Main Event des SCOOP, Package APS, séjour à Evian : elle est là, la semaine de good run !

25/03/2013

Il y a quelques jours, je décide de tenter le Main Event des SCOOP sur un coup de folie ; en effet, le online a généralement tendance à me faire tilter très vite et surtout, à m’ennuyer tellement que je ne peux m’empêcher, en plus de mes tables, de faire autre chose (lire un article, mater un zapping ou une série, glander sur des lolcats ou failbook etc…) et donc, de misclick, de rater des mains, de rater des infos, de faire des erreurs etc… Le pire étant quand je décide de cuisiner en même temps, voire de faire la vaisselle ou de ranger l’appart (ce qui ne m’arrive que quand je joue online d’ailleurs, hahaha!)…

De plus, je n’ai aucune gestion de bankroll online, je peux déposer 100€ et les utiliser en intégralité sur un tournoi one shot. Bref, je suis pas du tout la grosse joueuse online qui passe sa vie devant l’écran à grinder en mode robot… Mais là, pour une raison mystérieuse (ok, probablement que les 180 000€ à la gagne y étaient pour quelque chose…), je me motive, j’ouvre la room et je tombe sur un irrésistible sat’ à 2000 FPP. Et comme je n’utilise jamais mes FPP, je me dis que c’est le bon moment pour m’en débarrasser avant qu’ils ne soient périmés (ça me fait le coup tous les ans avec mes "air miles", donc dans le doute…)

Sur un malentendu, voilà que je ship mon premier sat’ (yeepee!) qui m’envoie direct sur le super sat’ à 10 000 FPP (méga-yeepeee!) et là, pour mon plus grand bonheur : je ship mon ticket à 500 euros !!! Branle-bas le combat, j’ai rarement joué un tournoi aussi gros de ma vie online (à part un 1000 qui était énorme l’an passé ou il y a deux ans) et pendant des heures, je lâche rien et j’ai la chance de monter des jetons tranquillement, en suivant toujours plus ou moins le tapis moyen.

Allez Claire, on reste focus et on déchire tout (et le roi de pique, tu peux le mettre dans la colonne à gauche)

Allez Claire, on reste focus et on déchire tout (et le roi de pique, tu peux le mettre dans la colonne à gauche)

Bref, tout se passe tranquillement et plutôt doucement pendant deux jours (oui, c’était long). Jusqu’à ce coup :

Oui, tout est parti préflop. Et oui, de BB avec KK, j'ai vu 3 mecs faire all in devant moi. Et, chose incroyable, ma main est restée devant !

Oui, tout est parti préflop. Et oui, de BB avec KK, j’ai vu 3 mecs faire all in devant moi. Et, chose incroyable, ma main est restée devant sans stress !

Là, mon coeur s’est arrêté. J’avoue que passer de genre 500k à 1,3 millions dans ce tournoi et à ce stade du jeu (je crois que nous ne sommes plus qu’une centaine left), ça sonne tellement dreamy que sur le coup, j’ai du mal à respirer. Fab (qui a terminé encore plus loin dans ce tournoi que l’an passé) n’en revient pas non plus et on commence sérieusement à se demander ce qu’on va bien pouvoir faire de tout l’argent qu’on va gagner… :)

Laissez-moi me rouler de bonheur dans mes jetons...

Laissez-moi me rouler de bonheur dans mes jetons…

Sauf que environ 7 minutes plus tard, oui 7 minutes (c’est à dire que je suis encore en train de jubiler à la vue de mon monster stack), il se passe ça :

Un mec min-raise, comme d'hab, le Suédois reraise, et là, j'ouvre KK de BB. Comme dans un rêve. Ou pas. (Je n'ai jamais réussi à fold KK préflop, surtout contre ce type de joueur, mais je m'en suis beaucoup voulue d'avoir mis 100BB préflop dans ce coup: j'aurais pu trouver un meilleur spot plus tard et prendre le risque de fold... :(

Un mec min-raise UTG, et, comme d’hab, le Suédois Zidane (!) le 3-bet. Et là, j’ouvre KK de BB. Comme dans un rêve. Ou pas. (Je n’ai jamais réussi à fold KK préflop, surtout contre ce type de joueur, mais je m’en suis beaucoup voulue d’avoir mis 95BB préflop dans ce coup: au vu de la beauté de la structure, j’aurais ptet pu trouver un meilleur spot plus tard et prendre le risque de fold en attendant une main plus safe… Ou pas.

Raaaaaaaaaah...

Raaaaaaaaaah…

Bref, je me suis accrochée encore pendant quelques heures avant de bust 72e (sur plus de 2400 joueurs) pour un gain d’un peu plus de 2000€. Ce qui m’a à la fois fait plaisir (transformer 2000FPP en 2000€, c’est un kif) et immensément déçu. Bref. Tout ça pour dire que du coup, j’ai décidé d’aller jouer à la dernière minute le FPS d’Evian ! (quand je vous disais que ma gestion de bankroll était une cata :D )

Un petit bol d'air pur pour vous calmer de vos deux jours passés online?

Un petit bol d’air pur pour se calmer de deux jours passés online? Ouiiii!

J'adore le Royal à Evian. Difficile de dire le contraire, évidemment, mais je pense qu'il s'agit du plus bel hôtel dans lequel je n'ai jamais eu la chance d'aller !

J’adore le Royal à Evian et son charme désuet. Difficile de dire le contraire, évidemment ; il s’agit d’un des plus bel hôtel dans lequel je n’ai jamais eu la chance d’aller…

Bref, j’ai passé un séjour merveilleux au Royal mais une journée horrible lors du FPS. Pas besoin de détail, c’est juste la journée qu’on connait tous : card dead de la mort, aucun spot, aucun flop, tout qui rate. Bref, une journée vraiment rageante, surtout quand on prend en compte le niveau de certains joueurs du tournoi. Ca faisait longtemps que je n’avais pas vu ça…

Laissez-moi vous raconter trois mains de fou, vous allez voir (c’est une démonstration de fishitude) :

. Un gros moustachu relance à 2k avec 9,5k de tapis, flat un 3-bet à 7,5k avant de magistralement folder AQ face up sur un baby flop avec 2k derrière lui (hahahahaha!)

. Je bet river un tirage que j’ai raté et le mec JUST CALL avant de montrer AK sur JTxQx (j’avais KT  et n’étant pas sûre de la showdown value de ma main, j’ai trouvé le min-blocking bet très adapté à la situation, car en plus, ça peut faire fold AT, KJ ou AJ chez ce type de joueur stressé et dont c’est le premier tournoi live). Oui, le mec just call river. Et non, il n’y a ni flush ni doublette. Oui, il est méga max de la mort. Il aurait pu se prendre une pénalité mais des étincelles ont tellement brillé dans nos yeux à tous qu’aucun des joueurs de la table n’a voulu lui mettre la puce à l’oreille en sous-entendant qu’il ne comprenait rien à ce qu’il faisait. Du coup, on a tous poliment dit "Nice hand".

Ah oui, c'est ton premier tournoi en live et tu n'as pas relancé river parce que tu savais que je paierais pas?

Ah oui, c’est ton premier tournoi en live et tu n’as pas relancé river avec les nuts parce que tu savais que je paierais pas?

. Et là, le coup que je vais maintenant vous raconter, c’est le pompon absolu. Ma table casse et je comprends vite qu’un joueur fait la loi à la nouvelle. Il jette des piles de jetons de 5k dans des overbets monstrueux et n’a jamais aucune idée de pourquoi il le fait. Mais ça le fait marrer (et c’est tant mieux). Inutile de préciser que nous implorons tous le Dieu du poker pour qu’il nous envoie une main sérieusement nutsée ! Ce qui arrive très vite à un jeune à capuche qui ouvre KK et qui a le bonheur d’entendre "all in" sur un flop 552 dans la bouche de la baleine. Le mec avec KK paie l’énoooooorme check-raise/overbet et voit avec horreur la baleine lui retourner un 2. Sauf que la deuxième carte n’était pas un autre 2 (attendu) mais un K. Okayyyy. Du coup, la baleine chute à 25k et décide pour se refaire de joueur TOUS les coups comme un maniaque. Et vient ce moment magique :

UTG+1, qui est short, open push 5500 et lui, qui est UTG+2 snap avec 20k derrière en nous disant "Je suis léger mais je le sens bien". La SB décide alors de relancer à environ 20k avec AQ et notre ami baleine éclate de rire avant de fold… 8 et 3 offsuit. Oui, 8-3 !!! Et là, il nous sort "Ah je vous avais bien dit que j’étais léger!" Je n’avais pas beaucoup dormi la nuit précédente (on avait pris un vol de Londres a 8h du matin) et mes nerfs ont lâchés, j’ai eu un gros fou rire : impossible de m’arrêter !

fou rire

Bref, tout ça pour dire que je n’ai pas pris un jeton ni à la baleine ni à celui-qui-just-call-avec-nuts, et j’ai bust comme une bouse de ce tournoi ou vraiment, malgré toute la patience du monde, je n’ai pas pu monter un seul jeton et où j’ai finit par sauter avec AJcc sur 7c8c2h contre paire de 8 pour brelan. Voilà !

Et re-belote dans le side turbo ; je 3-bet l’autre chip leader de la table avec AQ, il just call hors poz’ avec paire de 6 (hum…) et le flop est venu A6x. Yeah.

Heureusement, on s’est vite consolés avec :

Les bains bouillonnants extérieur au Spa du Royal... Mmmmh !

Les bains bouillonnants extérieur au Spa du Royal… Mmmmh !

Et aussi avec :

Miaaaam les spécialités savoyardes qui vont bien ! Fondue aux morilles, tartiflette aux petits lardons, filet mignon sauce girolles... Sluuuuuurp!

Miaaaam les spécialités savoyardes qui vont bien à la Ferme des Alpes ! Fondue aux morilles, tartiflette aux petits lardons, filet mignon sauce girolles… Sluuuuuurp!

Et, cerise sur le cake, Fab a terminé 4e du Main Event, ce qui au final nous a signé un très beau week-end ! :)

Enfin, il y a maintenant près de 15 jours, j’ai vécu un moment fort sympathique à Londres ! En effet, nous avions été invités avec Fabrice par Bodog à jouer un sit’n'go aux côtés de sharks comme James Akenhead, Mc Lean Karr, James Dempsey ou encore Salman Behbehani et de fish qualifiés par la room, le tout en dégustant des petits fours et en profitant d’un généreux open bar comme seuls les anglais savent le faire. A la clé de ce sit’n'go de 20 joueurs se trouvait un généreux package pour l’APS Manille en janvier prochain pour deux personnes (billets d’avion, hôtel 5 étoiles, frais sur place et surtout, un ticket d’entrée chacun pour un freeroll avec 100k de prizepool et seulement 50 joueurs qualifiés ! Miaaaaam !).

Et là, j’ai run like heaven et, dans un enchainement digne d’un Walt Disney, j’ai win un flip contre Karr (zou, busto), fait un hero call de folie à tapis contre Akenhead (merci la confiance amenée par le champagne) et fait un monster bluff all-in en heads-up en 4-bet au flop parce que j’étais sûre que mon adversaire allait fold (et pour une fois, j’avais raison -#extraluciditéalcoolique), bref, une promenade de santé qui m’est tombée dessus quand je m’y attendais pas et qui m’a vraiment donné un coup de boost au moral!

Au delà du package, je crois que ce qui m'a fait le plus plaisir, c'est juste le fait de gagner quelque chose. J'avais oublié ce que c'était et même si ça reste un mini-truc, la sensation nous rappelle pourquoi on aime le poker (quand n'importe quel pro bad run pendant des mois, il en vient ,aturellement à détester le jeu et remettre en question sa passion...)

Au delà du package, je crois que ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est juste le fait de gagner quelque chose. J’avais oublié ce que c’était et même si ça reste une mini-win, la sensation nous rappelle pourquoi on aime le poker (quand n’importe quel pro bad run pendant des mois, il en vient naturellement à détester le jeu peu à peu, non?)

Bref, la prochaine étape, ce sera le retour à Londres et pour le coup, je croise les doigts à fond pour run good encore un peu. Mais sur le temps only cette fois. Plus de neige. Plus de pluie. Plus de gris : non DU SOLEIL QUE DIABLE ! Parce que c’est sensé être le printemps depuis 4 jours boudiou ! :)

PS : Et pour finir en beauté, cliquez pour voir cette vidéo bien crétine mais bien poilante aussi (forcément…) !

De Deauville à Las Vegas : 15 jours hyper polarisés, nuts or beurks !

26/02/2013

Définition de "polarisé" : soit très bon, soit très pourri. Se dit aussi d’une main de poker : avoir "les nuts or nothing".

Laissez-moi vous raconter mes 15 jours "nuts or beurks" en bref, z’allez comprendre la force du roller-coaster :

NUTS : Lors de l’EPT Deauville, mon déjeuner d’anniv’ surprise façon goûter avec Emilie, Nico, Coco, Fab et Ludo (merci les z’amis, c’était top !) et toute la journée qui a suivi (massage, fleurs, resto qui tue et soirée à l’02 ensuite)…

annivPetit jeu : sauras-tu deviner qui est qui? (en fait j’avoue : on avait vraiment l’air trop cons -mais du coup, on s’est bien poilés-, je me suis donc dit qu’un peu d’anonymat ne ferait pas de mal hahaha!)

restoFlash pub (parce que c’est aussi à ça que sert un blog) : on ne connaissait pas "l’Essentiel", un resto gastro franco-asiatique, mais ça va devenir notre QG tous les ans pendant l’EPT ! Pour résumer, de l’amuse-bouche au dessert, on s’est ré-ga-lés (et c’est suffisamment rare pour mériter d’être signalé, merci Chef) !

soireeUne belle brochette de fish à l’O2 ! (mais au moins, l’aquarium est remplit de champagne !)


BEURKS :
Avoir l’average en début de Day 2 au FPS (malgré une gravissime erreur de ma part lors du Day 1 : je tente de bluff turn un mec qui est commit, parce que je n’ai pas bien vu la taille de son stack). Et bust Day 2 en 3 mains D’AFFILEE ! Trois flips, merci et au revoir, on rentre à Londres !

claire_FPSTrès sympa ce début de journée, on s’éclate…


NUTS
: Le voyage aller à Vegas en business parce qu’ENFIN, on a pu se servir de nos miles ! Hourrah !

avionLe seul souci avec les voyages en business, c’est qu’on se dit qu’on ne retournera plus jamais en éco. Et pourtant… :)


BEURKS 
:
Lorsque nous arrivons en taxi à notre appartement à Vegas, plus d’électricité.
En même temps, ce n’était pas grave, car nous n’en avions plus besoin pour ouvrir la porte du garage : la batterie de la voiture était vide de toute façon.
En même temps, ce n’était pas grave, et j’irais même jusqu’à dire que c’était une bonne nouvelle que nous ayons oublié d’installer le prélèvement auto des factures EDF (= coupure immédiate), puisque sans cela, notre appart’ aurait pris feu.
En effet, j’ai oublié de mentionner l’explosion d’une canalisation d’eau usée au plafond entre les deux apparts qui a fait tellement de dégâts dans la cuisine que si l’électricité n’avait pas été coupée, ça aurait probablement créé un terrible court-circuit qui aurait foutu le feu partout.
En même temps, ce n’était pas grave, puisque c’est ce qui a permis aux assureurs de découvrir (après dépouillage/démontage de la cuisine jusqu’à l’os) une énorme tache de moisissure derrière l’évier et jusqu’au frigo, et qui datait des anciens proprios. "You’re very lucky, thanks to the leak, we found the mold !" Pour ceux qui ne connaissent pas les ricains, depuis l’affaire des "moisissures tueuses", prononcer le mot "mold" dans un appartement revient à crier "bomb" dans un aéroport.
En même temps, ce n’était pas grave, car celle-ci n’était pas plus dangereuse que celle qui truffe le roquefort. C’est juste que la moisissure, ça sent mauvais.
En même temps, ce n’était pas grave, car grâce aux cuisses de poulet laissées au congélo (oui, ce même congélateur qui n’avait plus de courant depuis 6 mois), on ne sentait plus du tout l’odeur de moisi en entrant dans l’appart’…

Bref, nous sommes donc allés à l’hôtel en taxi (puisque la voiture était en panne). Jouer un peu au poker. Et j’ai bust d’un 250$ au Venetian sur un coup bien polarisé ; ça ne s’invente pas (le mec overbet push river avec soit full soit rien ; il a full et j’ai évidemment pris la mauvaise décision).


NUTS :
Sauf que le lendemain matin, nous étions à nouveau au paradis. En effet, à Vegas tout est possible, même faire du yoga au milieu des dauphins! Trois fois par semaine à l’aube, une petite salle sous l’aquarium géant du Mirage est ouverte pour un cours particulier vraiment particulier. Les 8 tapis sont installés entre trois grandes fenêtres donnant sur les bébêtes qui se marrent bien à nous voir prendre nos postures zen ridicules. Sauf que nous, on s’est bien marrés aussi puisqu’ils étaient tous vraiment en forme : vous avez déjà vu une partouze de dauphins vous ? Nous oui ! (dur dur d’ailleurs de se concentrer sur nos postures tant on avait tous les yeux scotchés sur National "dolphin porn" Géographic en direct).

DAUPHINSUn moment magique et merveilleux (si on ne prend pas en compte que le dauphin qui me parle est vraiment "ravi de me voir" et qu’il m’invite à les rejoindre -oui, le cadrage de cette photo est étudié-) :D


BEURKS 
:
Quelques jours plus tard, nous arrivons à Los Angeles, enfin plutôt dans la charmante bourgade de Commerce, à plus d’une heure d’embouteillage de Venice Beach ou Malibu. Nous découvrons la merveilleuse vue panoramique depuis notre chambre :

parkingEn même temps, c’était ça ou l’autoroute… Alors bon…

normandyAh, c’est sûr que ça change du Normandy…

Une fois notre burger au gras dégusté, nous nous dirigeons motivés vers le casino de l’enfer, aka le Commerce, aka le pire endroit du monde pour jouer au poker, aka "quand t’arrives, tu te grattes", aka "Ca pête, ça rote, ça crache" etc…

Pour vous résumer la chose, quand on gagne un gros pot, on a presque pas envie de toucher aux jetons pour les empiler chez soi. D’ailleurs, je n’ai pas chip-trické une seule fois. Mais j’ai vidé mon tube de désinfectant main. Et mes poches aussi d’ailleurs. Je me soupçonne d’ailleurs d’avoir jeté mes jetons pour pouvoir m’en aller plus vite…

commerceUne usine à rake, avec plusieurs centaines de joueurs entassés à la chaine, dans le vacarme et la crasse… 

chat_depressif

Le lendemain, hors de question de retourner dans la salle maudite des pauvres en bétaillère. Je fais donc péter la banque pour m’asseoir en 20/40 (Limit) pour la première fois de ma vie. Et j’ai l’immense privilège de m’asseoir dans une "room high stakes" à peine moins dégueu et où les jetons ne collent pas aux doigts. Je suis hyper motivée et chargée à bloc : je vais jouer avec une discipline de l’espace : jamais spew de bet en étant derrière, et toujours bourriner en value quand je suis devant. Le Limit est une variante très particulière, où la notion de bluff est différente, où la position est primordiale et où sortir de sa ligne de conduite conduit très souvent à l’échec. Comme dit Fab, c’est uniquement un jeu d’économie où chaque bet compte : il faut y jouer avec rigueur, jamais quand on est d’humeur gambleuse…

Première main que je joue : AK vs A9 dans monster pot sur 245A (ça a bourriné sévère préflop/flop/turn). River 9, je me contente de check/call son bet. Il a A9 et j’ai perdu plus de 250$ sur le coup. Un peu sonnée, je reprends mes esprits et continue la bataille. 88, TT, AT sur AsAd2s8h3s (contre A5 -miam- et Ks4s qui fait couleur river…), QQ sur AKx (=abandon) : j’ai perdu presque toutes mes grosses mains. Aucun flop, des tirages ratés. Comme une spirale infernale qui m’a coûté au final une blinde.

Mais, et c’est là où je m’en veux, j’aurais dû m’écouter. Dans la poker room du Bellagio, par exemple, je me sens bien et je gagne (mais je joue plus petit, 10/20 ou 8/16). J’y gagne pas des tonnes mais j’y gagne régulièrement. Et ici, dans ce casino maudit, j’aurais dû écouter le fait que je ne m’y sente pas bien. Ni chanceuse, ni à l’aise ; et c’est probablement un peu irrationnel mais je pense qu’être entouré de bad vibes amène la scoumoune. En clair, je n’étais pas à ma place et j’aurais dû mille fois prendre en compte ce facteur avant de m’asseoir à la table entourée de gens qui ne me ressemblent pas (enfin j’espère…).

Anéantie et sur-cagoulée, je rentre à la chambre pour regarder la fin des Oscars et c’est là que me vient une idée de génie : regarder "Amour" de Haneke, un film primé/césarisé de partout. Au bilan : une heure à s’ennuyer (c’est quoi cette direction d’acteur ? On dirait que les mecs sortent d’une séance d’orthophonie : on ar-ti-cu-le) et une heure à pleurer face à ce couple de petits vieux qui se meurt lentement. En même temps, le point positif dans tout ça, c’est que maintenant, je sais comment on change la couche d’une grand-mère paralytique.

Bref, si Fab ne m’avait pas ramené un emergency-cookie au chocolat (après avoir busté du Main Event à 10k avec AQ vs AT sur QT9…), j’aurais sauté par la fenêtre. Histoire d’atterrir dans les poubelles juste en dessous et de peaufiner le tableau d’une journée parfaite.


NUTS :
Intervalle zen dans un resto japonais le lendemain avec ElkY, Jenny No et Eugène au coeur de Little Tokyo. Un resto minuscule mais au menu shabu-shabu délicieux et gargantuesque : personne n’a pu en venir à bout !

shabu shabu - Copie

Il me reste encore une semaine sous le soleil de Vegas avec au programme de belles sessions de cash game au Bellagio tous les jours. Et punaise pourvu que je finisse en 100% NUTS ! (Mais même si je reviens cagoulée jusqu’à l’os et que je dois descendre de limites jusqu’en 4/8, ben on s’en fiche car une semaine à Vegas, de toute façon, C’EST TOUJOURS LES NUTS !) :)

Petit bonus pour la route : quand il vous arrive un (petit) bad beat, que ce soit au poker ou dans la vie, pensez à ça (spéciale dédicace à Kara qui l’avait postée sur son mur) :

t-rex
Perso, ça marche à tous les coups mouahahaaa ! :D

Deauville-Baghdad : sous les bulots, la triche…

05/02/2013

Moi qui avait prévu, après deux mois (presque) sans poker, de vous mitonner un petit post sympathique de retour, en direct de Deauville façon "Tout ce que j’aime retrouver sur le circuit" ou "Mon top 10 de tout ce que je préfère sur cet EPT de bord de mer", ben je crois que je peux m’auto-farcir…

En effet, au vu du climat actuel et des questions que tout le monde se pose, je me vois mal vous faire l’éloge de mon plateau d’huître de lundi ou de vous pondre un whine infini sur mes malheurs à la table (quoique, je ne saurais résister à la tentation de vous raconter mes bad beats)…

Car voilà, ce serait comme faire le reporter de guerre qui part à Baghdad et qui revient avec une chronique de "Où manger le meilleur kebab de la ville". Je ne peux donc pas publier sur ce blog sans, semble-t-il, évoquer cette situation désagréable dont tout le monde parle ici : l’affaire de triche façon "Kem’s" de la finale du PPT.

Il est vrai en plus que tout le monde en parle. Je n’étais pas à la table du FPS depuis plus de 15 minutes que des mecs randoms s’envoyaient des  "J’avais deux paires oeil-menton" ou faisaient gesticuler leurs bras comme des fous épileptiques, dès qu’ils entraient dans un coup. Et la table, évidemment, riait de bon cœur. Parce que voilà comment la majorité des joueurs évoque l’affaire : en riant. En fait, tout ceci est en train de devenir une énorme private joke (qui n’est plus très private d’ailleurs) dans toute la communauté.

Sauf que tout le monde ne rit pas non plus…

Y’a aussi ceux qui, comme moi, sont finalement assez tristes et déçus de tout ça. Parce que je ne ferais pas exception en disant que j’appréciais moi aussi JP pour toutes ses qualités humaines et que oui, il était très aimé de tout le monde, toujours poli, souriant, sympa et généreux (mais bon, ce n’est malheureusement pas de ça dont il est question ici)…

Et puis enfin, y’a ceux qui font sacrément la gueule, pestent et enragent : tous ceux qui vivent du poker (joueurs pros ou amateurs, journalistes, businessmen etc…) et qui ont conscience du mal que peut faire cette affaire sur notre image qui est déjà lourdement chargée…

Après, halléluia, il nous faut relativiser l’impact que cette histoire a pour l’instant aux yeux du grand public, puisque nous avons l’immense chance de "faire une Farrah Fawcett".

- Farrah Fawcett est morte
- Ah bon ? Quand ?
- Hier, le même jour que Michael Jackson
- Ah ouais, ok, j’en ai pas entendu parler…

En effet, remercions le merveilleux monde du foot de nous offrir ce qui s’annonce comme l’un des plus gros scandale sportif de tous les temps, pile au bon moment. Les journalistes des médias généralistes ayant donc à manger pour les semaines à venir, ils vont probablement nous laisser un peu de temps d’y voir plus clair avant d’exposer la chose sous les spotlights de façon bourrine et de juger le poker de façon rapide et caricaturale : poker = drogue = triche = prostitution = fange du monde = "cool, on va faire de l’audience au 20h".

Mais il faut en effet reconnaître que même si peu est dit en public, ça jase et ça gueule sévère dans les coulisses… Il me semble donc impossible que l’affaire s’étouffe lentement dans les prochaines semaines : on va droit à l’enquête et au procès (ou pas) mais tout le monde a hâte d’avoir le maximum d’éléments pour se faire une idée et enfin tourner cette page fort désagréable. Quoiqu’il en soit, une petite voix me dit que jamais on ne saura exactement ce qui s’est passé, qui a fait quoi et surtout, quelle était l’énorme partie immergée de l’iceberg reliée à cette affaire…

Donc en attendant que tout ceci décante (et qu’importe finalement l’issue de tout ceci), j’avoue qu’en tant que joueuse, ça m’a un poil préoccupée aussi : l’essentiel est que cette histoire soulève des questions et des points importants à travailler/consolider pour assurer l’avenir de notre passion à tous. En clair, l’envie d’avoir des exigences commence à me gratter sévère : il nous faut blinder l’avenir au lieu de décortiquer un passé qui ne nous offrira probablement aucune réponse. 

J’ai donc envie d’être plus chiante et plus intransigeante que jamais. D’où la création de "la nouvelle charte du joueur pro qui veut jouer en live sans flipper d’être pris pour un pigeon". Ou, plus simplement, la "C.H.A.T.T.E", aka "La CHarte Anti-Triche Totalement Exigeante". 

lion

Suite aux derniers développements des affaires en cours, NOUS, JOUEURS PROS ET AMATEURS, EXIGEONS DESORMAIS :

. Des sièges moelleux, inclinables, avec accoudoirs, chauffants (sur option, et en cas de clim’) et massants, genre avec deux boules qui remontent le long du dos (PS : vade retro esprit pervers, y’a rien de chelou dans ma phrase)

. Des massages gratuits de 10 minutes pour tous

. Des boissons à volonté (et pas que des softs, faut pas déconner)

. Avec les casse-croûtes assortis (certains casinos le font d’ailleurs déjà et qu’ils en soient bénis)

Ok, je dérive doucement. On retourne dans le vif du sujet :

Premièrement nous exigeons :
Des floors compétents et impitoyables avec les rêgles : ce sont les mêmes pour tous.
Encore tout à l’heure, Fab me racontait que lors d’un tournoi récent, un croupier qui distribuait les cartes avait stoppé sa distribution pour appeler un joueur pro à venir s’asseoir afin que sa main ne soit pas brûlée. Ce geste, qui part pourtant d’un bon sentiment à la base, est inadmissible. En effet, que va-t-il se passer quand Randomator va voir sa main brûlée juste après parce qu’il n’était pas non plus assis à temps pour récupérer ses cartes ? Poser des règles strictes et identiques pour tout le monde est un gage incontournable de respectabilité d’un casino. Pas de favoritisme mais des hommes là pour faire respecter l’ordre d’une façon très droite, jamais complaisante et toujours impitoyable : on veut des BatFloors.

Deuxièment :
Une couverture totale des tables et de la zone de tournoi avec des caméras, avec un personnel compétent à l’autre bout des écrans. Le tout avec conservation des bandes pendant une durée suffisamment longue (en cas de besoin de re-visionnage) du tournoi si possible mais surtout à partir de la demi-finale ou, de façon obligatoire, de la finale. On se doute bien que les organisateurs ne vont pas garder trente fois 72h de rush dans les placards et se creuser une grotte en Norvège comme Google pour le data-stocking…

Troisièmement :
Que tous les employés d’un tournoi soient au courant de toutes les dernières techniques de triche hi-tech (ou pas) afin de mieux buster les fourbes. J’ai entendu dire qu’il existait par exemple des encres invisibles pour marquer les cartes (ensuite, ces dernières sont lues avec des lentilles/lunettes spéciales). Et que l’on pouvait les acheter partout online (flippant hein?). J’ai donc envie d’exiger qu’un floor embusqué porte ses lentilles quand il déambule entre les tables. Et que les coupables, s’il y en a, soient immédiatement virés de tous les casinos de France et de Navarre.

Quatrièmement :
Que la jetonnerie soit adaptée, voire à terme, programmée avec des puces incrustées pour éviter tout "ré-injectement" ultérieur d’un tournoi à un autre. Ca semble un peu XXIIe siècle et surtout, ça coûterait une blinde… Mais l’idée est kiffante et elle serait possible quand il ne reste plus que quelques tables en fin de tournoi. De même, il faut impérativement des jetons différents pour les sat, les sides et les Main Event. Ca devient de plus en plus fréquent, mais ce n’est pas encore automatique.

Cinquièmement :
Des mélangeurs automatiques (et donc, qui recomptent les cartes) présents à gogo autant que possible. Même si sur un grand tournoi, pour raisons de budget, seules quelques tables en sont équipées (surtout en TF), c’est toujours mieux que rien. Ca permettrait d’éviter toute possibilité de manipulation, qu’elle vienne du joueur ou du croupier.

Si ces cinq mesures étaient appliquées (ce qui est souvent le cas dans certains casinos de Vegas, par exemple) , il ne fait nul doute que les tricheurs devraient se décourager un tant soit peu avant d’envisager de raser leurs pigeons. Sauf que bon, on rejoint un peu le pays de Candy : ça coûterait une sacrée blinde aux organisateurs tout ça… Mais si rien que les quarts de finales étaient couverts de cette façon, ce serait pas mal non ?

Ce serait d’ailleurs un excellent point de communication pour de nombreux organisateurs de tournoi, qui pourrait même aboutir à une création d’une forme de "label" garantissant des mesures pointues et spécifiques pour protéger les joueurs. Les joueurs exigeraient donc la C.H.A.T.T.E avant de poser leurs fessiers royaux sur des sièges de tournoi : après tout, ce serait logique, non ? :)

En bref, c’est donc aux organisateurs de tournois de jouer aux justiciers (non-) masqués et de décider de prendre la route de la transparence et de la rigueur la plus totale : ils ont tout à y gagner, dont la confiance d’un public de passionnés, souvent bourré aux as et qui en plus, n’a qu’une seule envie : dépenser leurs sous chez eux les yeux fermés. Sur le papier, c’est une idée de comm’ qui ne se refuse pas… Ce serait donc un investissement lourd à la base mais dont les retombées seraient très juteuses et profitables à tout le monde…

De même, et en parallèle, je tiens à préciser  que le peu d’histoires de triches (parce qu’il est bon de rappeler que sur le circuit pro WPT, WSOP et EPT, ça reste à priori infiniment marginal) que j’ai entendu depuis 5 ans que je suis sur le circuit, touchaient aussi bien le online que le live…

Mais bon, comme il est question ici d’une affaire en live, parlons de ça. Toutefois, j’apprécierais que les rooms online communiquent un peu plus sur leur méthodes de traque des tricheurs et leurs résultats… Car on sait que si le côté "barronage" (un complice posté derrière l’adversaire), "Je te fais des signes" ou, plus simplement "On se joue pas" existe depuis que le poker existe, et présente un côté presque archaïque limite "Commedia dell’arte", la triche online peut inclure des techniques super hardcore de complexité… Le sujet est encore plus tabou que le live, et pourtant, il touche beaucoup plus de monde et donc, beaucoup plus d’argent…

Je voudrais revenir aussi sur l’idée qu’il ne faut pas oublier d’où vient le poker et sa mauvaise réputation. En résumé : "On ne peut pas arriver sur une ancienne décharge pour construire sa maison et gueuler parce que ça pue quand on ouvre les fenêtres". Attention à ne pas sortir cette phrase hors contexte : je ne dis évidemment pas que "c’est comme ça, alors ferme ta gueule". Non, je dis juste que grâce à de nombreuses personnes de bonne volonté, tout bouge tranquillement et s’oriente dans la bonne direction mais il ne faut pas non plus oublier qui jouait au poker il y a 20 ans dans les arrières-salles enfumées…

Mais bon, non seulement le donquichottisme est un moteur merveilleux mais en plus, il arrive parfois même à faire tomber un moulin (à moins que ce soit un coup de vent extérieur ou une grosse "Deus ex Machina" pelleteuse, mais au final, du moment qu’on a le résultat…).

De plus, et pour clore le sujet, c’est dans le circuit du poker pro que j’ai appris ce que le mot "avoir une parole" voulait dire. L’immense majorité des joueurs pros que j’ai rencontré et que je cotoie au quotidien sont des gens droits, intêgres et de vrais amoureux du jeu. Beaucoup sont capables par exemple de prêter une somme énorme à une connaissance du circuit sans sourciller et sans aucune garantie, et se les voir rendre quelques jours plus tard comme si de rien n’était ; parce que faire confiance à quelqu’un veut vraiment dire quelque chose (et la trahir, aussi…). C’est aussi un milieu qui compte de nombreuses personnes avec qui j’adore passer du temps, pour parler poker ou juste refaire le monde pendant des heures. Voilou.

Maintenant, assez parlé de choses importantes.

(avant, petite parenthèse philo avec une phrase que j’aime tout particulièrement :  "Quiconque a sondé le fond des choses devine sans peine quelle sagesse il y a à rester superficiel" Nietzsche. Voilà, comme ça, ma transition vers la fin de cet article est faite…)

Finissons donc sur trois notes positives et légères :

anaisAnaïs Lerouge est officiellement un vrai pirate : elle s’est encore emparée, pour la 3e fois (!) du titre Ladies ! VGG à toi ; u rock girl :) (pour info, ici, c’est le bar de l’O2, dans le casino, où se retrouvent tous les joueurs le soir : un piège absolu où le "Allez, non vraiment c’est mon dernier verre et je rentre" est voué à l’échec à 100%…) 

crountch[interlude on ze beach] Crountch, crountch, crountch : le bruit des coquillage broyés est plus jouissif que celui du papier bulle qui éclate sous les doigts :)

ben_restoEt pour finir, un gros VGG aussi à Benjamin Pollak qui remporte le contrat Betclic à 100k ; et zou, un autre prétexte pour faire la fête ! 

Rendez-vous dans quelques jours pour la suite de cette étape Deauvillaise dans un autre post où, cette fois, vous n’échapperez pas au récit de mes bad beats ! :) (mais promis, j’y mettrais aussi plein de bétises et de photos sympas)

Un gros GL aussi à tous les potes qui sont encore dans la Main !

Petite sélection de films et docus à voir absolument !

05/12/2012

Oui, je sais, rien à voir avec la choucroute…

Mais étant donné que ce blog est greffé sur mon niveau de bankroll ; en ce moment, vous aurez le droit à des posts à 50 euros max. Pas de "Comment j’ai ship le WPT Prague avec majesté" ou de "Comment massacrer un field de 800 sharks sans cartes et uniquement en bluff" (spéciale dédicace d’ailleurs à l’ami Fred D8, Roi des bloggeurs après une perf’ magnifique à Mazagan : on est tous vraiment heureux pour toi : Méga VGG !)

Non, bien que je sois effectivement à Prague (avec pour but de faire des sat’ et de jouer un peu en cash),  dans ce post, vous aurez le droit à des recommandations de vidéos qui m’ont récemment bouleversées. Ce qui, après réflexion, est probablement mieux pour vous que mes conseils pour déchirer ses adversaires au poker… :D

De plus, à quoi sert un blog si ce n’est à mettre en avant publiquement quelque chose qui nous plait ! A mon tour de faire de la pub ! J’ai donc sélectionné deux long-métrages de fiction et deux documentaires : roulements de tambour, en avant marche et ouvrez grands vos oreilles !

LE GRAND SOIR de Benoît Delépine et Gustave Kervern (avec Benoît Poelvoorde, Albert Dupontel et Brigitte Fontaine)

C’est celui que j’ai le moins aimé des quatre mais il m’a suffisamment secouée pour figurer sur ma hot list du moment. Je ne sais pas comment les Grolandais ont pu réussir ce tour de force de rendre poétiques des images de zones commerciales, entre Leroy Merlin, Picard et Bricorama, mais ils l’ont fait. No man’s land de l’anti-capitalisme, cette fable burlesque oppose deux frères n’ayant à priori rien en commun : l’un est le plus vieux punk à chien d’Europe (Poelvoorde) et l’autre (Dupontel), le commercial de Top Literie à la vie le plus chiante d’Europe.

L’un a choisi de vivre en marge avec ses canettes de Kro, son (petit) chien et sa douche matinale à la fontaine du Rond Point des Lys. Et l’autre ne choisira pas d’être envoyé sur les rails de la marginalité. En bonne satyre sociale, les deux réalisateurs nous replongent dans nos 17 ans, quand nous voulions casser la gueule au monde entier, sans pour autant avoir une autre solution à proposer à la place. Le film est du 100% no future ; avec un pessimisme si hardcore qu’il forcerait presque le spectateur à prendre les armes de l’optimisme pour partir au combat.

Ne vous attendez pas à des rires en rafales, des blagues en mitraillettes ou des répliques cultes à la chaîne. Non, le film traîne et prend son temps comme un vieux punk bourré qui contemplerait le monde avec le cynisme et le mépris d’un gamin qui refuserait d’aller à l’école le lundi après-midi quand il fait beau dehors…

Au passage, vous pourrez aussi profiter de Poelvoorde dans le plus beau rôle de sa carrière…. Donc inspirez fort et plongez. Mais inspirez profondément : là où les Grolandais vous emmènent, vous aurez besoin d’air…

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LES BETES DU SUD SAUVAGE, de Benh Zeitlin avec Quvenzhané Wallis et Dwight Henry

Premier film, titre chelou, acteurs amateurs, film qui repose entièrement (et uniquement) sur les épaules d’une gamine de 6 ans, pas vraiment de synopsis si ce n’est un truc bizarre avec des aurochs sauvages qui se réveillent somewhere en Antarctique et une gamine qui vit avec son père dans le Bayou sur un territoire qui subit une montée des eaux sans précédent. Voilà. Sur le papier, c’est juste : "Next".

Sauf que le fait que le film ait tout raflé à Cannes, Deauville, Sundance, Londres ou Stockholm a fait quelque peu pencher la balance de l’autre côté. "Okay, let’s give it a chance…"

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Et là, après une heure et demie de film, comment dire… La claque a été telle, et je l’ai ressentie tellement fortement, que je n’aurais jamais les mots pour vous décrire la façon dont j’ai vécu ce film. J’ai eu des frissons du début à la fin, pleuré gaiement les 15 dernières minutes (même si le film n’est pas du tout une tragédie arrache-larme comme les films américains qu’on déteste) mais surtout, vu le film d’une façon que vous ne comprendrez jamais.

Parce que le vrai secret de ce film est là : vous aussi, vous verrez ce film d’une façon unique et personnelle. Il vous touchera d’une façon spéciale, et touchera votre voisin d’une autre. C’est juste la définition d’une vraie œuvre d’art : sa magie et sa poésie font que le spectateur comble les trous avec son propre imaginaire et son propre vécu pour le ressentir plus fortement.

Selon les spectateurs, les sujets abordés dans le film seront donc différents. On y retrouve un parfum de fin du monde, de résistance, de passage de l’enfance à l’âge adulte, de rebellion, de man vs wild, d’anti-capitalisme, de documentaire et de conte de fée à la fois… Perso, j’ai trouvé que ce film était purement et simplement du génie… Je vous le recommande vraiment. Mais genre VRAIMENT.

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Passons maintenant aux documentaires…

Il est vrai, et je ne vous le cacherais pas, que je traverse en ce moment une phase de "complot-à-gogo", saupoudrée de "On nous ment, on nous affabule" qui m’excite tout particulièrement. Et mon cas s’est quelque peu aggravé suite notamment à la découverte de ces deux reportages, qui ne sont pourtant pas des démonstrations de prosélytisme mais des bijoux d’investigation hors des sentiers battus…

UN MONDE SANS HUMAINS de Philippe Borrel

Un reportage diffusé sur Arte en octobre et qui a fait couler beaucoup d’encre. Et pour cause… Sans vouloir vous gâcher votre plaisir de découverte, il y est question de l’impact des nouvelles technologies sur notre vie et de la part énorme que celles-ci vont avoir dans notre futur (très) proche. En moins de 10 ans, nous sommes en effet déjà greffés à nos smartphones et autres ipad, mais ce n’est que le début d’un esclavagisme progressif qui réduira l’humanité à des bouts de chairs dépendant d’un cerveau extérieur. Dramatic much ? :)

Si je vous parle d’une "université", implantée sur le site de la Nasa et financée en partie par Google et les plus gros monstres anarcho-capitalistes du monde, et faisant des recherches sur la programmation du cerveau et la façon de le contrôler via des machines, ça vous parle ?

Voici un extrait de la présentation du film, sur le site d’Arte : "Les adeptes de ce mouvement de pensée, né aux États-Unis, voient dans les techno-sciences un moyen de créer un homme plus que parfait, bardé d’implants, dont les maladies et autres imperfections physiques seraient gommées grâce aux innovations technologiques. Les plus fervents vont même jusqu’à évoquer la possibilité de se jouer de la mort en sauvegardant nos consciences sur disque dur."

Philosophes, scientifiques, journalistes évoquent donc un futur qui où l’humanité sera divisée en deux : une élite post-humaine tendant vers "l’omniscience et l’immortalité" (dixit le big boss -et futur Dieu- de cette "Université" s’apparentant plus à une secte qu’autre chose) et le reste de la populace, qui trimera pour garder une place dans une société où, plus que jamais, le marketing et la sur-consommation seront les bases de notre civilisation.

Un film totalement révoltant et terrifiant et dans la même veine que le docu sur Goldman-Sachs. Ou comment des monstres d’égoïsme voulant devenir Dieu décident de tirer leurs épingles du jeu en crachant au visage des pauvres débiles philanthropes qui rêvent encore "d’un monde plus beau où l’humain grandit en se mettant au service de l’humanité et de la planête"… Très instructif.

Juste un exemple, pour finir, sur ce que la machine sait déjà faire : lors d’une expérience, on passe un sujet dans un IRM et on lui montre une image de voiture. Un ordinateur à l’autre bout va interprêter les résultats de l’IRM et répondre à la question "A quoi pense le sujet ?" par "Une voiture". Fun. Ou pas…

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LA REVELATION DES PYRAMIDES de Patrice Pooyard

Après avoir vu ce documentaire (cliquez ici pour le visionner), vous ne verrez plus jamais l’archéologie et la paléontologie de la même façon. Ici pourtant, il n’est pas question de délire mystique ou de théorie paranormales. Non. Dans ce docu de près de 2h, la voix-off d’une femme explique posément une démarche d’investigation se voulant "objective" et "ne rassemblant que des faits". Et en effet, pendant 90 minutes, seuls des faits sont présentés, à la chaine. J’en parlais hier avec un gros pro du circuit qui a joliment résumé la chose : "Après avoir vu ce doc, je suis devenu fou" 

Sans tout vous dévoiler, vous découvrirez que la pyramide possède en réalité huit faces (visibles uniquement façon ombre/lumière lors des solstices), qu’elle est orientée plein nord avec une différence de seulement 5° degrés (un niveau de précision qu’on atteindra en Europe qu’au 19e siècle), que les gigantesques blocs de granit dans la chambre du Roi sont alignés avec une précision de l’ordre du 1/10 de milimètre, que si elle a réellement été construite en 20 ans (la version officielle), cela signifie que chacun des 2 millions de blocs de plusieurs tonnes a été extrait/taillé/posé en 2 minutes et qu’on y retrouve le nombre d’or et π absolument partout. Et que tout ceci n’est "qu’une coincidence" et que les égyptiens étaient "juste très patients et méticuleux mais n’avaient évidemment aucune connaissance mathématique" selon la version officielle…

Si la science avait réussit à expliquer la construction des pyramides égyptiennes et mayas ou des colosses de l’Ile de Pâques, ce documentaire n’aurait pas de raison d’être. Sauf que voilà, même aujourd’hui, personne n’a d’explications si ce n’est des suppositions plus ou moins absurdes.
L’auteur s’aventure donc à donner une théorie (peu détaillée) dans les 15 dernières minutes, en précisant qu’il ne s’agit que d’une théorie et qu’elle n’est, pour l’instant, pas vérifiable. En réalité, son point est plus simplement de démontrer que les explications officielles ne fonctionnent pas.

Pourquoi alors ne sont-elles pas remises en question ? Parce que l’archéologie "officielle" fonctionne de façon collégiale et hiérarchique. Et que personne n’a le droit de remettre en question des théories admises comme fondement de l’archéologie moderne… Une pierre qui s’écroule à la base et ce sont 95% des "chercheurs" qui voient leur statut prestigieux de "docteur" ou, plus concrètement, leurs financements, s’évanouir au loin… L’archéologie deviendrait la risée des sciences : l’égyptologie moderne n’existerait plus. De même, comme en politique, pour grimper les échelons et se faire un nom, mieux vaut ne pas être trop audatieux et suivre la tendance, quitte à retourner parfois un peu sa veste selon le courant du moment…

En réalité, la grande pyramide de Gizeh ne peut pas être simplement le tombeau de Kheops comme le veut la théorie officielle. Et ils sont de très nombreux archéologues à soutenir cette théorie : le batiment était déjà là depuis très longtemps (ce qui contredirait le fait que les premières grandes civilisations sont nées il y a 6000 ans) et Kheops a choisi de mettre sa dépouille dedans, comme peut-être d’autres pharaons avant lui. Si Kheops l’avait fait construire pour lui, cela aurait signifié qu’elle ait été construite en 20 ans, la durée de son règne de Pharaon. Ce qui est absolument impossible. Surtout quand on regarde les outils dont disposaient les égyptiens en question à ce moment là : des pierres et des burins (une fois de plus, selon la théorie officielle). Par comparaison, il est admis en revanche que les pyramides mayas ont été construites en plus de 150 ans chacunes…

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Bref, si je me lance sur ce sujet, je vais dériver sur plein d’autres choses, dont les origines de l’homme (qui remonteraient en réalité à bien plus loin que la version officielle), les civilisations perdues, celles évoquées dans la Grèce Antique ("affabulation et imagination fertile", qu’ils nous disent) ou les diverses invertions de pôles magnétiques ayant déjà eu lieu et ayant entraîné des minis fins du monde lors des précédents millénaires… (mais oui, le 21 décembre,  je vais dormir sur mes deux oreilles :) ).

Et juste une question : si jamais, pour une raison X ou Y, notre civilisation venait à disparaitre (virus, changement climatique, super éruption, météorite, guerre bactériologique de fou etc…) que resterait-il de nous dans 10 000 ans? Sérieux ? Le plastique, le béton, le métal… Tout ça se décompose, s’abime ou rouille (sauf qqs métaux dont l’or). Il ne resterait que nos structures super massives en pierres (pour info, la grande pyramide, tout comme des murs mayas, sont bâtis et imbriqués d’une façon extrèmement complexe et anti-sismique).

Ci-dessous, un mur à l’Ile de Pâques… Comment dire… Chaque bloc pèse plusieurs tonnes et s’emboite à la perfection avec les autres. Ils étaient plutôt bons les mecs pour des primitifs en peaux de bêtes et avec des silex…

mur_paques
Une fois de plus, je n’ai aucune théorie qui me séduise plus qu’une autre (et certainement pas celle des martiens) mais quand même, qu’on vienne pas me dire que "Ca c’est passé comme ça un point c’est tout. Et tout ce qui ne rentre pas dans la case, et bien, ça restera à jamais un mystère et un point non-résolu à ne plus prendre en compte. Et pis voilà…"

La bonne conclusion est, je pense, de garder un esprit ouvert et de ne jamais rien prendre pour acquis en dehors des faits. Le reste n’est que théorie et je pense que personne ne détient une vérité, surtout pas sur ce genre de sujets… Il est impossible de dire "Ca s’est passé comme ça, un point c’est tout". Sinon, une seule image me vient en tête, celle de Gallilée qui soutient que la Terre est ronde, faisant éclater de rire les plus grands scientifiques de l’époque.

Il ne faut pas oublier non plus que les médecins faisaient des saignées pour guérir les malades les plus faibles ou que les astronomes pensaient que le soleil tournait autour de la Terre… La seule vraie certitude que j’ai, c’est que les scientifiques dans 2000 ans riront à gorge déployée en voyant les conclusions officielles de notre siècle. Le reste n’est que théorie et je vous invite à faire la vôtre !

Pour les curieux, allez visiter ce site qui semble à première vue être un ramassis de trucs paranormaux, chelous, voire risibles mais il contient suffisamment de matière pour élargir son imaginaire et son champ de vision. L’essentiel après tout pour se faire un avis est de piocher à droite et à gauche avant de stabiliser son opinion, non ? En clair, avoir en main les versions officielles et celles qui ne sont pour l’instant que purs délires. Ensuite, il n’y a plus qu’à choisir sa route entre les deux !

Surtout, une fois que vous aurez vu un ou les quatre films ci-dessus, surtout n’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé dans les commentaires ! J’ai hâte d’avoir votre avis et surtout, j’espère qu’ils vont vous plaire ! (et pis rien de tel après un bon gros bad run des familles que de se mater un film qui nous transporte loin, très loin, des tapis de jeu non ?)

Pourquoi jouer un tournoi à Aix-les-Bains peut être plus difficile qu’un EPT à Copenhague…

12/11/2012

Bon, ok, j’ai volontairement appuyé sur le champignon de la provoc’ dans mon titre, mais l’idée est là : de la difficulté de gagner un coup à une table de joueurs débutants. Et il est question de débutants relous. Pas de mecs gentils qui misent quand ils ont et foldent quand ils ont pas (une espèce malheureusement en voie de disparition).

Je vais commencer par un exemple qui en dit long. Nous sommes donc dans le Dream Poker Tournament dans le très joli casino d’Aix-les-Bains pour un buy-in de 1 100 euros (je tiens d’ailleurs à remercier l’organisation pour leur chaleureux accueil). Un joueur, appelons-le "Némo", paie un raise, call flop puis décide de monster raise turn sur un board 6 8 J 7. L’autre en face se gratte, souffre et finit par fold brelan de 6 en voyant la force sereine affichée sur le visage de Nemo. Ce dernier abat alors fièrement A9 avec un grand sourire. Silence… On se dit tous, "Wow, ok, beau bluff, punaise, il a des coucougnes le mec…" Sauf qu’il sort deux secondes plus tard : "C’est facile en même temps avec quinte !". Petit blanc gêné à la table… "Mmmh… Non, vous n’avez pas quinte…". Et là, Nemo, tout rouge, comprends son erreur et tente de se rattraper : "Mais je sais ! Bien sur que j’avais pas quinte !".

Ensuite, quelques heures plus tard, Némo décide de payer un raise hors position après avoir limpé avec 8h-6h. Le flop tombe 7h 7s 9h. Et là, dans un pot de 4k, Némo donk 40k et tapis (!). L’autre se précipite pour payer avec 7-9, créant un "Wow !" général à la table… Lorsque la river tombe, un 10 de cœur, évidemment, le mec avec 7-9 manque de tomber de sa chaise et se lève immédiatement pour parler aux murs. Pendant ce temps, alors qu’on compatit tous à la douleur du two-outé, Némo nous explique, en ramassant les jetons : "Ah mais j’étais quand même énorme au flop, les cœurs, la quinte, c’est pas non plus un truc horrible…" On lui explique alors qu’il y avait full en face et que du coup, seules deux cartes pouvaient le sauver, "Ah oui… Ah ben j’ai eu de la chance hein, hahaha !"

Maintenant ma question est : comment jouer contre un mec qui ne comprend rien ni à ce qu’il fait ni à ce que les autres font ? Le poker est un jeu où le talent de lecture est ce qui différencie un bon joueur d’un mauvais. Tout se joue dans l’habilité à mettre notre adversaire sur un range plus ou moins précis et jouer ensuite au premier, au second ou au troisième degré sur le "Il croit que je crois qu’il a cette main, donc je vais jouer comme ça pour tout lui prendre".

Sauf que contre un joueur qui ne sait pas ce qu’il fait, la lecture est par définition impossible. La stratégie non plus. Nous en parlions lors d’une discussion intéressante avec Ludovic Riehl (qui prépare justement un blog à ce sujet), Michel Abecassis et Fabsoul et le débat était animé : est-ce un cauchemar ou une bénédiction de jouer contre des débutants ? Car la seule façon de contrer un adversaire qui ne comprend rien est de jouer super tight, ne jamais bluff et de value au max toutes ses mains. Ok. Sauf que comment on fait quand on a pas de jeu ? Ce n’est même plus du poker, si ?

Jouer contre des mecs qui ne savent pas lire un board, n’ont aucune logique de mise (mise/raise pour value ou pour bluff?), aucun raisonnement et qui en plus, se trompent en lisant le board ou leurs cartes, c’est de la roulette. Le joueur pro en est réduit à jouer purement ses cartes, sans aucune fantaisie, aucune stratégie ou aucun bluff, ce qui est non seulement d’un ennui total mais en plus, un pacte unilatéral avec Dame Chance ("Pitié donnez moi du jeu et des mains à value")…

Quel joli lac que le Lac d’Annecy… Tant de promesses…

Miam miam, chomp chomp, burb…

"Je crois que j’aurais pas dû reprendre de dessert…"

Meugnnnnmeugnaraaaaaaaa… Plus jamais…

MASSACRATOOOOOOOOR !!!

Pardon pour la pauvreté de la BD ci-dessus mais bon, vous comprenez l’idée quoi… :)

Dans un tournoi de niveau moyen, prenons un Day 1 dans un WPT par exemple, il est possible de bluff des petits pots par-ci, par là, de grind à droite et à gauche car il y a du répondant en face. Les mecs bien souvent comprennent ce qui se passe et ne sont pas suicidaires. Ils ne paient pas deux barrels avec ventrale pour hit une paire miracle river par exemple…

Vous allez me répondre "Mais tous les jours, j’ai envie que le mec me paie en étant derrière !" Sauf qu’il y a "être derrière avec 5%" et "être derrière avec 40%"… La notion de long terme en tournoi live n’existe pas ; ce n’est pas du cash game ou du multi-tabling online où la succession de tournois amortit la variance. Non, c’est du one shot. Et avoir en permanence un mec qui paie votre AKo avec Q6s et qui est prêt à mettre sa chemise à la river sur un board T 9 6 7 2 avec une couleur qu’il n’aura même pas vue, c’est horrible. Le mec ne va pas aller loin sur le long terme, mais sur le court terme, il va vous pourrir. Et ensuite, même s’il saute, c’est un autre qui va prendre sa place…

Je vois par exemple dans ce tournoi, je n’ai eu en six heures de jeu que deux fois AT et une fois 66. Le reste du temps, j’avais des suited connectors qui trouvaient leur flop (mais jamais le reste) ou des poubelles injouables. J’ai stupidement tenté des moves de type "Je représente exactement cette main là et lui, comme il a AK, il va devoir fold" sauf que non, le mec ne fold jamais. Je n’aurais jamais dû tenter autre chose que de jouer purement mes cartes. Et comme sur toute la durée du tournoi, je n’ai hit que deux fois une paire (véridique, un truc de fou), je ne pouvais pas jouer, ce qui n’aurait pas été le cas dans un tournoi avec un field plus relevé.

Attention, je ne dis évidemment pas que je préfère un field épicé à un field de petit tournoi de casino… C’est juste que, comme tout le monde, je préfère l’entre-deux…

Je préfère perso tous les jours affronter un robot nordique médiocre (ils ne sont évidemment pas tous bons), genre ceux qui ne sortent jamais de leur ligne de conduite (call un raise HP avec main pas terrible : jamais, limp : jamais, call flop avec ventrale et une over : jamais, 3-bet automatique avec un range précis allant de 8-9s à AA, auto-push anytwo à 10BB left en late etc…) plutôt qu’un mec qui, à la question "Quel est son range de call ici ?" a pour réponse "Any two" et qui donk/over bet une fois sur deux selon son humeur et ses cartes préférées du moment…

Je suppose toutefois qu’il y a ici une belle piste à explorer pour arriver à jouer contre de très bons joueurs. L’effet de surprise et la faculté à sortir des sentiers battus, c’est d’ailleurs ce qui va faire la différence entre des très bons joueurs et des joueurs juste bons. La faculté à donner des maux de crâne… "Mais pourquoi il a joué ce coup comme ça ? Mais WTF ? Mais qu’est ce qu’il a ?"

Evidemment, et c’est là tout le problème, des plays élaborés ne peuvent être mis en pratique que contre des joueurs ayant le niveau en face de comprendre ce qui se passe… Et il n’est pas toujours facile d’être sûr à 100% du degré de lecture du mec en face… De même, sortir de la ligne implique forcément aussi de grosses prises de risques et la nécessité de virer hors de l’autoroute du mathématiquement correct.

En fait, ça me fait penser à la stratégie de kung fu de l’homme ivre. On croit qu’il fait n’importe quoi mais en fait, après petit coup de pied à gauche, une bonne banane à droite et un léger enfoncement thoracique au milieu, on comprend que le mec envoie du lourd, non pas dans son gosier mais dans ta pauvre face de blairette qui n’a pas compris ce qui lui arrivait.

J’en parlais dans les commentaires du post précédent, où il était question de créativité, qui à mes yeux représente toujours une grosse part de risque, sauf si on connaissait vraiment son adversaire et que l’on joue à un gros niveau. Je précisais aussi que pour moi, n’est pas Picasso qui veut et qu’avant de jouer en déconstruisant, il valait mieux sacrément maîtriser le pinceau… Perso par exemple, je sais que j’en suis incapable ; j’ai un jeu propre et solide mais je ne sais pas encore comment retourner un bon adversaire comme une crêpe en lui faisant croire ça, puis ça, avant de le raise puis check-raise puis whatever it is…

Bref, tout ça pour dire que mon prochain tournoi sera un side event à Prague en décembre où j’espère qu’il y aura plein de gentils petits robots nordiques. Pas les méchants robots qui donnent mal à la tête, non, juste les gentils qui jouent proprement… Et en attendant, retour à Londres pour le mois de novembre : quel bonheur d’être chez soi, surtout entourée des deux (trois) amours de ma vie :

Sean, mon idole de toujours et Fishou le Lapinou, mon nouveau porte-bonheur ! (il est un peu mort mais il est très doux…)

Sur ce, Londres est une ville extra-ordinaire et, contrairement aux idées reçues, il n’y fait pas plus mauvais qu’à Paris (il y fait juste mauvais tout pareil…). J’y retrouve un parfum de New York et de Brooklyn où le dynamisme et la réactivité sont un état de fait, où les restos ouvrent au gré du mood du moment, toujours à la pointe de l’innovation et du renouveau, où les boutiques sont hallucinantes, absurdes et audacieuses, où les gens sont brassés dans un melting pot géant d’où ne sort que le meilleur, où l’excentricité fait sourire, où on enchaine une promenade dans Hyde Park avec une soirée underground dans une ex-église… Bref, une métropole immense, un centre du monde bourré de surprises et de choses à découvrir en permanence. Perso, je ne pourrais plus vivre ailleurs !

Ok, sauf peut-être là…

Ou là, allez, soyons fous :

Et ce qui est fun, c’est qu’au final, je ne suis qu’à quelques (gros) flips de ces paysages de rêve! Et que vous aussi ! (Mode optimisme maximum ON) :D

Où il est question d’absence, de bad run, de zombies et, bizarrement, de chien qui sourit à la fenêtre…

27/09/2012

La barre des 3 millions de chômeurs est franchie
Dans 100 ans, le niveau des eaux aura augmenté de 1 mètre
Huit millions de français sous le seuil de pauvreté
La tension monte entre la Chine et le Japon ; guerre imminente ?
Ras le bol général dans les hôpitaux et les écoles de la République
D’ici à 2050, la moitié des espèces animales connues auront disparu
All in perdu avec AJs vs 67o sur A724, river 7
Effet cancérigène prouvé pour les OGM
Un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable
Les massacres de civils se poursuivent en Syrie

Cherchez l’intrus.

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour cette absence absolument non-justifiée de la toile. Disons que qu’importe mon excuse, j’aurais du me remonter les bretelles pour zou, me poser devant mon clavier et faire quelque chose qu’au moins, je suis supposée savoir faire…

Sauf que voilà. J’ai été gnnnn. Gnnnnn comme un gnou mou qui se traine de l’ombre d’un baobab à un autre. Je me suis laissée atteindre par la badrunite. Voilà. J’ai un peu honte, parce que non, je n’ai vraiment pas perdu beaucoup et que oui, je ne joue pas assez pour amortir la variance mais ces derniers mois ont été réellement difficiles du point de vue pokeristique ; j’ai oublié ce qu’était le bonheur d’emplier dans des jetons dans des coups qui vont tout seul…

Ce qui est le plus difficile, c’est évidemment de ne pas savoir quand ça va se terminer. Quand on va gagner le flip décisif. Et pourquoi tout arrive d’une façon si caricaturale que l’on pourrait croire à une blague pas drôle ?

Avant d’entrer dans le vif du sujet (car vous vous en doutez, ce post ne sera pas qu’une longue démo de "how to be a pleureuse"), je vous donne un exemple de ce qui m’est arrivé à Londres il y a une semaine. Mon avion partait tard le soir et j’avais quelques heures à occuper…

Alors que je marchouille dans Marylebone, mes pieds m’amènent étrangement juste devant le Vic Casino. "C’est un signe", me dis-je. "Il faut que j’aille y prendre un petit billet, obligé, ça me paiera mon taxi, mon magazine, mon café et mon sandwich dans l’avion, ça fait toujours plaisir !" (oui, je sais, vous noterez que mes ambitions ne sont pas très élevées en ce moment…)

Ni une ni deux, me voici installée à la 1£/2£ où je pose 100£. J’installe mon café sur la tablette à hauteur de main, j’achète des jetons à mon voisin et j’ouvre, vous l’aurez deviné, les as. Première main. Là, vraiment, je me dis que c’est réellement un signe… Je relance assez cher, c’est payé deux fois et le flop vient KQ2 à cœur. J’ai les as noirs. Je bet quand même, mon voisin fold et l’autre m’envoie son petit tapis. S’il a JT, l’as de coeur ou AK, il joue probablement pareil. Tant pis. Je n’ai pas su fold… Et il avait JT de cœur… Tant qu’à faire…

J’ai recavé une fois et perdu (un peu) ensuite avec couleur max contre full river, puis full contre carré. Bref, j’étais allégée de 200£ en prenant l’avion. Super. Et c’est comme ça depuis des mois. Imaginez donc le palpitant post que vous auriez eu à lire sur Viedefish si j’avais pris le clavier ; un post ne faisant que raconter des mains perdantes. Ce serait comme une Chantal Goya qui chanterait du Houellebecq ou un Almanach Vermot qui recenserait les meilleurs avis de décès 2012 de l’Est Républicain.

Donc maintenant, voilà, vous savez pourquoi je n’ai pas écrit dans ce blog depuis des semaines ; je n’avais pas envie de whine parce que je ne gagne pas un coup. Et surtout pas quand mes potes galèrent à trouver du taf, galèrent à garder leur emploi ou se tapent 2h de route pour aller bosser matin et soir dans une boite pourrie car ils ont des gamins à nourrir…

Il n’y a pas plus de 2 semaines par exemple, j’ai entendu parler d’une personne que je connaissais et qui "dormait provisoirement dans sa voiture le temps de retrouver du travail". Moi, de mon côté, je venais de passer l’après-midi à la plage du Martinez, à déguster une assiette de fruit à 25 euros, dans un transat à 30 euros la demi-journée en sirotant un café à 5 euros. Le tout agrémenté d’une virée dans un fauteuil gonflable super fun, genre bouée géante, à tracer à fond les ballons au milieu des yachts amarrés dans la baie de Cannes… On s’était ensuite levés vers 18h parce que nous avions faim. Nous avions donc été nous faire une orgie d’huitres chez Astoux avant d’aller faire la bringue dans une boite branchée de la ville où nous avons commandé une bouteille (ou deux, je ne sais plus).

Vous trouvez ça indécent ?
Et bien moi aussi. Oui, je trouve ça indécent aussi.

Vous imaginez donc ma honte à devoir écrire dans un blog de poker que "je ne gagne pas un flip, ouiiiiin…", "je ne fais pas un résultat et j’ai une estime de moi qui rétrécit comme une chaussette en laine à 60° en machine, ouiiiin", "ma bankroll poker montée en 2010 s’épuise, ouiiiin", "je ne fais que des min-cash pourris ouiiiiin" ou autre gémissement inutile et stupide…

Il faut dire aussi que Vegas cette année a usé les nerfs de nombreux français qui sont rentrés dépressifs, fatigués, usés et blasés. J’ai eu la chance de terminer à jeu grâce à des heures passées aux tables de s’n'go ou deux ITM moyens mais suffisants (j’ai payé mes dépenses sur place mais fait aucun profit) mais combien se sont cagoulés, le tout dans une ambiance de chaos et de fin du monde ?

Car oui, vous ne le voyez peut-être pas mais le poker français a un goût d’apocalypse. Il flotte un parfum de cercueil, de procession funèbres et de fleurs en plastique. Les contrats ont diminué ou disparu, le FISC poursuit les joueurs restés en France, les taxes étouffent les sites de jeu en ligne qui perdent beaucoup d’argent, des circuits de tournois disparaissent, des médias spécialisés aussi… Bref, le poker français est à l’hosto. Pas encore au sous-sol dans les frigos mais au rez-de-chaussée, dans une salle d (e grandes) attentes à la tapisserie vert pâle, aux affiches de prévention maladie délavées et à la machine à café en panne. "Vous avez la sinistrôse Mônsieur…"

Du coup, les gens perdent leurs repères. A l’exception de quelques (rares) grands noms du poker français, les contrats diminuent et les pros crient au scandale "Mais comment je vais faire pour jouer avec ça ?". Sauf que les joueurs talentueux sans contrats se bousculent à tous les portillons et que rares sont ceux qui sont encore assis dans les wagons… C’est plus que jamais chacun pour soi et les services autrefois rendus gratos entre businessmen du poker se raréfient comme les cheveux sur la tête d’un mec sous chimio (prenez d’ailleurs une minute pour réaliser à quel point vous avez de la chance de ne pas être malade, svp).

C’est comme si, dans un monde post-apocalyptique où plus rien ne pousserait et où le ciel serait toujours gris et lourd, il existait un petit village de zombies tristes, vivant dans des maisons avec des fleurs au balcon. Il y aurait des faons qui brouteraient des tulipes sur la place du village et le boulanger terminerait de cuire des miches qui sentent bon. Et les zombies râleraient parce que leur pain est trop cuit et que "C’était mieux avant" pendant que tout le reste de l’humanité se battrait pour lécher une vieille croûte de polenta desséchée.

Bref, si on résume la situation grâce au jeu mathématique des patates (si si, souvenez-vous, le truc en 4e auquel vous ne compreniez rien), il y a une énorme patate toute morose qui contient une petite patate un peu grise qui contient à son tour une toute petite patate aux joues encore roses : moi.

Voilà. Tout ça donc pour dire que mon absence de résultat du moment (et donc, le fait que je joue moins et moins cher) et bien on s’en fout. Avec Fab, nous avons une chance inouïe d’avoir la vie qu’on a, et on se le répète tous les jours (et il va de soit que mon quotidien serait beaucoup plus roots s’il n’était pas là, avec moi). Regarder le verre à moitié vide trahit toujours une immense stupidité, voire une inconscience dangereuse, car potentiellement contagieuse.

J’invite donc, avec enthousiasme et envie, le milieu entier du poker français à se laver la boue qu’ils ont dans les yeux pour la passer au tamis comme le feraient des orpailleurs en Amazonie. La vie est belle et nous vivons dans un milieu qui contient encore beaucoup d’argent, et donc, beaucoup de potentiel de gains, qu’ils soient liés au business du poker ou au jeu lui-même.

Je vais d’ailleurs me mettre des coups de pieds aux fesses moi-même afin de ne plus jamais whine quand je perds un flip ou qu’une fois de plus, j’échoue à quelques places de l’ITM. Surtout que j’ai la chance de toujours collaborer avec MadeInPoker, Blue Shark Optics ou encore les vêtements JAQK, qui sont trois boites que j’adore.  Et je ne parle pas des autres projets, plus perso, qui m’enthousiasment tout autant !

L’essentiel en réalité est de lutter contre le sentiment de panique et d’angoisse lié à la morosité ambiante. Car le vrai souci, c’est bien celui-là, le sentiment d’urgence dans la nécessité du gain : "Il faut que je gagne vite avant que le monde ne s’écroule ; c’est bientôt la fin, c’est maintenant qu’il faut que je stocke, dans deux ans, c’est la fin des zaricots".

Donc cheer up and grind ! Ou, comme le dit une de mes chansons préférées, "Be quiet and drive". Si vous savez exactement dans quelle direction aller, promis, tenez fort le volant et tout ira bien. Parce que comme dirait l’autre, "Le bonheur, c’est savoir ce que l’on veut et le vouloir passionnément."

Just another (month) in Vegas !

23/06/2012

Punaise que le temps passe vite… Déjà presque un mois que je suis là, au milieu du désert, à me farcir des vieux texans alcolos, des gros geeks pédants et des analphabètes obèses, en me demandant perpétuellement ce que diable je fiche bien ici au lieu de boire l’apéro en Corse, au bord de la mer, à siroter un pastis peinard tout en demandant au cuistot où en sont les langoustes.

Et puis soudain, ça me revient:

Bon sang mais c’est bien sûr, je suis là pour égaliser le mur de mon salon.

Sauf que c’est plus facile à dire qu’à faire. Ca avait plutôt bien commencé, entre les sit’n'go one table et mon premier tournoi WSOP où je min-cash, et puis d’un coup, la scoumounite m’a frappée. Je l’ai pas vue venir, c’est juste qu’elle a surgit, comme ça, de nulle part. Qu’elle m’a tapée sur l’épaule et qu’elle m’a dit, "Claire, je m’ennuie, donc je vais te pourrir un peu.", "Oh ben non" "Oh ben si".

Bref, pour commencer en douceur, j’ai bust de deux tournois Deepstack à 600$ du Venetian. Donc un coup où un mec inspiré décide de payer mon raise hors poz’ avec 67o. Le flop vient 5 8 9 avec deux carreaux. Et moi, ben j’ai A9 de carreau. Le tout dans un pot 4 fois supérieur à l’average. Bref, ce n’est qu’un exemple.

Au Venetian, en ce moment, c’est Carnaval. Oui, en effet. C’est la fête.

Mais, petite parenthèse ludique et fun, le Venetian offre heureusement aussi autre chose que du poker : le show mondialement connu du Blue Man Group. J’avoue que j’avais jamais été méga tentée, car aller voir des hommes peints en bleu qui jouent du tambour, ça m’excitait pas plus que ça (sans blague…).

Sauf qu’en fait, on y est allé avec des potes et on s’est poilés comme des fous ! Oui, en fait, le spectacle est très drôle ! Et le son est juste le meilleur que j’ai jamais entendu dans une salle de concert de ma vie. Ptet aussi que les 5 batteries simultanées y sont pour quelque chose…

Et ensuite, le lendemain, j’ai bust d’un deepstack quelconque je sais plus d’où. Ptet le Caesar’s où il y a les plus mauvais joueurs du monde. Un exemple. Un vieux moustachu raise et, venant d’arriver à la table et ne connaissant pas le gugusse, je 3-bet au bouton avec JTs. Il paie en râlant. Je c-bet sur le flop As high et il snap fold les dames en râlant : "Always, always the ace ! You wanted it? You got it ! Easy game ! Nice hand ‘mam…" Ensuite, il a joué deux coups : AA et AA. En deux heures. Et il a doublé et triplé car il y avait toujours une (ou deux) mains en face. Quand j’ai bust sur mon traditionnel 80/20 (TT vs 88, obv), il était énorme chip leader à ma table. Lol. Easy game en effet…

Du coup, j’ai été marcher dans la montagne pas loin (là, on est à plus de 2500m d’altitude et à moins d’une heure de Vegas)

Et le lendemain, j’ai bust d’un tournoi deepstack quelconque. Au Rio peut-être cette fois. Sur un flip. Voilà voilà…

Du coup, j’ai été faire un tour dans le désert pour méditer et surtout, pour manger un sandwich. Que Fab m’avait fait. Parce que oui, c’est comme ça chez nous. (mouhahaaahaaa) :D

Et puis le lendemain, j’ai floppé couleur max en cash. Dommage.

Du coup, je suis retournée marcher dans la montagne. J’avais pas bien vu les chalets en bois. ("Oooh, les beaux chalets…")

Et puis, comme en fait, la nature c’est sympa mais bon, ça paie pas le loyer, j’ai décidé d’aller buster d’un autre tournoi, le HORSE à 1500$. Je fais très peu d’events WSOP mais celui-ci, c’est un kif tout particulier. J’aime beaucoup jouer en mode cheval, et même si je sais que je ne suis pas un caïd de fou à la table, je me défends et en plus, je m’amuse. Sauf que voilà : j’ai eu tous les Rois/Dames/Valets/10 du paquet en razz et tous les 2 4 6 7 offsuit pourris du monde en Hold’em et en Stud. J’avais envie de pleurer. D’ailleurs, en fait, j’ai pleuré.

Le boulevard Horse ? Oh sorry, il est en travaux, il est fermé à la circulation. Comment ça, il y a des gens qui roulent dessus ? Ah oui, non, je voulais dire : "Il est fermé à VOTRE circulation".

Du coup, marre des bad beats, on est sortis.

Le festival Electric Daisy est un must du must pour tout amoureux d’electro : pendant trois jours, au milieu du désert et dès la nuit tombée, plus de 300 000 clubbeurs fous envahissent un circuit automobile gigantesque pour faire la fête jusqu’au bout de la nuit au son de Clavin Harris, DeadMau5, Skrillex, Afrojack, Martin Solveig, Avicii ou Steve Aoki.

Et pis les filles ont un dress code tout à fait particulier. Là, c’est très soft puisqu’on ne voit pas le derrière. J’ai croisé au moins cinq nanas en string ficelle avec des grosses bottes en fourrure en dessous ! Mais si ! (et au dessus, ben deux mini-étoiles en plastiques, histoire de laisser planer un peu le mystère…) :)

Du coup, histoire d’oublier en dansant, on s’était décidé à la dernière minute pour y aller. Mais si nos potes avaient leurs tickets, nous pas (et c’était complet). Je vous la fait courte : on trouve pas de tickets au marché noir, on croise par hasard à l’extérieur des potes du circuit (miraaaaacle!), ils ont une des meilleures tables du festival, pile sur l’estrade face à la scène, on attend pour avoir la table, le vent est dingo, les palmiers fléchissent et on a du sable dans les yeux/narines/partout, le festival est annulé avant même qu’on ait eu la table, on se précipite à la voiture, on est dans les bouchons, on râle, mais…

On arrive juste à temps pour voir Calvin harris au Surrender ! On a dansé pendant deux heures non stop : ça a évacué les bad beats et tous les burgers de la semaine :)

Et puisqu’il est question de burger, impossible de ne pas faire une parenthèse sur le pire endroit de toute la ville. Ou peut-être du monde entier : le "Heart Attack grill". Un fast-food hardcore où il faut signer une décharge à l’entrée : si vous mourrez par trop forte injection de graisse dans votre organisme, ce sera de votre faute. En clair, l’endroit propose des burgers à… 10 000 calories pièce ! Mais comment font-ils vous demandez-vous ? Et bien ils trempent les petits pains dans du saindoux. Et ils mettent une demi-plaquette de beurre dans votre milk-shake. Burp.

Mais le top dans tout ça, c’est que les mecs de plus de 160 kilos y mangent gratuitement. Histoire de peaufiner leur tapissage artériel, I guess… Sympa non ?

Bon, je sens que je vous ai plombés, donc faisons une pause sushi.

Pause sushi (les meilleurs restos japonais se trouvent à Vegas) Enjoy !

Sur ce, retournons à Downtown Vegas (là où ce trouve l’infame Heart Attack burger) car vous voyez Freemont Street ci-dessous ?

Et bien maintenant, devinez quelle est la nouvelle attraction de la rue la plus vieille de Vegas ?

Je vous donne un indice :

Zip, zip, zip, hourraaaaaaaah ! En effet, on peut descendre la rue en tyrolienne ! (et c’est très court mais très fun !)

Et, comme on ne fait pas les choses à moitié et qu’on était dans le coin, on a aussi découvert un musée de fou. Oui, un musée, à Las Vegas !!!

Le musée de la mafia ! Un endroit magique qui relate toute l’histoire de Vegas et de son appropriation par le syndicat du crime depuis le temps des cow-boys jusqu’à nos jours, en passant par les années "Dick Tracy style" 50 et les années "Flamingo style" 70 ! Passionant !

Et le lendemain, c’était reparti : cela faisait un peu trop longtemps que je n’avais pas perdu d’argent donc je me suis dit que ce n’était pas possible. Il fallait que j’y retourne. Hors de question de repartir du Rio les poches pleines ! Il fallait que je spew un peu ! Et en effet, et ce, avec une grande aisance et beaucoup de détente dans le geste, j’ai donné tous mes jetons au pire joueur de la table après deux heures incroyables. D’ailleurs, quand j’ai perdu le dernier coup (j’ai floppé brelan max contre tirage couleur au valet, les tapis partent au flop), la table a éclaté de rire : "There are thoses days, you cannot do anything… Except going back home… Right ?" Right.

Suis retournée dans le désert. En même temps, ça tombe bien, j’avais pas fini de compter les cactus.

Et pis en rentrant, suis passée devant un dragon en chocolat, donc j’écris ce post en finissant une tablette. Il parait que ça marche très bien : choco-power !

Bon, ok, je l’avoue, j’en rajoute un peu. Pas sur les anecdotes dessus (qui sont vraies) mais sur le fait que j’ai quand même gagné pas mal aux tables de sit’n'go quotidienne, ce qui m’a permis de maintenir la tête hors de l’eau. Je ne suis pas positive (faut pas pousser) mais je suis très peu négative : les dégats ont été amortis et je compte bien sur les trois semaines à venir pour enfin me faire souffler un peu…

C’est vraiment difficile de se lever tous les matins avec la rage de vaincre et l’envie de scorer, pour se prendre un mur quelques heures plus tard. C’est difficile de bien jouer tout le temps aussi quand on perd. Par exemple, et comme beaucoup de gens, je sais que j’ai tendance à payer plus souvent river quand je suis tiltée ("Ah non, il a pas encore fait flush backdoor ! C’est pas vrai !" "Ben si, évidemment") : je supporte moins l’idée qu’on puisse me bluffer donc je peux payer perdante plus souvent. Et ça, il faut vraiment que je surveille et que je garde une très forte discipline : hors de question de rentrer dans un cycle de loose qui se mord la queue.

En plus de bien jouer, il faut une chance inouïe pour aller loin dans un tournoi. Et il faut tenir bon quand elle n’est pas là. Encore tout à l’heure, après des heures de lutte et un tapis supérieur à la moyenne, je perds QQ contre KK. C’est comme ça, c’est tellement standard que ça fait partie du paysage. Les tournois à 235$ de 14h du Rio sont très beaux de part certains critères (niveau faible et nombre très élevé de participants – et donc, environ 50k à la win tous les jours) et difficiles de part d’autres (structure très rapide, peu de profondeur, rake très élevé) : il faut juste s’accrocher et remonter sur le vélo dès qu’on est tombé !

Je vais continuer à jongler entre le cash, les sit’n'go et les tournois. Et, bien entendu, les bons restos entre potes, les soirées funky, les shows, et tout ce qui fait de Vegas une des villes les plus dingues au monde. Et je retournerais p’tet dans le désert aussi. Mais cette fois, ce sera pour hurler ma joie d’avoir win un bracelet !!! (ou d’avoir fait un bel ITM, ça suffira :) )

PS : Et si vous voulez suivre le coverage complet avec anecdotes, photos et toute l’actu de Vegas en direct, rendez-vous sur votre site d’actu poker préféré : Madeinpoker !

PS2 : Et surtout, n’oubliez pas l’Opération 1% aux WSOP pour l’Etoile de Martin ! Allez visiter le blog de cette asso formidable et envoyez-moi un message dans les commentaires ci-dessous pour me dire que vous aussi vous y participez ! Mille mercis pour eux !!!  (Fabien Perrot, Fabrice Soulier et Philippe Ktorza sont déjà IN : on va bientôt ré-actualiser la liste donc venez vous aussi :) )

 

Les 10 raisons pour lesquelles vous aussi vous allez donner 1% de vos gains aux WSOP à l’asso de votre choix

14/05/2012

1. Parce que vous aurez meilleure conscience la prochaine fois que vous dépouillerez un misérable fish de tous ses jetons

2. Parce que si une nouvelle école s’ouvre quelque part dans le monde, une part de vous pourra penser qu’elle y est un peu pour quelque chose (le stylo BIC, c’est vous !)

3. Parce que vu vous pourrez déduire votre don des 80% rétro-actif (avec majoration de 250%) que vous réclame le Fisc sur les 120 années précédentes

4. Parce que jamais de votre vie vous n’aurez été aussi heureux si vous devez faire un chèque de 100 000$

5. Parce que le Karma veut que ça vous porte chance et vous trace une route dorée vers le bracelet. Genre c’est o-bli-gé !

6. Et que de toute façon, si vous lisez ça et que vous ne donnez pas, ça va vous scoumouner pendant deux mois.

7. (hahaha)

8. Parce que c’est bien beau d’encaisser 10k par ci ou 5k par là, mais ça vous ferait presque oublier que le salaire moyen annuel au Cambodge est de 600$, aka un « mini-donkament au Venetian pour vous défouler »

9. Parce que votre boy/girlfriend (ou votre mère, c’est selon) sera éblouie par la beauté de votre geste et dira partout et à tout le monde que vous êtes une personne merveilleuse, généreuse et intelligente.

10. Parce que 1% de 100 000$, ça fait seulement 1000 dollars. Et que les chances pour que votre bénéfice soit de 100 000$ sur ces deux prochains mois reste tout de même assez minus. En clair, il y a une grosse chance au final pour que votre engagement vous coute 50 dollars. Soit 4 burgers dégueu à la Kitchen. Ou 3 mois d’école pour une centaine d’enfants via l’Unicef.

11. (parce qu’en fait j’ai pas pu m’arrêter à 10) Parce qu’un joueur de poker pro a souvent beaucoup de chance d’avoir la vie qu’il a, et qu’il est logique et important que les gens qui ont de la chance aident les gens qui en ont moins.

Bref, Fab et moi allons reverser 1% de nos bénéfices à l’issue de ces WSOP (incluant les tournois au Venetian ou au Caesar’s). On verra bien ensuite combien on redonne au bout, mais j’avoue une grande hâte à l’idée de signer un chèque de 100 000$ !

Voici d’ailleurs à qui nous allons donner : l’Etoile de Martin, une association (reconnue d’intérêt général) qui soutient la recherche sur les cancers de l’enfant et contribue à améliorer le quotidien des enfants malades. Pour info, un chiffre choc : un enfant sur 440 sera atteint d’un cancer avant ses 15 ans ! L’association, fondée par la mère de Martin (un petit garçon qui n’a pas survécu à sa maladie) a déjà récolté 750 000 euros depuis sa création en 2006 et la quasi-intégralité a été reversée directement à des Instituts de recherche et à des associations s’occupant du bien-être des petits malades dans les hôpitaux. En effet, contrairement à d’autres, l’asso a des frais de fonctionnement minuscules et une comptabilité transparente, ce qui permet d’être certain de la bonne utilisation des dons.

Pour vous donner une idée, l’an passé, si tous les joueurs français avaient reversé un pourcent de leurs bénéfices, le montant des chèques combinés se serait élevé à environ 30 000 euros ; ce qui peut réellement faire une différence !

Ce genre d’opé ne remplace évidemment pas ce qui est, en réalité, le mieux pour les asso : les dons mensuels réguliers (= plus simple pour gérer leur compta/budget prévisionnels). Mais ça permet juste de rappeler ce qu’on a tendance à oublier ou à remettre au lendemain. Il est très facile de donner, c’est juste que bien souvent, on y pense pas. Donc voilà, si vous avez envie vous aussi, donnez 1% :  c’est franchement pas grand chose,  ça changera pas la face du monde, mais ça y contribuera un peu !

Si vous aimez ce post et si vous aussi vous voulez vous engager avec nous pour défendre une cause qui vous est chère (la déforestation, les ours blancs, l’accès à l’eau potable, les vaccins, la pollution, les baleiniers japonais, la culture : vous avez l’embarras du choix !), mettez un commentaire ci-dessous, partagez cet article autour de vous et encouragez vos amis !

Mais t’es pas un peu jalouse là ?

10/05/2012

Lucille, une joueuse que je considère depuis quelques temps maintenant comme une amie du circuit, a récemment remporté un million d’euros avec sa seconde place à Monte Carlo (à moins que vous ayez fait entre-temps un aller-retour sur Pluton, vous ne pouvez pas l’avoir raté). On m’a donc demandé de nombreuses fois, hors caméras et hors micros, si je n’étais pas un peu jalouse de sa victoire et du fait qu’elle soit numéro 1 française pour un bon bout de temps.

En effet, avant que Lucille ne fasse ce résultat, la numéro 1 française sur la Women’s all time money list, était Rebecca Gérin avec 260 000$ de gains, ce qui restait très "accessible" pour n’importe quelle compétitrice. Perso, avec mes 225 000$, je n’étais pas loin, tout comme Ness, Almira, Vaness’, Isabel, Barbara ou encore Mercedes. Et maintenant, même si l’une d’entre nous remportait un bracelet aux prochains WSOP, elle ne dépasserait pas Lucille et son 1,5 millions.

Du coup, la question semble légitime : en réalisant son rêve, Lucille entaillait sérieusement le rêve des autres. Et c’est là, en réalité, le nœud de la chose et la réponse à la question.

Prenons un athlète français X qui s’entraine pour battre le record du monde du 100m : il veut être le premier à passer sous la barre des 10 secondes et rien à ses yeux ne semble plus important. 10,2 secondes, 10,1 secondes, 10,3 secondes et pan, pendant ce temps, un autre athlète, français lui aussi, le fait avant lui : il est le premier à scorer 9,8 secondes, le tout enveloppé d’une frénésie médiatique sans précédent.

Une part de l’athlète X sera anéantie. Et pourtant, l’athlète Y est son pote. Pourquoi ? Parce que la réussite de Y met en lumière l’échec de X : Y a réussit là où X a échoué. Et X pleure, parce que tout en lui lui hurle désormais qu’il est une merde. Et qu’il ne s’est pas donné les moyens de réellement atteindre son but : il aurait dû s’entrainer beaucoup plus au lieu de faire d’autres choses en parallèle. S’il avait réellement voulu atteindre son objectif, il aurait dû faire beaucoup de choses qu’il n’a pas faites.

Du coup, au final, qu’importe ses succès personnels, qu’importe qu’il soit numéro 2 et qu’il soit meilleur que des milliers d’autres, qu’importe s’il a une vie magnifique : la seule chose qu’il ressent, c’est une dévastatrice sensation d’échec et de loose, doublés d’une violente haine de soi…

Ce n’est pas de la jalousie ou de la rage quant au fait qu’un autre soit heureux. Non, c’est de la colère envers lui-même. Ce ne sont pas des larmes de haine, mais des larmes de désespoir quant à ce qu’il est.

Voilà en gros, et en toute honnêteté, ce que j’ai ressenti. J’aime énormément Lucille, et ce, pour de nombreuses raisons. Je suis ravie qu’elle vive comme moi à Londres parce que nous pouvons et pourrons partager de nombreux moments ensemble et qu’elle est une amie avec qui j’aime échanger. De plus, je suis immensément heureuse qu’il lui arrive une chose aussi belle : elle a travaillé dur, ça n’a pas toujours été facile pour elle et il était temps que le ciel lui fasse enfin un cadeau.

Il va de soit qu’il n’en aurait pas été de même s’il s’était agit d’une nana que je n’aime pas. Il n’y a aucune joueuse que je déteste donc je ne peux penser à une fille en particulier, mais je suis certaine que si ça avait été le cas, j’aurais eu une part de moi qui aurait détesté la voir gagner. Add insult to injury.


Nous vivons dans un milieu incroyablement compétitif et où les félicitations se font bien souvent la mâchoire serrée. Mais j’étendrais ça à la France en général où, étrangement, personne ne semble jamais se réjouir du succès des autres. La jalousie et l’envie sont très présents aussi dans le poker. Comme avec les jetons, c’est à celui qui a la plus grosse (voiture, pile de jetons, montre…).

Il n’y a pas très longtemps par exemple, je ne sais plus avec quel journaliste je parlais mais il m’a sorti cette phrase, "J’avais vraiment envie qu’il gagne. C’est rare un joueur qui fait l’unanimité comme ça mais pour une fois, on est nombreux à être heureux pour lui" Je ne sais plus s’il s’agissait de Kool Shen dans l’EPT Madrid ou Yu Brécard dans les SCOOP mais l’idée était là.

Beaucoup se réjouissent du malheur des autres car c’est confortable : au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Mais au Royaume des Successful sharks, les borgnes sont… borgnes. Et il semble plus simple, plutôt que de travailler sur sa propre réussite, de se réjouir et d’encourager l’échec des autres.

Beaucoup sont nombreux, de manière plus ou moins consciente, à vouloir pouvoir se dire "Je suis le Seigneur du Château" quand ils regardent autour d’eux. Ou plus simplement vouloir être en paix avec l’image qu’ils ont d’eux, ce qui est toujours lié à l’entourage ou au milieu dans lequel on évolue. Je ne connais personne qui puisse en effet porter un jugement sur lui sans référent extérieur : les autres sont perpétuellement et inconsciemment le miroir de nos vies.

Kierkegaard dit que "L’admiration est un abandon heureux de soi-même [mais que] l’envie [est] une revendication malheureuse du moi." En effet, il n’y a que du positif dans le fait d’admirer quelqu’un, et que du malheur dans le fait de s’oublier en voulant être quelqu’un d’autre.
Martine le Coz dit également que "L’admiration change les proportions entre les hommes, fait de l’un un géant et de l’autre un lilliputien." 

Comment être heureux et satisfait quand on est entouré de géants ? On trouve toujours, je suppose, plus grand, plus fort, plus riche, plus drôle et plus successful que soi. Toujours. C’est donc le moment où il faut réussir à trouver la paix dans sa position et de part son statut.
L’envie (et donc la jalousie) sont des sentiments qui trainent un humain directement dans le caniveau, le corps lourd et imposant bloqué à l’entrée des grilles d’égouts : il n’y a pas de système d’évacuation et le corps, mort, stagne en entamant son long processus de décomposition. C’est le moment où il peut être salvateur d’avoir l’intelligence de la perspective.

Il est très difficile pour un joueur vivant un bad run depuis de longs mois d’avoir une belle image de lui-même. Plus le temps passe et plus son image dans le miroir se ternit. Les paillettes tombent sur les autres et lui reste, comme un con, seul et laid devant sa totale absence de réussite. Deux chemins s’ouvrent alors à lui : celui de la haine qui ronge de l’intérieur et le conduira à une perte lente et douloureuse ou celui de l’espoir et de la confiance, qui le conduira à remonter jusqu’à des sommets plus hauts que ceux qu’il a déjà gravis auparavant.

Dans un monde idéal, la lumière des uns servirait à éclairer les recoins obscurs des autres. Je ne dis pas que c’est simple mais il faut parfois savoir se poser au sommet de sa montagne et faire un bilan objectif de sa position et de l’endroit où l’on souhaite aller. Et surtout, savoir se retourner pour voir le chemin accomplit ; il est étrangement souvent bien plus beau que ce à quoi on peut s’attendre. Et ensuite, il faut se remettre en selle et vouloir le meilleur pour soi. L’envie produit le système inverse : vouloir le pire pour les autres afin d’être satisfait de sa propre position de stagnation ou d’échec. Et cela fait une lourde différence.

Donc, pour finir de répondre à la question, oui, la compétitrice que j’ai toujours été a eu mal. Pas parce qu’elle était envieuse ou jalouse, mais parce qu’elle s’est sentie lilliputienne au milieu de géants (et puis elle a écrasé une fourmi et s’est sentie beaucoup mieux -Non, je déconne -)

Bref, tout ça pour dire que je suis très fière et heureuse pour Lucille et que ça me motive encore plus pour Vegas et pour moi aussi, à mon tour, être fière de moi et d’un résultat que je pourrais faire. Depuis quelques temps, il n’y a en effet pas grand-chose que j’ai fait qui m’ait rendue fière de moi et c’est là finalement le vrai coeur de toute chose…

Easy transition : en période de doute et de manque de confiance, rien de tel que la magie des arts pour faire rêver et sortir de ses idées noires. Voici donc deux chef-d’œuvre magiques qui ont illuminé ma semaine.

Tout d’abord une autobiographie de Nicolaï Lilin : "Urkas, ou l’éducation sibérienne". L’enfance d’un criminel russe, une sorte de Guerre des Boutons hardcore qui ferait passer Fleury-Merogis pour le Ritz et les cités de Seine St Denis pour Disneyland. Passionnant et parfois (involontairement) hilarant tant le monde décrit semble sorti de l’imaginaire d’un savant fou qui aurait accouplé Call of Duty et la Bible. A lire absolument.

Et ensuite, et bien que le grand écart entre les deux soit monstrueux, j’ai été voir ma première comédie musicale à Londres : Matilda, qui était mon livre préféré étant gamine (et là, en écrivant, je me rend compte de l’absurdité de la juxtaposition des deux références artistiques de ce post). Je m’attendais à un truc gnan-gnan et forcément un peu chiant puisque tiré d’un livre pour enfants, le tout avec des chansons (forcément nazes) toutes les trois minutes. Mais la pièce avait raflé tous les prix aux derniers Molières anglais donc bon… Tant qu’à en tenter une (après tout, on vit à Londres et rien de tel qu’une nouvelle expérience !), Fab et moi nous sommes motivés et on a pris notre billets last minute sans grand enthousiasme.

Au final, nous avons passé 2h40 ( !) absolument MAGIQUES pendant lesquelles je priais pour que ça ne finisse jamais. Etre programmé sur le Broadway londonien est un rêve pour n’importe quelle compagnie, n’importe quel scénographe, n’importe quel décorateur… Et les places sont chères : une fois de plus, seuls les meilleurs y arrivent. Et là, force était de constater que jamais de ma vie je n’avais vu décors aussi beaux, acteurs aussi bons, chorégraphie aussi surprenante, lumières aussi pointues ou, plus simplement, magie aussi forte. Et pourtant, bien que quasi-bilingue, je n’ai pas du piger plus de 30% du texte. Mais nous sommes sortis comme sonnés : la pièce n’était rien de moins qu’une démonstration de ce que le théâtre a de mieux à offrir : un monde parallèle, enchanteur et avec la magie de la scène et de ce que l’humain peut faire de mieux en matière de "Tiens, assieds-toi là, je vais te raconter une histoire". Tout simplement.

Et là, j’ai pensé à tous les autres dinosaures du West End dont la mise en scène n’a pas changé depuis 10 ans et qui ont dû avoir sacrément les boules de voir toute l’ombre que cette pièce leur ferait. Le tout avant de comprendre que ça allait tirer tout le milieu vers le haut : il faudrait, une fois de plus, être meilleur. Puis encore meilleur. Puis encore meilleur que meilleur, le tout en faisant avancer malgré soi une cause plus grande…

En résumé, ces derniers temps, j’ai été allègrement bringuebalée par des émotions lourdes. Et pourtant, si je devais changer un truc dans ma vie, je ne changerais rien… En effet, je suis pleinement consciente de la chance que j’ai et il ne se passe pas un jour sans que je me dise que vraiment, ma route a été bénie par "whatever it is" qui s’est penché un jour sur mon berceau. Au final, et si je veux conclure ce post avec la même sincérité avec laquelle je l’ai écrit, il ne me manque en réalité qu’une seule chose : être réellement fière, moi aussi, d’une grande chose que j’aurais accomplie, au poker comme ailleurs… .

Viva Italia !

07/04/2012

Joueur de poker italien : [nm] être humain parlant fort, faisant des bonds et s’exprimant avec de grands gestes de bras, et ce, même pour te demander l’heure. Souvent vêtu d’un petit blouson en cuir, d’une ceinture Dolce & Gabanna au nom bien visible, d’un jean près du corps customisé/brodé/déchiré/délavé, d’un sac pochette Gucci et d’un t-shirt à imprimé qui-pique-les-yeux, de type Ed Hardy. Taille sa barbe avec art et application, en forme de bouc plus ou moins épais. Porte souvent les cheveux lissés et gélifiés vers l’arrière et de beaux bijoux, dont la gourmette offerte par sa môman pour sa première communion. Et au poker, est capable de tout et surtout de n’importe quoi.

Quand on joue un tournoi en Italie, c’est un peu "Moi contre l’Italien". La masse d’italiens devient un seul individu à battre, le même, qui joue pareil, parle pareil et s’habille pareil. Le tuer revient à s’attaquer avec bravoure à une hydre géante dont les têtes repousseraient au fur et à mesure qu’elles tombent. Un italien bust, c’est un italien qui prend sa place. Et qui va te déchirer pareil avec sa ventrale pourrie ou sa double paire river…

Je ne connais pas un joueur de poker qui ne se réjouisse pas d’aller faire un tournoi sur la Grande Botte. Il faut dire qu’outre le fait qu’on y mange bien (à condition d’éviter les restos avec le menu traduit en 4 langues – pas bon signe-) et qu’il y fasse souvent beau, les joueurs sont réputés pour leur émotivité et leur faible niveau. A l’inverse, personne n’a envie d’aller jouer à Copenhague pour affronter des robots inexpressifs avec un microprocesseur Intel Pentium à la place du cerveau…

C'est sûr que se lever le matin et boire son café avec cette vue sur le lac et les montagnes, ça a comme un petit goût de reviens-y...

Et puisqu'il est question de "reviens-y", je vais enchainer sur ce resto minuscule du port de Campione où le chef propose du foie gras maison, des huitres succulentes et des plats recommandés par Michelin, bref, du grand art gastronomique italien ! Miaaaaaaam... (et en plus, quand les plats ont un arrière-goût de win, ils sont encore meilleurs !)

En même temps, perso, je déteste avoir à ma table un joueur que je ne peux pas lire. Non pas que je pense avoir de grosses qualités de lecture mais mes connaissances basiques me permettent généralement de ne pas trop me tromper. Mais en Italie, ça m’arrive souvent de froncer les sourcils à l’abbatage (genre "wtf?") … Alors bien sûr, il y a une tonne de bons joueurs évidemment (et de plus en plus, malheureusement) et je suppose qu’un suédois se dit la même chose des français quand ils viennent jouer chez nous "Miam, on va se gaver de poisson français !"

Quoiqu’il en soit, j’adore l’Italie. En fait, ce que vous ne savez probablement pas, c’est que mon sang est à moitié rital puisque mes grands-parents maternels sont arrivés du Frioul (région du nord de l’Italie = Autriche = blondeur/peau qui bronze pas = ouin) après la guerre pour aider la France à se reconstruire, comme des tas et des tas d’autres immigrés au fil des décennies. Et que petite, j’ai passé mes vacances dans le nord du pays. Entrer dans une épicerie italienne est donc une vraie madeleine de Proust pour moi puisque l’odeur inimitable du fromage, des jambons qui pendent, des tomates séchées et des fruits et légumes frais me remplit toujours de joie et d’émotion.

Tout comme l’idée d’ENFIN faire un petit résultat là-bas, après des mois de galère sans aucun ITM. En effet, j’avais décidé à la dernière minute de m’inscrire dans un des turbos à 330 euros du soir, en marge de l’EPT Campione. Celui-ci avait une particularité : pas de river commune mais une river privative distribuée à chacun des joueurs encore en course après le turn. Ca s’annonçait fun !

J’avais débuté ce tournoi en râlant comme une ouf. Ou, pour être plus honnête, en étant complêtement tiltée par l’absence totale d’organisation de la chose. A l’italienne quoi. Un bordel hallucinant qui m’avait fait changer trois fois de table avant même d’avoir pu jouer un coup, le tout entrecoupé par les mecs qui tentent de demander au croupier "Mais comment ça marche, je comprends rien !" et d’autres qui parlent sans cesse, sans tenir compte du fait que les niveaux sont de 15 minutes ("Mais tu vas jouer oui !") Bref, à l’italienne.

Mais les choses s’étaient vite calmées et j’avais eu le droit à un miracle au bout de 20 minutes de jeu. Voilà que je suis à tapis avec AKo contre AKo chez mon voisin de droite. On se marre, tout va bien, on papote et on ne regarde même pas les cartes tomber : chacun a déjà repris ses jetons en voyant tomber un flop de petites cartes tricolore. Sauf que 5 minutes après que nous ayons partagé, le pote du mec, assis en face de lui, s’exclame : "Mais attends, t’as pris un valet à la dernière et elle, un 7 ! Tu aurais du gagner !" Petit blanc et soudain, oui, on réalise qu’en effet, sa river privative lui donnait une meilleur combinaison, j’aurais dû bust !

Je n’ai honteusement évidemment pas manqué de titiller mon infortuné voisin sur le fait que "C’est vraiment dommage, tu aurais du doubler, c’est con, à ce stade du turbo, c’est vraiment bon de doubler… Dur dur… Quand je pense que même le croupier ne l’a pas vu…" Et, tilté et énervé comme il faut, il n’a pas manqué de sauter dix minutes plus tard, alors qu’il avait encore la moyenne, en re-shove avec une poubelle contre une paire de rois… (hahaha)

Le reste du tournoi a été un turbo typique : stressant. Certains pros défendent l’idée que des turbos, ce n’est pas du skill, juste de la chance. Sauf que je ne suis pas complètement d’accord. Il y a une tonne de joueur qui ne savent pas jouer avec un petit stack et qui paniquent dès qu’ils ont 10BB ("J’ai shove any two en late, standard").

Les décisions semblent plus facile, oui c’est vrai, mais jouer sans profondeur et savoir exactement quand bet/push/reshove ou pas, non, c’est pas facile. Les mecs qui envoient tout avec 10BB et une poubelle en main parce que "mathématiquement c’est EV+ dans ce spot", un bon joueur de turbo sait les cueillir. Je veux bien que les calculs montrent qu’un move précis est gagnant sur le long terme, sauf qu’un tournoi c’est tout sauf du long terme : si tu bust sur une main, ben tu bust. Et pour ton long terme, tu peux toujours te ré-inscrire le lendemain soir. En bref, il est évidemment plus difficile de maitriser l’art du deepstack (= "l’art du poker tout court", d’ailleurs) que l’art du turbo mais quoiqu’il en soit, il est certain que de nombreux joueurs ne savent pas jouer avec 20BB (ou moins) pendant des heures.

Mais je ne contredirais évidemment pas que la chance joue une part énorme et c’est avec bonheur que pour une fois, j’ai eu un timing des plus sympathiques. Bref, je suis rapidement arrivée en finale avec Steven Van Zadelhoff et Paul Testud et le reste aura été une succession de coups tous aussi réjouissants qui me feront arriver en heads-up tout aussi rapidement.

Nous avons décidé de dealer avec mon adversaire italien (et oui !) et ensuite, de jouer pour la gagne. Mon KQ ne battant pas son AT au finish, j’ai du prendre la deuxième place mais j’avoue que j’avais un grand sourire de soulagement au moment d’aller chercher mes sous au cashier. Enfin un petit résultat ! Quel soulagement ! J’avais l’impression que ça ne m’arriverait plus jamais…

Une soirée qui se termine en heads-up, ça faisait longtemps que ça ne m'était pas arrivé ! (doù le large sourire fier comme un pou)

La bonne blague, c’est qu’il était 3h du matin et que Fab, toujours en course dans le Main, avait pourtant décidé de me rail tout du long en finale. J’adore ! Les rôles se sont ensuite inversés, comme vous le savez, quand ça a été à mon tour, deux jours plus tard, de le rail en finale de l’EPT. Pendant 12h. Les douze heures les plus longues que je n’avais vécues depuis longtemps : que de stress !

En effet, comme il n’y avait pas de gradins, nous étions postés sous l’estrade à tenter de suivre la finale sur un des écrans qui retransmettait le streaming en direct. Heureusement que tout du long, Alex, Cathy et Yann sont venus me tenir la main (moite). Antonin, ElkY et Eugene sont eux aussi venus soutenir Fab et je peux vous dire qu’à ce stade, c’est vraiment une chose précieuse. J’ai cru mourir de stress : hors de question qu’il soit éliminé ! Je voulais tellement qu’il gagne ! J’ai du perdre trois kilos rien qu’en contraction musculaires permanentes et je crois n’avoir pas respiré normalement de toute la journée…

Au final, Fab aura été éliminé troisième après un très long combat et nous sommes rentrés à l’hôtel ni ravis, ni déçus : juste contents de cette étape italienne qui aura dépassé de loin toutes nos espérances !

Je ne suis pas superstitieuse mais j'avoue que du coup, mes bracelets fétiches (Lilicage, une marque française que j'adore) ne sont pas prêts de me quitter ! :D

Sinon, pour changer de sujet, j’ai décidé d’enfin de mettre à jouer plus ou moins régulièrement online. Je travaille beaucoup sur mon ordinateur donc j’essaie, tant que possible, d’avoir le logiciel ouvert en permanence avec une (quand je bosse) ou trois tables (quand je bosse pas mais que j’ai besoin de me promener sur internet en même temps). Je ne joue pas en cash, j’avoue que je déteste ça et que je m’y perd : quand m’asseoir ou quand me lever, après combien de gain, je ne sais pas faire.

Donc je joue des sit’n’go à 20 ou 50 euros (j’aime particulièrement les "double or nothing" où je gagne peu mais régulièrement, vive la low variance dans ce monde de brute) ou des MTT ici et là pour des montants assez petits : entre 5 et 20 euros en moyenne. Je me suis laissée un ou deux shots à 150 (= gestion de BR vraiment pourrie mais assumée…) ainsi qu’un PLO à 50 euros pour le kif (je suis un fish mais j’adore cette variante) mais sinon, j’essaie de monter tranquillement mais sûrement. C’est décidé de commencer online avec peu pour tenter de monter, tout en gardant un budget bien supérieur en live. On verra pour le bilan dans 6 mois ! En attendant, alors que j’écris, je viens de bust de trois MTT successifs à 10 et 20 euros sur des 80/20. Oui, vraiment. Donc, now, je suis punie et je descends en 5 euros. Super…

En attendant, je serais à Berlin pour jouer un side et j’avoue que j’ai hâte de retourner dans cette ville qui m’avait, elle aussi, beaucoup plu. Sauf que cette fois, l’odeur de la choucroute, des saucisses et du lard qui pend quand on entre dans leurs épiceries, c’est pas la même… :)


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