Adrénophilie : c’est grave docteur ?

Non, je ne parle pas d’arénophilie, alias le mec qui fait sa collection de bouteilles « sable de la Jamaique », « sable de Miami » et « sable qui a servi à construire la piscine ». Je parle de celui qui aime/a besoin/ne vit que pour l’adrénaline. Et que ce soit un mot qui existe ou pas n’a finalement aucune importance.

Selon la définition médicale, l’adrénaline est sécrétée en réponse à un état de stress ou en vue d’une activité physique : elle répond à un besoin d’énergie, par exemple pour faire face au danger. Stimulus extérieur = réaction intérieure et corps aux abois. La sécrétion d’adrénaline dans le corps entraine une accélération du rythme cardiaque, une augmentation de la vitesse des contractions du coeur, une hausse de la pression artérielle, une dilatation des bronches ainsi que des pupilles.

Ca ne vous rappelle rien ? Oui, vous avez raison, les effets physiologiques sont semblables à de la drogue. Le lien est donc facile à faire.

Nombreux sont les tarés que je vois en vidéos enchainer des sauts à skis au milieu d’une montagne mi-falaise mi-rocher (avec un peu de neige entre les deux), les jumps en parachute depuis le haut d’un building, les courses en voiture sur verglas, les « Tiens, et si je me mettais un pétard mammouth dans les fesses pour voir ce que ça fait quand ça explose » (Sisi, c’est la même catégorie. Quoique…). Y’avait aussi ce mec qui s’était fait une combinaison d’écureuil volant et qui avait sauté exprès sans parachute de secours pour être sûr de pouvoir tester son invention au maximum et atterrir ainsi directement en snowboard sur la montagne à 1 000 mètres plus bas (il est rentré vivant pour déposer son brevet). Ce sont ceux qui n’ont jamais peur de rien, ceux qui ne se lèvent que pour entendre leur cœur battre et vivre des émotions plus fortes que les autres.

Tiens, et si je piquais une petite tête moi ? Ca tombe bien, il faut que je teste mon nouveau bikini

Pourtant, d’un aspect extérieur, difficile de distinguer l’amour de l’action chez le joueur de poker : en tapant dans le cliché, il est souvent empâté, mal sapé, il se traine dans les couloirs et ne bouge que pour porter la main à ses jetons (ou à sa bière, c’est selon). Et pourtant, sous chaque armure d’immobilité, il y a un petit cœur qui bat (moment émotion, violons…).

Jouer provoque des émotions comme on en rencontre peu dans la vie. Etre joueur de poker signifie faire de sa vie un cauchemar émotionnel. Sauf quand on s’appelle Antoine Saout, on est d’accord. On perd bien plus qu’on ne gagnera jamais, on n’est content en tournoi que lorsqu’on termine premier, on se prend les pires injustices du monde en pleine tête, on hait le joueur qui nous slowrolle avant de nous outdrawer le coup d’après, on casse des souris, des portes, des murs, on exulte de bonheur quand on gagne un gros flip qui nous propulse chip leader, on a les genoux qui claquent quand le mec d’en face prend trois plombes avant de passer sur notre énorme bluff à tapis, on a le cœur qui s’emballe quand on entend « raise », « reraise » et qu’on ouvre les As, on a envie de tuer la terre entière quand ils se font craquer, et le yoyo dure le temps que dure une vie de joueur. Sans répit.

Mais il s’agit d’un véritable choix. J’imagine Durrrr – toujours plus gros, toujours plus fort dans ses paris, une vraie caricature d’adrénaline addict – à la campagne sans ordinateur ni amis à regarder les carottes pousser pendant une semaine et j’en pleure de rire. Etre joueur de poker, ça peut vouloir dire être très malheureux, mais surtout, être très heureux d’un coup. Gros shot de plaisir directement dans les veines en ramassant les billets ardemment gagnés par liasses qui ne rentrent même pas dans le pantalon. Gros shot de plaisir à nouveau en les spewant en soirée avec ses amis le soir même. Avant de se reprendre un mauvais coup le lendemain, de retomber et de garder le cap : ce qui compte c’est la win. On ne vit que pour la win.

Les joueurs de poker sont des gens comme les autres. Sans jugement de valeur aucun (chacun trouvant son bonheur où il est), ils ont juste besoin de vivre un peu plus fort, et sans filet. C’est tout. 🙂

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6 Réponses to “Adrénophilie : c’est grave docteur ?”

  1. Kof Says:

    Chouette article !
    Tu es entrain de vivre des moment inoubliable toi en ce moment !!!

    Merci de les partager avec nous;-)

  2. zmasters Says:

    Question perso.

    T’a testé le pétard Mamouth dans les fesses?

  3. Rv Says:

    J’aime bien ta vision.
    T’as vraiment un regard assez affuté et précis sur le monde du poker.
    Ca doit être ton côté féminin 🙂

  4. Manu Says:

    Excellent article, Claire, j’aime beaucoup l’image de Durr regardant pousser les carottes. Il serait capable de parier sur celle qui pousse le plus vite, remarque…

  5. NicoCP95 Says:

    Superbe article , excellemment bien écrit.

  6. Eric Dethier Says:

    La douce et violente sensation que l’on ressent quand on a un jeu max et qu’on est occupé à piéger l’adversaire qui ne se doute de rien et mieux encore qui mise lui même pensant avoir le meilleur jeu. Où se cacher pour qu’il ne voit pas votre supercherie quand vous allez lui retomber dessus avec votre jeu maous costaud et faire tout ce qui est en votre pouvoir pour avoir l’air dépité du coup et de lancer vos jetons à remords sur le tapis en faux tells complet en espérant qu’il vous envoie le moindre jeton encore en sa possession.
    Le faux petit air compatissant quand il voit qu’il est drawing dead et qu’il est sorti du tournoi par vos mains expertes. Car en fait vous êtes super content d’avoir un adversaire de moins et d’engranger une pile de jeton à faire envier mais aussi à faire peur à vos adversaires qui se disent que maintenant un coup contre vous c’est le survie qui est en jeu.
    Quel bonheur est ce encore quand vous survolez un tournoi touchant non seulement les grosses paires aux bon moments mais plus encore de jouer des suited connector qui touchent leur flop et qui sont souvent les coups sur lesquels vous prendrez le plus. Se sentir intouchable et plein de réussite prenant tout les 8 outers et ce jusqu’à la fin car dans le cas contraire la chute ne sera que plus violente.
    Une bulle dès lors se forme autour de vous et plein de concentration vous sentez vos adversaires, vous exultez intérieurement quand ils passent sur vos bluffs rythmé tel un horloger suisse au point de devenir indécelable. Et grand bonheur quand enfin excédé un joueur se prend d’un excès de fierté juste au moment ou vous ne bluffiez plus mais que vous révélé un gros jeu.
    Vous comptez recomptez vos jetons, vous les ranger soigneusement pour les compter facilement mais aussi pour montrer votre poids à la table. Vous privilégiez d’envoyer au combat les petites piles de grosse valeur comme ca votre stack reste impressionnant aux yeux des adversaires afin qu’il ne s’engage pas à la légère.
    La beauté d’un sport qui a contrario lors de perte répétée ou de salle coup peut être minant pour les morales les plus averties.

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