Pourquoi jouer un tournoi à Aix-les-Bains peut être plus difficile qu’un EPT à Copenhague…

12 novembre 2012

Bon, ok, j’ai volontairement appuyé sur le champignon de la provoc’ dans mon titre, mais l’idée est là : de la difficulté de gagner un coup à une table de joueurs débutants. Et il est question de débutants relous. Pas de mecs gentils qui misent quand ils ont et foldent quand ils ont pas (une espèce malheureusement en voie de disparition).

Je vais commencer par un exemple qui en dit long. Nous sommes donc dans le Dream Poker Tournament dans le très joli casino d’Aix-les-Bains pour un buy-in de 1 100 euros (je tiens d’ailleurs à remercier l’organisation pour leur chaleureux accueil). Un joueur, appelons-le « Némo », paie un raise, call flop puis décide de monster raise turn sur un board 6 8 J 7. L’autre en face se gratte, souffre et finit par fold brelan de 6 en voyant la force sereine affichée sur le visage de Nemo. Ce dernier abat alors fièrement A9 avec un grand sourire. Silence… On se dit tous, « Wow, ok, beau bluff, punaise, il a des coucougnes le mec… » Sauf qu’il sort deux secondes plus tard : « C’est facile en même temps avec quinte ! ». Petit blanc gêné à la table… « Mmmh… Non, vous n’avez pas quinte… ». Et là, Nemo, tout rouge, comprends son erreur et tente de se rattraper : « Mais je sais ! Bien sur que j’avais pas quinte ! ».

Ensuite, quelques heures plus tard, Némo décide de payer un raise hors position après avoir limpé avec 8h-6h. Le flop tombe 7h 7s 9h. Et là, dans un pot de 4k, Némo donk 40k et tapis (!). L’autre se précipite pour payer avec 7-9, créant un « Wow ! » général à la table… Lorsque la river tombe, un 10 de cœur, évidemment, le mec avec 7-9 manque de tomber de sa chaise et se lève immédiatement pour parler aux murs. Pendant ce temps, alors qu’on compatit tous à la douleur du two-outé, Némo nous explique, en ramassant les jetons : « Ah mais j’étais quand même énorme au flop, les cœurs, la quinte, c’est pas non plus un truc horrible… » On lui explique alors qu’il y avait full en face et que du coup, seules deux cartes pouvaient le sauver, « Ah oui… Ah ben j’ai eu de la chance hein, hahaha ! »

Maintenant ma question est : comment jouer contre un mec qui ne comprend rien ni à ce qu’il fait ni à ce que les autres font ? Le poker est un jeu où le talent de lecture est ce qui différencie un bon joueur d’un mauvais. Tout se joue dans l’habilité à mettre notre adversaire sur un range plus ou moins précis et jouer ensuite au premier, au second ou au troisième degré sur le « Il croit que je crois qu’il a cette main, donc je vais jouer comme ça pour tout lui prendre ».

Sauf que contre un joueur qui ne sait pas ce qu’il fait, la lecture est par définition impossible. La stratégie non plus. Nous en parlions lors d’une discussion intéressante avec Ludovic Riehl (qui prépare justement un blog à ce sujet), Michel Abecassis et Fabsoul et le débat était animé : est-ce un cauchemar ou une bénédiction de jouer contre des débutants ? Car la seule façon de contrer un adversaire qui ne comprend rien est de jouer super tight, ne jamais bluff et de value au max toutes ses mains. Ok. Sauf que comment on fait quand on a pas de jeu ? Ce n’est même plus du poker, si ?

Jouer contre des mecs qui ne savent pas lire un board, n’ont aucune logique de mise (mise/raise pour value ou pour bluff?), aucun raisonnement et qui en plus, se trompent en lisant le board ou leurs cartes, c’est de la roulette. Le joueur pro en est réduit à jouer purement ses cartes, sans aucune fantaisie, aucune stratégie ou aucun bluff, ce qui est non seulement d’un ennui total mais en plus, un pacte unilatéral avec Dame Chance (« Pitié donnez moi du jeu et des mains à value »)…

Quel joli lac que le Lac d’Annecy… Tant de promesses…

Miam miam, chomp chomp, burb…

« Je crois que j’aurais pas dû reprendre de dessert… »

Meugnnnnmeugnaraaaaaaaa… Plus jamais…

MASSACRATOOOOOOOOR !!!

Pardon pour la pauvreté de la BD ci-dessus mais bon, vous comprenez l’idée quoi… 🙂

Dans un tournoi de niveau moyen, prenons un Day 1 dans un WPT par exemple, il est possible de bluff des petits pots par-ci, par là, de grind à droite et à gauche car il y a du répondant en face. Les mecs bien souvent comprennent ce qui se passe et ne sont pas suicidaires. Ils ne paient pas deux barrels avec ventrale pour hit une paire miracle river par exemple…

Vous allez me répondre « Mais tous les jours, j’ai envie que le mec me paie en étant derrière ! » Sauf qu’il y a « être derrière avec 5% » et « être derrière avec 40% »… La notion de long terme en tournoi live n’existe pas ; ce n’est pas du cash game ou du multi-tabling online où la succession de tournois amortit la variance. Non, c’est du one shot. Et avoir en permanence un mec qui paie votre AKo avec Q6s et qui est prêt à mettre sa chemise à la river sur un board T 9 6 7 2 avec une couleur qu’il n’aura même pas vue, c’est horrible. Le mec ne va pas aller loin sur le long terme, mais sur le court terme, il va vous pourrir. Et ensuite, même s’il saute, c’est un autre qui va prendre sa place…

Je vois par exemple dans ce tournoi, je n’ai eu en six heures de jeu que deux fois AT et une fois 66. Le reste du temps, j’avais des suited connectors qui trouvaient leur flop (mais jamais le reste) ou des poubelles injouables. J’ai stupidement tenté des moves de type « Je représente exactement cette main là et lui, comme il a AK, il va devoir fold » sauf que non, le mec ne fold jamais. Je n’aurais jamais dû tenter autre chose que de jouer purement mes cartes. Et comme sur toute la durée du tournoi, je n’ai hit que deux fois une paire (véridique, un truc de fou), je ne pouvais pas jouer, ce qui n’aurait pas été le cas dans un tournoi avec un field plus relevé.

Attention, je ne dis évidemment pas que je préfère un field épicé à un field de petit tournoi de casino… C’est juste que, comme tout le monde, je préfère l’entre-deux…

Je préfère perso tous les jours affronter un robot nordique médiocre (ils ne sont évidemment pas tous bons), genre ceux qui ne sortent jamais de leur ligne de conduite (call un raise HP avec main pas terrible : jamais, limp : jamais, call flop avec ventrale et une over : jamais, 3-bet automatique avec un range précis allant de 8-9s à AA, auto-push anytwo à 10BB left en late etc…) plutôt qu’un mec qui, à la question « Quel est son range de call ici ? » a pour réponse « Any two » et qui donk/over bet une fois sur deux selon son humeur et ses cartes préférées du moment…

Je suppose toutefois qu’il y a ici une belle piste à explorer pour arriver à jouer contre de très bons joueurs. L’effet de surprise et la faculté à sortir des sentiers battus, c’est d’ailleurs ce qui va faire la différence entre des très bons joueurs et des joueurs juste bons. La faculté à donner des maux de crâne… « Mais pourquoi il a joué ce coup comme ça ? Mais WTF ? Mais qu’est ce qu’il a ? »

Evidemment, et c’est là tout le problème, des plays élaborés ne peuvent être mis en pratique que contre des joueurs ayant le niveau en face de comprendre ce qui se passe… Et il n’est pas toujours facile d’être sûr à 100% du degré de lecture du mec en face… De même, sortir de la ligne implique forcément aussi de grosses prises de risques et la nécessité de virer hors de l’autoroute du mathématiquement correct.

En fait, ça me fait penser à la stratégie de kung fu de l’homme ivre. On croit qu’il fait n’importe quoi mais en fait, après petit coup de pied à gauche, une bonne banane à droite et un léger enfoncement thoracique au milieu, on comprend que le mec envoie du lourd, non pas dans son gosier mais dans ta pauvre face de blairette qui n’a pas compris ce qui lui arrivait.

J’en parlais dans les commentaires du post précédent, où il était question de créativité, qui à mes yeux représente toujours une grosse part de risque, sauf si on connaissait vraiment son adversaire et que l’on joue à un gros niveau. Je précisais aussi que pour moi, n’est pas Picasso qui veut et qu’avant de jouer en déconstruisant, il valait mieux sacrément maîtriser le pinceau… Perso par exemple, je sais que j’en suis incapable ; j’ai un jeu propre et solide mais je ne sais pas encore comment retourner un bon adversaire comme une crêpe en lui faisant croire ça, puis ça, avant de le raise puis check-raise puis whatever it is…

Bref, tout ça pour dire que mon prochain tournoi sera un side event à Prague en décembre où j’espère qu’il y aura plein de gentils petits robots nordiques. Pas les méchants robots qui donnent mal à la tête, non, juste les gentils qui jouent proprement… Et en attendant, retour à Londres pour le mois de novembre : quel bonheur d’être chez soi, surtout entourée des deux (trois) amours de ma vie :

Sean, mon idole de toujours et Fishou le Lapinou, mon nouveau porte-bonheur ! (il est un peu mort mais il est très doux…)

Sur ce, Londres est une ville extra-ordinaire et, contrairement aux idées reçues, il n’y fait pas plus mauvais qu’à Paris (il y fait juste mauvais tout pareil…). J’y retrouve un parfum de New York et de Brooklyn où le dynamisme et la réactivité sont un état de fait, où les restos ouvrent au gré du mood du moment, toujours à la pointe de l’innovation et du renouveau, où les boutiques sont hallucinantes, absurdes et audacieuses, où les gens sont brassés dans un melting pot géant d’où ne sort que le meilleur, où l’excentricité fait sourire, où on enchaine une promenade dans Hyde Park avec une soirée underground dans une ex-église… Bref, une métropole immense, un centre du monde bourré de surprises et de choses à découvrir en permanence. Perso, je ne pourrais plus vivre ailleurs !

Ok, sauf peut-être là…

Ou là, allez, soyons fous :

Et ce qui est fun, c’est qu’au final, je ne suis qu’à quelques (gros) flips de ces paysages de rêve! Et que vous aussi ! (Mode optimisme maximum ON) 😀

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Où il est question d’absence, de bad run, de zombies et, bizarrement, de chien qui sourit à la fenêtre…

27 septembre 2012

La barre des 3 millions de chômeurs est franchie
Dans 100 ans, le niveau des eaux aura augmenté de 1 mètre
Huit millions de français sous le seuil de pauvreté
La tension monte entre la Chine et le Japon ; guerre imminente ?
Ras le bol général dans les hôpitaux et les écoles de la République
D’ici à 2050, la moitié des espèces animales connues auront disparu
All in perdu avec AJs vs 67o sur A724, river 7
Effet cancérigène prouvé pour les OGM
Un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable
Les massacres de civils se poursuivent en Syrie

Cherchez l’intrus.

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour cette absence absolument non-justifiée de la toile. Disons que qu’importe mon excuse, j’aurais du me remonter les bretelles pour zou, me poser devant mon clavier et faire quelque chose qu’au moins, je suis supposée savoir faire…

Sauf que voilà. J’ai été gnnnn. Gnnnnn comme un gnou mou qui se traine de l’ombre d’un baobab à un autre. Je me suis laissée atteindre par la badrunite. Voilà. J’ai un peu honte, parce que non, je n’ai vraiment pas perdu beaucoup et que oui, je ne joue pas assez pour amortir la variance mais ces derniers mois ont été réellement difficiles du point de vue pokeristique ; j’ai oublié ce qu’était le bonheur d’emplier dans des jetons dans des coups qui vont tout seul…

Ce qui est le plus difficile, c’est évidemment de ne pas savoir quand ça va se terminer. Quand on va gagner le flip décisif. Et pourquoi tout arrive d’une façon si caricaturale que l’on pourrait croire à une blague pas drôle ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet (car vous vous en doutez, ce post ne sera pas qu’une longue démo de « how to be a pleureuse »), je vous donne un exemple de ce qui m’est arrivé à Londres il y a une semaine. Mon avion partait tard le soir et j’avais quelques heures à occuper…

Alors que je marchouille dans Marylebone, mes pieds m’amènent étrangement juste devant le Vic Casino. « C’est un signe », me dis-je. « Il faut que j’aille y prendre un petit billet, obligé, ça me paiera mon taxi, mon magazine, mon café et mon sandwich dans l’avion, ça fait toujours plaisir ! » (oui, je sais, vous noterez que mes ambitions ne sont pas très élevées en ce moment…)

Ni une ni deux, me voici installée à la 1£/2£ où je pose 100£. J’installe mon café sur la tablette à hauteur de main, j’achète des jetons à mon voisin et j’ouvre, vous l’aurez deviné, les as. Première main. Là, vraiment, je me dis que c’est réellement un signe… Je relance assez cher, c’est payé deux fois et le flop vient KQ2 à cœur. J’ai les as noirs. Je bet quand même, mon voisin fold et l’autre m’envoie son petit tapis. S’il a JT, l’as de coeur ou AK, il joue probablement pareil. Tant pis. Je n’ai pas su fold… Et il avait JT de cœur… Tant qu’à faire…

J’ai recavé une fois et perdu (un peu) ensuite avec couleur max contre full river, puis full contre carré. Bref, j’étais allégée de 200£ en prenant l’avion. Super. Et c’est comme ça depuis des mois. Imaginez donc le palpitant post que vous auriez eu à lire sur Viedefish si j’avais pris le clavier ; un post ne faisant que raconter des mains perdantes. Ce serait comme une Chantal Goya qui chanterait du Houellebecq ou un Almanach Vermot qui recenserait les meilleurs avis de décès 2012 de l’Est Républicain.

Donc maintenant, voilà, vous savez pourquoi je n’ai pas écrit dans ce blog depuis des semaines ; je n’avais pas envie de whine parce que je ne gagne pas un coup. Et surtout pas quand mes potes galèrent à trouver du taf, galèrent à garder leur emploi ou se tapent 2h de route pour aller bosser matin et soir dans une boite pourrie car ils ont des gamins à nourrir…

Il n’y a pas plus de 2 semaines par exemple, j’ai entendu parler d’une personne que je connaissais et qui « dormait provisoirement dans sa voiture le temps de retrouver du travail ». Moi, de mon côté, je venais de passer l’après-midi à la plage du Martinez, à déguster une assiette de fruit à 25 euros, dans un transat à 30 euros la demi-journée en sirotant un café à 5 euros. Le tout agrémenté d’une virée dans un fauteuil gonflable super fun, genre bouée géante, à tracer à fond les ballons au milieu des yachts amarrés dans la baie de Cannes… On s’était ensuite levés vers 18h parce que nous avions faim. Nous avions donc été nous faire une orgie d’huitres chez Astoux avant d’aller faire la bringue dans une boite branchée de la ville où nous avons commandé une bouteille (ou deux, je ne sais plus).

Vous trouvez ça indécent ?
Et bien moi aussi. Oui, je trouve ça indécent aussi.

Vous imaginez donc ma honte à devoir écrire dans un blog de poker que « je ne gagne pas un flip, ouiiiiin… », « je ne fais pas un résultat et j’ai une estime de moi qui rétrécit comme une chaussette en laine à 60° en machine, ouiiiin », « ma bankroll poker montée en 2010 s’épuise, ouiiiin », « je ne fais que des min-cash pourris ouiiiiin » ou autre gémissement inutile et stupide…

Il faut dire aussi que Vegas cette année a usé les nerfs de nombreux français qui sont rentrés dépressifs, fatigués, usés et blasés. J’ai eu la chance de terminer à jeu grâce à des heures passées aux tables de s’n’go ou deux ITM moyens mais suffisants (j’ai payé mes dépenses sur place mais fait aucun profit) mais combien se sont cagoulés, le tout dans une ambiance de chaos et de fin du monde ?

Car oui, vous ne le voyez peut-être pas mais le poker français a un goût d’apocalypse. Il flotte un parfum de cercueil, de procession funèbres et de fleurs en plastique. Les contrats ont diminué ou disparu, le FISC poursuit les joueurs restés en France, les taxes étouffent les sites de jeu en ligne qui perdent beaucoup d’argent, des circuits de tournois disparaissent, des médias spécialisés aussi… Bref, le poker français est à l’hosto. Pas encore au sous-sol dans les frigos mais au rez-de-chaussée, dans une salle d (e grandes) attentes à la tapisserie vert pâle, aux affiches de prévention maladie délavées et à la machine à café en panne. « Vous avez la sinistrôse Mônsieur… »

Du coup, les gens perdent leurs repères. A l’exception de quelques (rares) grands noms du poker français, les contrats diminuent et les pros crient au scandale « Mais comment je vais faire pour jouer avec ça ? ». Sauf que les joueurs talentueux sans contrats se bousculent à tous les portillons et que rares sont ceux qui sont encore assis dans les wagons… C’est plus que jamais chacun pour soi et les services autrefois rendus gratos entre businessmen du poker se raréfient comme les cheveux sur la tête d’un mec sous chimio (prenez d’ailleurs une minute pour réaliser à quel point vous avez de la chance de ne pas être malade, svp).

C’est comme si, dans un monde post-apocalyptique où plus rien ne pousserait et où le ciel serait toujours gris et lourd, il existait un petit village de zombies tristes, vivant dans des maisons avec des fleurs au balcon. Il y aurait des faons qui brouteraient des tulipes sur la place du village et le boulanger terminerait de cuire des miches qui sentent bon. Et les zombies râleraient parce que leur pain est trop cuit et que « C’était mieux avant » pendant que tout le reste de l’humanité se battrait pour lécher une vieille croûte de polenta desséchée.

Bref, si on résume la situation grâce au jeu mathématique des patates (si si, souvenez-vous, le truc en 4e auquel vous ne compreniez rien), il y a une énorme patate toute morose qui contient une petite patate un peu grise qui contient à son tour une toute petite patate aux joues encore roses : moi.

Voilà. Tout ça donc pour dire que mon absence de résultat du moment (et donc, le fait que je joue moins et moins cher) et bien on s’en fout. Avec Fab, nous avons une chance inouïe d’avoir la vie qu’on a, et on se le répète tous les jours (et il va de soit que mon quotidien serait beaucoup plus roots s’il n’était pas là, avec moi). Regarder le verre à moitié vide trahit toujours une immense stupidité, voire une inconscience dangereuse, car potentiellement contagieuse.

J’invite donc, avec enthousiasme et envie, le milieu entier du poker français à se laver la boue qu’ils ont dans les yeux pour la passer au tamis comme le feraient des orpailleurs en Amazonie. La vie est belle et nous vivons dans un milieu qui contient encore beaucoup d’argent, et donc, beaucoup de potentiel de gains, qu’ils soient liés au business du poker ou au jeu lui-même.

Je vais d’ailleurs me mettre des coups de pieds aux fesses moi-même afin de ne plus jamais whine quand je perds un flip ou qu’une fois de plus, j’échoue à quelques places de l’ITM. Surtout que j’ai la chance de toujours collaborer avec MadeInPoker, Blue Shark Optics ou encore les vêtements JAQK, qui sont trois boites que j’adore.  Et je ne parle pas des autres projets, plus perso, qui m’enthousiasment tout autant !

L’essentiel en réalité est de lutter contre le sentiment de panique et d’angoisse lié à la morosité ambiante. Car le vrai souci, c’est bien celui-là, le sentiment d’urgence dans la nécessité du gain : « Il faut que je gagne vite avant que le monde ne s’écroule ; c’est bientôt la fin, c’est maintenant qu’il faut que je stocke, dans deux ans, c’est la fin des zaricots ».

Donc cheer up and grind ! Ou, comme le dit une de mes chansons préférées, « Be quiet and drive ». Si vous savez exactement dans quelle direction aller, promis, tenez fort le volant et tout ira bien. Parce que comme dirait l’autre, « Le bonheur, c’est savoir ce que l’on veut et le vouloir passionnément. »

Just another (month) in Vegas !

23 juin 2012

Punaise que le temps passe vite… Déjà presque un mois que je suis là, au milieu du désert, à me farcir des vieux texans alcolos, des gros geeks pédants et des analphabètes obèses, en me demandant perpétuellement ce que diable je fiche bien ici au lieu de boire l’apéro en Corse, au bord de la mer, à siroter un pastis peinard tout en demandant au cuistot où en sont les langoustes.

Et puis soudain, ça me revient:

Bon sang mais c’est bien sûr, je suis là pour égaliser le mur de mon salon.

Sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire. Ca avait plutôt bien commencé, entre les sit’n’go one table et mon premier tournoi WSOP où je min-cash, et puis d’un coup, la scoumounite m’a frappée. Je l’ai pas vue venir, c’est juste qu’elle a surgit, comme ça, de nulle part. Qu’elle m’a tapée sur l’épaule et qu’elle m’a dit, « Claire, je m’ennuie, donc je vais te pourrir un peu. », « Oh ben non » « Oh ben si ».

Bref, pour commencer en douceur, j’ai bust de deux tournois Deepstack à 600$ du Venetian. Donc un coup où un mec inspiré décide de payer mon raise hors poz’ avec 67o. Le flop vient 5 8 9 avec deux carreaux. Et moi, ben j’ai A9 de carreau. Le tout dans un pot 4 fois supérieur à l’average. Bref, ce n’est qu’un exemple.

Au Venetian, en ce moment, c’est Carnaval. Oui, en effet. C’est la fête.

Mais, petite parenthèse ludique et fun, le Venetian offre heureusement aussi autre chose que du poker : le show mondialement connu du Blue Man Group. J’avoue que j’avais jamais été méga tentée, car aller voir des hommes peints en bleu qui jouent du tambour, ça m’excitait pas plus que ça (sans blague…).

Sauf qu’en fait, on y est allé avec des potes et on s’est poilés comme des fous ! Oui, en fait, le spectacle est très drôle ! Et le son est juste le meilleur que j’ai jamais entendu dans une salle de concert de ma vie. Ptet aussi que les 5 batteries simultanées y sont pour quelque chose…

Et ensuite, le lendemain, j’ai bust d’un deepstack quelconque je sais plus d’où. Ptet le Caesar’s où il y a les plus mauvais joueurs du monde. Un exemple. Un vieux moustachu raise et, venant d’arriver à la table et ne connaissant pas le gugusse, je 3-bet au bouton avec JTs. Il paie en râlant. Je c-bet sur le flop As high et il snap fold les dames en râlant : « Always, always the ace ! You wanted it? You got it ! Easy game ! Nice hand ‘mam… » Ensuite, il a joué deux coups : AA et AA. En deux heures. Et il a doublé et triplé car il y avait toujours une (ou deux) mains en face. Quand j’ai bust sur mon traditionnel 80/20 (TT vs 88, obv), il était énorme chip leader à ma table. Lol. Easy game en effet…

Du coup, j’ai été marcher dans la montagne pas loin (là, on est à plus de 2500m d’altitude et à moins d’une heure de Vegas)

Et le lendemain, j’ai bust d’un tournoi deepstack quelconque. Au Rio peut-être cette fois. Sur un flip. Voilà voilà…

Du coup, j’ai été faire un tour dans le désert pour méditer et surtout, pour manger un sandwich. Que Fab m’avait fait. Parce que oui, c’est comme ça chez nous. (mouhahaaahaaa) 😀

Et puis le lendemain, j’ai floppé couleur max en cash. Dommage.

Du coup, je suis retournée marcher dans la montagne. J’avais pas bien vu les chalets en bois. (« Oooh, les beaux chalets… »)

Et puis, comme en fait, la nature c’est sympa mais bon, ça paie pas le loyer, j’ai décidé d’aller buster d’un autre tournoi, le HORSE à 1500$. Je fais très peu d’events WSOP mais celui-ci, c’est un kif tout particulier. J’aime beaucoup jouer en mode cheval, et même si je sais que je ne suis pas un caïd de fou à la table, je me défends et en plus, je m’amuse. Sauf que voilà : j’ai eu tous les Rois/Dames/Valets/10 du paquet en razz et tous les 2 4 6 7 offsuit pourris du monde en Hold’em et en Stud. J’avais envie de pleurer. D’ailleurs, en fait, j’ai pleuré.

Le boulevard Horse ? Oh sorry, il est en travaux, il est fermé à la circulation. Comment ça, il y a des gens qui roulent dessus ? Ah oui, non, je voulais dire : « Il est fermé à VOTRE circulation ».

Du coup, marre des bad beats, on est sortis.

Le festival Electric Daisy est un must du must pour tout amoureux d’electro : pendant trois jours, au milieu du désert et dès la nuit tombée, plus de 300 000 clubbeurs fous envahissent un circuit automobile gigantesque pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit au son de Clavin Harris, DeadMau5, Skrillex, Afrojack, Martin Solveig, Avicii ou Steve Aoki.

Et pis les filles ont un dress code tout à fait particulier. Là, c’est très soft puisqu’on ne voit pas le derrière. J’ai croisé au moins cinq nanas en string ficelle avec des grosses bottes en fourrure en dessous ! Mais si ! (et au dessus, ben deux mini-étoiles en plastiques, histoire de laisser planer un peu le mystère…) 🙂

Du coup, histoire d’oublier en dansant, on s’était décidé à la dernière minute pour y aller. Mais si nos potes avaient leurs tickets, nous pas (et c’était complet). Je vous la fait courte : on trouve pas de tickets au marché noir, on croise par hasard à l’extérieur des potes du circuit (miraaaaacle!), ils ont une des meilleures tables du festival, pile sur l’estrade face à la scène, on attend pour avoir la table, le vent est dingo, les palmiers fléchissent et on a du sable dans les yeux/narines/partout, le festival est annulé avant même qu’on ait eu la table, on se précipite à la voiture, on est dans les bouchons, on râle, mais…

On arrive juste à temps pour voir Calvin harris au Surrender ! On a dansé pendant deux heures non stop : ça a évacué les bad beats et tous les burgers de la semaine 🙂

Et puisqu’il est question de burger, impossible de ne pas faire une parenthèse sur le pire endroit de toute la ville. Ou peut-être du monde entier : le « Heart Attack grill ». Un fast-food hardcore où il faut signer une décharge à l’entrée : si vous mourrez par trop forte injection de graisse dans votre organisme, ce sera de votre faute. En clair, l’endroit propose des burgers à… 10 000 calories pièce ! Mais comment font-ils vous demandez-vous ? Et bien ils trempent les petits pains dans du saindoux. Et ils mettent une demi-plaquette de beurre dans votre milk-shake. Burp.

Mais le top dans tout ça, c’est que les mecs de plus de 160 kilos y mangent gratuitement. Histoire de peaufiner leur tapissage artériel, I guess… Sympa non ?

Bon, je sens que je vous ai plombés, donc faisons une pause sushi.

Pause sushi (les meilleurs restos japonais se trouvent à Vegas) Enjoy !

Sur ce, retournons à Downtown Vegas (là où ce trouve l’infame Heart Attack burger) car vous voyez Freemont Street ci-dessous ?

Et bien maintenant, devinez quelle est la nouvelle attraction de la rue la plus vieille de Vegas ?

Je vous donne un indice :

Zip, zip, zip, hourraaaaaaaah ! En effet, on peut descendre la rue en tyrolienne ! (et c’est très court mais très fun !)

Et, comme on ne fait pas les choses à moitié et qu’on était dans le coin, on a aussi découvert un musée de fou. Oui, un musée, à Las Vegas !!!

Le musée de la mafia ! Un endroit magique qui relate toute l’histoire de Vegas et de son appropriation par le syndicat du crime depuis le temps des cow-boys jusqu’à nos jours, en passant par les années « Dick Tracy style » 50 et les années « Flamingo style » 70 ! Passionant !

Et le lendemain, c’était reparti : cela faisait un peu trop longtemps que je n’avais pas perdu d’argent donc je me suis dit que ce n’était pas possible. Il fallait que j’y retourne. Hors de question de repartir du Rio les poches pleines ! Il fallait que je spew un peu ! Et en effet, et ce, avec une grande aisance et beaucoup de détente dans le geste, j’ai donné tous mes jetons au pire joueur de la table après deux heures incroyables. D’ailleurs, quand j’ai perdu le dernier coup (j’ai floppé brelan max contre tirage couleur au valet, les tapis partent au flop), la table a éclaté de rire : « There are thoses days, you cannot do anything… Except going back home… Right ? » Right.

Suis retournée dans le désert. En même temps, ça tombe bien, j’avais pas fini de compter les cactus.

Et pis en rentrant, suis passée devant un dragon en chocolat, donc j’écris ce post en finissant une tablette. Il parait que ça marche très bien : choco-power !

Bon, ok, je l’avoue, j’en rajoute un peu. Pas sur les anecdotes dessus (qui sont vraies) mais sur le fait que j’ai quand même gagné pas mal aux tables de sit’n’go quotidienne, ce qui m’a permis de maintenir la tête hors de l’eau. Je ne suis pas positive (faut pas pousser) mais je suis très peu négative : les dégats ont été amortis et je compte bien sur les trois semaines à venir pour enfin me faire souffler un peu…

C’est vraiment difficile de se lever tous les matins avec la rage de vaincre et l’envie de scorer, pour se prendre un mur quelques heures plus tard. C’est difficile de bien jouer tout le temps aussi quand on perd. Par exemple, et comme beaucoup de gens, je sais que j’ai tendance à payer plus souvent river quand je suis tiltée (« Ah non, il a pas encore fait flush backdoor ! C’est pas vrai ! » « Ben si, évidemment ») : je supporte moins l’idée qu’on puisse me bluffer donc je peux payer perdante plus souvent. Et ça, il faut vraiment que je surveille et que je garde une très forte discipline : hors de question de rentrer dans un cycle de loose qui se mord la queue.

En plus de bien jouer, il faut une chance inouïe pour aller loin dans un tournoi. Et il faut tenir bon quand elle n’est pas là. Encore tout à l’heure, après des heures de lutte et un tapis supérieur à la moyenne, je perds QQ contre KK. C’est comme ça, c’est tellement standard que ça fait partie du paysage. Les tournois à 235$ de 14h du Rio sont très beaux de part certains critères (niveau faible et nombre très élevé de participants – et donc, environ 50k à la win tous les jours) et difficiles de part d’autres (structure très rapide, peu de profondeur, rake très élevé) : il faut juste s’accrocher et remonter sur le vélo dès qu’on est tombé !

Je vais continuer à jongler entre le cash, les sit’n’go et les tournois. Et, bien entendu, les bons restos entre potes, les soirées funky, les shows, et tout ce qui fait de Vegas une des villes les plus dingues au monde. Et je retournerais p’tet dans le désert aussi. Mais cette fois, ce sera pour hurler ma joie d’avoir win un bracelet !!! (ou d’avoir fait un bel ITM, ça suffira 🙂 )

PS : Et si vous voulez suivre le coverage complet avec anecdotes, photos et toute l’actu de Vegas en direct, rendez-vous sur votre site d’actu poker préféré : Madeinpoker !

PS2 : Et surtout, n’oubliez pas l’Opération 1% aux WSOP pour l’Etoile de Martin ! Allez visiter le blog de cette asso formidable et envoyez-moi un message dans les commentaires ci-dessous pour me dire que vous aussi vous y participez ! Mille mercis pour eux !!!  (Fabien Perrot, Fabrice Soulier et Philippe Ktorza sont déjà IN : on va bientôt ré-actualiser la liste donc venez vous aussi 🙂 )

 

Les 10 raisons pour lesquelles vous aussi vous allez donner 1% de vos gains aux WSOP à l’asso de votre choix

14 mai 2012

1. Parce que vous aurez meilleure conscience la prochaine fois que vous dépouillerez un misérable fish de tous ses jetons

2. Parce que si une nouvelle école s’ouvre quelque part dans le monde, une part de vous pourra penser qu’elle y est un peu pour quelque chose (le stylo BIC, c’est vous !)

3. Parce que vu vous pourrez déduire votre don des 80% rétro-actif (avec majoration de 250%) que vous réclame le Fisc sur les 120 années précédentes

4. Parce que jamais de votre vie vous n’aurez été aussi heureux si vous devez faire un chèque de 100 000$

5. Parce que le Karma veut que ça vous porte chance et vous trace une route dorée vers le bracelet. Genre c’est o-bli-gé !

6. Et que de toute façon, si vous lisez ça et que vous ne donnez pas, ça va vous scoumouner pendant deux mois.

7. (hahaha)

8. Parce que c’est bien beau d’encaisser 10k par ci ou 5k par là, mais ça vous ferait presque oublier que le salaire moyen annuel au Cambodge est de 600$, aka un « mini-donkament au Venetian pour vous défouler »

9. Parce que votre boy/girlfriend (ou votre mère, c’est selon) sera éblouie par la beauté de votre geste et dira partout et à tout le monde que vous êtes une personne merveilleuse, généreuse et intelligente.

10. Parce que 1% de 100 000$, ça fait seulement 1000 dollars. Et que les chances pour que votre bénéfice soit de 100 000$ sur ces deux prochains mois reste tout de même assez minus. En clair, il y a une grosse chance au final pour que votre engagement vous coute 50 dollars. Soit 4 burgers dégueu à la Kitchen. Ou 3 mois d’école pour une centaine d’enfants via l’Unicef.

11. (parce qu’en fait j’ai pas pu m’arrêter à 10) Parce qu’un joueur de poker pro a souvent beaucoup de chance d’avoir la vie qu’il a, et qu’il est logique et important que les gens qui ont de la chance aident les gens qui en ont moins.

Bref, Fab et moi allons reverser 1% de nos bénéfices à l’issue de ces WSOP (incluant les tournois au Venetian ou au Caesar’s). On verra bien ensuite combien on redonne au bout, mais j’avoue une grande hâte à l’idée de signer un chèque de 100 000$ !

Voici d’ailleurs à qui nous allons donner : l’Etoile de Martin, une association (reconnue d’intérêt général) qui soutient la recherche sur les cancers de l’enfant et contribue à améliorer le quotidien des enfants malades. Pour info, un chiffre choc : un enfant sur 440 sera atteint d’un cancer avant ses 15 ans ! L’association, fondée par la mère de Martin (un petit garçon qui n’a pas survécu à sa maladie) a déjà récolté 750 000 euros depuis sa création en 2006 et la quasi-intégralité a été reversée directement à des Instituts de recherche et à des associations s’occupant du bien-être des petits malades dans les hôpitaux. En effet, contrairement à d’autres, l’asso a des frais de fonctionnement minuscules et une comptabilité transparente, ce qui permet d’être certain de la bonne utilisation des dons.

Pour vous donner une idée, l’an passé, si tous les joueurs français avaient reversé un pourcent de leurs bénéfices, le montant des chèques combinés se serait élevé à environ 30 000 euros ; ce qui peut réellement faire une différence !

Ce genre d’opé ne remplace évidemment pas ce qui est, en réalité, le mieux pour les asso : les dons mensuels réguliers (= plus simple pour gérer leur compta/budget prévisionnels). Mais ça permet juste de rappeler ce qu’on a tendance à oublier ou à remettre au lendemain. Il est très facile de donner, c’est juste que bien souvent, on y pense pas. Donc voilà, si vous avez envie vous aussi, donnez 1% :  c’est franchement pas grand chose,  ça changera pas la face du monde, mais ça y contribuera un peu !

Si vous aimez ce post et si vous aussi vous voulez vous engager avec nous pour défendre une cause qui vous est chère (la déforestation, les ours blancs, l’accès à l’eau potable, les vaccins, la pollution, les baleiniers japonais, la culture : vous avez l’embarras du choix !), mettez un commentaire ci-dessous, partagez cet article autour de vous et encouragez vos amis !

Mais t’es pas un peu jalouse là ?

10 mai 2012

Lucille, une joueuse que je considère depuis quelques temps maintenant comme une amie du circuit, a récemment remporté un million d’euros avec sa seconde place à Monte Carlo (à moins que vous ayez fait entre-temps un aller-retour sur Pluton, vous ne pouvez pas l’avoir raté). On m’a donc demandé de nombreuses fois, hors caméras et hors micros, si je n’étais pas un peu jalouse de sa victoire et du fait qu’elle soit numéro 1 française pour un bon bout de temps.

En effet, avant que Lucille ne fasse ce résultat, la numéro 1 française sur la Women’s all time money list, était Rebecca Gérin avec 260 000$ de gains, ce qui restait très « accessible » pour n’importe quelle compétitrice. Perso, avec mes 225 000$, je n’étais pas loin, tout comme Ness, Almira, Vaness’, Isabel, Barbara ou encore Mercedes. Et maintenant, même si l’une d’entre nous remportait un bracelet aux prochains WSOP, elle ne dépasserait pas Lucille et son 1,5 millions.

Du coup, la question semble légitime : en réalisant son rêve, Lucille entaillait sérieusement le rêve des autres. Et c’est là, en réalité, le nœud de la chose et la réponse à la question.

Prenons un athlète français X qui s’entraine pour battre le record du monde du 100m : il veut être le premier à passer sous la barre des 10 secondes et rien à ses yeux ne semble plus important. 10,2 secondes, 10,1 secondes, 10,3 secondes et pan, pendant ce temps, un autre athlète, français lui aussi, le fait avant lui : il est le premier à scorer 9,8 secondes, le tout enveloppé d’une frénésie médiatique sans précédent.

Une part de l’athlète X sera anéantie. Et pourtant, l’athlète Y est son pote. Pourquoi ? Parce que la réussite de Y met en lumière l’échec de X : Y a réussit là où X a échoué. Et X pleure, parce que tout en lui lui hurle désormais qu’il est une merde. Et qu’il ne s’est pas donné les moyens de réellement atteindre son but : il aurait dû s’entrainer beaucoup plus au lieu de faire d’autres choses en parallèle. S’il avait réellement voulu atteindre son objectif, il aurait dû faire beaucoup de choses qu’il n’a pas faites.

Du coup, au final, qu’importe ses succès personnels, qu’importe qu’il soit numéro 2 et qu’il soit meilleur que des milliers d’autres, qu’importe s’il a une vie magnifique : la seule chose qu’il ressent, c’est une dévastatrice sensation d’échec et de loose, doublés d’une violente haine de soi…

Ce n’est pas de la jalousie ou de la rage quant au fait qu’un autre soit heureux. Non, c’est de la colère envers lui-même. Ce ne sont pas des larmes de haine, mais des larmes de désespoir quant à ce qu’il est.

Voilà en gros, et en toute honnêteté, ce que j’ai ressenti. J’aime énormément Lucille, et ce, pour de nombreuses raisons. Je suis ravie qu’elle vive comme moi à Londres parce que nous pouvons et pourrons partager de nombreux moments ensemble et qu’elle est une amie avec qui j’aime échanger. De plus, je suis immensément heureuse qu’il lui arrive une chose aussi belle : elle a travaillé dur, ça n’a pas toujours été facile pour elle et il était temps que le ciel lui fasse enfin un cadeau.

Il va de soit qu’il n’en aurait pas été de même s’il s’était agit d’une nana que je n’aime pas. Il n’y a aucune joueuse que je déteste donc je ne peux penser à une fille en particulier, mais je suis certaine que si ça avait été le cas, j’aurais eu une part de moi qui aurait détesté la voir gagner. Add insult to injury.


Nous vivons dans un milieu incroyablement compétitif et où les félicitations se font bien souvent la mâchoire serrée. Mais j’étendrais ça à la France en général où, étrangement, personne ne semble jamais se réjouir du succès des autres. La jalousie et l’envie sont très présents aussi dans le poker. Comme avec les jetons, c’est à celui qui a la plus grosse (voiture, pile de jetons, montre…).

Il n’y a pas très longtemps par exemple, je ne sais plus avec quel journaliste je parlais mais il m’a sorti cette phrase, « J’avais vraiment envie qu’il gagne. C’est rare un joueur qui fait l’unanimité comme ça mais pour une fois, on est nombreux à être heureux pour lui » Je ne sais plus s’il s’agissait de Kool Shen dans l’EPT Madrid ou Yu Brécard dans les SCOOP mais l’idée était là.

Beaucoup se réjouissent du malheur des autres car c’est confortable : au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Mais au Royaume des Successful sharks, les borgnes sont… borgnes. Et il semble plus simple, plutôt que de travailler sur sa propre réussite, de se réjouir et d’encourager l’échec des autres.

Beaucoup sont nombreux, de manière plus ou moins consciente, à vouloir pouvoir se dire « Je suis le Seigneur du Château » quand ils regardent autour d’eux. Ou plus simplement vouloir être en paix avec l’image qu’ils ont d’eux, ce qui est toujours lié à l’entourage ou au milieu dans lequel on évolue. Je ne connais personne qui puisse en effet porter un jugement sur lui sans référent extérieur : les autres sont perpétuellement et inconsciemment le miroir de nos vies.

Kierkegaard dit que « L’admiration est un abandon heureux de soi-même [mais que] l’envie [est] une revendication malheureuse du moi. » En effet, il n’y a que du positif dans le fait d’admirer quelqu’un, et que du malheur dans le fait de s’oublier en voulant être quelqu’un d’autre.
Martine le Coz dit également que « L’admiration change les proportions entre les hommes, fait de l’un un géant et de l’autre un lilliputien. » 

Comment être heureux et satisfait quand on est entouré de géants ? On trouve toujours, je suppose, plus grand, plus fort, plus riche, plus drôle et plus successful que soi. Toujours. C’est donc le moment où il faut réussir à trouver la paix dans sa position et de part son statut.
L’envie (et donc la jalousie) sont des sentiments qui trainent un humain directement dans le caniveau, le corps lourd et imposant bloqué à l’entrée des grilles d’égouts : il n’y a pas de système d’évacuation et le corps, mort, stagne en entamant son long processus de décomposition. C’est le moment où il peut être salvateur d’avoir l’intelligence de la perspective.

Il est très difficile pour un joueur vivant un bad run depuis de longs mois d’avoir une belle image de lui-même. Plus le temps passe et plus son image dans le miroir se ternit. Les paillettes tombent sur les autres et lui reste, comme un con, seul et laid devant sa totale absence de réussite. Deux chemins s’ouvrent alors à lui : celui de la haine qui ronge de l’intérieur et le conduira à une perte lente et douloureuse ou celui de l’espoir et de la confiance, qui le conduira à remonter jusqu’à des sommets plus hauts que ceux qu’il a déjà gravis auparavant.

Dans un monde idéal, la lumière des uns servirait à éclairer les recoins obscurs des autres. Je ne dis pas que c’est simple mais il faut parfois savoir se poser au sommet de sa montagne et faire un bilan objectif de sa position et de l’endroit où l’on souhaite aller. Et surtout, savoir se retourner pour voir le chemin accomplit ; il est étrangement souvent bien plus beau que ce à quoi on peut s’attendre. Et ensuite, il faut se remettre en selle et vouloir le meilleur pour soi. L’envie produit le système inverse : vouloir le pire pour les autres afin d’être satisfait de sa propre position de stagnation ou d’échec. Et cela fait une lourde différence.

Donc, pour finir de répondre à la question, oui, la compétitrice que j’ai toujours été a eu mal. Pas parce qu’elle était envieuse ou jalouse, mais parce qu’elle s’est sentie lilliputienne au milieu de géants (et puis elle a écrasé une fourmi et s’est sentie beaucoup mieux -Non, je déconne -)

Bref, tout ça pour dire que je suis très fière et heureuse pour Lucille et que ça me motive encore plus pour Vegas et pour moi aussi, à mon tour, être fière de moi et d’un résultat que je pourrais faire. Depuis quelques temps, il n’y a en effet pas grand-chose que j’ai fait qui m’ait rendue fière de moi et c’est là finalement le vrai coeur de toute chose…

Easy transition : en période de doute et de manque de confiance, rien de tel que la magie des arts pour faire rêver et sortir de ses idées noires. Voici donc deux chef-d’œuvre magiques qui ont illuminé ma semaine.

Tout d’abord une autobiographie de Nicolaï Lilin : « Urkas, ou l’éducation sibérienne ». L’enfance d’un criminel russe, une sorte de Guerre des Boutons hardcore qui ferait passer Fleury-Merogis pour le Ritz et les cités de Seine St Denis pour Disneyland. Passionnant et parfois (involontairement) hilarant tant le monde décrit semble sorti de l’imaginaire d’un savant fou qui aurait accouplé Call of Duty et la Bible. A lire absolument.

Et ensuite, et bien que le grand écart entre les deux soit monstrueux, j’ai été voir ma première comédie musicale à Londres : Matilda, qui était mon livre préféré étant gamine (et là, en écrivant, je me rend compte de l’absurdité de la juxtaposition des deux références artistiques de ce post). Je m’attendais à un truc gnan-gnan et forcément un peu chiant puisque tiré d’un livre pour enfants, le tout avec des chansons (forcément nazes) toutes les trois minutes. Mais la pièce avait raflé tous les prix aux derniers Molières anglais donc bon… Tant qu’à en tenter une (après tout, on vit à Londres et rien de tel qu’une nouvelle expérience !), Fab et moi nous sommes motivés et on a pris notre billets last minute sans grand enthousiasme.

Au final, nous avons passé 2h40 ( !) absolument MAGIQUES pendant lesquelles je priais pour que ça ne finisse jamais. Etre programmé sur le Broadway londonien est un rêve pour n’importe quelle compagnie, n’importe quel scénographe, n’importe quel décorateur… Et les places sont chères : une fois de plus, seuls les meilleurs y arrivent. Et là, force était de constater que jamais de ma vie je n’avais vu décors aussi beaux, acteurs aussi bons, chorégraphie aussi surprenante, lumières aussi pointues ou, plus simplement, magie aussi forte. Et pourtant, bien que quasi-bilingue, je n’ai pas du piger plus de 30% du texte. Mais nous sommes sortis comme sonnés : la pièce n’était rien de moins qu’une démonstration de ce que le théâtre a de mieux à offrir : un monde parallèle, enchanteur et avec la magie de la scène et de ce que l’humain peut faire de mieux en matière de « Tiens, assieds-toi là, je vais te raconter une histoire ». Tout simplement.

Et là, j’ai pensé à tous les autres dinosaures du West End dont la mise en scène n’a pas changé depuis 10 ans et qui ont dû avoir sacrément les boules de voir toute l’ombre que cette pièce leur ferait. Le tout avant de comprendre que ça allait tirer tout le milieu vers le haut : il faudrait, une fois de plus, être meilleur. Puis encore meilleur. Puis encore meilleur que meilleur, le tout en faisant avancer malgré soi une cause plus grande…

En résumé, ces derniers temps, j’ai été allègrement bringuebalée par des émotions lourdes. Et pourtant, si je devais changer un truc dans ma vie, je ne changerais rien… En effet, je suis pleinement consciente de la chance que j’ai et il ne se passe pas un jour sans que je me dise que vraiment, ma route a été bénie par « whatever it is » qui s’est penché un jour sur mon berceau. Au final, et si je veux conclure ce post avec la même sincérité avec laquelle je l’ai écrit, il ne me manque en réalité qu’une seule chose : être réellement fière, moi aussi, d’une grande chose que j’aurais accomplie, au poker comme ailleurs… .

Viva Italia !

7 avril 2012

Joueur de poker italien : [nm] être humain parlant fort, faisant des bonds et s’exprimant avec de grands gestes de bras, et ce, même pour te demander l’heure. Souvent vêtu d’un petit blouson en cuir, d’une ceinture Dolce & Gabanna au nom bien visible, d’un jean près du corps customisé/brodé/déchiré/délavé, d’un sac pochette Gucci et d’un t-shirt à imprimé qui-pique-les-yeux, de type Ed Hardy. Taille sa barbe avec art et application, en forme de bouc plus ou moins épais. Porte souvent les cheveux lissés et gélifiés vers l’arrière et de beaux bijoux, dont la gourmette offerte par sa môman pour sa première communion. Et au poker, est capable de tout et surtout de n’importe quoi.

Quand on joue un tournoi en Italie, c’est un peu « Moi contre l’Italien ». La masse d’italiens devient un seul individu à battre, le même, qui joue pareil, parle pareil et s’habille pareil. Le tuer revient à s’attaquer avec bravoure à une hydre géante dont les têtes repousseraient au fur et à mesure qu’elles tombent. Un italien bust, c’est un italien qui prend sa place. Et qui va te déchirer pareil avec sa ventrale pourrie ou sa double paire river…

Je ne connais pas un joueur de poker qui ne se réjouisse pas d’aller faire un tournoi sur la Grande Botte. Il faut dire qu’outre le fait qu’on y mange bien (à condition d’éviter les restos avec le menu traduit en 4 langues – pas bon signe-) et qu’il y fasse souvent beau, les joueurs sont réputés pour leur émotivité et leur faible niveau. A l’inverse, personne n’a envie d’aller jouer à Copenhague pour affronter des robots inexpressifs avec un microprocesseur Intel Pentium à la place du cerveau…

C'est sûr que se lever le matin et boire son café avec cette vue sur le lac et les montagnes, ça a comme un petit goût de reviens-y...

Et puisqu'il est question de "reviens-y", je vais enchainer sur ce resto minuscule du port de Campione où le chef propose du foie gras maison, des huitres succulentes et des plats recommandés par Michelin, bref, du grand art gastronomique italien ! Miaaaaaaam... (et en plus, quand les plats ont un arrière-goût de win, ils sont encore meilleurs !)

En même temps, perso, je déteste avoir à ma table un joueur que je ne peux pas lire. Non pas que je pense avoir de grosses qualités de lecture mais mes connaissances basiques me permettent généralement de ne pas trop me tromper. Mais en Italie, ça m’arrive souvent de froncer les sourcils à l’abbatage (genre « wtf? ») … Alors bien sûr, il y a une tonne de bons joueurs évidemment (et de plus en plus, malheureusement) et je suppose qu’un suédois se dit la même chose des français quand ils viennent jouer chez nous « Miam, on va se gaver de poisson français ! »

Quoiqu’il en soit, j’adore l’Italie. En fait, ce que vous ne savez probablement pas, c’est que mon sang est à moitié rital puisque mes grands-parents maternels sont arrivés du Frioul (région du nord de l’Italie = Autriche = blondeur/peau qui bronze pas = ouin) après la guerre pour aider la France à se reconstruire, comme des tas et des tas d’autres immigrés au fil des décennies. Et que petite, j’ai passé mes vacances dans le nord du pays. Entrer dans une épicerie italienne est donc une vraie madeleine de Proust pour moi puisque l’odeur inimitable du fromage, des jambons qui pendent, des tomates séchées et des fruits et légumes frais me remplit toujours de joie et d’émotion.

Tout comme l’idée d’ENFIN faire un petit résultat là-bas, après des mois de galère sans aucun ITM. En effet, j’avais décidé à la dernière minute de m’inscrire dans un des turbos à 330 euros du soir, en marge de l’EPT Campione. Celui-ci avait une particularité : pas de river commune mais une river privative distribuée à chacun des joueurs encore en course après le turn. Ca s’annonçait fun !

J’avais débuté ce tournoi en râlant comme une ouf. Ou, pour être plus honnête, en étant complêtement tiltée par l’absence totale d’organisation de la chose. A l’italienne quoi. Un bordel hallucinant qui m’avait fait changer trois fois de table avant même d’avoir pu jouer un coup, le tout entrecoupé par les mecs qui tentent de demander au croupier « Mais comment ça marche, je comprends rien ! » et d’autres qui parlent sans cesse, sans tenir compte du fait que les niveaux sont de 15 minutes (« Mais tu vas jouer oui ! ») Bref, à l’italienne.

Mais les choses s’étaient vite calmées et j’avais eu le droit à un miracle au bout de 20 minutes de jeu. Voilà que je suis à tapis avec AKo contre AKo chez mon voisin de droite. On se marre, tout va bien, on papote et on ne regarde même pas les cartes tomber : chacun a déjà repris ses jetons en voyant tomber un flop de petites cartes tricolore. Sauf que 5 minutes après que nous ayons partagé, le pote du mec, assis en face de lui, s’exclame : « Mais attends, t’as pris un valet à la dernière et elle, un 7 ! Tu aurais du gagner ! » Petit blanc et soudain, oui, on réalise qu’en effet, sa river privative lui donnait une meilleur combinaison, j’aurais dû bust !

Je n’ai honteusement évidemment pas manqué de titiller mon infortuné voisin sur le fait que « C’est vraiment dommage, tu aurais du doubler, c’est con, à ce stade du turbo, c’est vraiment bon de doubler… Dur dur… Quand je pense que même le croupier ne l’a pas vu… » Et, tilté et énervé comme il faut, il n’a pas manqué de sauter dix minutes plus tard, alors qu’il avait encore la moyenne, en re-shove avec une poubelle contre une paire de rois… (hahaha)

Le reste du tournoi a été un turbo typique : stressant. Certains pros défendent l’idée que des turbos, ce n’est pas du skill, juste de la chance. Sauf que je ne suis pas complètement d’accord. Il y a une tonne de joueur qui ne savent pas jouer avec un petit stack et qui paniquent dès qu’ils ont 10BB (« J’ai shove any two en late, standard »).

Les décisions semblent plus facile, oui c’est vrai, mais jouer sans profondeur et savoir exactement quand bet/push/reshove ou pas, non, c’est pas facile. Les mecs qui envoient tout avec 10BB et une poubelle en main parce que « mathématiquement c’est EV+ dans ce spot », un bon joueur de turbo sait les cueillir. Je veux bien que les calculs montrent qu’un move précis est gagnant sur le long terme, sauf qu’un tournoi c’est tout sauf du long terme : si tu bust sur une main, ben tu bust. Et pour ton long terme, tu peux toujours te ré-inscrire le lendemain soir. En bref, il est évidemment plus difficile de maitriser l’art du deepstack (= « l’art du poker tout court », d’ailleurs) que l’art du turbo mais quoiqu’il en soit, il est certain que de nombreux joueurs ne savent pas jouer avec 20BB (ou moins) pendant des heures.

Mais je ne contredirais évidemment pas que la chance joue une part énorme et c’est avec bonheur que pour une fois, j’ai eu un timing des plus sympathiques. Bref, je suis rapidement arrivée en finale avec Steven Van Zadelhoff et Paul Testud et le reste aura été une succession de coups tous aussi réjouissants qui me feront arriver en heads-up tout aussi rapidement.

Nous avons décidé de dealer avec mon adversaire italien (et oui !) et ensuite, de jouer pour la gagne. Mon KQ ne battant pas son AT au finish, j’ai du prendre la deuxième place mais j’avoue que j’avais un grand sourire de soulagement au moment d’aller chercher mes sous au cashier. Enfin un petit résultat ! Quel soulagement ! J’avais l’impression que ça ne m’arriverait plus jamais…

Une soirée qui se termine en heads-up, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé ! (doù le large sourire fier comme un pou)

La bonne blague, c’est qu’il était 3h du matin et que Fab, toujours en course dans le Main, avait pourtant décidé de me rail tout du long en finale. J’adore ! Les rôles se sont ensuite inversés, comme vous le savez, quand ça a été à mon tour, deux jours plus tard, de le rail en finale de l’EPT. Pendant 12h. Les douze heures les plus longues que je n’avais vécues depuis longtemps : que de stress !

En effet, comme il n’y avait pas de gradins, nous étions postés sous l’estrade à tenter de suivre la finale sur un des écrans qui retransmettait le streaming en direct. Heureusement que tout du long, Alex, Cathy et Yann sont venus me tenir la main (moite). Antonin, ElkY et Eugene sont eux aussi venus soutenir Fab et je peux vous dire qu’à ce stade, c’est vraiment une chose précieuse. J’ai cru mourir de stress : hors de question qu’il soit éliminé ! Je voulais tellement qu’il gagne ! J’ai du perdre trois kilos rien qu’en contraction musculaires permanentes et je crois n’avoir pas respiré normalement de toute la journée…

Au final, Fab aura été éliminé troisième après un très long combat et nous sommes rentrés à l’hôtel ni ravis, ni déçus : juste contents de cette étape italienne qui aura dépassé de loin toutes nos espérances !

Je ne suis pas superstitieuse mais j'avoue que du coup, mes bracelets fétiches (Lilicage, une marque française que j'adore) ne sont pas prêts de me quitter ! 😀

Sinon, pour changer de sujet, j’ai décidé d’enfin de mettre à jouer plus ou moins régulièrement online. Je travaille beaucoup sur mon ordinateur donc j’essaie, tant que possible, d’avoir le logiciel ouvert en permanence avec une (quand je bosse) ou trois tables (quand je bosse pas mais que j’ai besoin de me promener sur internet en même temps). Je ne joue pas en cash, j’avoue que je déteste ça et que je m’y perd : quand m’asseoir ou quand me lever, après combien de gain, je ne sais pas faire.

Donc je joue des sit’n’go à 20 ou 50 euros (j’aime particulièrement les « double or nothing » où je gagne peu mais régulièrement, vive la low variance dans ce monde de brute) ou des MTT ici et là pour des montants assez petits : entre 5 et 20 euros en moyenne. Je me suis laissée un ou deux shots à 150 (= gestion de BR vraiment pourrie mais assumée…) ainsi qu’un PLO à 50 euros pour le kif (je suis un fish mais j’adore cette variante) mais sinon, j’essaie de monter tranquillement mais sûrement. C’est décidé de commencer online avec peu pour tenter de monter, tout en gardant un budget bien supérieur en live. On verra pour le bilan dans 6 mois ! En attendant, alors que j’écris, je viens de bust de trois MTT successifs à 10 et 20 euros sur des 80/20. Oui, vraiment. Donc, now, je suis punie et je descends en 5 euros. Super…

En attendant, je serais à Berlin pour jouer un side et j’avoue que j’ai hâte de retourner dans cette ville qui m’avait, elle aussi, beaucoup plu. Sauf que cette fois, l’odeur de la choucroute, des saucisses et du lard qui pend quand on entre dans leurs épiceries, c’est pas la même… 🙂

Le grand bric-à-brac du mois de mars

15 mars 2012

Il y a des mois comme ça où je ne poste pas de compte-rendus de tournois pour la simple et bonne raison que si je le faisais, ça donnerait ça :

Ou ça, mon rêve du moment :

Ou encore ça, message qui risque de bientôt se retrouver étrangement accroché au dessus de mon lit (par un boyfriend exaspéré) :

En résumé, vous l’aurez compris, ça runne sacrément bad dans la chaumière. L’enfer…

Je vous donne un exemple dans mon dernier tournoi : un 1000$ bounty que je m’étais accordée dans un side du WPT Los Angeles. Ce tournoi m’enthousiasmait particulièrement car outre le fait que je n’en joue plus beaucoup, il permettait d’être en freeroll assez aisément, chaque bounty valant 500$.

J’ai donc commencé par gaiement éliminer un joueur short stack sur un flip (« Hourrah, je suis en demi-freeroll ») avant de voir 500$ de bounty s’envoler avec AK (chez moi) contre A4 chez un joueur qu’évidemment je couvrais à peine. Du coup, non seulement les biftons se sont envolés dans l’espace mais en plus, je suis évidemment partie en orbite dans les trois mains qui ont suivi.

Ensuite, j’ai décidé de jouer un peu en cash game alors que normalement, ce n’est pas une discipline qui m’éclate. Mais bon, quand faut y aller, faut y aller… J’ai donc joyeusement commencé par perdre deux caves de 200$ chacune sur des coups inévitables avant de trimer six heures durant pour les récupérer. Et repartir au final avec un bénéf’ monstrueux de… 75 dollars. Youpi.

Du coup, pleine de bonne volonté, j’ai décidé d’ouvrir un compte sur un site de jeu online bien connu sur lequel je n’avais pourtant jamais joué auparavant. Il faut dire que j’ai un côté mono-maniaque et que je joue rarement sur deux sites différents en même temps. Bref, j’étais sur un site que j’ai décidé de boycotter pour de nombreuses raisons. Et c’est donc pleine de courage et d’enthousiasme que j’ai entamé quelques sessions récréatives sur mes nouvelles tables.

C’est également pleine de courage et d’enthousiasme que j’ai rapidement regarni mon compte après avoir joué une main (une seule : la première…) dans un gros 50 euros (le max que je joue sur internet) dans lequel je me buy-in en late reg’ : je 3-bet en poz’ un joueur avec AK, il paie, le flop vient K89 tricolore, il donk-push, je paie et il me montre Q7o. Turn : 6 et river : T. Très fun. Vraiment. Et c’est représentatif de tous les autres tournois (là, par exemple, alors que j’écris, je viens juste de perdre avec QQ sur 996 face à 97o).

Je précise maintenant que j’ai horreur de me saisir de ma carte bleue pour regarnir mon compte et que donc, je fais tout pour remonter sans avoir à puiser dans ma réserve perso et ressortir la CB. C’est donc pour cela que je me suis assise avec mes misérables 4 euros restants en cash game pour là aussi jouer une main, une seule : AQ sur Q27 tricolore (il avait 22). Et croyez-moi, sur le moment, la douleur est la même que si j’avais perdu 500 euros. Au poker, je n’existe qu’en deux modes : contente quand je gagne et furieuse quand je perds.

C’est d’ailleurs assez fou comme on peut pester tous les diables de l’enfer après avoir bust d’un tournoi à 20 euros online et comme il peut parfois arriver de sauter d’un tournoi en live à 500$ et se dire : « Bon, bah busto sur un flip, that’s poker… ». Et si je mets « on » c’est que je sais que je ne suis pas la seule…

Sur ce même site, et une fois après avoir re-cartouché 50 euros, je ne fais ensuite que des min/moyen-cash, ce qui me fait glisser lentement mais surement vers les profondeurs des tableaux abscisse/ordonnée, m’évoquant avec horreur la perspective d’un bocal à côté de mon screen name d’ici peu sous sharkscope. Un cauchemar.

Bref, énooooooorme whine doublé d’une lourde remise en question inévitable. Pourtant, quand je lis les articles techniques des magazines poker, je vois bien que je suis d’accord avec la majorité d’entre eux et qu’ils ne me parlent pas en chinois. Je vois bien aussi que je ne fais pas d’erreurs monstrueuses… Et que les coups sur lesquels je suis éliminée sont 100% standard.

Sauf que oui, je paie parfois à la river en sachant pertinemment que je suis derrière (mais j’ai brelan quand même, zut !), oui je manque d’agressivité, mais oui, pire que tout, je commence à avoir peur.

Je me suis fait outdraw tellement de fois ces derniers temps que j’ai tendance à interrompre rapidement (= au flop ou turn max) les coups même avec une main forte floppée de type TPTK. Et tant pis si je m’enlève les possibilités que mon adversaire tente de me bluffer ou que j’anéanti le rêve de se voir payer jusqu’à la river par une main moins forte. De plus, je pot-control à mort. Et je check souvent river là où je pourrais pourtant prendre un barrel de value… (« Si je bet, il va me raise ce con, j’en suis sûre ! »)

C’est je suppose le cercle vicieux du bad run qui s’auto-alimente d’erreurs que l’on a même plus conscience de faire.

Alors certes, il ne s’agit pas d’erreurs majeures ou de spew maladif mais à force de ne pas assez prendre de value ou de ne pas 2-barrel suffisamment en (semi) bluff, cela me conduit forcément à des situations où mon tapis, plus petit que ce qu’il devrait être, se retrouve à combattre en étant couvert…

Il faut donc que je reprenne confiance et que je retrouve l’énergie que j’avais l’an passé à la même date quand je m’asseyais fleur au bec dans des gros tournois, en sachant que de toute façon tous mes bluffs passeraient et que AK contre QJ, ça ne perd que dans des mini-pots. J’exagère un peu mais bon… Il n’empêche que je vais donc me remettre en question et passer quelques longues heures online, ce que je n’ai jamais fait avant puisque perso, j’ai toujours vécu (à tort) le poker sur internet comme un moment uniquement récréatif.

Et puis après tout, je n’ai pas pu m’empêcher d’aller voir la courbe du mec online-successful du moment, Roro, pour constater, non sans soulagement, qu’il était à peine à jeu au bout de 1000 tournois sur cette même room, le tout après avoir fait un joli plongeon dans les profondeurs des entrailles de la loose online à peine inscrit. Le tout avant de faire une remontée fulgurante, de tout déchirer et de monter 50 000$. Easy.

Je vais donc tenter de reprendre de la force au maximum pour m’asseoir à mon prochain tournoi remontée à bloc. Tant pis si je bust sur un bluff, tant pis si le mec m’outdraw avec sa double paire pourritos-miraculos à la river, je n’aurais pas peur. Evian et les FPS, prends garde à toi !

Sur ces paroles Coué-à-donf, laissez moi terminer sur une belle parenthèse de tout ce que j’ai aimé ces derniers jours :

. Le road trip en Californie avec Fab, enchainé juste après deux jours à Boston (et zou, d’une côte à l’autre…). Un vrai régal au soleil que nous avons enchainé juste après une semaine à Las Vegas :

Soirée dans le Downtown Los Angeles, entre les sushis pointus de la pagode du Yamashiro, le bar du mythique Chateau Marmont, la promenade sur Sunset Bvd et la soirée au Mondrian ; Hollywood me voilà !

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Journée à Santa Barbara, alias "la Suisse de Californie", ville où la vie est douce, paisible, belle et surtout, la plus chère des USA... Il faut dire que vivre à Disneyland au bord du Pacifique, ça a forcément un prix !

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On ze road, nous avons rencontré deux types d'animaux sauvages : le premier est gros, poilu, sent mauvais et se cache derrière les fourrés et le deuxième est un phoque de mer. 🙂

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Carmel est une ville comme je n'en avais jamais vue : un village de schtroumpfs millionnaires qui se font un point d'honneur de vivre en harmonie avec la nature. Du coup, par exemple, les éclairages publics sont interdits la nuit (pitch black) mais la journée, les dauphins jouent dans les vagues à 15 mètres de la plage !

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L'arrivée à San Francisco est spectaculaire et ravive de nombreux souvenirs de films, surtout quand on la parcourt en tramway (Bullit, l'Inspecteur Harry, Rock...)

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La ville a su garder un extraordinaire côté babacool et indé grâce à tous ses habitants arrivés en masse dans les années 70 et jamais repartis (ou jamais redescendus de leur trip sous acide). Du coup, les boutiques colorées fleurissent, tout comme les concerts improvisés ou les oeuvres de street art.

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La diversité des cultures y est également si présente qu'elle permet de voyager sans sortir de la ville : ici, afternoon tea au Japanese Garden et balade à Chinatown.

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Deux des symboles de la ville : le majestueux Golden Gate et... la soupe de coquillages sur le quai 39, servie dans un bol de pain. On pourrait croire que c'est bon, mais en fait, ben...

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Et le soir, la ville offre des moments qui n'existent pas ailleurs : repas 5 étoiles dans un resto gastronomique végétalien (ni oeuf, ni produit laitier, ni viande, ni miel) étonnamment savoureux, suivi d'un cocktail sans concession au Bourbon & Branch, bar avec réservation only + mot de passe et sans enseigne extérieur, hommage au temps de la prohibition (et non, la photo n'est pas floue ; elle est le juste rendu exact de ce que je voyais ce soir là) 🙂

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Sausalito, petit village situé de l'autre côté du Golden Gate est ce que Deauville est à Paris : un 21e arrondissement pour riches ayant envie de bien dormir, bien manger et vivre loin de l'agitation de la ville le week-end. Pari réussi : jamais aussi bien mangé !

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Et, last but not least, la cerise sur la gateau, le point final, le climax du voyage : le sublimissime casino Bay 101 à San José, aka le paradis sur terre...


. J’ai lu de bons bouquins dont l’autobiographie de Keith Richards
, que j’ai dévorée de bout en bout. Son parcours hardcore rock’n’roll est le miroir sans concession d’une succession d’époques mythiques : coinços fifties et swinging sixties à Londres, LSD Seventies aux States, Bling bling eighties en tournées mondiales, reggae roots Jamaïcan style nineties… En bref, à lire absolument, et ce, même si vous n’êtes pas fan du plus grand groupe du monde (ce qui était d’ailleurs mon cas ; je n’aime vraiment qu’une petite dizaine de leurs chansons).


. Et je viens juste de commencer un autre bouquin qui m’a l’air démoniaque : « Sous les néons, Vie et mort dans les souterrains de Las Vegas » par Matthew O’Brien aux éditions Inculte. Un livre qui m’a l’air dingo puisqu’il s’agit des péripéties de son auteur, homme aussi courageux que talentueux, qui un jour décide de prendre sa lampe torche pour aller à la rencontre des milliers de sans-abris qui occupent les larges canalisations d’eaux usées de la ville… Choc garanti.

. J’ai à nouveau plein de taf pour MadeInPoker avec toute l’équipe des potos du début : Fab, David, Jules et Steven ! On a décidé de reprendre les rênes il n’y a pas longtemps et on est bien décidés à tout déménager. D’ailleurs, pour lire toutes les infos croustillantes, venez liker notre page facebook ! On vous prévoit plein de concours, d’infos en exclu et plein d’autres news et itw que vous ne lirez pas ailleurs ! (d’ailleurs, j’ai adoré écrire le top 10 des bogoss du poker français, un peu d’humour dans ce monde de brutes).

Une belle brochette à nouveau réunie pour vous offrir le meilleur de l'actualité du poker ! (et oui, gros skill sur photopaint, je sais...)

. Du taf aussi pour Blue Shark Optics dont je suis très fière d’être l’ambassadrice ! Si vous ne savez pas encore de quoi je parle (malheureux !), rdv là pour le site internet et rdv aussi sur notre page FB ! Pour faire simple, il s’agit de la marque leader aux USA et il y a une bonne raison à ça : la qualité inégalée du produit. On m’aurait proposé de défendre les intérêts d’un produit mauvais, je vous garantis que je n’en aurais pas parlé de cette façon.

Mais là, j’ai une paire faite sur-mesure à ma vue (génial) et je me sens super confortable à la table. C’est agréable d’avoir un masque total sur les yeux, que personne ne puisse voir ce que je vois, tout en voyant comme en plein jour, contrairement à mes anciennes lunettes de soleil que je devais parfois ôter quand la lumière à la table était trop basse.

Le regard droit et la posture fière, elle regardait avec détermination et solidité en direction de la porte de sortie du tournoi, tout en retenant un vieux relent de burrito que lui avait servi Carlos, le serveur tatoué et moustachu du Commerce Casino.

Bref, c’est toujours agréable d’avoir à promouvoir des projets dans lesquels on croit ! De toute façon, de toute ma vie, je n’ai pas le souvenir d’avoir longtemps travaillé pour défendre une cause qui ne me motivait pas. A chaque fois, je me barrais dare-dare, les bras ballants et ayant affiché l’énergie d’une huitre face à des montagnes de mouise qu’évidemment je n’ai jamais gravies (« Vas-y toi plutôt, je te regarde… »).

. Et puisque l’on parle d’une cause enthousiasmante, je vous INTIME L’ORDRE de regarder cette vidéo Kony2012. Oui, celle qui dure 30 minutes et dont vous avez déjà forcément entendu parler via les médias ou les réseaux sociaux. En effet, le film a fait 80 millions de vues en une semaine, ce qui s’explique par l’incroyable message d’espoir qui s’imprime en toile de fond du reportage.

Cliquez sur l'image pour voir la vidéo ! Allez !

C’est un pléonasme que de dire que nous vivons dans un monde déprimant et dans lequel il est difficile d’entrevoir une lueur d’espoir. La lutte pour le pouvoir et l’argent est telle qu’elle anéantit des populations entières et la terre sur laquelle nous vivons par la même occasion. Et tout cela par la seule et unique volonté d’un très faible nombre d’individus soutenus par des masses stupides, crédules et aveuglées (Il faut voir les communautés pauvres du tréfonds des USA se battre avec véhémence contre la gratuité des soins de base à l’hôpital parce que c’est socialiste, donc communiste, donc « pas bien… »).

Et cette vidéo, malgré les critiques qui ont pu en suivre (la plus grande étant que cette sur-médiatisation pourrait au final nuire à l’arrestation de Kony, numéro 1 sur la liste des criminels de guerre de ce siècle, ou que certains intérêts économiques qui nous dépassent pourraient en pâtir), ouvre tout simplement la perspective d’un nouveau modèle économique : « Voici ce que le peuple veut vraiment, donc faites-le ».

Il va de soit que rien n’est tout rose et que les solutions idéales n’existent pas, mais cette association a au moins le mérite de proposer un système différent. Et un système auquel j’adhère et que je soutiendrais à hauteur d’un versement mensuel. Tout comme je le fais avec l’Unicef, dont je vous invite à regarder le site ici !

Bref, vous l’avez vu, j’ai été très busy 😀

L’argent a-t-il tué le jeu d’argent ? « Where have the cowboys gone » ?

29 février 2012

C’est au milieu des années 2000 que le pognon a commencé à couler à flot dans le milieu du poker, le propulsant au même rang que la Formule 1, le golf ou encore le tennis. Bien sûr, les budgets n’étaient pas les mêmes mais le processus, lui, a été identique : on est passé de l’amateurisme au sur-professionnalisme. Shows TV à l’américaine, nouveaux magazines spécialisés, interviews à la chaine, coverages négociés, conférences de presse, merchandising

Le poker était alors devenu un business comme les autres où chacun tentait de gratter un ou deux billets, le tout dans la bonne humeur générale puisqu’il y avait de la place pour tout le monde. On s’échangeait des bannières sur une poignée de main, on se linkait mutuellement sur les articles, on s’invitait à boire à verre à la soirée de telle boite avant de recommencer le soir suivant chez la boite concurrente, les joueurs ne calculaient pas vraiment leurs propos et ne soignaient pas réellement leur image puisque les contrats de sponsoring poussaient sur les arbres (« Je te donne 200k et tu portes mon logo, c’est good ? Et t’inquiète pas, je ne te demanderais rien d’autre en plus » « Ok »), les couvreurs n’étaient pas nombreux et donc, n’étaient aucunement en compétition pour la qualité de leur travail, les photographes se comptaient sur les doigts d’une main et les vidéastes sur les doigts d’un doigt, puisqu’il ne devait pas y avoir plus d’une caméra par tournoi… Bref, c’était le temps de la bonne humeur, de la désinvolture et surtout, de l’insouciance générale. L’argent coulait à flot et tout le monde avait le droit à sa part du gâteau : même les vautours se goinfraient de chair fraiche.

Les marques ont donc poussé comme des champignons après une nuit de pluie et bien vite, le circuit du poker s’est retrouvé étouffé sous l’offre : sites et magazines pseudo-spécialisés à gogo, merchandising global (vêtement, lunettes, jetons, cartes, photos, cartes de crédit, t-shirt, cendrier, nounours etc…), shows TV jusqu’à l’écoeurement, émissions de radio, combats d’interview exclusives etc… D’un seul coup, nous nous sommes réveillés sur une planète surpeuplée.

Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le Black Friday et l’Arjel se sont chargés, chacun à leur façon, de supprimer des budgets et de réduire les notes. La compétition a monté d’un cran et tout le monde s’est vu pousser des griffes qu’il n’avait pas. Désormais, c’est chacun pour soit et tout est (presque) permis. On voit de moins en mois de sympathiques échanges de services, de sourires gratos, de conversations libres sur les business, de retours de balle et c’est vraiment dommage ! La guerre se déroule désormais en dehors des tables, n’épargnant personne et surtout pas les joueurs.

Les pros se sont vus exposés à un dilemme jusque là inconnu, celui de la liberté vs la sécurité : « Serais-je digne de mes ancêtres cow-boy solitaires, en envoyant paître toute forme de contrat mais en gagnant du coup une vraie liberté : oui, je suis injoignable, non je n’ai jamais à me justifier et oui, je vous emmerde tous » ou « Vais-je opter pour choisir de me lier à une marque, en être l’ambassadeur mais avoir des comptes à rendre tous les jours et des obligations dignes d’un employé de bureau ? »

La première option, celle qui était le cas de tous les joueurs pros il y a seulement une douzaine d’années de ça, offre en effet une liberté d’agir merveilleuse mais elle entretient le fantôme de la brokitude et de la frustration qui plane : t’es tout seul quand tu gagnes mais t’es tout seul quand tu perds aussi (mettant parfois certains joueurs dans une position très difficile à vivre). C’est une situation que quelques gros joueurs de cash game (par exemple) ont choisi : ils ont refusé des contrats qu’ils n’estimaient pas assez gros en rapport des sacrifices demandés.

La deuxième solution, bien que sympathiquement rémunératrice, offre elle aussi des désavantages : fini le j’men foutisme du look (« Mon boss ne veut pas que je ressemble à une bouse sortie du lit sur les photos, c’est pas bon pour la marque » ou alors « Personne ne va me sponso si je ressemble à un thon-geek, allez zou chez le coiffeur et Abercrombie »), fini le j’men foutisme de parole (« Je ne joue que sur PokerDuchmoll.com, car c’est le meilleur site avec la meilleure offre de tournoi. »), fini le téléphone éteint (« Tu crois quoi, que je te paie pour que tu dormes jusqu’à midi tous les jours ! Tu as une itw à 14h, une vidéo tutorielle à 16h et ensuite, un dîner avec pokerbusiness.com. Et ensuite, si tu as encore un peu de temps, tu pourras p’tet jouer un peu pour t’amuser. Allez, va bosser ! ») et fini le je m’en foutisme de l’obligation de résultat-qui-pête (« Mais l’an passé, j’ai gagné 3K tous les mois en jouant en cash, c’est pas si mal ! » « On s’en branle que tu gagnes en cash ! Moi je veux un résultat dont on parle ! Je veux ta gueule et mon logo en couverture ! »)

On dit par exemple que certains joueurs, terrifiés à l’idée de perdre leur contrat à six chiffres, achètent leur couverture de magazine pour compenser leur absence de résultat… Ou que certains paient des couvreurs pour qu’ils parlent d’eux dans les coverage. Ou que d’autres reversent sous le manteau un pourcentage de leurs gains à la personne qui les embauche dans la room pour conserver leur contrat d’une année sur l’autre…

De façon générale, le business a grandement influé sur les décisions des joueurs, qu’ils soient sponsos ou qu’ils rêvent un jour de l’être. Un pro a désormais, par exemple, l’obligation implicite de répondre à toutes les demandes d’interviews, le tout avec le sourire et même s’il n’a que 15mn de break et qu’il vient de prendre le pire bad beat de sa carrière. Question d’expo : il ne veut pas qu’on l’oublie… Un pro dans le système se doit aussi d’être omni-présent sur les réseaux sociaux (les contrats comprennent souvent une clause relative à l’ouverture d’un compte FB et Twitter, voire une condition sine qua none d’écrire des blogs régulierement) : si tu es quelque part, ce sont tes 2000 amis randoms qui doivent le savoir (adieu l’anonymat du déplacement) et si tu as fait quelque chose, tout le monde doit aussi le savoir : vivre notre société moderne où au final, on est ce que l’on parait être en vitrine. De même, ce qui était des conversations sympas et libres deviennent souvent des échanges d’infos calculées ou des vitrines artificiellement posées : notre copine l’insouciante tire sacrément la tronche…

En fait, chaque gros tournoi fait désormais penser à une sorte de festival de Cannes où l’essentiel (rapports humains straight-forward, essence du jeu, indépendance de parole et de pensée…) a laissé place à un grand barnum où tout le monde est en représentation : un petit univers où tout le monde a quelque chose à vendre mais où les portes-monnaies se font de plus en plus rares, poussant tout le monde à opter pour une attitude guerrière.

Il n’y a qu’à allumer FB par exemple : depuis quelques mois (ce n’était pas aussi répandu avant), on lit des séries incroyables de statuts de type « J’ai gagné ça online » ou « Voilà ma place au leaderboard ! » (d’ailleurs je pense que le FISC vous remercie d’avance de leur fournir toutes ces infos). Re-belotte aussi , avec les pages « joueur pro », qui semblent être devenues un vitrine obligatoire : SVP « likez moi » ! Ou, mieux encore dans le côté SPAM lors d’opérations de comm’ massives : « Votez pour moi » ! Les joueurs semblent tous vivre pour « Je vaux mieux que mon voisin donc SVP donnez-moi un contrat de sponso !!! » Sauf ceux, une fois de plus, qui vivent en marge, à l’instar de certains gros joueurs de cash game qui préfèrent vivre loin des spotlights et du monde de la représentation (normal, ça leur servirait à quoi ?)

La grande majorité des joueurs pros courent désormais après l’image et l’exposition, quite à aller trop loin dans le côté « plume dans le derrière ». Surtout quand ils ne sont pas sponsorisés. Outre le soin apporté par chacun à sa plage FB, son blog ou plus simplement sa tenue avant d’aller jouer un gros tournoi bourré de photographes, on propose par exemple à certains joueurs de faire des articles gratos ou même d’animer des émissions en échange de… rien. « Ca va te faire de la pub ! » Mais de la pub pour quoi gagner exactement ? Les contrats n’existent presque plus et pour ceux qui restent, leur valeur a été lourdement diminuée (à l’exception de certaines stars du poker en France : allez, cinq joueurs au grand max). Ne vaut-il mieux pas dans ce cas se libérer de la pression de l’exposition et faire sa route peinard ? Après tout, ça regarde qui exactement qu’on gagne 5K/mois en cash ? C’est pour un besoin de se flatter l’égo, d’obtenir des compliments ou de séduire une room ? En tout cas, se présenter publiquement sous son meilleur jour n’est jamais gratuit : on le fait toujours en ayant une idée en tête…

Alors certes, le moment est venu de conclure par un chapitre Soupline (= on adoucit la chose). Il va de soit que les amitiés sincères existent vraiment et que les relations entre différents business ne sont pas forcément tendues, loin de là : après tout, dans le milieu, on se croise tout le temps et on prend bien souvent grand plaisir à revoir la majorité des gens du circuit joueur et business… J’ai le souvenir de moultes apéros ou resto/boite avec des personnes du circuit qui me sont chères ou que j’apprécie réellement et avec lesquelles il n’est jamais question de rapport de force ou d’argent.

Mais il n’y aura pas de place pour tout le monde : la crise se fait réellement sentir et il flotte un léger parfum de sapin dans la montagne (et de cagoule aussi). En fait, j’ai parfois l’impression qu’il y a une ambiance de fin du monde (normal, on est en 2012) où chacun panique en essayant de tirer son épingle du jeu : on suit le parcours du milieu de la pub dans les années 80. Fini l’âge d’or de la glandouille adolescente : l’heure est au marketing et au moneymaking ! Douce ironie quand on sait que c’est par lui, finalement, que tout est arrivé…

PS : Cet article vous est proposé par une joueuse de poker qui représente une marque de lunettes, possède un blog, un compte FB, un autre Twitter, qui choisit souvent sa tenue avec soin avant d’aller jouer et je peux vous assurer que si y’a shippage de tournoi, vous en entendrez parler ! 🙂

PS2 : Article paru sur MadeInPoker nouvelle version pour qui je retravaille depuis début février aux côtés de la fine équipe formée par Fab, Jules, David et Steven !

A poil femme ! (et ensuite, tu iras me chercher un sandwich)

4 février 2012

Je n’ai pas lu l’article polémique du blog d’Anne Sofi et je n’ai pas vu non plus la vidéo dans laquelle Emeline, à la demande express du présentateur, se déshabille en direct sur PS TV. Tout ce que je sais, c’est que ça a sacrément buzzé, que FB est inondé de messages et que cette histoire fait le tour de Deauville en tant que « sujet de conversation préféré des joueurs, juste derrière les bad beats du jour ».

Les mots employés dans le blog d’Anne Sofi pour parler de cette fille étaient apparemment très virulents et diffamants et il y était question de « contrat obtenu suite à […] de sodomie et de vaseline » (il a depuis été supprimé). On peut du coup aisément imaginer le ton de l’article. C’est tout du moins ce que j’ai lu sur poker actu dans lequel Mathias parle d’un problème « de jalousie entre filles ».

Mais je ne crois pas qu’il s’agisse de ça. Comme d’autres nanas sur le circuit ayant un palmarès hendon mob respectable, je ne suis plus sponsorisée. Mais si cette histoire m’agace un peu, cela n’a rien à voir avec le fait d’obtenir un contrat sans le mériter de part ses qualité de joueuse (surtout quand il fait 6k). En effet, comme le dit Mathias, c’est tout à fait normal qu’un site ait envie de sponsoriser une fille pour d’autres raisons que le poker : si elle est très jolie et de plus, qu’elle dégage un côté « coquin », c’est l’ensemble de la communauté geek qui va s’en lécher les babines. C’est donc tout à fait compréhensible de mettre un logo sur une fille qui fait buzzer, même si c’est de cette façon. C’est juste du business et du positionnement (même si je ne suis pas sûre que ce soit très valorisant pour la marque…).

Là où j’ai maintenant moi un souci c’est que nous sommes en 2012 et qu’en direct à la TV (et pas sur XXL), un mec ne trouve rien de mieux que de demander à une nana que de montrer son cul pour faire de l’audimat. Je ne suis pas une chienne de garde mais il ne faut pas oublier qu’il y a quelques décennies encore, on nous servait à l’école le petit manuel du « bien recevoir son mari à la maison quand il rentre du travail » (1/ lui amener ses chaussons 2/ lui servir à manger 3/ l’écouter parler de son travail 4/ se coucher au lit avec lui-même si on n’a pas envie 5/ pousser de petits gémissements enthousiastes pour l’encourager etc…).

La route a été longue pour apprendre à nous faire respecter en tant qu’autre chose que l’accompagnement d’un homme, et que chaque jour encore, nous voulons démontrer que nous sommes capables de faire d’autres choses que justement nous taire et montrer nos fesses pour gagner de quoi vivre.

Quand je vois que ma cops la talentueuse Lucille était la seule fille encore en course dans l’EPT à 250 left, j’ai les boules. Elles sont où toutes les autres ? Nous sommes pourtant nombreuses à avoir déjà fait nos preuves et il ne fait aucun doute que la parité est déjà obtenue dans de nombreux domaines. Dilma est la présidente du Brésil, Angela la Chancelière d’Allemagne et plus personne ne s’étonne quand c’est une femme qui vient vous réparer votre ordinateur ou vous proposer en tant que sommelière la carte des vins dans un grand restaurant. Mais le combat est loin d’être gagné.

C’est pour cela que je pense aussi qu’il est important aussi de ne pas entrer dans un jeu dans lequel la femme pourrait en sortir dégradée. Certes, il existe depuis toujours des filles un peu plus perdues que d’autres et dont les limites sont légèrement floutées par des expériences personnelles parfois lourdes, mais c’est aussi à nous de protéger ces filles là et, si possible, de leur montrer d’autres chemins que ceux qu’elles ont eu l’habitude de prendre. De les tirer soit, mais vers le haut…

Il ne faut pas les enfoncer dans un rôle affreux duquel elles ne pourront plus sortir ensuite. J’aimerais parfois aussi que les hommes ressentent autre chose qu’un gratouillis dans la braguette et qu’ils contribuent à élever le débat plutôt que le ramener dans un face à face préhistorique d’où personne ne sort gagnant.

Parce qu’évidemment, on va ensuite entendre « mais c’est pour le fun, c’est léger, c’est pas grave ». Alors oui, bien sûr que c’est pas grave ; y’a pas mort d’homme, plein de gens se sont marrés, personne n’a souffert (quoique…). Mais il faut se méfier de ces petits évènements qui entretiennent le fait qu’une toile de fond désagréable de femme-objet ne cesse de flotter dans un milieu comme le notre, déjà suffisamment rempli de testostérone et de machisme.

On pourra aussi entendre « Je vous emmerde, je suis fière de mon corps, de ma vie et en tant que femme libre et épanouie, je fais ce que je veux », ce qui est l’exact discours de Zahia ou d’une porn star qui clame à qui veut l’entendre à quel point sa vie est belle et à quel point elle se sent bien dans ses baskets. Sauf que personne n’est dupe ; ça nous fait juste penser aux faux cris de plaisir qu’elles poussent quand Rocco passe trois heures à leur faire visiter la maison.

Vous allez me dire que de tous les temps il y a eu ce genre de situation graveleuse entre homme et femme et que la vie est ainsi faite mais pardonnez-moi de vouloir tendre vers le haut. Et non, ça ne veut pas dire qu’une blague sur les prouts ne me fait pas rire. Ca veut juste dire que c’est à chacun de contribuer un peu au fait de s’élever un peu soi-même et la personne en face par la même occasion ; étrangement, on n’a rien à y perdre. Parce que si on le l’avait pas fait depuis quelques siècles, on en serait encore à gratter des silex et s’épouiller mutuellement en poussant des râles de bêtes.

Les 14 raisons indiscutables pour lesquelles je n’ai pas posté depuis longtemps

24 janvier 2012

En effet, j’avoue avoir quelque peu molli sur le clavier ces derniers temps mais ce n’est ABSOLUMENT PAS DE MA FAUTE… En effet, les éléments se sont déchainés furieusement contre moi, surtout depuis que je suis au Brésil, un pays dans lequel il ne fait vraiment pas bon vivre. Mais alors pas du tout. Voici donc les vraies raisons pour lesquelles je n’ai pas fait de post depuis quelques temps maintenant :

Parce que le bruit des vagues était vraiment trop fort :

(limite assourdissant en fait)

Parce j’ai ratissé toute la plage avec mes dents de devant en étant stupidement attachée à un très gros cerf volant :


Parce que j’ai fait une O.D. de bleu :


Parce que pour avoir quelque chose dans son assiette (en l’occurrence du poisson), ce n’était pas facile-facile :


Parce que pour avoir du lait frais le matin, c’était pas facile-facile non plus :


Parce que du coup, on a été forcés de manger des bébêtes affreuses et au gout vraiment répugnant (et le pire, c’est que c’était à volonté, trop dur…) :


Parce qu’avec tout le bruit des alentours, il m’était impossible de me concentrer :

Parce que ma voiture n’a pas cessé de tomber en panne :

Parce que je me suis fait attaquer par les animaux sauvages du coin :

Parce que je me suis perdue moultes fois au milieu de nulle part :


(mais alors vraiment nulle part…)


Parce que de toute façon, nous n’avions pas internet et qu’il nous était impossible de blogger ou de jouer online (pauvres Fab et Nico…):

Parce qu’il est vraiment impossible de faire sa sieste peinard l’après-midi et donc de se reposer en paix :

Et, cerise sur le gâteau, je n’ai même pas encore évoqué la mauvaise ambiance qui régnait entre nous tous…


Mais heureusement, tout a une fin et d’ici une petite semaine, je suis enfin à nouveau dans le froid et sous la pluie à Deauville ! Hourrah !

Sur ce, et plus sérieusement, étant donné que j’ai massacré tous mes adversaires lors d’impitoyables parties de poker (et oui, même ici, on s’est fait des petits tournois dans une ambiance de feu de dieu avec les potes du coin), tarot, yam’s, rami ou (plus basiquement) de trouduc jusqu’au bout de la nuit, je pense que j’ai toutes mes chances pour Deauville où je vais jouer le FPS et un ou deux autres sides ! Et là, vraiment et sans mentir, j’ai super hâte de retrouver la compétition ! A toute !

PS : En plus, j’ai bientôt une cool nouvelle poker à vous annoncer ! 😀