote : notre guide conduit notre petit groupe jusqu’à un parking au milieu d’HLM, non loin de la Porte de Brandebourg. Les bâtiments qui nous entourent sont laids et ne présentent visiblement aucun intérêt architectural ou historique. Mais pourquoi diable nous a-t-il arrêté ici ? C’est là qu’il se fait une joie, devant notre perplexité, de nous informer qu’Hitler s’est suicidé quelque part par ici, 18 mètres sous terre, le 30 avril 1945.

Et que la municipalité a eu le bon goût de murer l’accès au bunker et de ne mettre aucune plaque en bronze d’aucune sorte, de façon à ce que les néo-nazis et autres dangereux malades n’aient pas d’endroits où se recueillir. Le parking est en effet aussi grand qu’absolument banal et rien ne permet de savoir où est exactement le bunker qui lui servit de tombeau. De même, les restes du cadavre d’Hitler, d’abord trouvés par les russes puis donnés 20 ans plus tard aux américains, ont été jetés dans la Spree, la rivière qui traverse la ville, afin d’y disparaitre pour toujours et sans laisser de trace, pour les mêmes raisons. Et j’ai trouvé ça génial.

Un grafitti au message efficace et radical et qui illustre parfaitement ce chapitre

Voilà, vous pouvez respirer, j’en ai terminé de ma leçon l’histoire du jour ! Il est temps de passer à un autre sujet, infiniment plus léger et agréable… En effet, après une journée de poker intensif et deux après-midi de marche intensive, j’ai décidé de tester le SPA/fitness de l’hôtel qui, comme vous pouvez le constater, vaut carrément le détour !

Cet hôtel a vraiment su trouver les mots pour me motiver à aller faire du sport le matin ; quelle belle salle de fitfess ! 😀

Ensuite, une fois requinquée (et forcément remotivée), j’attaquerais le Ladies Event du 9 avant de m’envoler le 21 avril pour Dublin et l’Irish Open (mais cette fois, promis, je ne vous parlerais pas le l’IRA, du Sinn Féin ou du traité de Limerick. Quoique…)

Mais auparavant, hors de question de quitter Berlin sans être passé par la case « Berghain », votée « meilleure boite du monde » et qui, parait-il, est juste un des endroits les plus dingues que l’on puisse voir. On m’en a raconté des vertes et des pas mûres (et qui ont provoqué chez moi un phénomène rare d’autocensure sur ce blog) mais Berlin est après tout la capitale la plus punk du monde. Ce serait un crime de lèse-touriste que de ne pas y faire un tour non ? Surtout si c’est pour fêter un bon résultat (Goooo Fab, énorme chip leader à la fin du Day 2 !) ! Et promis, je vous raconterai la soirée (ou pas).

La ville est réputée pour la folie joyeuse de ses soirées : on ne va donc pas se priver de tester ça une fois les tournois terminés ! (parce qu'on est raisonnables quand même... Là, par exemple, le tournoi n'a pas encore commencé !)

PS : J’ai récemment écrit un article pour Rue89, un site d’info que j’apprécie particulièrement pour son indépendance éditoriale et la qualité générale de ses articles. C’est donc avec un grand plaisir que j’ai accueilli la nouvelle de voir un article poker publié dans un magazine de presse généraliste ! Pour le lire, cliquez ici ! (si l’article est peut-être trop grand public pour nombre d’entres vous, allez direct aux commentaires : c’est très intéressant de voir les avis des gens sur un milieu qu’ils ne connaissent pas)

Un titre volontairement provocateur pour parler de la place des femmes dans le milieu du poker !

Le classement des 40 joueuses françaises sur la All Time Money List !

8 mars 2011

Pour cette journée de la Femme qui tombe comme une farce en plein le jour de mardi gras, je ne pouvais pas ne pas rendre hommage à mes consoeurs du milieu. En effet, dur dur de se faire une place dans un milieu si masculin et dans lequel, il faut bien l’admettre, on ne brille pas encore assez…

J’ai donc eu l’idée, vers 2h du matin hier soir (vive le décallage horaire en revenant des US…), de recenser toutes mes caramades de jeu sur Hendon Mob et d’établir un classement des 40 joueuses françaises ayant déjà fait un résultat sur le circuit pro (ce classement ne prend en compte  ni les réguliers ni les petits tournois – ce qui est souvent la même chose – et recence tous les résultats depuis le début du poker féminin en France). Bravo à vous toutes Mesdames/Mesdemoiselles et surtout, ensemble, continuons à faire des résultats ! 🙂

1. Almira Skripchenko : 251 665$

Elle est belle, elle est intelligente (doux euphémisme), elle est drôle et en plus, elle est la française ayant le plus gagné de tous les temps en tournoi ! VGG Almira !

2. Vanessa Perdigon-Hellebuyck : 220 560$

3. Mercedes Osti : 206 130$

4. (moi) : 179 050$

5. Nesrine Kourdourli : 168 500$

6. Alexia Portal : 162 550$

7. Fabienne Grafouillère : 160 060$

8. Rebecca Gerin : 158 835$

9. Barbara Martinez : 157 960$

10. Anais Lerouge : 142 260$

11. Antonia Alomar : 124 600$

12. Marine Labernardie : 101 400$

13. Sarah Herzali : 96 850$

14. Alana Pariente : 71 500$

15. Mylène Cogan : 66 550$

16. Lucille Cailly : 53 900$

17. Estelle Denis : 52 725$

18. Christelle Cherubini : 50 400$

19. Muriel Gomez : 48 400$ (belge)

EDIT : 20. Alexandra Petitjean : 45 500$  au Partouche de Lyon (résultat pas encore à jour dans Hendon mob donc rajouté après l’intervention de Mr4b 🙂 )

20. Lise Vigezzi : 32 500 $

21. Valerie Pignot : 21 575$

22. Cynthia Foresti : 17 750$

23. Marie Chalendard : 14 700$

24. Marine Gessat 13 900$

25. Celine Bastian : 11 960$

26. Sabrina Derdar : 11 690$

27. Fatima Gaonach : 10 830$

28. Coralie Nauder : 9 940$ (belge)

EDIT : 29. Aurélie Quelain : 8 600$ (merci pour ton commentaire)

29. Caroline Darcourt : 8 000$

30. Caroline d’Istria : 7 300$

31. Laure Tran : 5 900$

32. Caroline Diament : 5 800$

33. Diane Maarek : 4 700$

34. Karine Peirano : 4 500$

35. Celine Dareau : 4 000$

36. Marion Saul : 3 800$

37. Carole Namyas : 2 750$ (Trois noms différents sur Hendon Mob)

38. Elsa Bargiarelli : 2 680$

39. Margaux Ponnelle : 2 660$

EDIT : 40. Elaine Bulteau : 2 550$ et 41. Sandrine Salsac : 2 500$

40. Marion Nedellec : 1 820$

Et voilou ! Je m’excuse par avance si j’ai oublié l’une d’entre vous sur cette liste, ce qui serait loin d’être impossible… (c’est d’ailleurs pour cela qu’il y a des noms avec marqué EDIT devant 🙂 )N’hésitez donc pas à me mettre un message dans les commentaires !

. Sinon, un petit mot tout de même sur les récompenses qui ont circulé sur la blogosphère ces quelques derniers jours : j’ai reçu le blogscar de bronze par les lecteurs de Fred « D8 » Brunet (derrière les talentueux Stefal et Rincevent) et le trophée du meilleur blog féminin par les lecteurs de David L. Poker.  Et quel meilleur jour que celui-ci pour évoquer ici ce qui m’a tant agacée dans ce prix intitulé : « meilleur blog féminin »… J’ai d’ailleurs cru rêver en lisant la catégorie… Et puis j’ai écrit un mail à David (dont j’apprécie par ailleurs le blog) pour lui exprimer tout mon désaccord.

En résumé : « Un blog poker n’a pas de sexe. Il s’agit d’un compte-rendu personnel de vie lié à une activité. J’aurais préféré que tu ne me nomines pas plutôt que d’apparaitre dans cette sous-catégorie façon ghetto. A quand le « meilleur blog poker des + de 40 ans », le « meilleur blog des joueurs à moustache » ou le « meilleur blog de rouquin ». C’est ridicule, limite insultant. Mon blog doit concourir dans les catégories générales ou ne pas concourir du tout. Pas dans une sous-catégorie qui fait penser à un prix de consolation : « amusez-vous les filles, bientôt, vous aussi vous pourrez ptet être nominée avec les hommes. Ou pas. » Et je pense que mes co-récompensées (LadyCats et Zaranova) seront du même avis…

Bref, ceci est, vous l’aurez compris, un post à 100% fémininiste. Je ne me considère d’ailleurs pas réellement en tant que telle et je n’ai jamais tenu de propos façon Chienne de Garde, mais certaines inégalités ont l’art de me faire hérisser le poil que je n’ai pas…

Je me souviens aussi du petit mot d’Alexia lors des Awards, qui faisait à juste titre remarquer que les femmes n’étaient pas nominées ailleurs que dans la catégorie « performance féminine »  en me citant comme exemple dans la catégorie « Révélation » (qui ne comportait aucune femme). Là aussi, la ghettoisation et le prix de consolation étaient au rendez-vous. Parce que oui, Ladies ou pas Ladies, Vanessa a remporté un bracelet pour la France et fait résonner la Marseillaise au Rio. Donc oui, elle aurait mérité d’être nominée ailleurs…

Ca y est, j’en ai fini de mon coup de gueule du jour. Mais je voudrais terminer sur un rappel de dates, parce que l’on a tendance à oublier à quel point nous partons de loin : il y a seulement 70 ans, une femme ne pouvait ni s’inscrire à l’université sans l’accord de son mari, ni voter, ni ouvrir de compte bancaire ; il y a seulement 50 ans, une femme ne pouvait pas travailler sans l’accord préalable de son mari et il y a seulement 30 ans, on pouvait licencier une femme parce qu’elle était tombée enceinte.

On a toutes tendance à oublier à quel point ces changements sont récents à l’échelle humaine… Je fais d’ailleurs une parenthèse : j’ai vu hier le fim « Potiche » de François Ozon, un excellent film, drôle, avec des interprêtes jubilatoires et qui représente bien la difficile transition de la place des femmes dans les années 70-80. Ces changements si récents expliquent aussi pourquoi certains vieux machos du milieu (R.H. par exemple pour ne citer que lui, obv ^^) tiennent les propos qu’ils tiennent : après tout, quand ils sont nés,  la femme était encore un joli objet sous la propriété de son mari. Alors c’est sûr que l’idée de se faire déstacker par une nana à une table de poker, ça doit les chatouiller un peu 🙂 (« Wohoo Girls, they wanna have fun, oh yeah ! They wanna have fuuuuun ! » – and chips too-)

EDIT : Je viens de découvrir à l’instant un blog super sympa et 100% féministe poilant : viedemeuf (!). Ce site compile le best-of des anecdotes du sexisme ordinaire qui nous font dire que la route est encore longue… Courez-y ! (Allez, un exemple pour la route : « Il y a quelque temps, lors d’un dîner, une amie renverse son verre de vin sur mon ami. Elle se tourne alors vers moi et s’excuse. Devant mon regard interrogateur : « c’est pas toi qui t’occupes de la lessive…? » Et puis un autre aussi : « Aujourd’hui, alors que j’annonce à ma mère mon intention d’emménager avec mon copain, elle me répond très sérieusement: « Mais tu vas savoir lui faire à manger tous les soirs ? » Même mon copain en a ri ! »)

FLASH DERNIERE MINUTE : RDV POUR MON PROCHAIN TOURNOI BOUNTY LE DIMANCHE 13 MARS A 21H SUR 888.FR 🙂 (buy in 5 euros avec 2 rebuy autorisés, plus addon. Et 88 euros pour celle/celui qui m’élimine).

Los Angeles : 1, Claire : 0 (ou comment passer de joueur pro à touriste pro)

28 février 2011

Le Commerce m’a tueR.

Cet établissement affreux que tout le monde déteste et dans lequel j’entends, chaque année, les mêmes phrases (« Je ne reviendrais plus jamais », « Vraiment, on m’avait dit que l’endroit était horrible mais je ne pensais pas que c’était à ce point », « Chaque année je me dis que c’est la dernière mais chaque année, le tournoi est tellement beau que je craque, je reviens et je regrette » – Michael Binger- etc…), aura eu raison de moi et d’une petite partie de mon bankroll.

Je n’ai pas joué de gros tournois (un 300$, un 500$ et un 1 000$ plus le mega sat’) mais le résultat a été impitoyable. Impossible de monter de jetons, ou alors, impossible de les garder. Je ne vais pas m’étendre sur les ventrales qui se transforment en backdoor couleur (« Ah non, vraiment je ne te voyais pas là dessus… ») ou autres bad beats, car je sais que c’est plutôt relou à entendre.

Je vais donc juste vous raconter brièvement une main qui résume ma semaine de tournois ici : j’ai paire de 8 sur un flop 8 6 2 tricolore. Et un joueur paie mon tapis debout sur la table avec QQ. Jusque là tout va bien. Turn Q. Voilà. C’était vraiment très intéressant…

Tous les coups que j’ai joué s’étant terminés par ma ruine en jetons, j’ai logiquement préféré switcher en mode touriste. Après tout, tant qu’à faire, je suis à Los Angeles et il est probable que je n’y revienne pas de sitôt…

Miami ? Non, une partie de Long Beach, 30km au sud de Commerce (distance minimale entre le casino, super excentré, et n'importe quel quartier sympa de la ville). Je n'ai jamais passé autant de temps dans la voiture qu'à LA et ne sais d'ailleurs pas comment les habitants ne deviennent pas fous entre les distances énormes (la ville fait 70km x 50km, soit 1300 km2...) et les embouteillages permanents...

Et là, le Titanic... Euh non, le Queen Mary (314m de long, soit un des plus longs bateaux au monde, à quai depuis les années 1980 et transformé en hotel/restaurant). Pour la petite histoire, il parait qu'il est hanté ; du coup, des visites de nuits sont organisées , façon Ghostbuster. Pas fous les ricains...

Le bâtiment le plus design de la ville est sans aucun doute la salle de concert du Walt Disney Hall, construite par le génial architecte Franck Gehry

Downtown LA ressemble à un New York des années 70 sans âme et en plus dangereux... C'est vraiment un quartier à l'atmosphère particulière, où se mêlent immigrés mexicains, squats, boutiques de bling, robes de demoiselles d'honneur de toutes les couleurs, bijouteries cheap et buildings majestueux du début du 20e. Étrange, vous avez dit étrange ?

Et puis il y a aussi l’Universal Studio. Un parc à thème comme seuls les américains peuvent le faire. Y passer une journée, c’est perdre son adultitude et se laisser bercer par le talent US pour l’entertainement. Force est de constater que personne au monde n’est meilleur qu’eux quand il s’agit de distraire les gens et vendre du rêve… J’ai donc joué le jeu avec plaisir et passé une journée à me promener au milieu des studios, entre grands-huit, shows 4D de folie (3D + des effets de siège qui bouge ou de jets d’eau dans la tête 🙂 ). Et j’ai passé une super journée !

Je vous vois vous moquer 🙂 - Et encore... J'ai pas mise celle ou je pose fièrement à côté de Bob l'éponge ou du lion de Madagascar (sur la photo, ma cops Emilie)

Le but du parc est clairement affiché : en mettre plein la vue. Il est donc normal d'être spectateur d'un show avec un hydravion qui déboule au milieu du bassin et qui enflamme l'arrière de la scène de Waterworld !

On s'est aussi promenés au milieu du décor de "la Guerre des Mondes". A savoir un 747 découpé en tronçons, puis carbonisé à coup de lance flamme, le tout entouré de maisons et de voitures détruites par l'invasion extra-terrestre. Une fois de plus, tout est normal... (c'est très impressionnant à voir en tout cas). Un peu plus loin, on peut aussi découvrir des villes western, Wisteria Lane de Desperate Housewives, la maison d'Amityville, la Doloréane de Retour vers le futur, l'enclos à dinos de Jurrassic Park etc...

Voici donc en quelques photos le meilleur résumé que je pouvais vous offrir de ma semaine à Los Angeles… En fait, sensible comme je suis aux gens et à l’environnement, je n’aurais tout simplement pas dû y jouer du tout. Ca me servira de leçon.

J’ai l’impression que si je ne me sens pas pleinement à l’aise dans un lieu, je ne peux y faire une perf’ tant l’énergie que m’habite va être négative. En y réfléchissant bien, c’est vrai que jamais je n’ai fait de résultat dans un endroit que je n’appréciais pas ou à un moment où ma tête était occupée par des choses désagréables.

En même temps, impossible de passer à côté du fait que le tournoi du LAPC WPT est le plus gros des Etats-Unis après le Main Event : plus de 650 joueurs à 10 000$ de buyin. Et c’est vrai que ça aurait été stupide de ma part de ne pas tenter au moins le satellite, non ?

Je n’ai pas encore eu la force de m’assoir en cash game (mais je vais ptet essayer tout à l’heure, pour voir) car la salle de jeu est au-delà du réel : près de 100m de long et plus 30m de large… Je vous laisse imaginer le bruit qui y règne… Le tout dans un déco à la lumière néon et aux couleurs qui piquent les yeux. De plus, la clientèle du lieu est vraiment particulière : les gens y sont bien plus agressifs, méchants et moins zen qu’ailleurs. Il faut dire que beaucoup perdent dans cette usine à cash. Aux petites limites (genre 3/6 NLHE), l’ambiance est exécrable et il n’est pas rare de croiser des gens à la limite de la clocharditude et dont la saleté sous les ongles est proportionnelle à l’odeur qu’ils dégagent… Pas rare non plus de croiser les mecs des gangs alentours qui arrivent en vidant leur banane remplie de cash. Vous croyez que j’exagère ? Et bien même pas…

Après, c’est à chacun de voir ; nous sommes tous plus ou moins sensibles et il ne fait nul doute que certains joueurs venus ici en mode warrior, et qui passeront leurs journées à bosser à la table, pourront repartir satisfaits. Sauf sur un point, qui pour le coup fait l’unanimité : la nourriture. Un joueur m’a sorti cette phrase fine et délicate mais qui résume bien la situation : « J’ai l’impression de ch*** des bidons d’huile ». Pardon de vous faire partager ça mais la vérité n’est pas loin… Pour trouver un bon resto, il faut rouler 30 mn… (spéciale dédicace au DellaTerra, établissement tenu par Franco, un joueur de poker et où nous avons célébré l’anniversaire d’Almira comme il se doit !) Sinon, il faut aimer les pizzas molles, fades et grasses, les hot dogs à base de viande de bœuf chelou, les pâtisseries en margarine ou les salades de fruits en plastique. Beuh…

Vous l’aurez compris, c’est avec plaisir que je pars demain pour Vegas quelques jours. Avant de revenir début du mois à Londres !

. L’autre bonne nouvelle liée à mon retour sur le Vieux Continent, c’est aussi que je vais enfin pouvoir jouer à nouveau online sur 888 puisque ici, le logiciel (qu’il soit en .fr ou en .com) ne passe pas aux USA… Je pensais d’ailleurs que ce ne serait le cas que pour le .com mais la veille de m’inscrire dans mon tournoi bounty du 27, je me suis rendue compte que je ne pouvais pas entrer sur le .fr non plus (pour une raison étrange, j’étais persuadée du contraire). Après moultes coups de fils au support et autres tentatives, j’ai du me résoudre à l’évidence : je ne pouvais pas jouer dans mon propre tournoi bounty alors que j’étais devant mon écran… Je présente donc mes excuses à tous les participants (en même temps, c’est resté un tournoi sympa avec un petit overlay agréable), j’espère que vous avez eu le mot via Facebook (je ne savais pas comment prévenir autrement) et vais tenter de me rattraper dans le prochain. Pourquoi pas offrir deux bounty ou rajouter 88 euros en added money ? Je vous tiens au courant…

. Enfin, finissons sur une page de publicité. Le magazine That’s Poker de février est encore en kiosque et il ne vous reste qu’une semaine pour découvrir une longue interview dans laquelle je raconte plein de bêtises (mouhaaaa) !


Je ne sais pas encore quelle sera ma prochaine étape de tournoi. Je serais à l’Irish Open du 21 au 25 avril à Dublin mais pour ce qui est du mois de mars, je n’ai pas encore décidé !

Le WPT Invitational de Los Angeles comme si vous y étiez !

21 février 2011

C’est avec un immense enthousiasme que j’ai aperçu les lumières de Las Vegas depuis le hublot de l’avion : oubliées les 11 heures de vol, ignorés les remous/trous d’air de l’atterrissage dus à une tempête bien installée depuis la veille : j’ai atterri à Sin City heureuse (et un peu nauséeuse, avouons-le) et très motivée à l’idée de partir 48h plus tard pour Los Angeles et son WPT.

Je n’étais pas revenue à Vegas depuis les derniers WSOP et je me suis souvenue immédiatement de ce qui m’avait tant manqué : les restaurants. Personne ne me croit quand à la question « dans quelle ville mange-t-on le mieux ? » je réponds en souriant « Sin City ». Nulle part ailleurs dans le monde on trouve en effet une telle concentration de bons restos. Et pas forcément les plus chers par ailleurs puisqu’un burger du In’n’Out (« sluuuurp… ») coute dans les 3 dollars…

Outre ce fast food bien connu de tous, j’apprécie tout particulièrement les établissements Italiens ou Japonais, qui proposent des rolls et autres préparations à base de sashimis particulièrement gouteuses et à prix fort raisonnables (ou pas).

Un cadre sublime, des plats délicieux, un service hors pair... What else ? (en photo : le Shibuya)

Mais Vegas étant avant tout la ville de la démesure et de la consommation à l’extrême, on trouve aussi une foultitude de restos à l’addition franchement relevée. Ainsi, il y a quelques jours, j’ai ainsi eu le plaisir d’essayer « l’Atelier Robuchon », au MGM et de pouvoir même féliciter le chef frenchie en personne qui était de passage dans ses prémices ! Si c’est pas la classe… En tout cas, je me suis régalée et ai donc ajouté un nouvel établissement à ma liste de restos anti-badbeat : ceux où le réconfort arrive dès la première bouchée comme une vague (d’exquise) guimauve …

Dans la liste nouveauté, j’ai également été visiter la toute nouvelle tour du Cosmopolitan (entre le Bellagio et le City Center), qui n’existait pas encore il y a un an et qui offre, en toute simplicité, des dizaines de boutiques, une douzaine de restos hallucinants de part leur carte et leur déco et des chambres au-delà du réel tant elles sont belles et bien décorées. Oui, mieux que celles du Encore. Il faut dire que la vue offerte par le lieu y fait beaucoup aussi…

Une vue sympathique depuis la terrasse du dernier étage du Cosmopolitan, non ?

Mais un des intérêts majeurs de ce tout nouveau casino (c’est bien connu, ça manquait à Vegas un nouveau casino, un nouvel hôtel, d’autres restos…) réside dans sa boite de nuit : le tout nouveau et flamboyant Marquee.

Après avoir vu le Surrender au Encore, je pensais avoir tout vu. Et bien non. Le Marquee est ma nouvelle boite préférée. Elle est construite comme le XS, avec un immense espace extérieur piscine/bungalows et une piste de dance façon scène de concert (avec écran géant derrière), le tout dans les proportions à l’allure plus intimistes que les deux autres boites du Wynn (mais toutes trois font dans les 6000 m2, oui oui…). Bref, moi qui ne suis pas une fanatique des boites, j’avoue que là, j’ai eu hâte d’y revenir pour célébrer une victoire ! (et je finis sur une spéciale dédicace à Thierry C., un mec aussi brillant que gentil : super rencontre !)

Par la même, je confirme que Roger Sanchez, malgré un nom à coucher dehors, est un très bon DJ sachant mettre le feu aux poudres !

C’est le moment où vous m’interrompez. Ce post s’intitule « Le WPT Invitational comme si vous y étiez» et je n’ai même pas encore mentionné Los Angeles. Mais j’y viens, vous allez comprendre.

Etant arrivé depuis 48h aux USA (9h de décalage horaire avec Paris), mon organisme n’était pas vraiment frais. Je qualifierais même volontiers mon cerveau de « franchement mou » depuis mon arrivée sur le territoire américain. Alors quand vous rajoutez à cet état général une soirée en nightclub (j’ai cru que je ne me motiverais jamais pour y aller mais en fait, une fois sur place, l’ambiance était telle que la fatigue s’est – presque- envolée), je vous laisse imaginer ma tête le lendemain matin, après 5 heures de sommeil et 5 heures de route jusqu’à LA. Le tout pour jouer le soir même dans ce fameux tournoi…

Parlons peu, parlons bien : je suis arrivée à ce tournoi, qui débutait à 20h, cuite comme un poulpe. L’œil hagard, la parole hésitante, une envie de dormir irrépressible et l’impression étrange de flotter dans un monde parallèle et étrange depuis que je m’étais extraite du lit.

En effet, sur la route, une tempête de neige s’était mystérieusement levée faisant chuter d’un coup la température de plus de 10 degrés en seulement quelques kilomètres. En quelques minutes, la voiture s’était retrouvée prise dans un tourbillon de neige. En Californie. Le pays où dans les films hollywoodiens, on fête Noêl en slip et en se plaignant de la chaleur. Une fois ce triangle des Bermudes passé, l’arrivée au Commerce Casino s’est déroulée sans heurts, au fil des milliers de kilomètres de bétons des autoroutes qui quadrillent la ville sur trois niveaux et parfois huit voies de voitures qui roulent en fil ininterrompu d’un quartier de la ville à un autre.

Panique : ma valise compte quelques pulls et autres sweat shirt : pas de mouffles ni de bonnet ! Mais c'est quoi ce délire de tempête de neige à Los Angeles ?

Près de mille personnes étaient réunies au Commerce, le Casino le plus vilain/kitch/croûte du monde (plantes en plastiques, lumières néons, statues greques en stuc), pour jouer au poker. Sauf que sur les 500 qui participaient à ce freeroll dont les 200 000$ de prizepool sont offerts par un sponsor, beaucoup n’avaient jamais joué au poker. Ou alors vraiment très peu. J’ai vu des coups que vraiment, je n’avais pas vus depuis longtemps. Exemple : UTG limpe 400, Mid limpe 400, SB+BB checkent. Flop 8 9 J tricolore. Un limpeur envoie 7 700 et tapis avec KJ et c’est insta-call par la SB avec Q-4o qui possède 10k devant lui au total. Pas mal hein ?

Sinon, dans le même style, un joueur qui limpe/folde pour 200 alors qu’il a un tapis de 350. Ou alors un joueur qui open shove pour 1600 sur des blinds 100/200/25 et qui est insta-call par une joueuse milieu de parole avec 6-7s pour un tiers de son tapis… Bref. Des coups hallucinants et qui ont le mérite de faire perdre la tête aux joueurs réguliers.

"Vraiment sympa ce coup que tu viens de jouer. Tu m'expliques ?"

Cette année, les frenchies sont venus en force ! (de g à dr : A. Dreyfus, Fabsoul, Moi, N. Levi, D. Kitai : pas sur la photo, Emilie, Caro, G. Darcourt et P. Ktorza)

A l'heure où j'écris ce post, Almira, bien que jet laggée elle aussi, est en table finale à 6 avec son collègue Davidi, yeaaaaah (chess)babyyyy !

Du coup, j’ai joué dur tout du long de ce tournoi turbo : impossible de squeezer, surrelancer light, bluffer, c-bet en slip etc… A ma table, ceux qui limpaient payaient ensuite toute relance : normal, limper voulait dire « bien aimer sa main et vouloir voir un flop coute que coute». Mais bon, tout ceci ne m’a pas empêché de toutefois monter des jetons avant de sauter gaiement après avoir perdu notamment quelques tirages puis trois coups préflop : JJ vs KK, 99 vs 77 puis 22 vs AA une fois short. Bref, rien de palpitant et rien d’intéressant.

L’intérêt était plutôt dans le côté fun et hors des sentiers battus de la chose. Cette soirée était un véritable melting pot de pros et de joueurs du dimanche, tous de bonne humeur et prêt à passer un bon moment : qualifiés, animateurs TV, acteurs dans des séries que je n’avais jamais vues, comédiens rigolos (mais dont les blagues sont insaisissables même quand on est bilingues), producteurs, télé-réalité heroes, sportifs du cru (basketteurs, footballeurs…), chanteurs que l’on a pas vu depuis longtemps et autres personnalités habituées du circuit, à l’instar de Don Cheadle ou Jennifer Tilly. Et je peux vous dire que l’ambiance n’avait vraiment rien à voir avec un tournoi normal.

Il fallait faire la queue pour marcher sur le tapis rouge : pas un problème pour ces jeunes starlettes en plein rêve holywoodien !

Vas-y que je te hug, que je te hurle « How are you darling ? » (ce qui est probablement une marque de politesse, plus c’est fort : mieux c’est), que je te flatte « Oh my god, you look woooonderful ! », que je t’offre à boire, que je te fais la conversation et qu’accessoirement, je cherche à copiner avec Untel parce qu’il connait Machin ou Untelle parce qu’elle dirige le Studio Bidule.

Une vraie foire à la saucisse.

Et à propos d’andouille, mention spéciale à un de mes voisins de table, un pseudo-bogoss cocaïné jusqu’à la moëlle, qui, comme toute personne aux narines lourdement farcies, ne s’est pas rendu compte d’à quel point il était saoulant, collant, relou et, accessoirement, complètement inintéressant. J’ai cru comprendre qu’il était producteur, qu’il avait bossé avec Machin et Truc, qu’il avait une fille, et qu’il était là pour « Paaaaartyyyy ! Come on Guys ! Let’s have fun ! What’s your name again ?». Un vrai boulet. Pour la blague, c’est d’ailleurs lui qui avait limpé pour 200 puis fold avec 150 derrière. Bref.

Si je fais la comparaison avec une foire à la Saucisse, c’est parce que ce n’était chic, ni classe mais drôle à regarder. C’était une sorte de raout bruyant où chacun parle fort, mange en faisant du bruit, hurle, s’observe en coin, cherche à approcher les « superVIP », le tout avec trois personnes minimum au mètre carré.

En fait, ça m’a fait penser à un repas de Thanksgiving auquel une famille plutôt bourgeoise vous avait invité l’an passé. Un repas auquel nous étions arrivés bien habillés (comme à Noël), avec fleurs et champagne pour la maitresse de maison, obv. Le tout pour découvrir une maison pas rangée et au sol couvert de vêtements, jouets, chaussettes sales. Avec un buffet dans le fond de la cuisine qui proposait des plats servis direct dans les récipients en plastique/alu du traiteur, un caisson à binouzes et des fourchettes en plastique. « Help yourself ! Have fun ! »

Ah oui, c’est sûr qu’on s’est marrés. Surtout quand, une fois notre assiette terminée sur un coin de table (personne ne mange en même temps), on nous avait proposé de nous vautrer sur le canapé devant l’énorme écran plat dernier cri pour regarder tous ensemble un match de baseball (ou de foot, ça m’a pas vraiment marquée), à côté du tonton en chaussettes de sports qui se grattait les coucougnes en descendant de la bud light.

Sur le coup, je m’étais dit qu’ils avaient décidemment une étrange façon de célébrer leurs fêtes de famille mais j’ai appris que de nombreuses familles aux USA recevaient de la même façon : à la bonne franquette, dans les couverts en plastique, dans le chaos le plus total, le tout dans un bruit hallucinant (Mais pourquoi ils parlent aussi fort quand ils sont face à face ?).

Et cette soirée sous le signe du caritatif (nous avions le choix de prendre un rebuy pour 200$, qui irait direct à la charité ; de même les joueurs peuvaient donner une partie de leur gains à la fin) était logée à la même enseigne. Aucune classe ni atmosphère feutrée mais un joyeux bordel finalement plutôt réjouissant à regarder et surtout, organisation irréprochable, ce qui ne manquera jamais de m’épater chez les ricains. Malgré un chaos apparent total, chacun était à son poste, à faire son boulot, le tout avec une notion du service qui n’existe qu’ici. Une serveuse, même méga-débordée, va toujours prendre votre commande en souriant.

Ca a été la ruade au buffet (bon, sur la photo, on ne voit pas vraiment, je l'ai prise une fois le tournoi commencé). Quel pied de pouvoir grignoter des mignardises et autres bouchées gourmandes juste avant d'aller jouer : un apéro dinatoire qui devrait d'ailleurs être obligatoire avant tous les gros events...

Une fois éliminée, je vous passe sur le retour à l’hôtel via un chauffeur du Commerce qui nous a drivé un couple de jeunes texans bourrés et moi (le surréalisme est revenu : alors que j’étais morte de fatigue, le chauffeur a roulé 10 bornes dans la mauvaise direction avant de comprendre son erreur et de se marrer, d’ensuite s’arrêter pour une pause pipi dans les fourrés, puis j’ai entendu un mec siffler l’hymne nationale américaine avec son nez au téléphone (« Tiens écoute ! ») et, bouquet final, « Claire, can I please take a picture with you, me and Capone ? » Capone étant un nain de jardin miniature. Véridique).

Pour résumer, je dirais en tout cas que c’était une soirée plutôt fun et surprenante à laquelle j’ai été ravie de participer, même si j’aurais obviously préféré repartir avec une part du gateau ! Dès demain, je m’attaquerais à un des trois tournois que je prévois de jouer, un 350$, un 550$ et un 1100$, plus un satellite pour le Main Event à 10 000$. Je vous tiens évidemment au courant !

PS : Mon prochain tournoi bounty sur 888 aura lieu le 27 février à 21h : venez nombreux, c’est fun et c’est bon pour votre bankroll !!! Je fait d’ailleurs une précision sur le dernier : j’ai failli le gagner ! Damnit redamnit et reredamnit… D’ailleurs, rien qu’à y penser, ça m’énerve encore tiens… VGG en tout cas à  Gui_10 qui m’a battue en heads-up, remportant donc le bounty de 88 euros et la win pour la seconde fois depuis la création de ce tournoi !

UPDATE : Je suis depuis 30 minutes au téléphone avec le support clientèle de 888 pour tenter de jouer mon bounty depuis les USA (je crois que je peux jouer ici mais l’inscription doit apparemment être faite depuis l’Europe). Raaaaaaah… Le support me tient au courant ! Il y a encore une heure de late reg’, je croise les doigts !

Voir le WPT Venise, prendre l’eau et couler dans le Grand Canal…

5 février 2011

Il y a des matinées où on se réveille avec une tête déjà farcie de nuages noirs ; sitôt debout, sitôt ronchon, comme si un bus de retraités nous avait roulé dessus, puis dessus à nouveau et qu’une mamie super méchante nous avait achevé d’un coup de son sac à main en croco qui sent le moisi et la naphtaline.

C’est le moment où on se lève péniblement sans trouver ses chaussons, où on se cogne le petit doigt de pied sur le coin de la commode, où on a oublié de rincer la cafetière de la veille, où on la rince en râlant, avant de se rendre compte que de toute façon on a plus de café, ni de chaussettes propres, ni de dentifrice, ni de ticket de bus et que le point de vente est exceptionnellement fermé aujourd’hui, qu’on va devoir aller à l’aéroport en RER, qu’on arrive en retard, qu’on se fait engueuler parce qu’on a raté son avion, qu’on reçoit un mail urgent et désagréable, qu’on veut y répondre mais que notre téléphone n’a plus de batterie, et qu’il n’y a pas de wifi dans le terminal, que la neige a annulé le départ de votre avion… bref, c’est une journée de merde.

Une vraie grosse journée de merde où rien ne va et où les éléments, se liguent contre vous, contre vents et marées, contre tout votre être qui n’a qu’une envie : voir un rayon de soleil et recevoir une seule bonne nouvelle… Mais non : vous savez que vous allez passer 24h au milieu de petits soucis minucules et jamais graves mais où rien n’ira tout seul. C’est alors que, fataliste et résigné, vous vous faites rapidement à cette idée : il va falloir attendre calmement le lendemain et un autre alignement de planêtes.

Et au poker c’est pareil. Les bonnes grosses journées de merde existent exactement de la même façon. On les connait tous ces journées où l’on n’est même pas encore assis qu’on a déjà perdu la moitié de son stack sur un set up et qui donne le ton pour tout le reste : il va falloir se battre contre un vent de face particulièrement hardcore et violent. Rien n’ira tout seul. Aucun coup ne sera facile. Non, le vent de face sera de ceux qui vous décorneraient une vache, sauf que la vache est beaucoup moins débile que vous et qu’elle rentre sagement dans son étable. Mais pas vous.

Non, vous, tel un fier crétin des Alpes décoiffé mais pas étêté, vous restez planté à votre table du WPT Venise, parce que vous vous êtes inscrit et que de toute façon, vous allez vous battre jusqu’au bout. Quoiqu’il se passe ! (parce que de toute façon, hors de question de se laisser aller : après tout, vous venez de passer des journées merveilleuses en dehors des tables juste avant donc il n’y a pas de raison que le vent change parce que vous êtes dans le casino…) Et pourtant si !

"Aïe, j'ai mal. Mais soyons maligne, ne laissons rien paraître.Tutuluuuu... Faisons comme si de rien n'étais."(milmercis à Fétiche Darcourt pour la photo)

J’ai passé environ 8h à ne faire que perdre (genre JJ vs KK sur un board méga blanc où mon check-raise flop permet à mon adversaire de prendre peur et donc de check behind river = économie) et passer des poubelles de l’enfer. J’étais à la table de Fab, ce qui est à la fois une bonne et une mauvaise nouvelle : bonne parce que l’ambiance du coup est marrante et moins ennuyeuse mais moins bonne car nous sommes deux à nous battre si nous spottons un move faible de la part d’un joueur : deux pigeons pour une seule miette c’est un pigeon de trop.

J’ai donc passé des heures à écouter en boucle mon ipod et en ouvrant des 7-5, 8-2, J-4 etc… Inlassablement, j’ai jeté mes cartes. Entre temps, j’ai tout de même perdu un gros coup avec paire de 10 : je relance UTG+1 et suis payée par 3 joueurs. Flop 2 3 4 sans tirage couleur. J’envoie 2/3 du pot. Payé deux fois. Turn : 3 qui ouvre une couleur. Je checke, un joueur envoie env moitié du pot, l’autre paie, je n’aime pas ça mais je bats trop de mains qui peuvent être en face (paire de 5, 6, 7, 8 et 9 sans compter deux over chez un des deux : ce ne sont pas les meilleurs joueurs de la table ; on sait jamais ce qu’ils peuvent avoir) donc je paie. River : 4. Je checke encore et les deux autres aussi. Paire de 9 chez l’un et… A-5 chez celui à ma gauche. Bon appétit (et merci de ne pas avoir value river).

La table finira pas casser après la pause repas et c’est avec plaisir que je vais m’installer à une nouvelle table avec une dynamique qui de suite me plait plus : le niveau est plus faible. Car à ma table précédente, même s’il y avait des mauvais joueurs, il était dur de leur prendre des jetons ou de les lire. Je m’assois mourante à ma nouvelle table mais réussit à passer de 8k à 38k après avoir gagné AK vs AQ, puis un flip, puis des c-bet qui passent.

Sam El Sayed le Fantasque s’assoit alors à ma gauche et inutile de vous préciser que la dynamique de ma table si tranquille (un 3-bet par ci, par là mais rien de vraiment dangereux) change d’un coup radicalement. Avec le style de jeu imprévisible qu’on lui connait, le vainqueur du WPT d’Amneville fait swinguer les jetons et les attire comme un aimant. Je ne suis pas ravie de voir qu’il excite et chauffe ainsi la table alors que j’aime tellement le jeu pépère qui me permet de gratter tranquille des jetons à droite et à gauche sans faire ni de vague ni de bruit. Mais bon…

Alors qu’il ne reste plus que 30 minutes de jeu avant la fin d’une journée épuisante de plus de 12h, j’ouvre AA au cut off. Et là, je commence à remercier intérieurement Sam de me les avoir énervé. Je relance dans les 3000, la SB (un joueur sérieux) m’envoie 11k et la BB hésite des plombes avant de jeter : ce n’est pas de moi qu’il a peur mais de la SB et de son gros tapis. Je jette alors mes 30k au milieu et me fait payer par la SB qui me montre des valets. C’est le moment où la BB me sort qu’il a jeté AK.

Et là, je sais que j’ai perdu. Ne me demandez pas pourquoi mais je le sais. Au plus profond de moi, quand je vois les valets, je sais que je vais me manger le 80/20. Et là, tout va très vite. Un valet tombe au flop, je ne sursaute même pas, il y a deux cœurs puis un autre au turn, je me retourne vers Sam qui me dit « Ne t’inquiète pas, tu as l’as de cœur », tout est au ralenti, le temps que mes yeux reviennent vers la river, un autre cœur a atterrit sur la table, j’ai flush max et je commence à souffler, Sam me dit « Bien, joué, tu vois il n’y avait pas à s’inquiéter », mais là, d’un coup, j’ai un doute, deux secondes se sont écoulées, je me repenche sur le board et entend mon adversaire « Mais hé ! J’ai un full ! » et oui, ce n’est pas un 5 qu’il y a sur le board, mais deux, « Oh, désolé Claire, j’avais pas vu, oh c’est horrible… ».
Full. Bye. Bye.

C’est complètement sonnée et vaguement nauséeuse que j’ai donc remis mon manteau et quitté cette salle surchauffée qui aurait bien mérité une ou deux fenêtres ouvertes, histoire d’évacuer un peu la testostérone de dessous-de-bras qui flottait, opaque, dans l’atmosphère de ce Casino étrangement classe, chic et glauque à la fois.

Je ne crois pas que je reviendrais jouer ce tournoi. J’ai absolument été émerveillée par la ville, comme tout touriste qui découvre la ville des Doges pour la première fois, mais je n’ai pas aimé ce vieux casino, le fait que de nombreux joueurs ont eu des soucis d’arbitrages, qu’il n’y avait aucun serveur et qu’on devait traverser le batiment en entier pour aller se prendre un expresso (et pas pendant la pause puisqu’il n’y avait qu’un seul serveur super débordé) et surtout, que les jetons des super satellites étaient les MEMES que ceux du Main (=les mecs n’ont pas joué de sat’ mais se sont juste offert un addon de 5 000 minimum pour 300 euros… ) J’ai d’ailleurs hâte de faire le calcul du montant total des jetons en table finale…

Mais hors WPT, la beauté de Venise est juste stupéfiante. Impossible de rester insensible au surréalisme de cette ville et de sa construction défiant toute logique architecturale par son gigantisme et son ambition. Pour info, par exemple, la basilique St Marc repose sur plus d’un million de pilotis de bois (source Wiki). En sous-sol, ce sont donc des forêts entières qui ont disparu pour venir consolider un rêve dingo de capitale sur la lagune qui ferait passer Las Vegas pour une œuvre du facteur Cheval, seul dans son jardin et perdu dans son délire et ses coquillages…

En même temps, rien de sert de ressasser toujours les mêmes histoires de bad beat. Mieux vaut se concentrer sur le beau côté des choses... ^^

Venise est réputée pour le nombre de ses pigeons. Mais ils ne sont pas faciles à choper ces bougres ! (c'est ptet d'ailleurs parce que ce sont des mouettes en fait)

Je publie cette photo afin de faire taire les mauvaises langues. Non, les joueurs pros ne font pas que parler poker. Et oui, ils s'interressent tout particulièrement aux monastères gothiques. Ils ont d'ailleurs passé des heures à contempler les mosaïques du Jugement Dernier au plafond de ce même édifice, le tout en se disputant sur la date de création du chef d'oeuvre "Espèce de fish, je te dis que c'est le style de St Maximilius, milieu du 13e siècle" "N'importe quoi, c'est une technique pré-byzantine, trop obv". (Fabsoul, moi, Lucille Cailly et Clément Thumy on ze pic)

Celà fait quelques jours que je me tâte : gondole ou pas gondole ? Vais-je résister à ce cliché pseudo-romantique qui coûte un bras ? Ou vais-je me laisser tenter et bercer par la douceur de la balade au fil des canaux ?

Il me reste donc quelques jours de promenade, ce qui est la vraie bonne nouvelle de ce bustage prématuré… Je compte donc profiter au maximum de Venise avant de revenir quelques jours à Paris (je ne suis toutefois pas certaine de jouer les FPS ou EFOP, et ce, dû à un souci de planning) puis de m’envoler pour Vegas puis Los Angeles.

Pourvu que le choc des cultures soit proportionnel au virage à 180° que je vais demander à mes cartes de prendre : « Pas comme à Venise hein les filles… Pas comme à Venise ! Je vous ai laissées vous amuser et faire n’importe quoi pendant 24h mais maintenant la récréation est terminée et on retourne au boulot : on fait comme on sait faire. Adieu la fantaisie : on win à nouveau dans un jeu efficace et sans déchatte. Le vent dans le dos les filles. Et un point c’est tout. Non mais. Vais quand même pas me laisser em*@!/##*& par des petits bouts de cartons ! »

Sur ce, je vous laisse, j’ai une orgie de gnocchis 4 fromages qui m’attend. Un des moyens les plus efficaces pour effacer un bad beat dans un beau tournoi. Encore plus efficace que le chocolat. Ou que la mignonette de vodka du mini-bar (spéciale dédicace ) 🙂 A toute les z’amigos !

17e au Side Event Deauville : le syndrôme du « Je suis jamais content »

30 janvier 2011

C’est toujours étrange comme l’esprit oublie vite les promesses qu’il se fait à lui-même en période critique du type « Plus jamais, plus une goutte, de ma vie » (un soir de fête rimant avec tête dans la cuvette). En effet, les situations angoissantes poussent à prier et donc, rêver que ça s’améliore, le tout avec la promesse d’ensuite déposer une gerbe de fleurs au pied de Dame Gratitude tous les dimanches du mois jusqu’à la fin de sa vie.

Sauf qu’une fois le souci résolu et l’angoisse passée, Dame Whine (= gémir, se plaindre en VF) finit toujours par reprendre le dessus : on a eu ce qu’on voulait mais en fait, en y réfléchissant bien : ce n’est pas assez.

Prenons un exemple totalement au hasard pour tenter d’illustrer mon propos :

Fermons les yeux et imaginons ensemble un side event à 2200 euros pendant l’EPT Deauville avec près de 300 joueurs inscrits et donc plus de 160 000 euros à la gagne.

Prenons maintenant un joueur J qui n’a pas pu jouer le Main Event pour cause de maladie mais qui pête désormais le feu tant il est content de pouvoir enfin repartir à la bataille après deux mois sans compétition.

Disons que ce dernier ait bataillé avec force et honneur pendant toute une journée, de 16h à 4h du matin, faisant très mal au passage à un petit joueur nommé Alec Torelli (par exemple). Disons que bien qu’il ait mal joué deux petits coups en debut de journée, se soit ensuite pris une ventrale et perdu QQ contre AJ dans un gros pot, il soit remonté pour ensuite terminer sa soirée sur un bluff plein de panache qu’il dévoile à une table émerveillée/éblouie/époustouflée par tant d’audace (= blasée/épuisée/lessivée/navrée avec une grosse envie de dormir). Et qu’il aille donc ensuite se coucher avec la tête grosse comme une pastèque pour se réveiller paisiblement le lendemain pour attaquer une deuxième journée fort d’un beau tapis.

Imaginons ensuite qu’il arrive à la table de Clemençon, gagne encore des jetons pour allègrement se placer dans le haut du chip count puis perde trois gros coups inévitables : du type AJ sur J 8 10 face à 9-7 chez un mid-short stack qui push au flop. Puis gros combo tirage raté. Puis A2 sur 4 3 K A A face à A6 etc… Et que notre valeureux soldat, même s’il a limité la casse, se retrouve désormais à moitié mort, passant de 80k à 15k sur des blinds 800/1600, ante 200.

C’est le moment où ce joueur J va se laisser aller à l’irrationnel. En effet, il est fort probable qu’il se mette à prier, implorer et supplier : « Pas à dix places de l’argent, pas à dix places de l’argent ! »

En effet, à ce moment, ce qui préoccupe notre héros, ce ne sont pas les 2350 euros promis à la 32e place (pour un buy-in de 2200 ce qui est donc une blague intégrale), mais plutôt l’idée d’échouer si près du but. Le tournoi était composé d’un field de malade, le combat avait été super hardcore et l’idée de ne pas être un minimum récompensé psychologiquement pour ses efforts rend notre joueur J malade. C’est désormais une question de principe.

Nous en étions au moment au ce dernier prie. Et se dit que vraiment, s’il se sort de cette situation, il sera reconnaissant à vie auprès du Dieu poker.

Ce Tout-Puissant va donc le faire doubler sur un 20/80 (ce qui le fait passer de 8k à 16k, soit 10bb), lui faire ensuite gagner d’autres petits coups avant de lui donner JJ quand un petit jeune décide de le 4-bet avec Q-10 sans fold equity. Yeepee.

Notre joueur J va se retrouver encore short au moment de la bulle mais ne cèdera pas. Une fois dans l’argent, il va grinder, se battre, pour finalement céder sur un dernier coup. Précisons qu’au break, notre joueur J avait échangé avec Davidi Kitai sur le fait que finir 17e, c’était vraiment la place du fish. Et que c’était précisément pour cela que personne ne sautait depuis une heure : tout le monde voulait être en demi-finale, avec les prix devenant un peu plus corrects.

Fermons les yeux à nouveau et visualisons six joueurs de retour à la table (le tournoi se joue six-handed à ce moment là).

Blinds 2,5/5k, ante 500. Notre joueur J va raise 12k avec 7d-8d au bouton. Etre payé par la BB. Envoyer 20k sur un flop 3 5 6 avec deux carreaux. Etre payé. Et envoyer tranquillement les 50k qui lui restent sur un turn 2 de pique. L’adversaire, assis devant 100k, va réfléchir si longtemps qu’un autre joueur va demander time. Le vilain va finir par payer avec 5-7. River 3 de cœur. Et voilà.

Et là, depuis ce moment fatidique, notre joueur mystère va bouder et whiner pendant 24h. D’ailleurs il écrit ce post et grogne, peste et fulmine en même temps.

Adieu le « Pourvu que je ne saute pas avant de faire partie des joueurs dans l’argent ! Pas si près du but ! ». Il a complètement oublié la situation critique dans laquelle il était trois ou quatre heures auparavant. La seule chose qu’il voit, c’est qu’il a terminé 17e, aux portes de la demi-finale d’un tournoi vraiment difficile, avec une belle structure et qu’il est reparti avec 3 250 euros pour sa perf. Et que les prix, ignoblement flat au début, commençaient à monter lentement uniquement à partir de la 16e place (précisons qu’il n’est pas question de juger les 3250 euros qui sont une somme en soit, mais plutôt l’échelle de répartition des prix).

C’est donc l’exemple parfait de l’ingratitude du joueur de poker et de son côté jamais content, j’en veux toujours plus ! De toute façon, précisons que rarement un joueur n’est heureux de sortir sans avoir remporté le tournoi… Beurreargentdubeurreetcremièritude maximum.

Et puisqu’on parle de ça, je pense en un flash à une situation qu’il m’a vraiment fait rigoler avant-hier soir.

Comme j’étais en diner break de mon tournoi, j’ai rejoints Fab, Jules de MadeInPoker (achetez son livre, il est génial), Anto Lellouche et Ludo Lacay à la pizzeria derrière le Normandy. A côté d’eux se trouvaient Samuel Chartier et Josh Duhamel en pleine conversation : ce sont deux joueurs vraiment sympas et c’est avec honte que j’ai découvert que le champion du monde parlait français. Je savais qu’il était canadien mais pas québéquois… Bref…

Comme d’hab en tournoi, je n’ai pas faim, la faute à un estomac noué par la compétition, et, alors que je me forçais à manger un tiramisu pour me donner des forces, mon oreille se tend en entendant Samuel se tourner vers le serveur et lui demander du « Bââââ ». Du coup, intrigués, on se retourne tous, nos têtes s’avancent, et on retend l’oreille : du « Bââââ s’il vous plaît ». Du pain ? Non, du « bââââ », répond Samuel un tantinet agacé.

On se regarde, on se marre un peu, et là, le serveur sort timidement, « du beurre ? ». « Ben oui, du bâââââ ». Morts de rire. J’adore les québéquois ! (Isabelle Mercier, que j’aime beaucoup aussi, est du même acabit quand elle parle : elle est capable de passer de l’accent français à celui canadien : ça vaut le détour. On dirait une autre langue !)

Ce genre de compétition se déroulant sur une semaine et offrant moultes side events attire un nombre impressionnant de joueurs. Et tout le monde se connait plus ou moins. Du coup, où que l’on soit dans Deauville, on croise des joueurs de poker et des visages familiers partout. Dans les restaurants (mention spéciale au Drakkar), dans les couloirs de l’hôtel (mention spéciale au Royal et son petit déjeuner jusqu’à midi et demie, mais je l’ai déjà dis dans mon post précédent), le casino et la toute nouvelle salle de tournoi (mention spéciale à l’organisation de Barrière : irréprochable), dans les ascenseurs, le trajet Royal/Casino/Normandy…

Les conversations tournent du coup à 95% autour du poker « T’as combien ? », « Je suis encore dans le side », « J’ai fait la bulle du 100, c’est sick », « Attends, faut que je te raconte ce coup, je te jure, en 15 ans de poker, j’avais jamais vu ça ! », « Tu joues là ? », « T’as le temps pour une petite interview ? », « Attends je suis en break, j’ai 10 minutes et je reviens », « Quel chattard celui-là ! », « Tu vas où après Deauville? »…

Lucille et moi à la pause, en pleine discussion technique avancée sur le Los Angeles back 5bet shove semi-light (c'est comme le New York back raise mais à l'Ouest). Un grand merci à Fétiche pour cette super jolie photo !

Les 5% restants sont des conversations que pourraient avoir des amis dont l’activité principale serait dentiste/instituteur/comptable, bref, tout le monde : on prend des nouvelles des enfants, de la famille, on parle vacances, potins, vie amoureuse, cinéma, vernis à ongle (et oui…), on se raconte des blagues débiles, on décompresse le soir à l’02 (le bar du Casino) : bref, une sorte de colonie de vacances qui est venue là avec la rage de faire des résultats mais qui n’en oublie pas pour autant de passer un bon moment !

Je pars mardi matin pour Venise, inutile de vous dire à quel point j’ai hâte de revoir cette ville (la dernière fois, j’avais 8 ans) et de participer à un WPT ! Je suis donc en mode « recharge de batterie » pour arriver à bloc dans cette ville enchanteresse ! Je suis d’autant plus enthousiaste qu’à cette période de l’année la ville ne sera pas envahie par les touristes ; à moi les promenades en gondole, les pizzas fondantes de mozzarella et la chasse au pigeon ! 😀

PS : Un petit mot sur mon tournoi bounty : Félicitations à Titi qui a tout raflé ! Tout d’abord le bounty à 88 euros en finale dans une bataille de blind avec paire de 8 contre A7 chez moi (précisons que j’étais short ; dur dur de ne pas pouvoir voler les blinds quand on a un bounty sur le dos, lol) puis la gagne contre Murlock7 (TintinBreizh a terminé 3e) !

Juste avant, c’est TheKnarf qui m’avait déjà pris tout mon tapis pendant la période de rebuy (il aura donc son bounty aussi car ce n’est pas très clairement expliqué sur la page : le bounty est pour celui qui me mettra KO. Mais je l’ai été deux fois !) Un grand bravo donc à Titi (célèbre bloggeur) qui repart avec plus de 180 euros in ze pocket plus un ticket pour le 5 000 garantis dimanche prochain ! Ca c’est de la perf’ : c’était la bountiti night 😀

La fièvre du mercredi matin (où comment je n’ai pas joué l’EPT de Deauville)

27 janvier 2011

Lundi 19h10, Gare de Paris St Lazare. Un train s’éloigne à destination de Deauville-Trouville avec à son bord un wagon rempli de joyeux drilles ravis de se retrouver et de tâter dès le lendemain les jetons d’un des plus gros tournois d’Europe. Les bisous et les « Comment vas-tu ? » fusent dans la bonne humeur, bientôt suivis du très habituel « Chattard ! » adressé à Fabsoul qui a décidé de plumer ses voisins en heads-up via une appli de son inséparable i-pad.

Arnaud Mattern, Bruno Launais, Pedro Canali, Harper, Junior (le caméraman de W), Julien « Nori » Labussière (qui va roupiller tout du long), Mickael Sebban, Fabsoul et moi sommes vautrés sur les sièges, occupés à bouquiner, papoter de l’actu poker ou de la vie en général. C’est une ambiance de rentrée des classes où tout le monde a envie de tout pêter dès le lendemain et de scorer dans ce qui s’annonce être un des plus beaux tournois de l’année.

J’avais choisi de jouer le Day 1b, histoire de profiter auparavant de la détente offerte par le Royal, un hôtel que j’aime particulièrement pour l’ambiance « bienvenue chez toi » qu’il dégage : moquette épaisse, lumières douce, déco Napoléon III, tapisserie comme chez mamie, personnel aux petits oignons… Le Palace a beau faire honneur à ses 5 étoiles 100% chic, il n’en reste pas moins un endroit dans lequel on se sent bien, comme en famille… Il s’agit d’ailleurs de mon hôtel préféré en France avec le Royal Evian. Et oui, je sais, la phrase précédente est honteusement snob (un peu honte d’ailleurs…).

La veille du tournoi, nous avons profité d’un excellent repas attablés aux côtés de Bruno Fitoussi (un des plus grands amateurs de bonne chère –oui, ça s’écrit comme ça- du circuit), Vikash Dhorasoo (que je n’ai pas manqué de féliciter pour son post sur la solitude du joueur de poker que j’avais trouvé sincère et bien écrit) et un pote, Nesrine Kourdourli (une joueuse super sympa qui avait terminé 4e du WPT d’Amneville) et son ami, et Freddy Deeb (qui va définitivement devoir se mettre au français pour de bon pour comprendre nos blagues). Une soirée placée sous le signe de la gastronomie et du bon vin qui me fera rentrer fort guillerette : je suis d’une humeur excellente et j’ai hâte de me lever le lendemain pour enfiler ma tenue de SuperRaiseuse !

Sauf que la tenue que j’ai enfilée le lendemain matin, vers 6h (si je suis debout à cette heure-ci, déjà c’est mauvais signe…), ça a été mes pantoufles, un vieux t-shirt et un bas de jogging difforme.  Et que cette tenue ne m’a pas quittée de la journée. En effet, après un petit vomi, puis deux, puis trois, puis des frissons, les intestins à l’envers, l’estomac paralysé d’une crampe et ses courbatures partout, j’ai commencé à envisager l’idée que je n’allais pas pouvoir jouer. Le resto de la veille n’avait rien à voir avec mon état : j’ai juste été victime des nombreuses épidémies hivernales qui sévissent en ce moment (damn’it).

Vers midi, j’ai enfilé un manteau et me suis trainée comme une fouine à moitié morte au casino qui m’a dit que j’avais jusqu’à 14h pour prendre ma décision et demander à me faire rembourser. Je croise alors deux types de joueurs : la Team « Repose toi, rien ne sert de jouer dans cet état » et la Team « Allez, tu t’assois, tu dors derrière tes jetons et ça ira mieux demain. Tu t’en fous c’est ton sponsor qui paie ! Ce tournoi, il ne se rate pas ! ».

Certes, je veux bien que les 5 300 euros du buy-in ne soient pas directement sortis de ma poche mais il n’en demeure pas moins qu’ils font partie d’une enveloppe à l’année (enveloppe qui n’est pas extensible). Encore indécise (il y a tout de même un million d’euros à la gagne !), je retourne m’allonger dans la chambre et là je comprends que de toute façon je ne suis pas en état de jouer. Même si je rampais jusqu’à la salle, je pourrais au mieux jouer mes cartes en mode B.A.BA du poker mais mon analyse des coups serait proche du néant : j’ai les cerveau fondu et les yeux qui louchent : je jouerais donc cet EPT en mode Loto (après tout, on sait jamais, 100% des gagnants ont tenté leur chance…). Ma seule chance de survivre à la première journée aurait été d’être en mode super luckbox de la mortkitue : même en prenant la mauvaise décision, je gagnerais tout le temps (mouhahaaaa, comme ça doit être bien !). Et j’avoue que l’idée de remettre l’intégralité de ma compétition sur de la chance (le tout entre deux petits vomis, youpi) ne m’a pas séduite du tout ; le poker c’est un sport mental très exigeant et si on ne se sent pas de taille, autant ne pas jouer et reporter la chose pour plus tard (San Remo ou Berlin, me voilà !).

J’ai donc découvert avec bonheur que les mammouths avaient probablement été exterminés de la même façon que les dinosaures (par une météorite), que ce même type de météorite allait bientôt revenir et tous nous exterminer (tant mieux, ça règlera mon problème de retraite), que les pingouins manchots dorment avec leur bec replié sous leur aile droite (ou gauche, ça dépend de l’humeur du pingouin), que la famille Duchmol a remporté 4 500 euros en répondant à la question « Qu’est ce qui se mange frit ? », que le chômage a augmenté de 5% ce mois-ci (M6), que le chômage a augmenté de 1% ce mois-ci (TF1), qu’une escort girl comme Zahia peut se faire jusqu’à 25 000 euros par mois, bref, je me suis souvenue pourquoi je n’avais pas allumé la télé depuis aussi longtemps. Une mention spéciale toutefois à Estelle Denis que j’avais d’ailleurs croisé la veille à un apéro Everest (elle fait partie de la Team VIP) que j’ai découvert dans 100% mag : j’aime beaucoup sa façon de présenter : aussi sympa et naturelle à la TV que dans la vie ! (et ça change de Bernard de la Villardière ! :D)

Bref, j’ai donc passé une journée palpitante à lire des coverages dans lesquels je n’étais pas, le tout en m’écoutant appeler le room service pour passer la commande du « je suis au fond du trou » : une soupe aux légumes. « Et sans matière grasse la soupe s’il vous plait, sans crème, sans lait, sans beurre. (ouiiiin) Juste des légumes bouillis et moulus (hoquets de désespoir). Le tout généreusement arrosé de votre meilleure cuvée de thé vert. Et avec un quignon de pain, tant qu’à faire. (râle d’agonie). »

Là, nous sommes jeudi matin et après une nuit de 12h, je sens mes forces revenir. J’en profite tout de même pour faire une parenthèse à laquelle on pense tous quand on est malade mais qu’on oublie dès le lendemain quand ça va mieux. On n’a jamais conscience de la chance que l’on a d’être en bonne santé. Alors oui, c’est culcul-gnangnan et entendu déjà moultes fois (souvent de la bouche de sa grand-mère d’ailleurs) mais c’est tellement vrai… Comme les problèmes du quotidien, ceux qui nous énervent et nous prennent tant d’énergie en tant normal deviennent infimes quand on est infirme ! (prenez une minute et admirez la puissance sémantique de cette phrase svp)

On entend tous, souvent, cette phrase du « tant pis, je préfère fumer et boire jusqu’à 60 ans puis mourir, au moins j’en aurais profité ! ». Je suis tellement d’accord pour le côté « ne pas vivre en ascète et se pourrir la vie en s’infligeant des contraintes absurdes » (« Non merci, pas de dinde farcie au marron pour Noel, je vais prendre une galette de germes de brocolis parfumée au cresson, c’est bon pour mon colon »), mais je crois qu’il faut garder en mémoire la notion de bien vieillir. Car je ne suis pas sûre en effet que ne pas faire d’exercice, fumer et boire comme un trou promette une vieillesse en pleine forme ; et si c’est pour agoniser cinq ans sous chimio, même si j’ai bien profité de ma vie avant, non merci.

Je ne prends jamais de bonnes résolutions (au moins, on n’est pas déçus par soi-même quand on ne les tient pas) mais là, je crois quand même que je vais commencer, du haut de mes 30 piges, à faire gaffe à ma santé. Non pas que ce soit d’habitude la fête du slip dans ma vie tous les jours mais je vais p’tet commander à nouveau une soupe aux légumes ce soir. Tiens. Soyons fous.

Tout ça pour dire que je vais encore passer une journée à méditer (=déprimer) dans ma chambre mais demain, un side à 2200 euros m’attend et cette fois, je vais l’attaquer en pleine forme !

PS : Mon prochain tournoi bounty aura lieu le dimanche 30 janvier (dans trois jours) à 21H. Je vous attends de pied ferme ! 🙂