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Un autre bracelet Ladies cette années aux WSOP Europe? Mmhh… Vraiment?

19 août 2013

Voilà pour me faire pardonner de ne pas avoir donné mon avis à temps à Antoine Lafond pour son article (et AnneSofi aussi) et pour procrastiner perpétuellement des tâches que je finis toujours par oublier peu après qu’on me les demande :). Et puis de toute façon, l’article était trop long, non ? Voilà donc ce que je pense de ce nouveau bracelet Ladies qui sera programmé en octobre lors des WSOPE à Enghien-les-Bains :

« Même si je me réjouis de participer à ce tournoi (en plus, j’ai toujours aimé l’organisation et l’accueil de Barrière) et de la volonté générale de toujours faire venir plus de femmes dans le milieu du poker, je suis sceptique quant à l’idée d’en faire un bracelet Event. Évidemment, la victoire sera belle et l’heureuse gagnante sera aux anges, mais va-t-elle considérer qu’elle a gagné un bracelet ou la moitié d’un ?

Car en premier lieu, ça veut dire quoi « deux WSOP Ladies par an ? » Parce qu’il ne faudrait pas non plus oublier la traduction de WSOP : « Championnats du Monde de Poker »… Et donc, les nôtres ont lieu deux fois par an et l’athlétisme, une fois tous les deux ans? Hum…

Ce titre ne sera très probablement pas reconnu de la même façon que le bracelet du Ladies aux WSOP Vegas, bracelet qui est unique au vu, notamment, du nombre de participantes et de joueuses pros qui y participent… Ce qui ne l’empêche pourtant pas d’être déjà considéré comme un sous-bracelet (au même titre que le Senior) par certains crétins…

Si le tournoi aux WSOPE regroupait un très large field et toutes les meilleurs joueuses du monde, comme c’est (presque) le cas à Vegas, ce serait peut-être différent. Mais je crains qu’il n’y ait pas énormément de participantes pour ces WSOPE : il y a peu de qualifications online/live, le tournoi est cher et aussi, je pense que la date à laquelle l’événement est prévu n’est pas bonne. Celle-ci pourrait, malgré l’enjeu, dissuader de nombreuses joueuses vivant à l’étranger.

En effet, le Ladies est programmé tout seul en tête de file, le 11 octobre. Le 12oct/13oct, on trouve un tournoi à 1000 euros et le Main Event est prévu le 19 octobre, soit 9 jours après le Ladies (en comptant la journée du 11) ! Ce qui fait un total de 15 jours de tournois à Enghien, et je ne compte pas ensuite le WPT du Grand Prix de Paris à l’ACF du 25 au 30 octobre… Cela fait donc 3 semaines à passer à Paris ; ce qui est long pour des joueuses pros vivant à l’étranger et pour qui chaque nuit d’hôtel représente de longues heures de grind… Surtout s’il faut venir 72h avant la date prévue (si l’une d’entre elles pensaient jouer le 1k le 13) pour démarrer un tournoi avec 3000 jetons et une obligation de double up dans les deux premiers niveaux… Mais bon, c’est un point de détail.

Je pense donc qu’il y aura peu de joueuses et que celle qui gagnera, malgré sa joie de remporter la victoire et l’argent à la clé, refusera d’être présentée comme une gagnante de bracelet WSOP. Ce qui sera probablement mon cas si je gagne : je serais folle de joie et très fière mais intérieurement, je ne me considérerais pas comme « une gagnante de bracelet », puisqu’au final, pour le gagner, il m’aura « suffit » de battre une centaine de femmes, dont la moitié étaient des qualifiées venues des 4 coins de la France… Le tout sur seulement deux jours dont un Day 1 qui commence à 18h. J’ai pas dit que c’était facile mais pour rappel, à Vegas, c’est trois journées de 12h qui commencent chacune à midi… C’est quand même pas le même marathon et dieu sait à quel point garder un mental fort sur la longueur fait une grosse différence dans la notion de « belle victoire »…

Tu veux un bracelet toi aussi? Profite, y'en aura pour tout le monde! Et l'an prochain, pour un gagné, c'est un offert à la personne de ton choix !

Tu veux un bracelet toi aussi? Profite, y’en aura pour tout le monde! Et l’an prochain, pour un gagné, c’est un offert à la personne de ton choix !

Bref, autant je suis pour les Ladies pour plein de raisons, autant je trouve que le Ladies des WSOP à Vegas suffit en tant que « Ladies bracelet event ». de même, il faut arrêter d’être hypocrite : quand « Monique je-Marche-sur-l’Eau » sera en photo partout avec sa première ligne Hendon Mob et son titre de « Championne du Monde » affiché en gros, on en reparlera… Je pense que certaines des joueuses qui ont applaudit l’arrivée de ce nouveau bracelet risquent aussi d’être les premières à préciser innocemment que « ouais mais ça comptait pas vraiment puisque c’était juste un 2 days event et qu’il n’y avait pas beaucoup de monde » si c’est une autre qui repart avec la breloque au poignet… Et soyez pas faux-cul les filles, on sait que c’est comme ça que ça va se passer : la victoire comptera (comme n’importe quelle victoire dans un beau Ladies) mais pas le titre… Du coup, le bracelet sera réduit à l’état de trophée standard sur la cheminée. Adieu la beauté de « Victoire dans les Championnats du Monde »…

Ca n’enlèvera évidemment pas le talent d’avoir gagné le tournoi (surtout qu’il y a de plus en plus d’excellentes joueuses et qu’il y a des chances pour que la TF soit d’un très bon niveau) ; c’est juste que je trouve que d’une façon générale, ça fait aussi perdre de la valeur aux autres. Ce qui vous me direz est déjà un peu le cas avec plus de 70 bracelets offerts par an avec les WSOPE et les WSOP Australie… Et peut-être aussi ai-je une estime trop haute de la valeur et de la beauté d’un bracelet… Mais que voulez-vous, « Championnat du monde », à mes oreilles, ça sonne plus comme un titre précieux à choyer qu’un titre de tournoi standard à brader. Il y a un moment où il faut aussi protéger la beauté du titre et de sa récompense, non? Et quoi de mieux pour faire rêver que de rendre l’objet rare et difficile à décrocher?

De façon plus générale, je pense que, comme en athlétisme pour garder la comparaison, il devrait y avoir un seul tournoi pour chaque discipline et chaque buy-in. Il n’y aurait donc qu’un seul « 1000$ NLHE » mais d’autres variantes, de type « 1000$ NLHE ante only » ou « 1000$ NLHE Deepstack » ou « 1000$ 6 handed Deepstack », ou encore, « 1000$ NLHE hyper-turbo ». Le tout avec des buy-in différents pour chaque discipline dont un 10 000$ Championship, comme avant. Et une tonne de variantes différentes ou de combo « PLO/PLO8 », « Chinese tardi/Open face chinese » ou « Razz/Stud/Stud8 » etc… Il y aurait donc une cinquantaine de titres de « Champions du Monde » mais ces derniers auraient un peu plus de valeur qu’aujourd’hui : ils auraient au moins le mérite d’être UNIQUES ! Vous ne pensez pas? 🙂

Deauville-Baghdad : sous les bulots, la triche…

5 février 2013

Moi qui avait prévu, après deux mois (presque) sans poker, de vous mitonner un petit post sympathique de retour, en direct de Deauville façon « Tout ce que j’aime retrouver sur le circuit » ou « Mon top 10 de tout ce que je préfère sur cet EPT de bord de mer », ben je crois que je peux m’auto-farcir…

En effet, au vu du climat actuel et des questions que tout le monde se pose, je me vois mal vous faire l’éloge de mon plateau d’huître de lundi ou de vous pondre un whine infini sur mes malheurs à la table (quoique, je ne saurais résister à la tentation de vous raconter mes bad beats)…

Car voilà, ce serait comme faire le reporter de guerre qui part à Baghdad et qui revient avec une chronique de « Où manger le meilleur kebab de la ville ». Je ne peux donc pas publier sur ce blog sans, semble-t-il, évoquer cette situation désagréable dont tout le monde parle ici : l’affaire de triche façon « Kem’s » de la finale du PPT.

Il est vrai en plus que tout le monde en parle. Je n’étais pas à la table du FPS depuis plus de 15 minutes que des mecs randoms s’envoyaient des  « J’avais deux paires oeil-menton » ou faisaient gesticuler leurs bras comme des fous épileptiques, dès qu’ils entraient dans un coup. Et la table, évidemment, riait de bon cœur. Parce que voilà comment la majorité des joueurs évoque l’affaire : en riant. En fait, tout ceci est en train de devenir une énorme private joke (qui n’est plus très private d’ailleurs) dans toute la communauté.

Sauf que tout le monde ne rit pas non plus…

Y’a aussi ceux qui, comme moi, sont finalement assez tristes et déçus de tout ça. Parce que je ne ferais pas exception en disant que j’appréciais moi aussi JP pour toutes ses qualités humaines et que oui, il était très aimé de tout le monde, toujours poli, souriant, sympa et généreux (mais bon, ce n’est malheureusement pas de ça dont il est question ici)…

Et puis enfin, y’a ceux qui font sacrément la gueule, pestent et enragent : tous ceux qui vivent du poker (joueurs pros ou amateurs, journalistes, businessmen etc…) et qui ont conscience du mal que peut faire cette affaire sur notre image qui est déjà lourdement chargée…

Après, halléluia, il nous faut relativiser l’impact que cette histoire a pour l’instant aux yeux du grand public, puisque nous avons l’immense chance de « faire une Farrah Fawcett ».

– Farrah Fawcett est morte
– Ah bon ? Quand ?
– Hier, le même jour que Michael Jackson
– Ah ouais, ok, j’en ai pas entendu parler…

En effet, remercions le merveilleux monde du foot de nous offrir ce qui s’annonce comme l’un des plus gros scandale sportif de tous les temps, pile au bon moment. Les journalistes des médias généralistes ayant donc à manger pour les semaines à venir, ils vont probablement nous laisser un peu de temps d’y voir plus clair avant d’exposer la chose sous les spotlights de façon bourrine et de juger le poker de façon rapide et caricaturale : poker = drogue = triche = prostitution = fange du monde = « cool, on va faire de l’audience au 20h ».

Mais il faut en effet reconnaître que même si peu est dit en public, ça jase et ça gueule sévère dans les coulisses… Il me semble donc impossible que l’affaire s’étouffe lentement dans les prochaines semaines : on va droit à l’enquête et au procès (ou pas) mais tout le monde a hâte d’avoir le maximum d’éléments pour se faire une idée et enfin tourner cette page fort désagréable. Quoiqu’il en soit, une petite voix me dit que jamais on ne saura exactement ce qui s’est passé, qui a fait quoi et surtout, quelle était l’énorme partie immergée de l’iceberg reliée à cette affaire…

Donc en attendant que tout ceci décante (et qu’importe finalement l’issue de tout ceci), j’avoue qu’en tant que joueuse, ça m’a un poil préoccupée aussi : l’essentiel est que cette histoire soulève des questions et des points importants à travailler/consolider pour assurer l’avenir de notre passion à tous. En clair, l’envie d’avoir des exigences commence à me gratter sévère : il nous faut blinder l’avenir au lieu de décortiquer un passé qui ne nous offrira probablement aucune réponse. 

J’ai donc envie d’être plus chiante et plus intransigeante que jamais. D’où la création de « la nouvelle charte du joueur pro qui veut jouer en live sans flipper d’être pris pour un pigeon ». Ou, plus simplement, la « C.H.A.T.T.E », aka « La CHarte Anti-Triche Totalement Exigeante ». 

lion

Suite aux derniers développements des affaires en cours, NOUS, JOUEURS PROS ET AMATEURS, EXIGEONS DESORMAIS :

. Des sièges moelleux, inclinables, avec accoudoirs, chauffants (sur option, et en cas de clim’) et massants, genre avec deux boules qui remontent le long du dos (PS : vade retro esprit pervers, y’a rien de chelou dans ma phrase)

. Des massages gratuits de 10 minutes pour tous

. Des boissons à volonté (et pas que des softs, faut pas déconner)

. Avec les casse-croûtes assortis (certains casinos le font d’ailleurs déjà et qu’ils en soient bénis)

Ok, je dérive doucement. On retourne dans le vif du sujet :

Premièrement nous exigeons :
Des floors compétents et impitoyables avec les rêgles : ce sont les mêmes pour tous.
Encore tout à l’heure, Fab me racontait que lors d’un tournoi récent, un croupier qui distribuait les cartes avait stoppé sa distribution pour appeler un joueur pro à venir s’asseoir afin que sa main ne soit pas brûlée. Ce geste, qui part pourtant d’un bon sentiment à la base, est inadmissible. En effet, que va-t-il se passer quand Randomator va voir sa main brûlée juste après parce qu’il n’était pas non plus assis à temps pour récupérer ses cartes ? Poser des règles strictes et identiques pour tout le monde est un gage incontournable de respectabilité d’un casino. Pas de favoritisme mais des hommes là pour faire respecter l’ordre d’une façon très droite, jamais complaisante et toujours impitoyable : on veut des BatFloors.

Deuxièment :
Une couverture totale des tables et de la zone de tournoi avec des caméras, avec un personnel compétent à l’autre bout des écrans. Le tout avec conservation des bandes pendant une durée suffisamment longue (en cas de besoin de re-visionnage) du tournoi si possible mais surtout à partir de la demi-finale ou, de façon obligatoire, de la finale. On se doute bien que les organisateurs ne vont pas garder trente fois 72h de rush dans les placards et se creuser une grotte en Norvège comme Google pour le data-stocking…

Troisièmement :
Que tous les employés d’un tournoi soient au courant de toutes les dernières techniques de triche hi-tech (ou pas) afin de mieux buster les fourbes. J’ai entendu dire qu’il existait par exemple des encres invisibles pour marquer les cartes (ensuite, ces dernières sont lues avec des lentilles/lunettes spéciales). Et que l’on pouvait les acheter partout online (flippant hein?). J’ai donc envie d’exiger qu’un floor embusqué porte ses lentilles quand il déambule entre les tables. Et que les coupables, s’il y en a, soient immédiatement virés de tous les casinos de France et de Navarre.

Quatrièmement :
Que la jetonnerie soit adaptée, voire à terme, programmée avec des puces incrustées pour éviter tout « ré-injectement » ultérieur d’un tournoi à un autre. Ca semble un peu XXIIe siècle et surtout, ça coûterait une blinde… Mais l’idée est kiffante et elle serait possible quand il ne reste plus que quelques tables en fin de tournoi. De même, il faut impérativement des jetons différents pour les sat, les sides et les Main Event. Ca devient de plus en plus fréquent, mais ce n’est pas encore automatique.

Cinquièmement :
Des mélangeurs automatiques (et donc, qui recomptent les cartes) présents à gogo autant que possible. Même si sur un grand tournoi, pour raisons de budget, seules quelques tables en sont équipées (surtout en TF), c’est toujours mieux que rien. Ca permettrait d’éviter toute possibilité de manipulation, qu’elle vienne du joueur ou du croupier.

Si ces cinq mesures étaient appliquées (ce qui est souvent le cas dans certains casinos de Vegas, par exemple) , il ne fait nul doute que les tricheurs devraient se décourager un tant soit peu avant d’envisager de raser leurs pigeons. Sauf que bon, on rejoint un peu le pays de Candy : ça coûterait une sacrée blinde aux organisateurs tout ça… Mais si rien que les quarts de finales étaient couverts de cette façon, ce serait pas mal non ?

Ce serait d’ailleurs un excellent point de communication pour de nombreux organisateurs de tournoi, qui pourrait même aboutir à une création d’une forme de « label » garantissant des mesures pointues et spécifiques pour protéger les joueurs. Les joueurs exigeraient donc la C.H.A.T.T.E avant de poser leurs fessiers royaux sur des sièges de tournoi : après tout, ce serait logique, non ? 🙂

En bref, c’est donc aux organisateurs de tournois de jouer aux justiciers (non-) masqués et de décider de prendre la route de la transparence et de la rigueur la plus totale : ils ont tout à y gagner, dont la confiance d’un public de passionnés, souvent bourré aux as et qui en plus, n’a qu’une seule envie : dépenser leurs sous chez eux les yeux fermés. Sur le papier, c’est une idée de comm’ qui ne se refuse pas… Ce serait donc un investissement lourd à la base mais dont les retombées seraient très juteuses et profitables à tout le monde…

De même, et en parallèle, je tiens à préciser  que le peu d’histoires de triches (parce qu’il est bon de rappeler que sur le circuit pro WPT, WSOP et EPT, ça reste à priori infiniment marginal) que j’ai entendu depuis 5 ans que je suis sur le circuit, touchaient aussi bien le online que le live…

Mais bon, comme il est question ici d’une affaire en live, parlons de ça. Toutefois, j’apprécierais que les rooms online communiquent un peu plus sur leur méthodes de traque des tricheurs et leurs résultats… Car on sait que si le côté « barronage » (un complice posté derrière l’adversaire), « Je te fais des signes » ou, plus simplement « On se joue pas » existe depuis que le poker existe, et présente un côté presque archaïque limite « Commedia dell’arte », la triche online peut inclure des techniques super hardcore de complexité… Le sujet est encore plus tabou que le live, et pourtant, il touche beaucoup plus de monde et donc, beaucoup plus d’argent…

Je voudrais revenir aussi sur l’idée qu’il ne faut pas oublier d’où vient le poker et sa mauvaise réputation. En résumé : « On ne peut pas arriver sur une ancienne décharge pour construire sa maison et gueuler parce que ça pue quand on ouvre les fenêtres ». Attention à ne pas sortir cette phrase hors contexte : je ne dis évidemment pas que « c’est comme ça, alors ferme ta gueule ». Non, je dis juste que grâce à de nombreuses personnes de bonne volonté, tout bouge tranquillement et s’oriente dans la bonne direction mais il ne faut pas non plus oublier qui jouait au poker il y a 20 ans dans les arrières-salles enfumées…

Mais bon, non seulement le donquichottisme est un moteur merveilleux mais en plus, il arrive parfois même à faire tomber un moulin (à moins que ce soit un coup de vent extérieur ou une grosse « Deus ex Machina » pelleteuse, mais au final, du moment qu’on a le résultat…).

De plus, et pour clore le sujet, c’est dans le circuit du poker pro que j’ai appris ce que le mot « avoir une parole » voulait dire. L’immense majorité des joueurs pros que j’ai rencontré et que je cotoie au quotidien sont des gens droits, intêgres et de vrais amoureux du jeu. Beaucoup sont capables par exemple de prêter une somme énorme à une connaissance du circuit sans sourciller et sans aucune garantie, et se les voir rendre quelques jours plus tard comme si de rien n’était ; parce que faire confiance à quelqu’un veut vraiment dire quelque chose (et la trahir, aussi…). C’est aussi un milieu qui compte de nombreuses personnes avec qui j’adore passer du temps, pour parler poker ou juste refaire le monde pendant des heures. Voilou.

Maintenant, assez parlé de choses importantes.

(avant, petite parenthèse philo avec une phrase que j’aime tout particulièrement :  « Quiconque a sondé le fond des choses devine sans peine quelle sagesse il y a à rester superficiel » Nietzsche. Voilà, comme ça, ma transition vers la fin de cet article est faite…)

Finissons donc sur trois notes positives et légères :

anaisAnaïs Lerouge est officiellement un vrai pirate : elle s’est encore emparée, pour la 3e fois (!) du titre Ladies ! VGG à toi ; u rock girl 🙂 (pour info, ici, c’est le bar de l’O2, dans le casino, où se retrouvent tous les joueurs le soir : un piège absolu où le « Allez, non vraiment c’est mon dernier verre et je rentre » est voué à l’échec à 100%…) 

crountch[interlude on ze beach] Crountch, crountch, crountch : le bruit des coquillage broyés est plus jouissif que celui du papier bulle qui éclate sous les doigts 🙂

ben_restoEt pour finir, un gros VGG aussi à Benjamin Pollak qui remporte le contrat Betclic à 100k ; et zou, un autre prétexte pour faire la fête ! 

Rendez-vous dans quelques jours pour la suite de cette étape Deauvillaise dans un autre post où, cette fois, vous n’échapperez pas au récit de mes bad beats ! 🙂 (mais promis, j’y mettrais aussi plein de bétises et de photos sympas)

Un gros GL aussi à tous les potes qui sont encore dans la Main !

Pourquoi jouer un tournoi à Aix-les-Bains peut être plus difficile qu’un EPT à Copenhague…

12 novembre 2012

Bon, ok, j’ai volontairement appuyé sur le champignon de la provoc’ dans mon titre, mais l’idée est là : de la difficulté de gagner un coup à une table de joueurs débutants. Et il est question de débutants relous. Pas de mecs gentils qui misent quand ils ont et foldent quand ils ont pas (une espèce malheureusement en voie de disparition).

Je vais commencer par un exemple qui en dit long. Nous sommes donc dans le Dream Poker Tournament dans le très joli casino d’Aix-les-Bains pour un buy-in de 1 100 euros (je tiens d’ailleurs à remercier l’organisation pour leur chaleureux accueil). Un joueur, appelons-le « Némo », paie un raise, call flop puis décide de monster raise turn sur un board 6 8 J 7. L’autre en face se gratte, souffre et finit par fold brelan de 6 en voyant la force sereine affichée sur le visage de Nemo. Ce dernier abat alors fièrement A9 avec un grand sourire. Silence… On se dit tous, « Wow, ok, beau bluff, punaise, il a des coucougnes le mec… » Sauf qu’il sort deux secondes plus tard : « C’est facile en même temps avec quinte ! ». Petit blanc gêné à la table… « Mmmh… Non, vous n’avez pas quinte… ». Et là, Nemo, tout rouge, comprends son erreur et tente de se rattraper : « Mais je sais ! Bien sur que j’avais pas quinte ! ».

Ensuite, quelques heures plus tard, Némo décide de payer un raise hors position après avoir limpé avec 8h-6h. Le flop tombe 7h 7s 9h. Et là, dans un pot de 4k, Némo donk 40k et tapis (!). L’autre se précipite pour payer avec 7-9, créant un « Wow ! » général à la table… Lorsque la river tombe, un 10 de cœur, évidemment, le mec avec 7-9 manque de tomber de sa chaise et se lève immédiatement pour parler aux murs. Pendant ce temps, alors qu’on compatit tous à la douleur du two-outé, Némo nous explique, en ramassant les jetons : « Ah mais j’étais quand même énorme au flop, les cœurs, la quinte, c’est pas non plus un truc horrible… » On lui explique alors qu’il y avait full en face et que du coup, seules deux cartes pouvaient le sauver, « Ah oui… Ah ben j’ai eu de la chance hein, hahaha ! »

Maintenant ma question est : comment jouer contre un mec qui ne comprend rien ni à ce qu’il fait ni à ce que les autres font ? Le poker est un jeu où le talent de lecture est ce qui différencie un bon joueur d’un mauvais. Tout se joue dans l’habilité à mettre notre adversaire sur un range plus ou moins précis et jouer ensuite au premier, au second ou au troisième degré sur le « Il croit que je crois qu’il a cette main, donc je vais jouer comme ça pour tout lui prendre ».

Sauf que contre un joueur qui ne sait pas ce qu’il fait, la lecture est par définition impossible. La stratégie non plus. Nous en parlions lors d’une discussion intéressante avec Ludovic Riehl (qui prépare justement un blog à ce sujet), Michel Abecassis et Fabsoul et le débat était animé : est-ce un cauchemar ou une bénédiction de jouer contre des débutants ? Car la seule façon de contrer un adversaire qui ne comprend rien est de jouer super tight, ne jamais bluff et de value au max toutes ses mains. Ok. Sauf que comment on fait quand on a pas de jeu ? Ce n’est même plus du poker, si ?

Jouer contre des mecs qui ne savent pas lire un board, n’ont aucune logique de mise (mise/raise pour value ou pour bluff?), aucun raisonnement et qui en plus, se trompent en lisant le board ou leurs cartes, c’est de la roulette. Le joueur pro en est réduit à jouer purement ses cartes, sans aucune fantaisie, aucune stratégie ou aucun bluff, ce qui est non seulement d’un ennui total mais en plus, un pacte unilatéral avec Dame Chance (« Pitié donnez moi du jeu et des mains à value »)…

Quel joli lac que le Lac d’Annecy… Tant de promesses…

Miam miam, chomp chomp, burb…

« Je crois que j’aurais pas dû reprendre de dessert… »

Meugnnnnmeugnaraaaaaaaa… Plus jamais…

MASSACRATOOOOOOOOR !!!

Pardon pour la pauvreté de la BD ci-dessus mais bon, vous comprenez l’idée quoi… 🙂

Dans un tournoi de niveau moyen, prenons un Day 1 dans un WPT par exemple, il est possible de bluff des petits pots par-ci, par là, de grind à droite et à gauche car il y a du répondant en face. Les mecs bien souvent comprennent ce qui se passe et ne sont pas suicidaires. Ils ne paient pas deux barrels avec ventrale pour hit une paire miracle river par exemple…

Vous allez me répondre « Mais tous les jours, j’ai envie que le mec me paie en étant derrière ! » Sauf qu’il y a « être derrière avec 5% » et « être derrière avec 40% »… La notion de long terme en tournoi live n’existe pas ; ce n’est pas du cash game ou du multi-tabling online où la succession de tournois amortit la variance. Non, c’est du one shot. Et avoir en permanence un mec qui paie votre AKo avec Q6s et qui est prêt à mettre sa chemise à la river sur un board T 9 6 7 2 avec une couleur qu’il n’aura même pas vue, c’est horrible. Le mec ne va pas aller loin sur le long terme, mais sur le court terme, il va vous pourrir. Et ensuite, même s’il saute, c’est un autre qui va prendre sa place…

Je vois par exemple dans ce tournoi, je n’ai eu en six heures de jeu que deux fois AT et une fois 66. Le reste du temps, j’avais des suited connectors qui trouvaient leur flop (mais jamais le reste) ou des poubelles injouables. J’ai stupidement tenté des moves de type « Je représente exactement cette main là et lui, comme il a AK, il va devoir fold » sauf que non, le mec ne fold jamais. Je n’aurais jamais dû tenter autre chose que de jouer purement mes cartes. Et comme sur toute la durée du tournoi, je n’ai hit que deux fois une paire (véridique, un truc de fou), je ne pouvais pas jouer, ce qui n’aurait pas été le cas dans un tournoi avec un field plus relevé.

Attention, je ne dis évidemment pas que je préfère un field épicé à un field de petit tournoi de casino… C’est juste que, comme tout le monde, je préfère l’entre-deux…

Je préfère perso tous les jours affronter un robot nordique médiocre (ils ne sont évidemment pas tous bons), genre ceux qui ne sortent jamais de leur ligne de conduite (call un raise HP avec main pas terrible : jamais, limp : jamais, call flop avec ventrale et une over : jamais, 3-bet automatique avec un range précis allant de 8-9s à AA, auto-push anytwo à 10BB left en late etc…) plutôt qu’un mec qui, à la question « Quel est son range de call ici ? » a pour réponse « Any two » et qui donk/over bet une fois sur deux selon son humeur et ses cartes préférées du moment…

Je suppose toutefois qu’il y a ici une belle piste à explorer pour arriver à jouer contre de très bons joueurs. L’effet de surprise et la faculté à sortir des sentiers battus, c’est d’ailleurs ce qui va faire la différence entre des très bons joueurs et des joueurs juste bons. La faculté à donner des maux de crâne… « Mais pourquoi il a joué ce coup comme ça ? Mais WTF ? Mais qu’est ce qu’il a ? »

Evidemment, et c’est là tout le problème, des plays élaborés ne peuvent être mis en pratique que contre des joueurs ayant le niveau en face de comprendre ce qui se passe… Et il n’est pas toujours facile d’être sûr à 100% du degré de lecture du mec en face… De même, sortir de la ligne implique forcément aussi de grosses prises de risques et la nécessité de virer hors de l’autoroute du mathématiquement correct.

En fait, ça me fait penser à la stratégie de kung fu de l’homme ivre. On croit qu’il fait n’importe quoi mais en fait, après petit coup de pied à gauche, une bonne banane à droite et un léger enfoncement thoracique au milieu, on comprend que le mec envoie du lourd, non pas dans son gosier mais dans ta pauvre face de blairette qui n’a pas compris ce qui lui arrivait.

J’en parlais dans les commentaires du post précédent, où il était question de créativité, qui à mes yeux représente toujours une grosse part de risque, sauf si on connaissait vraiment son adversaire et que l’on joue à un gros niveau. Je précisais aussi que pour moi, n’est pas Picasso qui veut et qu’avant de jouer en déconstruisant, il valait mieux sacrément maîtriser le pinceau… Perso par exemple, je sais que j’en suis incapable ; j’ai un jeu propre et solide mais je ne sais pas encore comment retourner un bon adversaire comme une crêpe en lui faisant croire ça, puis ça, avant de le raise puis check-raise puis whatever it is…

Bref, tout ça pour dire que mon prochain tournoi sera un side event à Prague en décembre où j’espère qu’il y aura plein de gentils petits robots nordiques. Pas les méchants robots qui donnent mal à la tête, non, juste les gentils qui jouent proprement… Et en attendant, retour à Londres pour le mois de novembre : quel bonheur d’être chez soi, surtout entourée des deux (trois) amours de ma vie :

Sean, mon idole de toujours et Fishou le Lapinou, mon nouveau porte-bonheur ! (il est un peu mort mais il est très doux…)

Sur ce, Londres est une ville extra-ordinaire et, contrairement aux idées reçues, il n’y fait pas plus mauvais qu’à Paris (il y fait juste mauvais tout pareil…). J’y retrouve un parfum de New York et de Brooklyn où le dynamisme et la réactivité sont un état de fait, où les restos ouvrent au gré du mood du moment, toujours à la pointe de l’innovation et du renouveau, où les boutiques sont hallucinantes, absurdes et audacieuses, où les gens sont brassés dans un melting pot géant d’où ne sort que le meilleur, où l’excentricité fait sourire, où on enchaine une promenade dans Hyde Park avec une soirée underground dans une ex-église… Bref, une métropole immense, un centre du monde bourré de surprises et de choses à découvrir en permanence. Perso, je ne pourrais plus vivre ailleurs !

Ok, sauf peut-être là…

Ou là, allez, soyons fous :

Et ce qui est fun, c’est qu’au final, je ne suis qu’à quelques (gros) flips de ces paysages de rêve! Et que vous aussi ! (Mode optimisme maximum ON) 😀

Où il est question d’absence, de bad run, de zombies et, bizarrement, de chien qui sourit à la fenêtre…

27 septembre 2012

La barre des 3 millions de chômeurs est franchie
Dans 100 ans, le niveau des eaux aura augmenté de 1 mètre
Huit millions de français sous le seuil de pauvreté
La tension monte entre la Chine et le Japon ; guerre imminente ?
Ras le bol général dans les hôpitaux et les écoles de la République
D’ici à 2050, la moitié des espèces animales connues auront disparu
All in perdu avec AJs vs 67o sur A724, river 7
Effet cancérigène prouvé pour les OGM
Un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable
Les massacres de civils se poursuivent en Syrie

Cherchez l’intrus.

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour cette absence absolument non-justifiée de la toile. Disons que qu’importe mon excuse, j’aurais du me remonter les bretelles pour zou, me poser devant mon clavier et faire quelque chose qu’au moins, je suis supposée savoir faire…

Sauf que voilà. J’ai été gnnnn. Gnnnnn comme un gnou mou qui se traine de l’ombre d’un baobab à un autre. Je me suis laissée atteindre par la badrunite. Voilà. J’ai un peu honte, parce que non, je n’ai vraiment pas perdu beaucoup et que oui, je ne joue pas assez pour amortir la variance mais ces derniers mois ont été réellement difficiles du point de vue pokeristique ; j’ai oublié ce qu’était le bonheur d’emplier dans des jetons dans des coups qui vont tout seul…

Ce qui est le plus difficile, c’est évidemment de ne pas savoir quand ça va se terminer. Quand on va gagner le flip décisif. Et pourquoi tout arrive d’une façon si caricaturale que l’on pourrait croire à une blague pas drôle ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet (car vous vous en doutez, ce post ne sera pas qu’une longue démo de « how to be a pleureuse »), je vous donne un exemple de ce qui m’est arrivé à Londres il y a une semaine. Mon avion partait tard le soir et j’avais quelques heures à occuper…

Alors que je marchouille dans Marylebone, mes pieds m’amènent étrangement juste devant le Vic Casino. « C’est un signe », me dis-je. « Il faut que j’aille y prendre un petit billet, obligé, ça me paiera mon taxi, mon magazine, mon café et mon sandwich dans l’avion, ça fait toujours plaisir ! » (oui, je sais, vous noterez que mes ambitions ne sont pas très élevées en ce moment…)

Ni une ni deux, me voici installée à la 1£/2£ où je pose 100£. J’installe mon café sur la tablette à hauteur de main, j’achète des jetons à mon voisin et j’ouvre, vous l’aurez deviné, les as. Première main. Là, vraiment, je me dis que c’est réellement un signe… Je relance assez cher, c’est payé deux fois et le flop vient KQ2 à cœur. J’ai les as noirs. Je bet quand même, mon voisin fold et l’autre m’envoie son petit tapis. S’il a JT, l’as de coeur ou AK, il joue probablement pareil. Tant pis. Je n’ai pas su fold… Et il avait JT de cœur… Tant qu’à faire…

J’ai recavé une fois et perdu (un peu) ensuite avec couleur max contre full river, puis full contre carré. Bref, j’étais allégée de 200£ en prenant l’avion. Super. Et c’est comme ça depuis des mois. Imaginez donc le palpitant post que vous auriez eu à lire sur Viedefish si j’avais pris le clavier ; un post ne faisant que raconter des mains perdantes. Ce serait comme une Chantal Goya qui chanterait du Houellebecq ou un Almanach Vermot qui recenserait les meilleurs avis de décès 2012 de l’Est Républicain.

Donc maintenant, voilà, vous savez pourquoi je n’ai pas écrit dans ce blog depuis des semaines ; je n’avais pas envie de whine parce que je ne gagne pas un coup. Et surtout pas quand mes potes galèrent à trouver du taf, galèrent à garder leur emploi ou se tapent 2h de route pour aller bosser matin et soir dans une boite pourrie car ils ont des gamins à nourrir…

Il n’y a pas plus de 2 semaines par exemple, j’ai entendu parler d’une personne que je connaissais et qui « dormait provisoirement dans sa voiture le temps de retrouver du travail ». Moi, de mon côté, je venais de passer l’après-midi à la plage du Martinez, à déguster une assiette de fruit à 25 euros, dans un transat à 30 euros la demi-journée en sirotant un café à 5 euros. Le tout agrémenté d’une virée dans un fauteuil gonflable super fun, genre bouée géante, à tracer à fond les ballons au milieu des yachts amarrés dans la baie de Cannes… On s’était ensuite levés vers 18h parce que nous avions faim. Nous avions donc été nous faire une orgie d’huitres chez Astoux avant d’aller faire la bringue dans une boite branchée de la ville où nous avons commandé une bouteille (ou deux, je ne sais plus).

Vous trouvez ça indécent ?
Et bien moi aussi. Oui, je trouve ça indécent aussi.

Vous imaginez donc ma honte à devoir écrire dans un blog de poker que « je ne gagne pas un flip, ouiiiiin… », « je ne fais pas un résultat et j’ai une estime de moi qui rétrécit comme une chaussette en laine à 60° en machine, ouiiiin », « ma bankroll poker montée en 2010 s’épuise, ouiiiin », « je ne fais que des min-cash pourris ouiiiiin » ou autre gémissement inutile et stupide…

Il faut dire aussi que Vegas cette année a usé les nerfs de nombreux français qui sont rentrés dépressifs, fatigués, usés et blasés. J’ai eu la chance de terminer à jeu grâce à des heures passées aux tables de s’n’go ou deux ITM moyens mais suffisants (j’ai payé mes dépenses sur place mais fait aucun profit) mais combien se sont cagoulés, le tout dans une ambiance de chaos et de fin du monde ?

Car oui, vous ne le voyez peut-être pas mais le poker français a un goût d’apocalypse. Il flotte un parfum de cercueil, de procession funèbres et de fleurs en plastique. Les contrats ont diminué ou disparu, le FISC poursuit les joueurs restés en France, les taxes étouffent les sites de jeu en ligne qui perdent beaucoup d’argent, des circuits de tournois disparaissent, des médias spécialisés aussi… Bref, le poker français est à l’hosto. Pas encore au sous-sol dans les frigos mais au rez-de-chaussée, dans une salle d (e grandes) attentes à la tapisserie vert pâle, aux affiches de prévention maladie délavées et à la machine à café en panne. « Vous avez la sinistrôse Mônsieur… »

Du coup, les gens perdent leurs repères. A l’exception de quelques (rares) grands noms du poker français, les contrats diminuent et les pros crient au scandale « Mais comment je vais faire pour jouer avec ça ? ». Sauf que les joueurs talentueux sans contrats se bousculent à tous les portillons et que rares sont ceux qui sont encore assis dans les wagons… C’est plus que jamais chacun pour soi et les services autrefois rendus gratos entre businessmen du poker se raréfient comme les cheveux sur la tête d’un mec sous chimio (prenez d’ailleurs une minute pour réaliser à quel point vous avez de la chance de ne pas être malade, svp).

C’est comme si, dans un monde post-apocalyptique où plus rien ne pousserait et où le ciel serait toujours gris et lourd, il existait un petit village de zombies tristes, vivant dans des maisons avec des fleurs au balcon. Il y aurait des faons qui brouteraient des tulipes sur la place du village et le boulanger terminerait de cuire des miches qui sentent bon. Et les zombies râleraient parce que leur pain est trop cuit et que « C’était mieux avant » pendant que tout le reste de l’humanité se battrait pour lécher une vieille croûte de polenta desséchée.

Bref, si on résume la situation grâce au jeu mathématique des patates (si si, souvenez-vous, le truc en 4e auquel vous ne compreniez rien), il y a une énorme patate toute morose qui contient une petite patate un peu grise qui contient à son tour une toute petite patate aux joues encore roses : moi.

Voilà. Tout ça donc pour dire que mon absence de résultat du moment (et donc, le fait que je joue moins et moins cher) et bien on s’en fout. Avec Fab, nous avons une chance inouïe d’avoir la vie qu’on a, et on se le répète tous les jours (et il va de soit que mon quotidien serait beaucoup plus roots s’il n’était pas là, avec moi). Regarder le verre à moitié vide trahit toujours une immense stupidité, voire une inconscience dangereuse, car potentiellement contagieuse.

J’invite donc, avec enthousiasme et envie, le milieu entier du poker français à se laver la boue qu’ils ont dans les yeux pour la passer au tamis comme le feraient des orpailleurs en Amazonie. La vie est belle et nous vivons dans un milieu qui contient encore beaucoup d’argent, et donc, beaucoup de potentiel de gains, qu’ils soient liés au business du poker ou au jeu lui-même.

Je vais d’ailleurs me mettre des coups de pieds aux fesses moi-même afin de ne plus jamais whine quand je perds un flip ou qu’une fois de plus, j’échoue à quelques places de l’ITM. Surtout que j’ai la chance de toujours collaborer avec MadeInPoker, Blue Shark Optics ou encore les vêtements JAQK, qui sont trois boites que j’adore.  Et je ne parle pas des autres projets, plus perso, qui m’enthousiasment tout autant !

L’essentiel en réalité est de lutter contre le sentiment de panique et d’angoisse lié à la morosité ambiante. Car le vrai souci, c’est bien celui-là, le sentiment d’urgence dans la nécessité du gain : « Il faut que je gagne vite avant que le monde ne s’écroule ; c’est bientôt la fin, c’est maintenant qu’il faut que je stocke, dans deux ans, c’est la fin des zaricots ».

Donc cheer up and grind ! Ou, comme le dit une de mes chansons préférées, « Be quiet and drive ». Si vous savez exactement dans quelle direction aller, promis, tenez fort le volant et tout ira bien. Parce que comme dirait l’autre, « Le bonheur, c’est savoir ce que l’on veut et le vouloir passionnément. »

Les 10 raisons pour lesquelles vous aussi vous allez donner 1% de vos gains aux WSOP à l’asso de votre choix

14 mai 2012

1. Parce que vous aurez meilleure conscience la prochaine fois que vous dépouillerez un misérable fish de tous ses jetons

2. Parce que si une nouvelle école s’ouvre quelque part dans le monde, une part de vous pourra penser qu’elle y est un peu pour quelque chose (le stylo BIC, c’est vous !)

3. Parce que vu vous pourrez déduire votre don des 80% rétro-actif (avec majoration de 250%) que vous réclame le Fisc sur les 120 années précédentes

4. Parce que jamais de votre vie vous n’aurez été aussi heureux si vous devez faire un chèque de 100 000$

5. Parce que le Karma veut que ça vous porte chance et vous trace une route dorée vers le bracelet. Genre c’est o-bli-gé !

6. Et que de toute façon, si vous lisez ça et que vous ne donnez pas, ça va vous scoumouner pendant deux mois.

7. (hahaha)

8. Parce que c’est bien beau d’encaisser 10k par ci ou 5k par là, mais ça vous ferait presque oublier que le salaire moyen annuel au Cambodge est de 600$, aka un « mini-donkament au Venetian pour vous défouler »

9. Parce que votre boy/girlfriend (ou votre mère, c’est selon) sera éblouie par la beauté de votre geste et dira partout et à tout le monde que vous êtes une personne merveilleuse, généreuse et intelligente.

10. Parce que 1% de 100 000$, ça fait seulement 1000 dollars. Et que les chances pour que votre bénéfice soit de 100 000$ sur ces deux prochains mois reste tout de même assez minus. En clair, il y a une grosse chance au final pour que votre engagement vous coute 50 dollars. Soit 4 burgers dégueu à la Kitchen. Ou 3 mois d’école pour une centaine d’enfants via l’Unicef.

11. (parce qu’en fait j’ai pas pu m’arrêter à 10) Parce qu’un joueur de poker pro a souvent beaucoup de chance d’avoir la vie qu’il a, et qu’il est logique et important que les gens qui ont de la chance aident les gens qui en ont moins.

Bref, Fab et moi allons reverser 1% de nos bénéfices à l’issue de ces WSOP (incluant les tournois au Venetian ou au Caesar’s). On verra bien ensuite combien on redonne au bout, mais j’avoue une grande hâte à l’idée de signer un chèque de 100 000$ !

Voici d’ailleurs à qui nous allons donner : l’Etoile de Martin, une association (reconnue d’intérêt général) qui soutient la recherche sur les cancers de l’enfant et contribue à améliorer le quotidien des enfants malades. Pour info, un chiffre choc : un enfant sur 440 sera atteint d’un cancer avant ses 15 ans ! L’association, fondée par la mère de Martin (un petit garçon qui n’a pas survécu à sa maladie) a déjà récolté 750 000 euros depuis sa création en 2006 et la quasi-intégralité a été reversée directement à des Instituts de recherche et à des associations s’occupant du bien-être des petits malades dans les hôpitaux. En effet, contrairement à d’autres, l’asso a des frais de fonctionnement minuscules et une comptabilité transparente, ce qui permet d’être certain de la bonne utilisation des dons.

Pour vous donner une idée, l’an passé, si tous les joueurs français avaient reversé un pourcent de leurs bénéfices, le montant des chèques combinés se serait élevé à environ 30 000 euros ; ce qui peut réellement faire une différence !

Ce genre d’opé ne remplace évidemment pas ce qui est, en réalité, le mieux pour les asso : les dons mensuels réguliers (= plus simple pour gérer leur compta/budget prévisionnels). Mais ça permet juste de rappeler ce qu’on a tendance à oublier ou à remettre au lendemain. Il est très facile de donner, c’est juste que bien souvent, on y pense pas. Donc voilà, si vous avez envie vous aussi, donnez 1% :  c’est franchement pas grand chose,  ça changera pas la face du monde, mais ça y contribuera un peu !

Si vous aimez ce post et si vous aussi vous voulez vous engager avec nous pour défendre une cause qui vous est chère (la déforestation, les ours blancs, l’accès à l’eau potable, les vaccins, la pollution, les baleiniers japonais, la culture : vous avez l’embarras du choix !), mettez un commentaire ci-dessous, partagez cet article autour de vous et encouragez vos amis !

Mais t’es pas un peu jalouse là ?

10 mai 2012

Lucille, une joueuse que je considère depuis quelques temps maintenant comme une amie du circuit, a récemment remporté un million d’euros avec sa seconde place à Monte Carlo (à moins que vous ayez fait entre-temps un aller-retour sur Pluton, vous ne pouvez pas l’avoir raté). On m’a donc demandé de nombreuses fois, hors caméras et hors micros, si je n’étais pas un peu jalouse de sa victoire et du fait qu’elle soit numéro 1 française pour un bon bout de temps.

En effet, avant que Lucille ne fasse ce résultat, la numéro 1 française sur la Women’s all time money list, était Rebecca Gérin avec 260 000$ de gains, ce qui restait très « accessible » pour n’importe quelle compétitrice. Perso, avec mes 225 000$, je n’étais pas loin, tout comme Ness, Almira, Vaness’, Isabel, Barbara ou encore Mercedes. Et maintenant, même si l’une d’entre nous remportait un bracelet aux prochains WSOP, elle ne dépasserait pas Lucille et son 1,5 millions.

Du coup, la question semble légitime : en réalisant son rêve, Lucille entaillait sérieusement le rêve des autres. Et c’est là, en réalité, le nœud de la chose et la réponse à la question.

Prenons un athlète français X qui s’entraine pour battre le record du monde du 100m : il veut être le premier à passer sous la barre des 10 secondes et rien à ses yeux ne semble plus important. 10,2 secondes, 10,1 secondes, 10,3 secondes et pan, pendant ce temps, un autre athlète, français lui aussi, le fait avant lui : il est le premier à scorer 9,8 secondes, le tout enveloppé d’une frénésie médiatique sans précédent.

Une part de l’athlète X sera anéantie. Et pourtant, l’athlète Y est son pote. Pourquoi ? Parce que la réussite de Y met en lumière l’échec de X : Y a réussit là où X a échoué. Et X pleure, parce que tout en lui lui hurle désormais qu’il est une merde. Et qu’il ne s’est pas donné les moyens de réellement atteindre son but : il aurait dû s’entrainer beaucoup plus au lieu de faire d’autres choses en parallèle. S’il avait réellement voulu atteindre son objectif, il aurait dû faire beaucoup de choses qu’il n’a pas faites.

Du coup, au final, qu’importe ses succès personnels, qu’importe qu’il soit numéro 2 et qu’il soit meilleur que des milliers d’autres, qu’importe s’il a une vie magnifique : la seule chose qu’il ressent, c’est une dévastatrice sensation d’échec et de loose, doublés d’une violente haine de soi…

Ce n’est pas de la jalousie ou de la rage quant au fait qu’un autre soit heureux. Non, c’est de la colère envers lui-même. Ce ne sont pas des larmes de haine, mais des larmes de désespoir quant à ce qu’il est.

Voilà en gros, et en toute honnêteté, ce que j’ai ressenti. J’aime énormément Lucille, et ce, pour de nombreuses raisons. Je suis ravie qu’elle vive comme moi à Londres parce que nous pouvons et pourrons partager de nombreux moments ensemble et qu’elle est une amie avec qui j’aime échanger. De plus, je suis immensément heureuse qu’il lui arrive une chose aussi belle : elle a travaillé dur, ça n’a pas toujours été facile pour elle et il était temps que le ciel lui fasse enfin un cadeau.

Il va de soit qu’il n’en aurait pas été de même s’il s’était agit d’une nana que je n’aime pas. Il n’y a aucune joueuse que je déteste donc je ne peux penser à une fille en particulier, mais je suis certaine que si ça avait été le cas, j’aurais eu une part de moi qui aurait détesté la voir gagner. Add insult to injury.


Nous vivons dans un milieu incroyablement compétitif et où les félicitations se font bien souvent la mâchoire serrée. Mais j’étendrais ça à la France en général où, étrangement, personne ne semble jamais se réjouir du succès des autres. La jalousie et l’envie sont très présents aussi dans le poker. Comme avec les jetons, c’est à celui qui a la plus grosse (voiture, pile de jetons, montre…).

Il n’y a pas très longtemps par exemple, je ne sais plus avec quel journaliste je parlais mais il m’a sorti cette phrase, « J’avais vraiment envie qu’il gagne. C’est rare un joueur qui fait l’unanimité comme ça mais pour une fois, on est nombreux à être heureux pour lui » Je ne sais plus s’il s’agissait de Kool Shen dans l’EPT Madrid ou Yu Brécard dans les SCOOP mais l’idée était là.

Beaucoup se réjouissent du malheur des autres car c’est confortable : au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Mais au Royaume des Successful sharks, les borgnes sont… borgnes. Et il semble plus simple, plutôt que de travailler sur sa propre réussite, de se réjouir et d’encourager l’échec des autres.

Beaucoup sont nombreux, de manière plus ou moins consciente, à vouloir pouvoir se dire « Je suis le Seigneur du Château » quand ils regardent autour d’eux. Ou plus simplement vouloir être en paix avec l’image qu’ils ont d’eux, ce qui est toujours lié à l’entourage ou au milieu dans lequel on évolue. Je ne connais personne qui puisse en effet porter un jugement sur lui sans référent extérieur : les autres sont perpétuellement et inconsciemment le miroir de nos vies.

Kierkegaard dit que « L’admiration est un abandon heureux de soi-même [mais que] l’envie [est] une revendication malheureuse du moi. » En effet, il n’y a que du positif dans le fait d’admirer quelqu’un, et que du malheur dans le fait de s’oublier en voulant être quelqu’un d’autre.
Martine le Coz dit également que « L’admiration change les proportions entre les hommes, fait de l’un un géant et de l’autre un lilliputien. » 

Comment être heureux et satisfait quand on est entouré de géants ? On trouve toujours, je suppose, plus grand, plus fort, plus riche, plus drôle et plus successful que soi. Toujours. C’est donc le moment où il faut réussir à trouver la paix dans sa position et de part son statut.
L’envie (et donc la jalousie) sont des sentiments qui trainent un humain directement dans le caniveau, le corps lourd et imposant bloqué à l’entrée des grilles d’égouts : il n’y a pas de système d’évacuation et le corps, mort, stagne en entamant son long processus de décomposition. C’est le moment où il peut être salvateur d’avoir l’intelligence de la perspective.

Il est très difficile pour un joueur vivant un bad run depuis de longs mois d’avoir une belle image de lui-même. Plus le temps passe et plus son image dans le miroir se ternit. Les paillettes tombent sur les autres et lui reste, comme un con, seul et laid devant sa totale absence de réussite. Deux chemins s’ouvrent alors à lui : celui de la haine qui ronge de l’intérieur et le conduira à une perte lente et douloureuse ou celui de l’espoir et de la confiance, qui le conduira à remonter jusqu’à des sommets plus hauts que ceux qu’il a déjà gravis auparavant.

Dans un monde idéal, la lumière des uns servirait à éclairer les recoins obscurs des autres. Je ne dis pas que c’est simple mais il faut parfois savoir se poser au sommet de sa montagne et faire un bilan objectif de sa position et de l’endroit où l’on souhaite aller. Et surtout, savoir se retourner pour voir le chemin accomplit ; il est étrangement souvent bien plus beau que ce à quoi on peut s’attendre. Et ensuite, il faut se remettre en selle et vouloir le meilleur pour soi. L’envie produit le système inverse : vouloir le pire pour les autres afin d’être satisfait de sa propre position de stagnation ou d’échec. Et cela fait une lourde différence.

Donc, pour finir de répondre à la question, oui, la compétitrice que j’ai toujours été a eu mal. Pas parce qu’elle était envieuse ou jalouse, mais parce qu’elle s’est sentie lilliputienne au milieu de géants (et puis elle a écrasé une fourmi et s’est sentie beaucoup mieux -Non, je déconne -)

Bref, tout ça pour dire que je suis très fière et heureuse pour Lucille et que ça me motive encore plus pour Vegas et pour moi aussi, à mon tour, être fière de moi et d’un résultat que je pourrais faire. Depuis quelques temps, il n’y a en effet pas grand-chose que j’ai fait qui m’ait rendue fière de moi et c’est là finalement le vrai coeur de toute chose…

Easy transition : en période de doute et de manque de confiance, rien de tel que la magie des arts pour faire rêver et sortir de ses idées noires. Voici donc deux chef-d’œuvre magiques qui ont illuminé ma semaine.

Tout d’abord une autobiographie de Nicolaï Lilin : « Urkas, ou l’éducation sibérienne ». L’enfance d’un criminel russe, une sorte de Guerre des Boutons hardcore qui ferait passer Fleury-Merogis pour le Ritz et les cités de Seine St Denis pour Disneyland. Passionnant et parfois (involontairement) hilarant tant le monde décrit semble sorti de l’imaginaire d’un savant fou qui aurait accouplé Call of Duty et la Bible. A lire absolument.

Et ensuite, et bien que le grand écart entre les deux soit monstrueux, j’ai été voir ma première comédie musicale à Londres : Matilda, qui était mon livre préféré étant gamine (et là, en écrivant, je me rend compte de l’absurdité de la juxtaposition des deux références artistiques de ce post). Je m’attendais à un truc gnan-gnan et forcément un peu chiant puisque tiré d’un livre pour enfants, le tout avec des chansons (forcément nazes) toutes les trois minutes. Mais la pièce avait raflé tous les prix aux derniers Molières anglais donc bon… Tant qu’à en tenter une (après tout, on vit à Londres et rien de tel qu’une nouvelle expérience !), Fab et moi nous sommes motivés et on a pris notre billets last minute sans grand enthousiasme.

Au final, nous avons passé 2h40 ( !) absolument MAGIQUES pendant lesquelles je priais pour que ça ne finisse jamais. Etre programmé sur le Broadway londonien est un rêve pour n’importe quelle compagnie, n’importe quel scénographe, n’importe quel décorateur… Et les places sont chères : une fois de plus, seuls les meilleurs y arrivent. Et là, force était de constater que jamais de ma vie je n’avais vu décors aussi beaux, acteurs aussi bons, chorégraphie aussi surprenante, lumières aussi pointues ou, plus simplement, magie aussi forte. Et pourtant, bien que quasi-bilingue, je n’ai pas du piger plus de 30% du texte. Mais nous sommes sortis comme sonnés : la pièce n’était rien de moins qu’une démonstration de ce que le théâtre a de mieux à offrir : un monde parallèle, enchanteur et avec la magie de la scène et de ce que l’humain peut faire de mieux en matière de « Tiens, assieds-toi là, je vais te raconter une histoire ». Tout simplement.

Et là, j’ai pensé à tous les autres dinosaures du West End dont la mise en scène n’a pas changé depuis 10 ans et qui ont dû avoir sacrément les boules de voir toute l’ombre que cette pièce leur ferait. Le tout avant de comprendre que ça allait tirer tout le milieu vers le haut : il faudrait, une fois de plus, être meilleur. Puis encore meilleur. Puis encore meilleur que meilleur, le tout en faisant avancer malgré soi une cause plus grande…

En résumé, ces derniers temps, j’ai été allègrement bringuebalée par des émotions lourdes. Et pourtant, si je devais changer un truc dans ma vie, je ne changerais rien… En effet, je suis pleinement consciente de la chance que j’ai et il ne se passe pas un jour sans que je me dise que vraiment, ma route a été bénie par « whatever it is » qui s’est penché un jour sur mon berceau. Au final, et si je veux conclure ce post avec la même sincérité avec laquelle je l’ai écrit, il ne me manque en réalité qu’une seule chose : être réellement fière, moi aussi, d’une grande chose que j’aurais accomplie, au poker comme ailleurs… .

L’argent a-t-il tué le jeu d’argent ? « Where have the cowboys gone » ?

29 février 2012

C’est au milieu des années 2000 que le pognon a commencé à couler à flot dans le milieu du poker, le propulsant au même rang que la Formule 1, le golf ou encore le tennis. Bien sûr, les budgets n’étaient pas les mêmes mais le processus, lui, a été identique : on est passé de l’amateurisme au sur-professionnalisme. Shows TV à l’américaine, nouveaux magazines spécialisés, interviews à la chaine, coverages négociés, conférences de presse, merchandising

Le poker était alors devenu un business comme les autres où chacun tentait de gratter un ou deux billets, le tout dans la bonne humeur générale puisqu’il y avait de la place pour tout le monde. On s’échangeait des bannières sur une poignée de main, on se linkait mutuellement sur les articles, on s’invitait à boire à verre à la soirée de telle boite avant de recommencer le soir suivant chez la boite concurrente, les joueurs ne calculaient pas vraiment leurs propos et ne soignaient pas réellement leur image puisque les contrats de sponsoring poussaient sur les arbres (« Je te donne 200k et tu portes mon logo, c’est good ? Et t’inquiète pas, je ne te demanderais rien d’autre en plus » « Ok »), les couvreurs n’étaient pas nombreux et donc, n’étaient aucunement en compétition pour la qualité de leur travail, les photographes se comptaient sur les doigts d’une main et les vidéastes sur les doigts d’un doigt, puisqu’il ne devait pas y avoir plus d’une caméra par tournoi… Bref, c’était le temps de la bonne humeur, de la désinvolture et surtout, de l’insouciance générale. L’argent coulait à flot et tout le monde avait le droit à sa part du gâteau : même les vautours se goinfraient de chair fraiche.

Les marques ont donc poussé comme des champignons après une nuit de pluie et bien vite, le circuit du poker s’est retrouvé étouffé sous l’offre : sites et magazines pseudo-spécialisés à gogo, merchandising global (vêtement, lunettes, jetons, cartes, photos, cartes de crédit, t-shirt, cendrier, nounours etc…), shows TV jusqu’à l’écoeurement, émissions de radio, combats d’interview exclusives etc… D’un seul coup, nous nous sommes réveillés sur une planète surpeuplée.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le Black Friday et l’Arjel se sont chargés, chacun à leur façon, de supprimer des budgets et de réduire les notes. La compétition a monté d’un cran et tout le monde s’est vu pousser des griffes qu’il n’avait pas. Désormais, c’est chacun pour soit et tout est (presque) permis. On voit de moins en mois de sympathiques échanges de services, de sourires gratos, de conversations libres sur les business, de retours de balle et c’est vraiment dommage ! La guerre se déroule désormais en dehors des tables, n’épargnant personne et surtout pas les joueurs.

Les pros se sont vus exposés à un dilemme jusque là inconnu, celui de la liberté vs la sécurité : « Serais-je digne de mes ancêtres cow-boy solitaires, en envoyant paître toute forme de contrat mais en gagnant du coup une vraie liberté : oui, je suis injoignable, non je n’ai jamais à me justifier et oui, je vous emmerde tous » ou « Vais-je opter pour choisir de me lier à une marque, en être l’ambassadeur mais avoir des comptes à rendre tous les jours et des obligations dignes d’un employé de bureau ? »

La première option, celle qui était le cas de tous les joueurs pros il y a seulement une douzaine d’années de ça, offre en effet une liberté d’agir merveilleuse mais elle entretient le fantôme de la brokitude et de la frustration qui plane : t’es tout seul quand tu gagnes mais t’es tout seul quand tu perds aussi (mettant parfois certains joueurs dans une position très difficile à vivre). C’est une situation que quelques gros joueurs de cash game (par exemple) ont choisi : ils ont refusé des contrats qu’ils n’estimaient pas assez gros en rapport des sacrifices demandés.

La deuxième solution, bien que sympathiquement rémunératrice, offre elle aussi des désavantages : fini le j’men foutisme du look (« Mon boss ne veut pas que je ressemble à une bouse sortie du lit sur les photos, c’est pas bon pour la marque » ou alors « Personne ne va me sponso si je ressemble à un thon-geek, allez zou chez le coiffeur et Abercrombie »), fini le j’men foutisme de parole (« Je ne joue que sur PokerDuchmoll.com, car c’est le meilleur site avec la meilleure offre de tournoi. »), fini le téléphone éteint (« Tu crois quoi, que je te paie pour que tu dormes jusqu’à midi tous les jours ! Tu as une itw à 14h, une vidéo tutorielle à 16h et ensuite, un dîner avec pokerbusiness.com. Et ensuite, si tu as encore un peu de temps, tu pourras p’tet jouer un peu pour t’amuser. Allez, va bosser ! ») et fini le je m’en foutisme de l’obligation de résultat-qui-pête (« Mais l’an passé, j’ai gagné 3K tous les mois en jouant en cash, c’est pas si mal ! » « On s’en branle que tu gagnes en cash ! Moi je veux un résultat dont on parle ! Je veux ta gueule et mon logo en couverture ! »)

On dit par exemple que certains joueurs, terrifiés à l’idée de perdre leur contrat à six chiffres, achètent leur couverture de magazine pour compenser leur absence de résultat… Ou que certains paient des couvreurs pour qu’ils parlent d’eux dans les coverage. Ou que d’autres reversent sous le manteau un pourcentage de leurs gains à la personne qui les embauche dans la room pour conserver leur contrat d’une année sur l’autre…

De façon générale, le business a grandement influé sur les décisions des joueurs, qu’ils soient sponsos ou qu’ils rêvent un jour de l’être. Un pro a désormais, par exemple, l’obligation implicite de répondre à toutes les demandes d’interviews, le tout avec le sourire et même s’il n’a que 15mn de break et qu’il vient de prendre le pire bad beat de sa carrière. Question d’expo : il ne veut pas qu’on l’oublie… Un pro dans le système se doit aussi d’être omni-présent sur les réseaux sociaux (les contrats comprennent souvent une clause relative à l’ouverture d’un compte FB et Twitter, voire une condition sine qua none d’écrire des blogs régulierement) : si tu es quelque part, ce sont tes 2000 amis randoms qui doivent le savoir (adieu l’anonymat du déplacement) et si tu as fait quelque chose, tout le monde doit aussi le savoir : vivre notre société moderne où au final, on est ce que l’on parait être en vitrine. De même, ce qui était des conversations sympas et libres deviennent souvent des échanges d’infos calculées ou des vitrines artificiellement posées : notre copine l’insouciante tire sacrément la tronche…

En fait, chaque gros tournoi fait désormais penser à une sorte de festival de Cannes où l’essentiel (rapports humains straight-forward, essence du jeu, indépendance de parole et de pensée…) a laissé place à un grand barnum où tout le monde est en représentation : un petit univers où tout le monde a quelque chose à vendre mais où les portes-monnaies se font de plus en plus rares, poussant tout le monde à opter pour une attitude guerrière.

Il n’y a qu’à allumer FB par exemple : depuis quelques mois (ce n’était pas aussi répandu avant), on lit des séries incroyables de statuts de type « J’ai gagné ça online » ou « Voilà ma place au leaderboard ! » (d’ailleurs je pense que le FISC vous remercie d’avance de leur fournir toutes ces infos). Re-belotte aussi , avec les pages « joueur pro », qui semblent être devenues un vitrine obligatoire : SVP « likez moi » ! Ou, mieux encore dans le côté SPAM lors d’opérations de comm’ massives : « Votez pour moi » ! Les joueurs semblent tous vivre pour « Je vaux mieux que mon voisin donc SVP donnez-moi un contrat de sponso !!! » Sauf ceux, une fois de plus, qui vivent en marge, à l’instar de certains gros joueurs de cash game qui préfèrent vivre loin des spotlights et du monde de la représentation (normal, ça leur servirait à quoi ?)

La grande majorité des joueurs pros courent désormais après l’image et l’exposition, quite à aller trop loin dans le côté « plume dans le derrière ». Surtout quand ils ne sont pas sponsorisés. Outre le soin apporté par chacun à sa plage FB, son blog ou plus simplement sa tenue avant d’aller jouer un gros tournoi bourré de photographes, on propose par exemple à certains joueurs de faire des articles gratos ou même d’animer des émissions en échange de… rien. « Ca va te faire de la pub ! » Mais de la pub pour quoi gagner exactement ? Les contrats n’existent presque plus et pour ceux qui restent, leur valeur a été lourdement diminuée (à l’exception de certaines stars du poker en France : allez, cinq joueurs au grand max). Ne vaut-il mieux pas dans ce cas se libérer de la pression de l’exposition et faire sa route peinard ? Après tout, ça regarde qui exactement qu’on gagne 5K/mois en cash ? C’est pour un besoin de se flatter l’égo, d’obtenir des compliments ou de séduire une room ? En tout cas, se présenter publiquement sous son meilleur jour n’est jamais gratuit : on le fait toujours en ayant une idée en tête…

Alors certes, le moment est venu de conclure par un chapitre Soupline (= on adoucit la chose). Il va de soit que les amitiés sincères existent vraiment et que les relations entre différents business ne sont pas forcément tendues, loin de là : après tout, dans le milieu, on se croise tout le temps et on prend bien souvent grand plaisir à revoir la majorité des gens du circuit joueur et business… J’ai le souvenir de moultes apéros ou resto/boite avec des personnes du circuit qui me sont chères ou que j’apprécie réellement et avec lesquelles il n’est jamais question de rapport de force ou d’argent.

Mais il n’y aura pas de place pour tout le monde : la crise se fait réellement sentir et il flotte un léger parfum de sapin dans la montagne (et de cagoule aussi). En fait, j’ai parfois l’impression qu’il y a une ambiance de fin du monde (normal, on est en 2012) où chacun panique en essayant de tirer son épingle du jeu : on suit le parcours du milieu de la pub dans les années 80. Fini l’âge d’or de la glandouille adolescente : l’heure est au marketing et au moneymaking ! Douce ironie quand on sait que c’est par lui, finalement, que tout est arrivé…

PS : Cet article vous est proposé par une joueuse de poker qui représente une marque de lunettes, possède un blog, un compte FB, un autre Twitter, qui choisit souvent sa tenue avec soin avant d’aller jouer et je peux vous assurer que si y’a shippage de tournoi, vous en entendrez parler ! 🙂

PS2 : Article paru sur MadeInPoker nouvelle version pour qui je retravaille depuis début février aux côtés de la fine équipe formée par Fab, Jules, David et Steven !

A poil femme ! (et ensuite, tu iras me chercher un sandwich)

4 février 2012

Je n’ai pas lu l’article polémique du blog d’Anne Sofi et je n’ai pas vu non plus la vidéo dans laquelle Emeline, à la demande express du présentateur, se déshabille en direct sur PS TV. Tout ce que je sais, c’est que ça a sacrément buzzé, que FB est inondé de messages et que cette histoire fait le tour de Deauville en tant que « sujet de conversation préféré des joueurs, juste derrière les bad beats du jour ».

Les mots employés dans le blog d’Anne Sofi pour parler de cette fille étaient apparemment très virulents et diffamants et il y était question de « contrat obtenu suite à […] de sodomie et de vaseline » (il a depuis été supprimé). On peut du coup aisément imaginer le ton de l’article. C’est tout du moins ce que j’ai lu sur poker actu dans lequel Mathias parle d’un problème « de jalousie entre filles ».

Mais je ne crois pas qu’il s’agisse de ça. Comme d’autres nanas sur le circuit ayant un palmarès hendon mob respectable, je ne suis plus sponsorisée. Mais si cette histoire m’agace un peu, cela n’a rien à voir avec le fait d’obtenir un contrat sans le mériter de part ses qualité de joueuse (surtout quand il fait 6k). En effet, comme le dit Mathias, c’est tout à fait normal qu’un site ait envie de sponsoriser une fille pour d’autres raisons que le poker : si elle est très jolie et de plus, qu’elle dégage un côté « coquin », c’est l’ensemble de la communauté geek qui va s’en lécher les babines. C’est donc tout à fait compréhensible de mettre un logo sur une fille qui fait buzzer, même si c’est de cette façon. C’est juste du business et du positionnement (même si je ne suis pas sûre que ce soit très valorisant pour la marque…).

Là où j’ai maintenant moi un souci c’est que nous sommes en 2012 et qu’en direct à la TV (et pas sur XXL), un mec ne trouve rien de mieux que de demander à une nana que de montrer son cul pour faire de l’audimat. Je ne suis pas une chienne de garde mais il ne faut pas oublier qu’il y a quelques décennies encore, on nous servait à l’école le petit manuel du « bien recevoir son mari à la maison quand il rentre du travail » (1/ lui amener ses chaussons 2/ lui servir à manger 3/ l’écouter parler de son travail 4/ se coucher au lit avec lui-même si on n’a pas envie 5/ pousser de petits gémissements enthousiastes pour l’encourager etc…).

La route a été longue pour apprendre à nous faire respecter en tant qu’autre chose que l’accompagnement d’un homme, et que chaque jour encore, nous voulons démontrer que nous sommes capables de faire d’autres choses que justement nous taire et montrer nos fesses pour gagner de quoi vivre.

Quand je vois que ma cops la talentueuse Lucille était la seule fille encore en course dans l’EPT à 250 left, j’ai les boules. Elles sont où toutes les autres ? Nous sommes pourtant nombreuses à avoir déjà fait nos preuves et il ne fait aucun doute que la parité est déjà obtenue dans de nombreux domaines. Dilma est la présidente du Brésil, Angela la Chancelière d’Allemagne et plus personne ne s’étonne quand c’est une femme qui vient vous réparer votre ordinateur ou vous proposer en tant que sommelière la carte des vins dans un grand restaurant. Mais le combat est loin d’être gagné.

C’est pour cela que je pense aussi qu’il est important aussi de ne pas entrer dans un jeu dans lequel la femme pourrait en sortir dégradée. Certes, il existe depuis toujours des filles un peu plus perdues que d’autres et dont les limites sont légèrement floutées par des expériences personnelles parfois lourdes, mais c’est aussi à nous de protéger ces filles là et, si possible, de leur montrer d’autres chemins que ceux qu’elles ont eu l’habitude de prendre. De les tirer soit, mais vers le haut…

Il ne faut pas les enfoncer dans un rôle affreux duquel elles ne pourront plus sortir ensuite. J’aimerais parfois aussi que les hommes ressentent autre chose qu’un gratouillis dans la braguette et qu’ils contribuent à élever le débat plutôt que le ramener dans un face à face préhistorique d’où personne ne sort gagnant.

Parce qu’évidemment, on va ensuite entendre « mais c’est pour le fun, c’est léger, c’est pas grave ». Alors oui, bien sûr que c’est pas grave ; y’a pas mort d’homme, plein de gens se sont marrés, personne n’a souffert (quoique…). Mais il faut se méfier de ces petits évènements qui entretiennent le fait qu’une toile de fond désagréable de femme-objet ne cesse de flotter dans un milieu comme le notre, déjà suffisamment rempli de testostérone et de machisme.

On pourra aussi entendre « Je vous emmerde, je suis fière de mon corps, de ma vie et en tant que femme libre et épanouie, je fais ce que je veux », ce qui est l’exact discours de Zahia ou d’une porn star qui clame à qui veut l’entendre à quel point sa vie est belle et à quel point elle se sent bien dans ses baskets. Sauf que personne n’est dupe ; ça nous fait juste penser aux faux cris de plaisir qu’elles poussent quand Rocco passe trois heures à leur faire visiter la maison.

Vous allez me dire que de tous les temps il y a eu ce genre de situation graveleuse entre homme et femme et que la vie est ainsi faite mais pardonnez-moi de vouloir tendre vers le haut. Et non, ça ne veut pas dire qu’une blague sur les prouts ne me fait pas rire. Ca veut juste dire que c’est à chacun de contribuer un peu au fait de s’élever un peu soi-même et la personne en face par la même occasion ; étrangement, on n’a rien à y perdre. Parce que si on le l’avait pas fait depuis quelques siècles, on en serait encore à gratter des silex et s’épouiller mutuellement en poussant des râles de bêtes.

24h dignes d’un millionnaire et autres considérations sur l’argent…

15 décembre 2011

GOOD RUN NUMERO 1 : PRAGUE

Se rendre compte que malgré des sessions de cash et de tournois désagréablement désagréables, l’environnement dans lequel on vit est magique. Mention spéciale donc à Prague pour sa majesté historique, ses excellents restos et hiphiphip à la cerise sur le gâteau : la très belle troisième place de Nico à l’EPT , histoire de bien terminer la semaine !

Prague est une des plus belles villes que je n'ai jamais visité ; entre la vieille ville, le château, la place et son marché de Noël et le reste, j'ai fait une overdose de waouh !

Et un des endroits que j'ai préféré d'entre tous est un musée d'art contemporain en centre ville pourtant peu connu des touristes : le Museum of Young Art, un endroit incroyable, entre un palais et un squat et qui offre des oeuvres comme je n'en avais jamais vu avant ! Un vrai voyage fun et terrifiant (ici, un vrai cheval empaillé sur bascule)

Repas entre amis suite à la finale de Nico ; time to celebrate !

GOOD RUN NUMERO 2 : Aéroport de London Heathrow, début d’après-midi

Un couple sort du métro encore habillé en simili-pyjama car « c’est plus confortable pour voyager ». Décoiffés, ils portent des baskets un peu vieilles, des valises réparées avec des autocollants « fragile » pour réparer les multiples chocs infligés par les transferts de soute en soute et n’arborent pas une mine très fraiche.

En effet, ils ont fait une nuit blanche l’avant-veille à Prague ; ils marchent donc comme des zombies en mode post-apocalyptiques mais arborent un petit sourire intérieur ; ils sont heureux de leur séjour en République Tchèque où ils ont découvert une ville sublime leur ayant totalement fait oublier une énorme et impitoyable poisse aux tables.

A leur arrivée au guichet de l’aéroport de Londres, l’hôtesse leur sort alors une phrase aussi inhabituelle que merveilleuse :  « L’avion n’est pas plein et nous avons aujourd’hui une offre exceptionnelle pour des places en business à prix très réduits, souhaitez-vous un upgrade ? »

A l’écoute du prix (étonnamment attractif), le couple se regarde et zou, décide de se faire un plaisir : en 4 ans, ils n’ont encore jamais voyagé en business donc c’est maintenant ou jamais ! En plus, pour 10h de vol jusqu’à Vegas, ça vaut le coup !

Best. Flight. Ever.

Conclusion : La blonde affiche un sourire crétin pendant 10h en sortant des phrases dignes d’une  gamine de 8 ans qui rencontre Mickey à Disneyland : « Regarde, mes pieds ils touchent pas le mur en face ! », « Je pourrais avoir un autre verre de St Emillion grand cru please ? », « Oh mon dieu le siège s’allonge complètement, ça fait un lit ! », « Tiens, on a une trousse de toilette individuelle ! », « OMG les mignardises sont délicieuses ! », « Tu as vu la zone snack ; ils ont des éclairs au chocolat à volonté ! ».

GOOD RUN  NUMERO 3 : Hôtel casino du Palms à Las Vegas

Nos deux frenchies, plus frais que d’habitude car ils ont passé un voyage merveilleux, arrivent au lobby pour le check-in (les joueurs de l’EPIC sont invités par l’organisation) et s’entendent répondre  par la réceptionniste :  « Je suis désolée mais nous n’avons plus de chambre avec un grand lit, donc nous allons vous upgrade ». Elle envoie un petit clin d’œil et sous-entend qu’il s’agit d’une chambre sympathique au dernier étage « You’re gonna like it ! »

Enthousiastes et curieux, ils poussent la porte de leur chambre au dernier étage et découvrent… une suite de plus de 150 mètres carrés avec deux chambres, trois douches et… 4 WC !!! Sériously ?

Michelle, une amie de Vegas, pose dans l'immense salon de la suite

Jouons ensemble : qu'est ce qui est bizarre sur cette photo ? Réponse : oui, l'eau du bain/jacuzzi coule du plafond !

De sa vie, la jeune femme n’a jamais été dans une suite comme celle-ci et elle s’entend prononcer des phrases hors du commun : « Attends, je vais fermer le rideau de la cheminée, sinon j’ai la lumière du salon dans le lit ». Traduction : la chambre est séparée du salon par une vraie cheminée transparente. « Hahaha, ils sont fous ces ricains ! »

Et ensuite, histoire de clôturer ces 24h en toute beauté, le couple prend la direction d’un des meilleurs restos du Bellagio, où les attendent Guillaume, Caro et Gilles, pour un petit festin face aux fontaines, tranquillou…

La vue depuis le Steakhouse : la Tour Eiffel 🙂

Et maintenant, ne vous méprenez pas sur le pourquoi je vous raconte tout ça. Le métier de joueur pro implique de beaucoup voyager et de mener un certain train de vie : comment choisir, quand on vient de gagner quelques milliers d’euros en tournoi, de prendre le métro au lieu de grimper dans la voiture avec chauffeur ? Ou de dormir au Formule 1 alors que le tournoi se déroule au Royal et qu’on veut le jouer dans les meilleures conditions ? L’idée, c’est juste de faire attention. Jamais je n’aurais voyagé en business sans une réduc’ de fou et jamais je n’aurais dormi dans cette suite de malade si elle n’avait pas été livrée avec un gros paquet cadeau tout autour 🙂

Parce que rien ne dure et qu’on ne sait jamais ce que la vie nous réserve, surtout dans un milieu aussi imprévisible que peut l’être le poker. J’ai une chance inouïe d’avoir la vie que j’ai. Nombre de mes proches galèrent dans leur boulot, galèrent pour boucler les fins de mois et galèrent en général. Ce qui a longtemps été mon cas aussi ; je sais très bien ce que c’est que d’être à un euro près et de rentrer à pied parce qu’on veut économiser l’équivalent d’un trajet de bus.

D’ailleurs, quand je suis arrivée dans le milieu, j’avais la nausée quand je voyais Fab assis devant 15 000 dollars en cash au Bellagio et qui jetait ses jetons comme s’ils n’étaient que des bouts de plastique. Ca me rendait malade et je me faisais violence pour ne pas le forcer à prendre ses jetons et se lever pour aller les mettre direct sur un compte-épargne à la banque.

Depuis, j’ai presque pris l’habitude d’entendre des joueurs sortir des phrases comme « Je te dois combien déjà, 2 ou 3k, je me souviens plus… » ou « Non, ça va, je m’en suis pas trop mal tiré, je suis derrière de 100k mais ça aurait pu être pire». Un autre monde. Oui, un autre univers  à cent mille années lumière de ce que j’ai toujours connu.

Parfois quand même, je reste subjuguée, par exemple quand un joueur bien connu (et qui se reconnaitra) dit qu’il « avait la flemme de faire ses bagages donc qu’il a tout laissé dans sa chambre et que tant pis, il rachètera tout. Ipod et chaussures de marque comprises. » Ou alors quand un joueur qui vient de remporter un gros tournoi claque tout quelques jours plus tard au craps ou au blackjack.

C’est comme si l’argent n’existait plus. Je connais des joueurs qui oublient des jetons de 1000 dans les poches de leur pantalon et qui vont se coucher sans plus y penser. Des mecs qui oublient qu’ils ont prêté 1000 ici ou 2000 là. Qui claquent des sommes phénoménales dans des bouteilles de vin au resto. Qui prennent systématiquement la plus belle suite de l’hôtel même s’ils n’ont pas fait de résultat depuis Mathusalem…

Nous avons connu l’âge d’or du poker, celui où nous étions très nombreux à être sponso en échange finalement de peu (=porter un logo et basta) mais les temps ont changé. Désormais, le climat économique maussade du moment affecte aussi le poker et je trouve que beaucoup de joueurs ne pensent pas assez à l’avenir.

Alors oui, être joueur pro fait souvent perdre le sens des réalités au vu des montants joués. Et oui, j’ai passé 24h de folie, qui sortent vraiment du quotidien et sonnent comme une exception dans ma vie. Mais cette suite (offerte) et ce voyage en business (discount) font suite à 20 ans de jeu de la part de Fabrice. 20 ans. Pas deux ou trois. Vingt.

De façon générale, mieux vaut mini-spew sur la longueur que maxi-spew en 48h. Ce qui n’empêche pas, comme au poker, de se prendre « des shots » de temps à autre en se faisant super plaisir sur un coup de coeur, évidemment…

Je ne supporte pas l’idée que des mecs de 20 ans lâchent leurs études pour se jeter à corps perdu dans le poker et qu’ensuite, parce qu’ils ont gagné 10k en un mois, claquent l’intégralité dans les semaines suivantes dans des choses futiles ou des paris débiles pour des sommes déraisonnables parce qu’ils ont vu de grands joueurs faire la même chose. Ma grand-mère me dit toujours « Garde la main accrochée au bateau ». Il faut prévoir l’avenir et savoir qu’il n’y a qu’un moyen pour rester longtemps sur le circuit : gérer son argent et son bankroll.

Comment certains joueurs ayant abandonné l’idée d’avoir un métier normal ou de faire des études supérieures vont-ils se démerder si un jour ils se retrouvent broke ? Tous les joueurs de poker sont ou ont été un jour de leur vie en difficulté. TOUS, et même des joueurs sponsorisés (qui sont de moins en moins nombreux). Et comment gérer à ce moment l’idée de devoir se lever tous les matins et retravailler un jour pour 1000 euros par mois ?

L’idée c’est donc de se tenir à sa ligne de conduite et de préserver l’exception. Se faire une folie un jour, faire plaisir à ses proches et à soit mais garder une vision nette de l’avenir. On ne devient pas un grand joueur de poker sans prendre des risques, on est d’accord. On ne devient pas non plus un grand joueur de poker sans avoir un côté gambleur. En clair, on ne devient certes pas un grand joueur de poker en étant une fourmi mais en étant une cigale, et bien ça ne marche pas non plus. Ce n’est un secret pour personne, tout le monde le sait mais beaucoup trop de joueurs pro spew leurs économies comme s’ils allaient mourir demain.

Le monde dans lequel nous vivons est tellement déprimant et offre si peu de lueur d'espoir quant à l'avenir qu'il vaut mieux se préparer un petit nid...

Mais pourtant, ça arrive ; l’injustice de la vie fait que certains partent trop tôt… Et c’est une des raisons qui fait qu’économiser comme un fou toute sa vie et faire trop attention à l’argent est une erreur : à quoi sert de se serrer la ceinture pendant des années (par choix, pas par nécessité, obv) pour un jour, une fois à l’âge de la retraite, pouvoir se dire « Allez, fête du slip, je vais casser ma tirelire ! » mais être bloqué sur le pas de sa porte parce qu’on s’est fait un lumbago ou qu’on a des rhumatismes…

Je viens d’ailleurs juste d’assister à une très belle cérémonie donnée en l’honneur de Doyle Brunson. L’homme, à 78 ans, a fait preuve d’une solidité remarquable en traversant les décennies (et le fait d’avoir investi une partie de ses gains dans l’immobilier y est pour beaucoup). Il a tout connu (les années mafia, le début d’internet, le boom du poker etc…) et beaucoup le considèrent encore comme l’adversaire le plus redoutable qu’ils connaissent ; d’ailleurs, il continue à jouer dans la Bobby’s room, ce qui veut dire beaucoup.

Doyle a été honoré pour l'ensemble de sa carrière ; c'est presque intimidant d'ailleurs de poser à côté de lui quand on sait ce qu'il a vécu avant !

Je n’aurais évidemment jamais le millionième de sa carrière mais j’aimerais arriver à me dire que le poker m’a fait vivre pendant des années. J’ai beaucoup de chance de vivre avec Fab mais ce n’est pas pour cela que je n’ai pas ma fierté : sponso ou pas, je vais continuer à gagner ma vie comme je l’ai toujours fait, et continuer à payer, comme ça a toujours été le cas, mon loyer, mes voyages et inviter qui je veux au resto de temps à autres.

C’est donc pour cela que je me suis installé à mon petit bureau face à Sin City pour me remettre sur mon scénario (que j’avais laissé de côté pendant quelques semaines, histoire de laisser mijoter) et que surtout, je vais descendre d’ici peu dans la salle de cash du Palms pour voir ce qu’il s’y passe et tenter tous les jours d’y grapiller un petit billet. Qui ira direct sur mon compte en banque. Ou dans une machine à sous (non, je déconne). Bref, au boulot !

UPDATE : Je viens d’apprendre à l’instant la disparition d’Eric Haïk. Toutes mes condoléances à ses proches et à sa famille ; il va beaucoup manquer au monde du poker français… Quelle tristesse… 😦

Le duplicate poker, ça vaut quoi ? ( et bonus : une parenthèse ensoleillée à St Martin)

2 décembre 2011

Vous le savez, cette année était organisé le premier championnat mondial de poker en duplicate. Le tout à grand renfort de généreux sponsors, histoire d’inviter dans les meilleures conditions les joueurs, les businessmen et les médias pour promouvoir cette nouvelle variante dont tout le monde parle.

Partout était donc mis en avant le fait « d’outskill ses adversaires » (« soyez le plus talentueux »). La promesse était belle : le duplicate ne laisserait point de place à la chance mais offrirait une autoroute vers la reconnaissance pour les meilleurs joueurs.

A variante différente, cadre de jeu différent ! (London Eye)

Rappelons en deux mots le principe : 6 tables se voient distribuer les mêmes cartes au même moment (les jeux ont été pré-mélangés) et aux mêmes positions. Question : quel joueur assis au siège 1 va réussir à monter le plus de chips et en perdre le moins possible ? Idem pour le siège 2, 3 etc… Sur le papier, il peut sembler évident qu’en effet, on pourra enfin coller l’étiquette « Meilleur value maker » ou « Best spewer » à quelques joueurs…

L'équipe de choc : Nico, Fab (capitaine), Lucille, Hugo, moi (remplaçante), Jean-Paul et Clément : on a terminé 3e sur 12, un score honorable mais l'an prochain, on le gagne !

Sauf qu’en réalité, la chance joue toujours une part énorme. Pas du point de vue des cartes mais de celui de la composition de sa table. C’est ainsi que par exemple, quand j’ai remplacé Lucille, j’ai eu le bonheur d’être à la gauche de Juan Maceiras en plein tilt. Il m’a littéralement offert 3 caves… Tous les autres sièges ont probablement très bien joué leurs mains mais ils n’ont pas eu la chance énorme d’avoir le plus gros spewer/gambleur du monde assis juste à côté d’eux et en mode « livraison top chrono car tilt énorme».

Il m’a par exemple permis de remporter un coup qu’aucun autre siège n’avait remporté. J’ouvre QQ UTG+1, je raise, il paie, Sandra Neujoks reraise, un mec hors du coup call et je décide de 4-bet. C’est alors que Juan, pris d’une inspiration soudaine, décide de 5-bet shove avec … paire de 2 (il envoie 2k max : les coups sont capés) ! Sandra hésite longuement et finit par passer… JJ ! L’autre passe aussi et le board m’offre une victoire mathématiquement logique : 7 4 8 9 T

Et là, oui, vous l’avez vu aussi : les valets battaient les dames ! Du coup, grâce au coup de folie de Maceiras, j’ai gagné 2000 là où tous les autres en ont perdus autant : amplitude 4000 sur les 20k de départ, je vous le dis, ça fait une très large différence…

Scoop inside ! Quand les remplaçants n'étaient pas appelés, ils devaient rester enfermés dans une salle isolée. Avec rien à faire sauf attendre. Du coup, avec Koen, on a dégoté un jeu de cartes, découpé des jetons dans des magazines/journaux et on a joué à la roots !

Idem ; on peut très bien jouer ses cartes avec brio mais se retrouver à une table d’excellents pros à qui, par définition, on ne prendra pas un kopeck. Du coup, le tirage au sort de sa table remplace le flip crucial du tournoi : c’est là où tout se joue.

De même, la stratégie n’est pas la même qu’en NLHE classique. A chaque coup, il faut penser « Qu’est ce qu’ont fait les mêmes sièges que moi sur ce spot : ont-ils gagné ou perdu des jetons ? A quelle place me situe-je sur 6 ? » Du coup, si par exemple on sait qu’on est dernier, mieux vaut prendre des risques, évidemment…

Du coup, ça pousse aussi à provoquer des coups qui n’existent pas et voir des flops : autant prendre une chance de gagner des jetons que les autres ne gagneront (peut-être) pas, le tout en en perdant le moins possible…

Et puis c’est sans compter qu’il faut penser à l’équipe avant tout, un sacré changement par rapport à la mentalité de base du poker qui fait de l’individualité une qualité indispensable à tout bon joueur qui se respecte… Jouer mal ou prendre des risques inconsidérés non seulement vous place au bas du tableau, à la place du cancre, mais en plus, fait perdre votre équipe… Dur dur alors de savoir injecter la bonne dose d’agressivité/prise de risque ou de savoir quand refermer les vannes…

Pour résumer, je dirais que cette variante est très intéressante en elle-même mais qu’elle n’est pas l’avenir du poker. Elle restera probablement une forme de tournoi marginale mais distrayante et rafraichissante dans un milieu dans lequel on pense bien souvent avoir déjà tout vu. Je trouve aussi que le côté pression individuelle (« pourvu que je fasse mieux que les autres ») est intéressant, car dur à gérer, tout comme l’esprit d’équipe, que l’on a pas du tout l’habitude d’avoir dans le milieu. En bref, une bonne expérience que nombre de joueurs auront envie de renouveler !

Pour lire l’article de résumé complet avec photos sur MadeInPoker, cliquez ici !

Et pour changer de sujet, voici un résumé des trois derniers jours : je suis passée de ça :

Les plages sublimes et désertes de St Martin, mmmmh...

A ça :

Le SPA sublime et désert au dernier étage de l'hôtel à Prague, mmmh...

Et de 30° à l’ombre à 8° au soleil !

Pour résumer mon séjour à St Martin en quelques mots, je dirais juste que j’ai absolument adoré ma semaine. En effet, les tournois débutent à 18h, laissant donc le temps aux joueurs de visiter l’île de long en large dans la journée (« On se fait quelle plage aujourd’hui ? »). Un petit crochet à St Barth s’impose aussi, après tout, c’est pas souvent qu’on est à 45mn de bateau d’une des plus belles îles du monde !

Avec ou sans glace votre cocktail saveur paradis ?

Question poker, c’est au-delà du réel : j’ai vu des choses que je n’avais pas vues depuis très longtemps aux tables. Il y a des joueurs qui sont bons, cela va de soit, mais il y a aussi des joueurs de casino avec les poches pleines et qui n’ont aucune notion du jeu ; ils posent 500$ pour le buy-in comme ils le poseraient en un coup de roulette et jouent à peu près pareil : au pif.

Ca m’a d’ailleurs fait monter un sentiment de frustration comme j’en avais rarement connus. Imaginez-vous à la table d’un 200$ rebuy où un joueur ouvre tous les coups en faisant n’importe quoi et que vous ouvrez pendant 15mn J-2, 8-3, 7-4 etc… Et le mec systématiquement prend (littéralement) des poignées pré/post flop qu’il envoie au milieu, avec du jeu ou sans. Et ce sont les autres qui récoltent (ou pas).

Une ventrale ? Nuts et tapis ! Une under paire ? Nuts et tapis ! Rebuy, rebuy, rebuy ! J’ai réellement cru que j’allais perdre la raison ; ce genre de miracle n’arrive jamais ! Bon, j’ai quand même finit par le raser avant de moi-même me faire tondre lors de ce turbo où mes deux flips ne sont pas passés mais pour résumer, j’ai vraiment halluciné!

Car ces tables à haut risque changent incroyablement la façon de jouer. Impossible de squeeze avec une main moyenne (call, call, call, call, call), impossible de voler (call, call, call, call, call) et donc : il faut jouer ses cartes. Dur dur quand on n’a pas de jeu ! Mais bon, je me suis bien amusée quand même !

A Prague, mon calendrier de visite sera plus chargé que celui des tournois ; ce qui est bien moins déprimant que ça en a l’air. Je pense en effet faire le 1000 de l’EPT, le Ladies et peut-être un autre side. Ce qui est sûr en tout cas, c’est que j’ai hâte de découvrir cette capitale qualifiée par ses visiteurs de plus belle ville du monde ! Et je crois que comme Almira sera dans le coin, je vais avoir la meilleure guide possible 😀  Il parait aussi que la ville abrite quelques temples de la vie nocturne dont la réputation n’est plus à faire ; donc même si je bust, mon lot de consolation s’annonce plutôt sympathique !

La bonne nouvelle c'est qu'il ne peut rien m'arriver ; j'ai en effet dégoté deux petits porte-bonheur "déchiquète tes adversaires" dont je suis super fan ! Si vous êtes en mode "je cherche des bijoux sympa, originaux et pas chers", filez sur Lilicage.com, je les ai dévalisés" 🙂